‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 26 sur 80 · SUE LES JAGAS · texte numérisé non relu

SUE LES JAGAS

Baltel J'assure, que les Jagas, qui ravagèrent de son remps le royaume de Congo et celui d'Angola, étaient venus de Sierra-Leona (i); ils lui dirent que les Portugais leur donnaient le nom de Jagas^ mais qu entre eux ik se nommaient Imbangolas (a). On les appelle aussi Gindes ou Ngindi (3). Lopez dit qu'ils se nom* ment eux-mêmes Agagi (4).

Leur figure est fort noire et fort difforme; ils ont le corps grand et l'air audacieux. Leur usage est de se tracer des lignes sur les joues avec un fer chaud. Ils s'accoutument aussi à ne montrer que le Uanc des yeux, en baissant la paupière; ce qui achève de les rendre horribles (5).

Us sont tout-à-fait nus; et tout respire la barbarie dans leurs manières. On ne leur connaît point de rois. Ils sont errants et vivent à la manière des Arabes. Leur férocité et leur courage les portent à ravager le pays de leurs voisins (6); et dans leurs attaques ils poussent des cris afireux pour conunencer par la terreur. Si l'on croit Lopez , leurs plus redoutables adversaires sont les Amazones, race de femmes guerrières qu'il place dans le Monomotapa. Ils se rencontrent sur les frontières de cet empire , et font des essais de force et de valeur par des guerres presque continuelles.

(i) Battely Parchas's Pilgrimage, t. v, p. 77a. (a) Battel, dans PurchaSy ▼ol. v, p. 77». Cavazzi écrit ChimbiDgali.

(3) CaTazzi , p. 183. Pigafetta écrit Giacas , Giaqnas et Giachi. Carli et Merolla , tous deux Italieui , écrivent Gîacchi et Glaghi.

(4) Pigafetta , p. 37 et 77.

(5) Pnrchasy ubi sup. , p. 77 a.

(6) PigafetU , p. 59-77.

aaa ^LAItlCISSFIMEMTS

un encloi particulier, avec une bonne garde à la portp. TjB» huttes des «oldat» sont MrréeJ l'une contre l'autre. Ils placent à la porte de chaque hutte leurtarcs, leun flèches «t leurs dards ; de sorte qu'à la moindre alarme ili se trouvent prêt» à combattre. Leurs sentinelles veillent d'ailleurs pendant toute la nuit, au bruit de leurs tambours et de leurs tarales.

Les Jagas racontèrent à Battel qu'au sud de ta baie das Vaccas on trouve une rivière qui produit de l'or en abondance. Us donnaient k ce métal le nom de cuivre; mais en ajant recueilli une assez grosse quantité dans les sables, où la pluie l'avait mis k découvert, ils en avaient orné la poignée de leur:^ haches. Le cuivre leur sert aussi a cet usage , quoiqu'ils ne fassent aucun cas de ces deux méuux ( i ),

Ils ne trouvent de satisfaction que dans les pays où les palmiers croissent abondamment, parce qu'ils sont passionnés pour le vin et le fruit de cet arbre. Le fruit est pour eux d'un double usage; ils le naangent et l'emploient k &tre do l'huile. Leur méthode pour tirer le vin est différente de celle des Itnbondos, qui ont l'art de grimper sur un arbre sans y toucher avec les mains, et qui remplissent leurs flacons au sommet. Les Jagas abattent l'arbre par la racine , et te laissent couché pendant dix ou douze jours avant que d'en faire sortir le vin; ensuite ils y creusent deux trous carrés, l'un au sommet , l'autre au miheu , de chacun desquels ils tirent , du oir, une quarte de liqueur. Chaque arbre

Adeentant; Pinkarton'i Co/Uctiea, t. xti, p. 3iS.

sua LES JAOAS. 'ia3

iburnit ainsi pendant vingt-six jours deux quartes de vin; après quoi il se flétrit et sèche entièrement. Dans tous les lieux où ils font quelque séjour, ik coupent assez d'aii>res pour se fournir de vin l'espace d'un mois. A la fin de ce terme i Is en abattent le même nombre : ainsi, dans peu de temps, ils ruinent le pays.

Ils ne s'arrêtent dans un lieu qu'aussi long-temps qu'ils y trouvent des provbions. Au temps de la moisson , ils s'établissent dans le canton le plus fertile qu'ils peuvent découvrir, pour recueillir les grains d'autrui et Étire main-basse sur les bestiaux ; car ils ne plantent et ne sèment jamais ; ils n'entretiennent point de troupeaux, et leur subsistance est toujours le fruit de leurs rapines. Lorsqu'ils entrent dans quelque pays où ils se croient menacés d'une vigoureuse résistance , leur usage est de se retrancher et de demeurer tranquilles un ou deux mois, pendant lesquels ils ne cessent point de harceler les habitants, et de les tenir dans des alarmes contiouelles. S'ils sont attaqués , ils se tiennent sur la défensive , et laissent deux ou trois jours à l'ennemi pour décliarger sa fureur. Ensuite leur général met pendant la nuit une partie de ses troupes en embuscade , à quelque distance du camp ; et si l'attaque est renouvelée le lendemain, l'ennemi, pressé furieusement des deux côtés, se défend mal contre l'artifice et la force : ils ne pensent alors qu'à ravager le pays(i).

(i) Battel , Pinkerton's Collection, t. xyi, p. SaS-BaB.

a ^ 4 ÉCLAIRCISSEMENTS

Le Grand-Jaga Calando , au service duquel Battel passa près d'un an et demi, avait de longs cheveux, ornés de plusieurs nœuds de coquilles. Autour du cou il portait un collier de masos , petit coquillage qui se trouve sur la côte, et qui revient parmi les nègres à la valeur de vingt sçhellings. A la ceinture il avait des pendants d'œufs d'autruche et une pagne d'ëtoffe de palinier, aussi fine qu'une étoffe de soie. Son corps était marqué de diverses figures, et frotté tous les jours avec de la graisse humaine. Il portait au travers du nez un morceau de cuivre long de deux pouces , et le même ornement aux oreilles. Sa noirceur était déguisée par des vernis rouges et blancs. Il était continuellement accompagné de vingt ou trente femmes, dont l'une portait son arc et ses flèches, et quatre autres, les coupes ou les tasses dont il se servait pour boire. Elles se jetaient à genoux lorsqu'il buvait, battaient des mains et chantaient quelque air de leur musique (i).

Les femmes des Jagas portent leurs cheveux avec de hauts toupets entremêlés de coquilles de Bamba ; elles s'enduisent le corps de musc. C'est une beauté parmi elles d'avoir quatre dents de moins, deux en haut et deux en bas. Celles qui n'ont pas le courage de se les arracher sont si peu estimées, qu'on ne veut ni manger ni boire avec elles. Leurs bras, leurs jambes, leur cou , sont chargés de colliers et d'anneaux. Autour des reins elles portent une pagne de soie (a).

(i) Battel, Plnkertou's Collection , t. xvi, p. 3a6. (a) Battel, ibid., t. xvi, p. 3j6.

Page 1