CHAPITRE PREMIER
de MM. Mathnrin Esnanh et Loprewwt, 1074.
S'il faut s'en rapporter aux savants auteurs du Nouveau traité de diplomatique ( 1 ) , qui d'ailleurs n'avancent ce fait que d'après l'autorité de Ménage, la première mission scientifique envoyée par le gouvernement français en Angleterre remonterait k l'année 1674. Selon ce témoignage, Louis XIV aurait chargé MM. Esnault et Leprevost, seigneur de Bécherel , d'aller copier en Angleterre quelques titres dont il avait besoin y et ces savants auraient visité les archives de la Tour de Londres, puis- 'qu'ils affirmaient, à leur retour, que ce dépôt ne contenait aucun titre authentique antérieur au règne de Jean-sans-terre (2). Mais un document existant encore dans les archives de Westminster, et que sir Francis Palgrave a publié (3), prouve que M. Esnault n'avait point été envoyé à Londres pour le Roi, ou dn moins qu'il y déguisa le véritable motif de sa mission.
Il résulte en effet de ce document que, le 23 janvier 1674, une délibération des lords du conseil d'Angleterre accorda k Mathurin Esnault, citoyen de Paris, envoyé par les commandeurs et chevaliers de l'ordre de Saint-Lazare et de Jérusalem , la
(1) Tome I, page 102.
(S) M. Lepret ost, ST. de Bécherel, et HT. Esnault, qui ont été envoyez à Londre de la part du Roi pour copier quelques titres de la Tour de Londre, dont le Roi avoit besoin, m'ont assuré que les plus anciens titres originaux, qui fussent dans la Tour de Londre, estoient du roi Jean-sans-terre. Ménagé, HUU de Sablé, p. 331.
(3) Kalendare and inventories, etc., tome III, page 445.
Xn INTRODUCTION.
permission de rechercher, dans les archives de la Tour, de Westminster, etc., les documents qui pouvaient intéresser Tordre de Saint-Lazare et tous les autres ordres hospitaliers et militaires établis en France.
Il existe aussi aux archives du royaume, parmi les papiers de Tordre de Saint- Lazare (1), quelques titres, copies, notes, etc., desquels il résulte : que M. Esnault correspondait réellement avec les commandeurs de Tordre de Saint- Lazare; qu'il resta à Londres pendant toute Tannée 1674, et qu'il s'occupait, non-seulement de découvrir des documents inconnus, mais de collationner et vérifier sur les originaux environ dix-sept cents titres signalés dans un mémoire fourni par un M. Cocherel[2). Je n'ai jusqu'ici rencontré aucun autre renseignement sur les travaux et les personnes de MM. Leprevost et Mathurin Esnault. Il serait cependant possible que ce dernier personnage fût le même que Mathurin Hesnault, nouvelliste etrimeur obscur, qui, selon le poëte Loret (3j, fut condamné , par sentence du Chàtelet, à un bannissement ignominieux , et que pour ce fait on a quelquefois confondu avec Jean Hesnault, auteur de vers satiriques contre Colbert. Dans cette hypothèse, il faudrait admettre que Mathurin Hesnault, à la fin de son exil, avait obtenu d'être envoyé en Angleterre, au nom du Roi ou de Tordre de Saint-Lazare, et que son nom a été mal orthographié par le gazetier Loret et tous les littérateurs qui l'ont confondu avec Jean Hesnault.
Gautier de Siber, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , qui publia, en 1772, une histoire de Tordre de Saint-Lazare, ne fait aucune mention des travaux de Mathurin Esnault, et cependant indique les circonstances qui déterminèrent probablement Tordre dont il écrivait l'histoire à faire faire des recherches en Angleterre. On peut supposer en effet que, lorsque le marquis de Nerestang, grand-maître de Tordre, vieux et infirme, consentit à donner sa démission moyennant un dédommagement de 330,000 livres, Louvois, qui convoitait cette place et voulait donner à Tordre dont il allait être protecteur une importance nouvelle, -fit rendre Tédit de décembre 1672, par lequel Louis XIV donnait à Tordre de Saint- Lazare, non-seulement tous les biens qui lui avaient anciennement appartenu, mais encore ceux de plusieurs autres ordres éteints. En sorte que le futur grandmaître avait un intérêt évident à faire rechercher quels pouvaient être ces droits. Gautier de Siber, en parlant des documents dont il s1 est servi, se contente de dire qu'il a dans les mains plusieurs actes levés autrefois à la Tour de Londres. Ces actes sont probablement les documents rapportés par Mathurin Esnault; mais , par une singularité qui vient jeter de nouveaux doutes dans une question déjà si obscure,
(1) Archiv. du roy. Sert. M. 106.
(2) M. Cocherel pouvait bien être le même que M. Leprevost, seigneur de Bichsrel.
(3) Gazette du 3 septembre 1661.