CHAPITRE III
Bibliothèque des Avocat* de Londres ( lihcolu's-irh ubrary).
Les avocats de Londres possèdent à Lincoln s-itm une bibliothèque considénfclf», dont le catalogue imprimé signale un grand nombre de documents qui concernent la France. M. Charles Purton Cooper, secrétaire de l'ancienne commission des archives d'Angleterre, orientaliste, historien et savant jurisconsulte , voulut bien faire les démarches nécessaires pour m' obtenir l'entrée de cette bibliothèque, et sur sa recommandation , j'y fus reçu avec la même politesse et la même obligeance que j'avais déjà rencontrées chez les archivistes et bibliothécaires anglais.
Malheureusement le résultat de mes investigations ne répondit pas aux espérances que la lecture du catalogue m'avait données. Les documents signalés existent bien réellement; mais ce ne sont que des copies, dépourvues pour la plupart de tout caractère d'authenticité, et dont les originaux se retrouvent à la Tour, au Musée et dans d'autres dépôts, où l'on peut encore les consulter. Les copies de Lincoln's-inn ne peuvent servir, après avoir épuisé les dépôts où elles ont été transcrites , qu'à vérifier si, depuis cette époque, quelques-uns de ces documents n'ont pas été égarés ou détruits.
Mon travail à Lincoln's-inn a donc été bientôt terminé ; cependant j'y ai trouvé quelques manuscrits originaux auxquels j'ai consacré des notices, qu'on trouvera dans la troisième partie de cette introduction, au chapitre III.
SECONDE JUKIMy CHAPITRE IV. WOf
CHAHTRE IV.
Archives de l'Éohîqwtr. pilxw&ie partie, (aupw-fiotjflfc).
lis les dernières années 4» di*-septîème siècle, fine portion des archives de l'Échiquier est déposée dan» l'imeievme salle du chapitre de Westminster. Attenant aux cfeitrea et 4 lVgfoe , cet édifiée réponftrit par sa splendeur 4 la magnifieenee de toute l'abbaye, et ce qui en Teste est encore un des plus curieux monuments de l'ar- Aitecture #gm*e.
Autour d'une vante saHe octogone, dont la hauteur surpassait deux ou trois fois la largeur, une rangée d'arceaux uvriformes divisait par des mehires de marbre les dMftients compartiments d'un mur entièrement couvert de dorures et de peintures à fresque. Quelques fragments -de ces peintures allégoriques et mystiques subsistent encore aujourd'hui, et dans Pur* d'eux une tête de femme est si parfaitement befle, qu'on peut se demander si jamais les raines de l'Italie et de la Grèce nous ont rien laissé 4e plus beau. Le parquet de la salle, couvert de carreaux vernis, formait une visle mosaïque, où d'innombrables dessins se détachaient en jaune d'or sur un fond de bran rouge ; puis , au centre de toutes ces richesses et de tous ces chefs-d'œuvre, un élégant pilier, formé d'un faisceau de eolennettes légères , s'élançait du sol inflexible et gracieux, et montait jusqu'au faite. Les nervures des voûtes> rayonnant de ce centre comme les épis d'une gerbe gigantesque, allaient s'épanouir sur les vastes angles des murs, et portaient, suspendus à leurs flexibles rameaux, les immenses festons des baies. Par ces barges baies pénétrait de tous ottés la lumière comme une pluie nuancée des pèns brillantes couleurs , qui retombant scintillante et muette snr les arceaux sculptés, râseiait le long des murailles osuvertes de peintures et d'or, et semblant inonder des reflets les phis càrtayants du prisme, le parquet diapré de cette merveilleuse enceinte.
Il faut aujourd'hui toutes -les ressources de ftniagraation pour se représenter ee qu'avait été Cbapter-House* car les chose* ont bien changé depuiu que tes moines au sévère costume ne viennent plus animer de leur présence les solitudes de Westminster. La réforme d'abord, plus tard les soldats de CroraweH, puis toujours le manque de soins, ont rendu presque méconnaissable l'ancienne salle de l'abbaye royale. Déjà les voûtes s'étaient affaissée*^ les haies avaient été murées, et le pilier, redressé malgré hi, servait d'appui à TignoWe charpente d'un grenier, lorsqu'on eut In malheureuse pensée de se servir <fe Omptcr-Housa, «t d'y enfermer une masse énorme de parchemins et de papiers noircis. Des échafaudages hideux se dressèrent contre les murs , au milieu de la salle , partout. Ce qai restaittentor* daa mosaïques
GVItf INTRODUCTION.
et des peintures allait périr sans retour, si, par un reste de pudeur, ceux qui avaient eu l'idée d'utiliser ces ruines n'avaient heureusement voilé ces précieuses reliques derrière un plancher protecteur.
Espérons, dans l'intérêt réuni de l'art et de l'histoire , que les Anglais s'apercevront enfin qu'en utilisant mesquinement ces ruines vénérables, en renfermant , s'il est permis de s'exprimer ainsi, les archives scientifiques dans les archives de l'art, ils ont sacrifié non pas seulement l'un à l'autre, mais l'un et l'autre. La France leur a donné un bel exemple à la Sainte-Chapelle de Paris; qu'ils délivrent, eux aussi, Chapter-House de leurs archives, et leurs archives de Chapter-House.
Les diverses classes de documents conservés à Chapter-House proviennent toutes des archives de l'Échiquier ; mais les nombreux déplacements qu'elles ont éprouvés depuis un siècle rendent d'autant plus difficile de dire à quels dépôts successifs ces actes ont appartenu , que la plupart d'entre eux n'étaient pas alors et ne sont pas encore aujourd'hui complètement inventoriés. D'ailleurs, tout ce qui pouvait être recueilli d'une manière certaine sur l'origine de ce dépôt, le classement des archives qu'il contient, etc., a été dit aussi complètement qu'on peut le désirer, par sir Francis Palgrave (1). Quoique l'histoire des archives soit bien certainement une des parties les plus curieuses de l'étude de la diplomatique, le point le plus important pour nous est de connaître, non pas les vicissitudes auxquelles ces archives ont échappé, mais ce qui en reste et ce qu'elles renferment d'intéressant pour l'histoire de notre patrie.
Sous ce rapport encore , une notice sur les archives de Chapter-House est trèsdifficile à faire, non-seulement à cause de leur immensité (2), noqjseulement parce qu'elles ne sont pas encore toutes inventoriées, mais parce que le gardien actuel des archives de S. M. B., tout en s'occupant de la conservation , du dépouillement et du classement de ces archives, autant que le lui permettent les ressources trop faibles dont il dispose (3) et les besoins journaliers du service, poursuit avec une activité et un zèle non moins louables la centralisation et la réunion en un seul dépôt des archives confiées à sa garde, et qui sont encore répandues sur toute la superficie de la métropole. Ainsi , tel document qui se trouve aujourd'hui à Westminster n'y sera
(1) Kalendars and inventoriée of his Hajetty oœehequer. London, 1836, tfrt-8°, page IV à CIIIX, et dans les rapporte que le député gardien des archives de S. M. Britannique présenta en 1840 à la chambre des communes d'Angleterre.
(2) J'ai mesuré la masse effrayante des parchemins, connus ou inconnus, sous les noms de tortffs, flnee, court of wards, king's bench, miscellanea, etc., qui sont entassés à Chapter-House , entre des piliers provisoires, à peu près comme les hectolitres de farine sont entassés entre les piliers de la halle aux blés de Paris, sans que rien vienne interrompre l'immense circulation d'air, de fumée et de poussière ô;ui agit, et surtout à Londres, d'une manière si déplorable sur les archives; son ensemble s'élève à plus de cinq cents mètres cubes.
(3) U n'y a que trois employés à Chapter-House.