COMPLAINTE DE MINUCCIO
VA dire, Amour, ce qui cause ma peine,
A mon seigneur, que je m’en vais mourir, Et, par pitié, venant me secourir,
Qu'il m’eût rendu la Mort moins inhumaine.
A deux genoux je demande merci.
Par grâce, Amour, va-t’en vers sa demeure, Dis-lui comment je prie et pleure ici,
Tant et si bien qu’il faudra que je meure Tout enflammée, et ne sachant point l’heure Où finira mon adoré souci.
La Mort m'attend, et s’il ne me relève
De ce tombeau prêt à me recevoir,
J'y vais dormir, emportant mon doux rêve; Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.
Depuis le jour où, le voyant vainqueur, D'être amoureuse, Amour, tu m'as forcée, Fût-ce un instant, je n’ai pas eu le cœur De lui montrer ma craintive pensée,
Dont je me sens à tel point oppressée, Mourant ainsi, que la Mort me fait peur!
Qui sait pourtant, sur mon pâle visage,
Si ma douleur lui déplairait à voir ?
De l'avouer je n'ai pas le courage.
Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.
1 Voir, dans le recueil des comédies de l’auteur, la pièce intitulée Carmesine.