‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 50 sur 331 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Archives du duché de Lamactre (lakca«tch office).

Le duché de Lancastre fait aujourd'hui partie du domaine de la reine d'Angle* terre ; mais l'administration et les archives de ce duché sont complètement distinctes de celles des autres domaines delà couronne. Cependant de l'antique habitation des ducs de Lancastre, située a la porte occidentale de Londres, sur les bords du fleuve, entre Westminster et la Cité, et qui se trouverait occuper aujourd'hui le centre même delà métropole, il ne subsiste plus rien , pas même des ruines. Quelques noms de rues rappellent seuls l'emplacement qu'occupait autrefois le manoir de la Savoie. Du reste l'histoire de ce palais, château, manoir, sauveté ou liberté de la Savoie, n'est pas sans intérêt pour nous. S'il faut en croire quelques auteurs, il avait été construit sur l'emplacement même de l'habitation du célèbre Simon de Montfort, comte de Leycester, par Pierre, comte de Savoie et de Richemond, frère de Béatrix de Provence, et par conséquent oncle de saint Louis et de Henri III. Plus tard il fut habité pendant six années par un de nos rois prisonnier, le roi Jean , auquel il avait été assigné comme le plus beau manoir de l'Angleterre.

Quoi qu'il en soit, les archives du duché de Lancastre sont conservées aujourd'hui dans un bâtiment construit exprès, et à l'épreuve du feu, sur l'emplacement de l'ancienne liberté de la Savoie , à l'extrémité septentrionale du pont de Waterloo. L'entrée de ces archives n'est pas publique; mais, grâce à l'obligeante intervention de M. Dawes Dan vers, secrétaire de la chancellerie du duché, et je puis dire A l'amitié de M. William Hardy, archiviste aussi savant que modeste, je n'eus besoin d'aucune recommandation pour y être admis , et tout ce que ce dépôt contenait de curieux me fut communiqué avec une obligeance et une gracieuseté dont je ne saurais trop me louer.

Plusieurs ducs de Lancastre ont, comme on le sait, gouverné quelques-unes de nos provinces , ou ont joué un rôle important à la tête des armées qui combattirent en France ; je pouvais donc espérer de rencontrer dans leurs archives des renseignements curieux sur les opérations de ces armées , et surtout y trouver des documents sur les dernières années du quatorzième siècle, époque curieuse, où Ton vit les seigneurs de Guyenne s'armer des ordonnances du Roi pour résister aux volontés formelles de ce même roi , et le duc de Lancastre , auquel le duché d'Aquitaine venait d'être donné, obligé d'accorder concession sur concession à ses nouveaux sujets, pour être reconnu par eux. Mais ces archives n'ont pas été tenues, à toutes

CTV INTRODUCTION.

les époques, avec le même soin qu'elles le sont aujourd'hui; le registre le plus important pour moi, celui où je devais trouver les renseignements les plus curieux, n'existe plus depuis longtemps.

Du reste , comme je devais m'y attendre , la plus grande partie des archives du duché de Lancastre se compose de documents modernes et relatifs à l'administration d'un domaine particulier. J'ai parcouru toutes les pièces que leur ancienneté et leur nature peuvent faire nommer historiques ; mais le tout se borne à une collection de chartes originales des rois, dont il existe un catalogue remarquablement bien fait, et une suite incomplète de registres ou cartulaires des ducs antérieurs à la deuxième moitié du quinzième siècle.

Des circonstances fortuites m'ont empêché de visiter une portion des archives du duché de Lancastre, où se trouvent probablement quelques documents qui peuvent intéresser la France ; c'est la partie classée sous ce titre : Miscellaneous records deposited in the lower records room. La huitième division de ces Miscellaneous records, intitulée : Minuter'* accounts, remonte à l'époque de Richard II : on pourrait donc y trouver des détails sur les recettes, ou plutôt sur les dépenses faites en France par les ducs de Lancastre, les comtes de Derby, etc. II y a aussi plusieurs comptes des receveurs de Calais du temps de Henri VII ; mais tous ces documents étaient pêle-mêle à cause des réparations qu'on exécutait alors dans cette partie du bâtiment des archives, et je n'ai pu les parcourir.

La plupart des actes que j'ai transcrits dans les archives du duché de Lancastre ne mentionnent que des dons, des payements de gages, des dépenses, etc., faits ou ordonnés en France ou pour des Français; j'y ai cependant rencontré quelques documents d'un intérêt véritablement historique, et qu'on ne s'attendait guère à trouver dans ces archives. Leur liste est indiquée à la table des matières.

Je n'ai pas à signaler les ressources que ce dépôt peut fournir à l'histoire de l'Angleterre, et l'on devine assez combien de renseignements utiles ou curieux doivent être contenus dans les archives d'une maison aussi puissante que celle des ducs de Lancastre ; mais je crois cependant devoir indiquer comme curiosité paléographique deux volumes d'une belle écriture du quatorzième siècle, et contenant les cartulaires des seigneuries possédées en 1397 par le duc de Lancastre. On n'a jamais, que je sache, poussé plus loin le luxe de l'exécution dans ce genre de manuscrits. La première page de chacune des divisions des volumes est ornée d'une magnifique vignette, renfermant dans ses enroulements les armoiries des différentes seigneuries du duc de Lancastre. Chaque pièce, chaque alinéa, est orné d'une lettre peinte enrichie d'or, etc.; enfin on y a déployé une telle magnificence, que dans certains passages où il est rendu compte des redevances de diverses localités, il y a tant de dorures, tant de dessins, tant de lettres ornées, que bien certainement la dépense

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