‹ Collection GalliaChapitre 36 sur 70 · UNE SOIRÉE PERDUE · texte numérisé non relu

UNE SOIRÉE PERDUE

J'Érais seul, l’autre soir, au Théâtre-Français,

Ou presque seul; l’auteur n’avait pas grand succès.

Ce n’était que Molière, et nous savons de reste

Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,

Ignora le bel art de chatouiller l’esprit

Et de servir à point un dénoûment bien cuit.

Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,

Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode,

Où l'intrigue, enlacée et roulée en feston,

Tourne comme un rébus autour d’un mirliton.

J'écoutais cependant cette simple harmonie,

Et comme le bon sens fait parler le génie.

J'admirais quel amour pour l’âpre vérité

Eut cet homme si fier en sa naïveté,

Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde,

Quelle mâle gaîté, si triste et si profonde

Que, lorsqu'on vient d’en rire, on devrait en pleurer!

Et je me demandais: «Est-ce assez d’admirer ?

Est-ce assez de venir, un soir, par aventure,

D'’entendre au fond de l’âme un cri de la nature,

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