SUR LA NAISSANCE DU COMTE DE PARIS
DE tant de jours de deuil, de crainte et d'espérance, De tant d’efforts perdus, de tant de maux soufferts, En es-tu lasse enfin, pauvre terre de France,
Et de tes vieux enfants l’éternelle inconstance Laissera-t-elle un jour le calme à l’univers ?
Comprends-tu tes destins et sais-tu ton histoire ? Depuis un demi-siècle as-tu compté tes pas?
Est-ce assez de grandeur, de misère et de gloire, Et, sinon par pitié pour ta propre mémoire,
Par fatigue du moins t’arrêteras-tu pas ?
Ne te souvient-il plus de ces temps d’épouvante Où de quatre-vingt-neuf résonna le tocsin ?
N'était-ce pas hier, et la source sanglante
Où Paris baptisa sa liberté naissante,
La sens-tu pas encor qui coule de ton sein ?
A-t-il rassasié ta fierté vagabonde,
A-t-1l pour les combats assouvi ton penchant, Cet homme audacieux qui traversa le monde, Pareil au laboureur qui traverse son champ, Armé du soc de fer qui déchire et féconde ?
S'il te fallait alors des spectacles guerriers, Est-ce assez d’avoir vu l’Europe dévastée, De Memphis à Moscou la terre disputée,
Et l'étranger deux fois assis à nos foyers, Secouant de ses pieds la neige ensanglantée ?