PAROLES FAITES SUR LA MUSIQUE DE MOZART
RAPPELLE-TOI, quand l’Aurore craintive Ouvre au Soleil son palais enchanté; Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive Passe en rêvant sous son voile argenté; A l'appel du plaisir lorsque ton sein palpite, Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t'invite, Écoute au fond des bois Murmurer une voix:
Rappelle-toi.
Rappelle-toi, lorsque les destinées M'’auront de toi pour jamais séparé, Quand le chagrin, l’exil et les années Auront flétri ce cœur désespéré; Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême! L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime Tant que mon cœur battra, Toujours il te dira:
Rappelle-toi.
Rappelle-toi, quand sous la froide terre Mon cœur brisé pour toujours dormira ; Rappelle-toi, quand la fleur solitaire Sur mon tombeau doucement s'ouvrira, Tu ne me verras plus; mais mon âme immortelle Reviendra près de toi comme une sœur fidèle.
Écoute, dans la nuit, Une voix qui gémit:
Rappelle-toi.
RONDEAU
FuT-IL jamais douceur de cœur pareille
A voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l’oreiller ;
Dans son beau sein j'entends son cœur qui veille. Un songe passe, et s’en vient l’égayer.
Ainsi s'endort une fleur d’églantier,
Dans son calice enfermant une abeille;
Moi, je la berce; un plus charmant métier Fut-il jamais ?
Mais le jour vient, et l’Aurore vermeille Effeuille au vent son bouquet printanier.
Le peigne en main et la perle à l'oreille, A son miroir Manon court m'oublier.
Hélas! l’amour sans lendemain ni veille Fut-il jamais ?
A MADAME çG.
SONNET
C'EST mon avis qu’en route on s'expose à la pluie, Au vent, à la poussière, et qu’on peut, le matin, S'éveiller chiffonnée avec un mauvais teint,
Et qu’à la longue, en poste, un tête-à-tête ennuie.
C'est mon avis qu’au monde il n’est pire folie Que d’embarquer l'amour pour un pays lointain.