I. — BIJOUX PUNIQUES (Trouvaille de Gounifida
i. Bandeau funéraire en bronze, du même type que le bandeau de Batna. Le travail semble le même, peut-être un peu plus En. Notre bandeau remonte sans doute aux premiers siècles de l’Empire. — (Planche IX, n° i).
Il est malheureusement brisé en plus de cent cinquante fragments dont une centaine gros comme une tête d’épingle. Les autres peuvent se rapprocher et nous rendre avec certitude au moins quelques parties.
Notre bandeau était de dimensions plus grandes que celui de Batna : il mesure om,05 de largeur et devait avoir environ om,3 5 de long; celui du Musée de Constantine n’avait que om, 03 5 suro'”,25. Les figures et symboles sont repoussés, sans trace de burin (1), et encadrés d’un cartouche formé d’un double filet saillant. Au-dessus et au-dessous, deux bandes vides, hautes de om,oi, ornées de traits obliques largement repoussés, font au tableau central une double bordure ondulée. Au centre, sous une double torsade qui s’infléchit en son milieu et qui repose à ses extrémités sur deux colonnes, la Trinité Carthaginoise : à gauche, Baal-Haman, sous les traits d’un homme barbu et cornu, le visage entre deux larges tresses de cheveux qui tombent sur les épaules comme les coiffures égyptiennes, la barbe ronde et courte, la poitrine découverte, les muscles saillants ; à droite, Tanit, coiffée du modius ou d’une couronne tourelée (2), deux tresses de cheveux tombant des deux côtés du visage, un manteau jeté sur l’épaule, laissant le sein droit à découvert, type d’Artémis plutôt que d’Aphrodite (3).
Au centre, le troisième personnage de la triade, Eschmoun ou Adonis, sous la forme d’une étoile à six branches : les colonnes ne sont pas ornées ici des deux serpents qui les entouraient sur le bandeau de Batna et où M. Berger avait cru voir — sans rien affirmer - — le troisième dieu Eschmoun. Il faut sans doute renoncer à cette interprétation : les serpents du bandeau de Batna n’étaient qu’un symbole répété, comme le poisson, ou, sur notre bandeau, la colombe; la tierce divinité y était sans doute représentée, comme ici, et comme sur les stèles du Bardo (4), par l’étoile qui brille entre Baal et Tanit.
Des deux côtés de l’édicule central s’alignait une série de symboles. Le côté le mieux conservé est par malheur le côté droit, celui de Tanit : notre bandeau fait ainsi double emploi avec celui de Batna, au lieu de le compléter, comme il l’eût frit, si la série de Baal fût restée intacte.
Du côté de la divinité masculine, cependant, on distingue encore parfaitement le train antérieur du bélier monté par un génie qui tend la main vers le grand dieu ; plus loin, un pigeon, fort bien conservé, debout devant un objet qui semble être une amphore, et sous un petit vase de forme singulière, à signification peut-être phallique. Derrière le pigeon, quelques traits peu distincts. M. Berger, qui a vu l’objet, croit y reconnaître la partie inférieure d’un personnage drapé. Un autre fragment enfin représente le sommet du grand vase qui sur le bandeau de Batna figurait à l’avant-dernière place de la série.
Dans le registre de droite on voit un génie monté sur une chèvre, tendant en avant une gerbe ou une torche; puis une colombe, sous un vase ayant la forme d’un cylindre horizontal, une capsa, et le bras droit de l’image de Tanit. Le reste est très abîmé ; on ne saurait dire si la Vénus anadyomène et le caducée qui existaient dans le registre de droite du bandeau de Batna existaient
(1) Cf. Perrot et Chipiez, Histoire de l’Art dans l’An- (?) Berger, op. cil., p. 18.
tiquitè, III, Phénicie, Chypre, p. 756. (4) La Blanchère, Bibliothèque d’ archéologie africaine ,
(2) Berger, op. cit., p. 2. I, pp. 44 et sqq-
aussi sur le bandeau de Gounifida. Mais on a gardé le sceptre orné du disque et du croissant. L’œuf, qui serait ici à sa place, ne se retrouve pas parmi les fragments que nous avons tenté de rassembler. Mais il semble bien que dans l’extrémité arrondie du cartouche on retrouve l’inflexion du corps du poisson qui terminait la série des représentations. A part les emblèmes disparus, œuf, caducée, Vénus anadyomène, le registre de Tanit est identique à celui que M. Berger a étudié.
Il reste plusieurs symboles que nous ne savons où replacer. Ce sont: i° un cylindre vertical ; 2" une grande fleur de lotus, très caractérisée/analogue à cellesqui ornent les stèles du Bardo(i), et à celles qui figurent au sommet des colonnes isolées sur la patère d’Idalie (2). Il semble, d’après les dimensions, qu’ici aussi la fleur de lotus devait se dresser au sommet d’une colonne.
Il faut y ajouter deux tètes de profil, très frustes, dont l’une est entourée d’un fragment de cadre circulaire. Nous en connaissons la place : c’est tout ce qui reste des médaillons, extérieurs au cartouche, qui ornaient les extrémités du bandeau.
Nous ne croyons pas que l’on puisse distinguer autre chose encore dans les morceaux mutilés du bandeau de Gounifida.
2. Collier d’enfant, long de om,2q, composé de grains d’ambre rouge irréguliers (longueur: de om,oi à om,oq5 ; diamètre: de om,oi à oni,02) et de coquillages parmi lesquels on peut noter la présence de deux murex trunculus.
3. Collier de bronze, longueur: om,)7. — - Le collier est formé de petits cylindres creux, ayant un diamètre moyen de 0m,007 et une longueur moyenne de o,mor/rj, terminés à leurs deux extrémités par une bague striée, ornés jadis en leur milieu d’une bague analogue, maintenant disparue le plus souvent. Ces tubes sont enfilés deux par deux, de façon à donner plus de corps au bijou : on dirait un collier double. La laine blanche sur laquelle ils étaient montés est restée engagée dans deux d’entre eux. Les tubes des extrémités, afin sans doute d’empêcher le glissement des differentes parties du collier, sont soudés l’un à l’autre. — (Planche IX, n° 2).
Le collier, comprenant sept couples de cylindres, avait, une fois fermé, la forme d’un heptagone régulier: de chaque sommet se détachait un médaillon. Il ne subsiste aujourd’hui que six couples de cylindres et quatre médaillons sur sept, l’un en excellent état, les trois autres suffisamment conservés pour que l’étude en soit possible.
Le premier, tout à fait analogue à la pendeloque du Musée de Constantine (3) découverte en même temps que le bandeau funéraire dont nous avons parlé, présente une tête barbue de Jupiter Haman(4), de face. La barbe est longue, tombant droit sur les côtés, formée de six boucles cylindriques parallèles, terminées en tire-bouchons — les boucles du milieu dépassant les autres. Les cheveux, entre les cornes, forment deux masses distinctes. Les pommettes sont très saillantes, les veux profondément creusés. Autour de la tête un double cercle de grènetis et un filet. Encadrement circulaire saillant formé d’une couronne sur laquelle s’attachent l’anneau de suspension et trois chaînettes où se balancent des pendeloques plates en forme de larmes renversées. Diamètre: om,03 5 ; diamètre du disque intérieur: om,026; longueur totale avec les pendeloques et l’anneau de suspension: om,o8.
Le second médaillon, fort abîmé, représente également un Jupiter Haman, mais de type dif-
(1) Catalogue du Musée Alaoui, Sculptures, pl. XVIII, n° 741 et pl. XIX, nos 749 et 752.
(2) Colonna Ceccaldi, La Patère d’Idalie, Revue Archéologique, 1872, II, p. 305.
(3) Arguel, Catalogue du Musée de Constantine, p. 295, ii° 377. — Album de Constantine, pl. XXX, n° 2 et p. 284. M. Féraud avait cru y voir un masque de théâtre et son dessin ne traduit que cette impression — Musée de Constantine , p. 52.
(4) Cf. Ph. Berger, La Trinité Carthaginoise. — Nous employons ici suivant l’habitude, le nom de Jupiter Haman pour tous les dieux à cornes de bélier. Mais nous sentons bien les différences qui existent entre eux: les divinités africaines de la famille d’Haman devaient avoir chacune son nom et son culte et les différences de figuration que nous notons de l’une à l’autre ne sont probablement pas dues au hasard.
BIJOUX, PIERRES GRAVEES, IVOIRES ET OS
SI
férent. La barbe laisse a découvert le bas des joues et ne s’attache qu’au menton. De là, en trois boucles, dont l’une, celle du centre, est plus fournie et se divise à son tour en deux pointes, elle s’élargit en éventail; elle n’est pas très longue; c’est peut-être ce qui fait que la tète paraît plus ronde et plus grasse. Les cornes sont plus détachées. Le nez est aplati; les moustaches encore visibles, très fortes et plates(i). Encadrement saillant formé de deux fils circulaires. Quatre pendeloques dont une seulement subsiste en partie. L’anneau de suspension manque. Diamètre: om,03 i ; diamètre du disque intérieur: om,026.
Le troisième, plus maltraité encore, porte une tête de divinité féminine, une Tanit tourelée, semble-t-il, ou une Isis coiffée du modius. Deux tresses encadrent la figure, trop fruste pour être décrite plus longuement. Tout autour un cercle de grènetis. Plus grande dimension du fragment subsistant : 0m,022.
Le quatrième médaillon, d’un travail analogue au précédent, était décoré d’une tête virile de face. Une petite barbe en pointe couvre le menton. Une forte moustache se recourbe et encadre la bouche. La tête est ombragée par trois objets recourbés qui ont l’apparence de plumes. Tout autour, un cercle de grènetis. Il reste a peu près la moitié du médaillon. Le diamètre primitif du disque intérieur était de om,02 5 environ.
Les deux premiers médaillons sont de bronze ; les deux derniers d’argent. Ils sont tous les quatre repoussés au marteau. Aucun ne porte trace d’un trait complémentaire au burin. Les deux médaillons d’argent semblent plus finement travaillés; le dernier était doublé à sa face postérieure d’une plaquette d’argent unie, destinée à cacher le travail du repoussé.
Des pendeloques également en argent, rondes et carrées, dont nous n’avons que des fragments, devaient s’attacher aux cadres saillants, aujourd’hui disparus.
4. Deux fragments d’un bracelet de bronze. Le diamètre primitif était de om,o82 environ. La lame de métal qui le forme s’élargissait deux fois, en douze ellipses ajourées, traversées seulement dans le sens du plus grand diamètre par une mince tige de bronze, sur laquelle était enfilée une perle cylindrique de verre, alternativement verte et bleue (diamètre des perles : om,oo6 ; longueur: om,oo7). Les douze perles tournaient ainsi librement dans les douze ouvertures ménagées au milieu du métal. Le bijou est très finement travaillé ; les proportions en sont très heureuses, et la décoration aussi simple qu’élégante.
5. Cinq bracelets de bronze, d’un même type. Diamètres : on’,o59, om,o6i, om,oy2, om,073 et om,074- Ils sont formés simplement d’« une tige métallique arrondie s’amincissant aux deux « extrémités, se croisant sur une assez large étendue, et puis s’enroulant l’un autour de « l’autre » (2) en deux ou trois spires. O11 obtenait ainsi une grande élasticité : les bijoux d’enfant grandissaient avec leurs propriétaires ; le plus petit deviendrait facilement le plus grand : les deux extrémités de l’anneau se croisent sur plus des trois quarts de la circonférence.
Ce type, très rare il y a trente ans, puisqu’on n’en connaissait alors que huit exemplaires, est représenté aujourd’hui par un grand nombre de bagues dans les vitrines des musées du Bardo et de Saint-Louis de Carthage. On en compte huit spécimens dans la collection Farges. De Mortillet avait raison, lorsque, s’appuyant sur ce fait que trois sur huit des bijoux de ce type alors connus, provenant de la Crimée, de la Russie méridionale et de la Sardaigne, il leur assignait une origine orientale. Mais il ajoutait : « C’est de Grèce et d’Asie-Mineure que les Gaulois l’ont rapporté. » Les trouvailles faites depuis lors de Carthage à Tébessa imposent une autre conclusion: c’était un bijou phénicien exporté par les marchands carthaginois.
(1) Cf. l’Ossuaire de Cherehel, Ph. Berger, op. cil., p. 6, et Gauckler, Musée de Cherche], p. 69.
(2) De Mortillet, Recherches sur une série d’anneaux
d’une forme particulière (Revue archéologique, 1866, II,
pp- 417 sqq-)-
6. Trois bracelets d’enfant du même type. Diamètres: om,045, om,c>42 et om,032. Us forment une et deux spires.
7. Deux bracelets analogues. Diamètre: om,73 et om,074. Trois et cinq spires. Ici la tige métallique unique des premiers bracelets est remplacée par deux bis tordus ensemble. L’efiet est le même.
8. Deux bracelets analogues aux deux précédents. Diamètres: o'Topi et om,074. Trois et six spires. Dans le premier, la tige libre, avant de s’enrouler sur l’extrémité opposée, tourne trois fois sur elle-même, de façon à former une rosace qui se détache sur le bracelet comme un chaton sur une bague. L’autre bl est disposé pareillement : le bracelet porte deux « chatons ». Le second bracelet, moins bien conservé, devait avoir une décoration analogue.
9. Trois bracelets ouverts; les deux extrémités libres sont élargies et aplaties de façon à hgurer grossièrement deux têtes de serpents.
a) Diamètre: om,oé2. E11 deux fragments.
b) — op’,054. 11 manque une des extrémités.
c) — o”1, 054. Il manque une des extrémités.
10. Trois extrémités de bracelets, aplaties en tête de serpent.
1 1. Bracelet ouvert, formé d’une tige métallique de section quadrangulaire. Aucun ornement.
12. Fragments de six bracelets. Diamètre variable (de on’,05 à om,07), les uns unis, les autres striés obliquement.
Les nos 9, 11 et 12 ont pu servir d’anneaux de tête aussi bien que d’anneaux de bras. Us ont conservé presque tous quelques fragments du voile de laine blanche qui recouvrait la tête.
13. Bague en bronze du type des anneaux 7 et 8. Diamètre : om,Qi7.
14. Boucle d’oreille de bronze, longue de om,028. Sur un bl elliptique, brisé pour permettre d’introduire le bijou dans le lobe de l’oreille, est un disque de bronze bombé ; au-dessous, trois perles de verre bleu séparées par deux rondelles d’os.
1 5 . Quatre fragments d’attribution difficile. Peut-être l’un d’entre eux, formé d’un bl de bronze trois fois replié sur lui-même, est-il l’armature d’un ornement de tête.