LE FILS DU TITIEN
SONNET
LORSQUE j'ai lu Pétrarque, étant encore enfant J'ai souhaité d’avoir quelque gloire en partage. Il aimait en poète et chantait en amant;
De la langue des dieux lui seul sut faire usage.
Lui seulent le secret de saisir au passage . :
Les battements du cœur qui durent un moment, Et, riche d’un sourire, il en gravait l’image
Du bout d’un stylet d’or sur un pur diamant.
O vous qui m’adressez une parole amie, | Qui l’écriviez hier et l’oublierez demain, Souvenez-vous de moi qui vous en remercie.
J'ai le cœur de Pétrarque et n’ai point son génie; Je ne puis ici-bas que donner en chemin Ma main à qui m’appelle, à qui m’aime ma vie.
3 mai 1838.
1 Voir, pour ce sonnet et le suivant, dans le recueil des NouvELLes de l’auteur, celle intitulée Le Fils du Titien.
safe) POÉSIES NOUVELLES
LA
SONNET
BÉATRIX DONATO fut le doux nom de celle
Dont la forme terrestre eut ce divin contour. Dans sa blanche poitrine était un cœur fidèle,
Et dans son corps sans tache un esprit sans détour.
Le fils du Titien, pour la rendre immortelle, Fit ce portrait témoin d’un mutuel amour; Puis il cessa de peindre à compter de ce jour, Ne voulant de sa main illustrer d’autre qu’elle.
Passant, qui que tu sois, si ton cœur sait aimer, Regarde ma maîtresse avant de me blâmer, Et dis si, par hasard, la tienne est aussi belle.
Vois donc combien c’est peu que la gloire ici-bas, Puisque, tout beau qu'il est, ce portrait ne vaut pas (Crois-moi sur ma parole) un baiser du modèle