‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 58 sur 331 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Histoire générale (1).

ARTICLE PREMIER

xie, xi i« et xui° siècles.

Le plus ancien des documents originaux conservés dans les archives que j'ai visitées, est sans contredit la charte que Guillaume le Conquérant accorda la première année de son règne aux habitants de la ville de Londres ; mais cette pièce importante et célèbre n'intéresse la France que d'une manière indirecte. L'histoire du •vainqueur, qui serait restée celle de sa patrie s'il eût été vaincu, est devenue l'histoire du peuple soumis, et je n'aurais peut-être pas dû mentionner un pareil document dans ce recueil, si les modernes travaux d'un illustre écrivain, en ajoutant une heureuse et pacifique conquête à celle de nos ancêtres, n'avaient rendu doublement française une histoire qui rappellera désormais inséparablement unies deux gloires de notre patrie, celle du héros et celle de son poëte ; les noms d'Augustin Thierry et de Guillaume de Normandie. Le scribe du xie siècle qui traça sur un morceau de parchemin si petit, qu'il couvrait à peine la moitié de la main de celui qui le reçut, les deux ou trois lignes qui sont devenues si célèbres, ne se doutait certainement pas de l'immense retentissement qu'elles auraient dans la postérité. Un volume entier ne suffirait pas pour indiquer le nombre de fois que cette charte a été imprimée ou transcrite ; je me bornerai donc à mentionner parmi les nombreuses transcriptions conservées avec l'acte original, dans les archives de la mairie de Londres, la copie qui se trouve dans le liber Hom. Elle est accompagnée de deux traductions en anglais et en latin, qui font connaître exactement le sens attaché au commencement du xive siècle, à chacun des mots de la charte saxonne du xic siècle (n° i).

(1) 11 est peut-être utile de rappeler que je n'ai pas eu l'intention d'indiquer dans ce chapitre tout ce qu'il y a d'historique dans ce Yolume, et que j'y ai ajouté quelques notes sur l'importance ou l'authenticité des actes eux-mêmes. •

CXYÏIl IHTRODUCTIOW.

Àu commencement du xin6 siècle, en 1226, lorsque devint roi de France, Louis, connu depuis sous le nom de Saint, mais qui n'avait alors que douze ans , le trône d'Angleterre était occupé par un autre enfant, Henri III , dont l'avènement avait promptement rallié les grands vassaux au parti national. Les barons anglais pensèrent avec raison que la jeunesse du roi de France, loin de produire des événements semblables à ceux qu'avait amenés la minorité du roi d'Angleterre, fournirait au contraire une occasion favorable de tirer vengeance de ces voisins tracassiers qui, dans leur présomptueuse vanité, s'étaient d'avance partagé le patrimoine du petit-fils d'Éléonore ; ils préparèrent donc une expédition contre la France, et les habitants de Londres, contrairement à leurs privilèges, furent forcés d'y contribuer. Pour ménager le plus possible la puissante commune, Henri III lui accorda une de ces déclarations banales que les rois donnaient si aisément aux villes dont ils violaient les franchises, et déclara que c'était bénévolement et sans tirer à conséquence pour l'avenir, que les citoyens l'avaient aidé à défendre son héritage au delà de la mer (n° v).

Entre la charte de 1226 et la proclamation faite à Londres en 1291, pour empêcher de maltraiter les envoyés du roi de France (n° xxxv), on ne trouve dans ce volume, malgré quelques documents très-curieux pour l'histoire des mœurs et des coutumes, aucun de ces faits auxquels on est accoutumé de donner le nom d'historiques.

Les dispositions bienveillantes du gouvernement anglais, exprimées dans la proclamation de 1291, ne furent pas de longue durée à l'égard de la France, l'espèce de supercherie par laquelle les Français se firent livrer la Guyenne excita contre eux, en Angleterre, une réprobation générale, dont se rendit interprète un poëme latin assez remarquable, soit parla forme, soit par le fond (voyez : Introduct . chap.in, art.r, § 12, et n° xlv). Il est assez difficile d'assigner une date précise à la composition de ce poëme ; cependant comme le titre porte : De proiitione Vasconie et de eju$dem conqnestu , il est permis de penser qu'il fut composé en 1295, c'est-à-dire à l'époque où les premiers succès de l'expédition du duc de Lancastre firent croire qu'Edouard Ier allait tirer une vengeance éclatante de la mauvaise foi dont il avait été victime. Le cartulaire où ce poëme avait été transcrit est orné de vignettes, et pour en enlever une, un voleur doublement coupable a emporté les neuf derniers couplets, qui contenaient sans doute une indication de l'époque où ces vers avaient été composés. Quoi qu'il en soit, le récit du poëte est en tout conforme aux faits résultant des actes connus : Edouard 1er, trop confiant dans la parole des Français, avait été le jouet de leur perfidie ; épris des charmes de la femme qu'on lui proposait, il ne s'était pas aperçu du piège qu'on lui tendait, et pour réparation de griefs imaginaires, avait consenti à se dessaisir fictivement de la Guyenne pour six semaines

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