TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. QU
au plus. Puisse la publication de ce document appeler l'attention des érudits sur un des faits les plus importants de notre histoire, quoique la plupart de nos historiens lui aient donné une signification contradictoire sans prendre la peine de discuter les preuves de leurs assertions.
Edouard 1er se conduisit en effet comme le poète nous le représente. En même temps qu'il s'occupa des affaires les plus importantes pour lui, celles du pays de Galles et de l'Ecosse, il pressa une expédition contre la France, et prépara une ligue qui devait être fatale au prince qui venait de faire pressentir son règne par un acte d'ingratitude et de déloyauté. Les succès d'Edward contre les Écossais et les Gallois avaient augmenté sa popularité ; mais pour développer chez les Anglais les sympathies dont il avait besoin, le monarque eut soin de réchauffer par des demandes de secours habilement combinées, les susceptibilités nationales. Il fit valoir surtout que les Français, non contents de s'emparer déloyalement de la Guyenne, venaient récemment de faire une descente en Angleterre, comme pour interrompre la prescription du droit qu'ils voulaient s'arroger d'y faire de temps en temps une invasion. Pendant qu'Edward faisait revenir à grands frais en Aquitaine les chevaliers gascons qu'il avait employés à ses guerres dans la Grande-Bretagne (n° lvi), il mandait à la commune de Londres de prendre des mesures de sûreté contre les étrangers qui se trouvaient en Angleterre, et se faisait accorder des secours pour garder les côtes du comté de Kent (n° xl vi) .
Edward partit, mais malgré ses efforts et malgré les vers du poëte, il parait que la guerre entre les deux rois fut généralement regardée par leurs peuples comme une querelle de famille que les traités pouvaient assoupir. Du moins les actes publiés dans ce volume et qui concernent les marchands d'Amiens et les foires de Champagne semblent le prouver (nM l, lix, lxii, etc.).
ARTICLE II
xnre siècle.
Ce n'était pas seulement envers le monarque anglais que Philippe le Bel devait montrer un caractère inquiet et tracassier : les registres de la mairie de Londres nous en fournissent la preuve dans la transcription de cette buUe si fameuse et si connue : Salvador mundi, où Boniface VI II, après avoir reproché à Philippe son ingratitude envers le Saint-Siège, lui retira toutes les faveurs précédemment accordées par les papes (n° lxxv). Le fait seul de la transcription contemporaine de cette bulle dans les registres de Guild-Hall me parait susceptible d'offrir quelques considérations utiles à l'éclaircissement de cette célèbre querelle entre le Pape et le Roi, tandis que la manière dont elle y est transcrite fournit aussi -une remarque importante.
CU INTRODUCTION
La bulle est intitulée dans les registres de la mairie de Londres : Littera générale revocatorum privilegiorum et graiiarum concessarum régi Francie ; elle est suivie d'une dernière déclaration : Scire te volumus. . . dans laquelle le Pape annonce en termes si clairs, si concis et si énergiques, que le Roi lui doit obéissance au temporel aussi bien qu'au spirituel, qu'un grand nombre d'historiens, argumentant de la netteté et de la précision de ce langage, si peu en rapport avec le style ordinaire des autres bulles, ont prétendu que cette pièce était apocryphe. Or, la transcription contemporaine de cet acte dans les registres de la mairie de Londres fournit un argument contraire à leur opinion, en même temps que la manière dont elle y est transcrite peut expliquer comment d'autres érudits ont été fondés à dire que la bulle Scire te volumus n'avait jamais été expédiée de la chancellerie pontificale. En effet, dans le manuscrit de Guild-Hall , cette déclaration en style inaccoutumé ne forme point une bulle à part, avec dates, suscriptions et formules, comme Dupuy et quelques autres écrivains nous l'ont donnée ; elle sert pour ainsi dire de posteriptum à la bulle Salvator mundi, ainsi que l'indiquent ces mots : Clausula specialis directa régi Francie. Cette dernière circonstance coïncide parfaitement avec cet autre témoignage du viel livre que Dupuy avait vu (1), et où cette déclaration était précédée d'un titre semblable : hta clausula erat in litteris quas Papa misit Régi. D'ailleurs, si le style de cette déclaration est peu en rapport avec le style ordinaire des lettres dés Papes, on ne peut en dire autant des prétentions qu'elle exprime. La bulle Ausculta fili, et surtout la bulle Unam sanclam, insérée par Boniface VIII dans le quatrième livre des Décrétâtes, élèvent les mêmes prétentions, sinon en termes aussi concis, du moins en termes aussi clairs, et les documents inconnus à Dupuy et que Brequigny a rapportés de Londres , ôtent toute espèce d'incertitude à cet égard.
A la mort d'Edward I", dont nous avons déjà parlé, page 62, son fils, quoique reconnu roi, ne fut couronné que longtemps après son avènement. Au mois de février 1308, il fit faire à Londres une proclamation pour que les Français qui devaient assister à son couronnement fussent honorablement reçus et que personne ne les insultât ou ne leur fit de mal, sous peine d'un emprisonnement d'un an et un jour (n° lxxxviii).
Le commencement du règne d'Edward II ne -fournit guère que des documents relatifs aux querelles suscitées par la turbulente commune de Londres aux marchands étrangers. Cependant, un acte de 1313 fait voir que malgré l'inutilité des réclamations d'Éléonore, veuve de Henri III, les Rois d'Angleterre n'avaient pas renoncé à faire valoir leurs droits sur le comté de Provence. Edward II confirma en
(1) Dupuy, HUtoire du différend, etc., p. 10.