‹ Collection GalliaChapitre 18 sur 70 · A UNE FLEUR · texte numérisé non relu

A UNE FLEUR

QUE me veux-tu, chère fleurette, Aimable et charmant souvenir ?

Demi-morte et demi-coquette, Jusqu’à moi qui te fait venir?

Sous ce cachet enveloppée,

Tu viens de faire un long chemin.

Qu’as-tu vu? que t’a dit la main Qui sur le buisson t’a coupée ?

N’es-tu qu’une herbe desséchée Qui vient achever de mourir ?

Ou ton sein, prêt à refleurir, Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas! a la blancheur De la désolante innocence; Mais de la craintive espérance Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ?

Tu peux parler, je suis discret.

Ta verdure est-elle un secret ?

Ton parfum est-il un langage ?

S’il en est ainsi, parle bas.

Mystérieuse messagère:

S’il n’en est rien, ne réponds pas; Dors sur mon cœur fraîche et légère.

Je connais trop bien cette main, Pleine de grâce et de caprice, Qui d’un brin de fil souple et fin A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur,

Ni Phidias ni Praxitèle

N'’en auraient pu trouver la sœur Qu'en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle, Franche, dit-on, et plus encor;

À qui saurait s'emparer d’elle

Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère; Quelque mal pourrait m’arriver.

Fleurette, craignons sa colère.

Ne dis rien, laisse-moi rêver.

LE FILS DU TITIEN nr

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