A NINON
Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?
L'amour, vous le savez, cause une peine extrême,
C’est un mal sans pitié que vous plaignez vousmême ;
Peut-être cependant que vous m’en puniriez.
Si je vous le disais, que six mois de silence Cachent de longs tourments et des vœux insensés: Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
Se plaît, comme une fée, à deviner d’avance ; Vous me répondriez peut-être: Je le sais.
Si je vous le disais, qu’une douce folie À fait de moi votre ombre et m'attache à vos pas: Un petit air de doute et de mélancolie,