‹ Collection GalliaChapitre 23 sur 70 · LA NAISSANCE DU COMTE DE PARIS · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE DU COMTE DE PARIS

S'il te faut aujourd’hui des éléments nouveaux, En est-ce assez pour toi d’avoir mis en lambeaux Tout ce qui porte un nom, gloire, philosophie, Religion, amour, liberté, tyrannie,

D’avoir fouillé partout, jusque dans les tombeaux ?

En est-ce assez pour toi des vaines théories, Sophismes monstrueux dont on nous a bercés, Spectres républicains sortis des temps passés, Abus de tous les droits, honteuses rêveries D'’assassins en délire ou d’enfants insensés ?

En est-ce assez pour toi d’avoir, en cinquante ans, Vu tomber Robespierre et passer Bonaparte, Charles dix pour l’éxil partir en cheveux blancs, D'’avoir imité Londre, Athènes, Rome et Sparte, Et d’être enfin Français n’est-il pas bientôt temps ?

Si ce n’est pas assez, prends ton glaive et ta lance, Réveille tes soldats, dresse tes échafauds;

En guerre! et que demain le siècle recommence, Afin qu’un jour du moins le Meurtre et la Licence, Repus de notre sang, nous laissent le repos!

Mais, si Dieu n’a pas fait la souffrance inutile, Si des maux d’ici-bas quelque bien peut venir, Si l’orage apaisé rend le ciel plus tranquille,

S’il est vrai qu’en tombant sur un terrain fertile Les larmes du passé fécondent l’avenir;

Sache donc profiter de ton expérience,

Toi qu’une jeune reine, en ses touchants adieux, Appelait autrefois plaisant pays de France!

Connais-toi donc toi-même, ose donc être heureux, Ose donc franchement bénir la Providence!

Laisse dire à qui veut que ton grand cœur s’abat,

Que la paix t’affaiblit, que tes forces s’épuisent:

Ceux qui le croient le moins sont ceux qui te le disent.

Ils te savent debout, ferme et prête au combat;

Et, ne pouvant briser ta force, ils la divisent.

Laisse-les s’agiter, ces gens à passion,

De nos vieux harangueurs modernes parodies ; Laisse-les étaler leurs froides comédies,

Et, les deux bras croisés, te prêcher l’action. Leur seule vérité, c’est leur ambition.

Que t’importent des mots, des phrases ajustées ? As-tu vendu ton blé, ton bétail et ton vin?

Es-tu libre? Les lois sont-elles respectées ? Crains-tu de voir ton champ pillé par le voisin ? Le maître a-t-1l son toit, et l’ouvrier son pain ?

Si nous avons cela, le reste est peu de chose.

Il en faut plus pourtant; à travers nos remparts, De l'univers jaloux pénètrent les regards.

Paris remplit le monde, et, lorsqu'il se repose, Pour que sa gloire veille il a besoin des arts.

Où les vit-on fleurir mieux qu’au siècle où nous sommes ?

Quand vit-on au travail plus de mains s’exercer ?

Quand fûmes-nous jamais plus libres de penser ?

On veut nier en vain les choses et les hommes:

Nous aurons à nos fils une page à laisser.

Le bruit de nos canons retentit aujourd’hui; Que l'Europe l'écoute, elle doit le connaître!

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