SUR US JAGAS
Elles sont fécondes; mais, dans leurs marches, les Jagas ne soufïrent pas qu'elles Hfidtiplient , et leurs enfants sont ensevelis au moment qu'ils voient le jour : ainsi ces guerriers errants meurent ordinairement sans postérité. Ils apportent pour raison de cette conduite , qu'ils ne veulent pas être troublés par le soin d'élever des enfants , ni retardés dans leurs marches. Mais s'ils prennent quelque ville, ils conservent les garçons et les filles de douze ou treize ans, comme s'ils étaient nés d'eux; tandis qu'ils tuent les pères et les mères pour les manger. Ils traînent cette jeunesse dans leurs courses , après leur avoir mis un collier, qui est la marque de leur disgrâce , et que les garçons doivent porter jusqu'à ce qu'ils aient prouvé leur courage en offrant la tête d'un ennemi au général. La trace de leur infamie disparaît alors. Le jeune homme est déclaré gonsa , c'est-à-dire soldat. Rien n'a tant de force que cette espérance pour échauffer leur courage. Battel apprit que dans tout le camp il n'y avait pas plus de douze vrais Jagas , ni plus de quatorze ou quinze femmes de la même nation, parce qu'ayant quitté leur patrie depuis plus de cinquante ans , leur armée avait eu le temps de se renouveler plus d'une fois. Ils étaient au nombre de seize mille dans leur camp, et ce nombre grossissait quelquefois par des incorporations.
Calandola, que Battel a appelé plus haut Calando, n'entreprenait rien d'important sans avoir ùàt un sacrifice au diable. Il' choisissait le matin pour cette cérémonie, avant le lever du soleil. On lui préparait une sellette, sur laquelle il prenait place avec beau- XIV. i5
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coup de pompe , la tête couverte d'un bonne! orne de plume» d# paon. Il avait pour assistants un sorcier de chaque coté ; quarante ou cinquante fenmies formaient un cercle autour de lui, portant à la main une queue de zèbre ou de cheval sauvage, qu'elles faisaient voltiger, en joignant leurs chants à cet exer«cice. Derrière elles étaient un grand nombre de musiciens et de tambours, qui faisaient beaucoup de bruit avec leurs instruments. Au centre du cercle on aUtunait un grand feu, sur lequel on plaçait des poudres blanches dans un pot de terre. Les sorciers commençaient par se servir de ces poudres pour colorer le front et les tempes du Grand-Jaga; ils lui peignaient ensuite Testomac et le ventre en travers , avec des enchantements et des cérémonies ennuyeuses» Alors ils lui présentaient son casengala , espèce d'arme fort semblable à la hache ^ en lui recommandant de ne pas ménager ses ennemis ^ parce qu'il avait avec lui son mokisso. Aussitôt on lui amenait un enfiint mâle qu'il tuait sur-le*champ. Cette première victime était suivie de quatre hommes^ qu'il frappait aussi pour leur donner la mort. Ceux qui ne la recevaient pas du premier coup étaient conduits hors du camp ^ et tués par d'autres mains.
Lorsque cette boucherie était prête à commencer, les sorciers ordonnaient à Battel de se retirer, parce qu'il était chrétien^ et que le diable, disaient-ils, allait se présenter à leurs yeux. Pour dernier acte d'une si barbare tragédie, le Grand*Jaga faisait égorger cinq vaches dans le camp, et cinq dehors. On immolait le même nombre do chèvres et de cliiens.
SUB LES lAGAS. 3^7
Le feu ëtait arrosé de leur sang, et les oorps dévorés avec beaucoup de joie. La même fête était quelquefins célébrée, avec les mêmes cérémonies, par les autres chefs du camp*
Pour enterrer leurs morts , ils font un caveau , dans lequd ils mettent le oorps assis; mais c'est a|Nnès lui avoir aooommodé fort proprement les cbe* veux, l'avoir lavé et comme embaumé avec des poudres odoriférantes. Ils le parent de ses meilleurs habits, et le fidsant porter par deux hommes, ils le placent dans son dernier domicile, avec deux de ses femmes, qui s'asseyent près de hù, et ses armes, qu'on brise dans le même lieu. Alors on ferme le caveau en le remplissant de terre. Ceux qui meurent dans leur pays sont enterrés de même ; mais on met avec eux, dans le caveau, tous leurs ustensiles domestiques. Chaque mois, les parents du mort s'assemblent au tcmibeau pendant trois jours, et font des libations de sang de bouc et de vin de palmier. Cette cérémonie s'observe aussi long- temps qu'il reste quelqu'un de \s( famille en vie. Les Jagas sont fort humains entre eux pendant qu'ils jouissent d'une bonne santé ; mais dans la maladie , ils ne connaissent aucune loi d'humanité et de compassion naturelle (i).
Au sud du royaume de Benguella et du cap Negro , et à Test des contrées que nous venons de mentionner, se terminent, de ce coté de l'Afrique, les connaissances des anciens voyageurs, comme des géo-
(i) Battel, «Uns Pinkerton's Collection, t. xyi, p. 3%M^y.
ailS ÉCLAIRCISSEMENTS DE CAVAZZI
graphes modernes. Lopez indique seulement au-delà de ces contrées, et eu se dirigeant vers le cap de Bonne-Espérance, les sources du Nil et l'Abyssinie , le pays de Climbèle, que Dapper nomme aussi Cimbebas. Il est gouverné par un roi qu'on nomme Matama. L'air y est fort bon. Le terroir produit abondamment toutes sortes de provisions, sans compter des mines de cristal et de divers métaux. Le roi , qui est idolâtre, vit quelquefois en bonne intelligence et quelquefois en guerre avec le royaume d'Angola. On trouve vers la côte plusieurs princes qui prennent le titre de roi, mais qui n'en vivent pas moins dans la pauvreté et la misère. Les rivières n'offrent aucun port remarquable (i). Mais tous les détails qui concernent cette vaste région , ainsi que l'exposé des découvertes que Ton y a faites depuis , tippartiennent , d'après notre plan , à un des Livres suivants, et sont étrangers à celui-ci, qui comprend les relations de voyages dans les pays de l'Afrique occidentale situés entre le cap Lopez^Gonzalvo et le cap Negro.
Origine des Muzimbos ou Jagas, selon Cavazzi.
Aux renseignements curieux donnés par les premiers voyageurs sur les Jagas, et réunis dans la section précédente, nous allons joindre encore des détails plus circonstanciés que Cavazzi a pu se pro-
(i) Pigafetta, Relatione ai Congo, p. 70; et Dapper, Afrique, p. 376.