‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 97 sur 331 · NM · texte numérisé non relu

NM

Au xve siècle, à Tépoque où le duc de Bedford quitta momentanément la France, la ville de Paris se trouva réduite à un tel état de misère, qu'un poète du temps se fit l'interprète des douleurs de sa patrie, et les exprima dans une pièce de vers composée de trois strophes de douze vers, assujetties chacune à des rimes semblables, et terminée par un quatrième couplet de sept vers. Celte pièce eut l'honneur d'être transcrite dans les registres de la mairie de Londres. Mais, comme les inscriptions et discours en vers français qui se trouvent dans la relation de l'entrée de Henri YI à Paris, et la chanson satirique faite à Lyon au commencement du xvi€ siècle contre le chancelier Duprat, ces monuments poétiques sont beaucoup plus intéressants pour l'histoire que pour la littérature. Il suffit donc de les citer (Voy. les nM ccclxxx,

CCCLXXXI, CCCXXX1I, CDL1X).

ARTICLE II

Monuments littéraires en prose.

XIIP SIÈCLE.

de antiquis LEGiBus iiBBR (archives de la mairie de Londres).

Ce manuscrit, petit in-4°, d'environ 160 feuillets, écrit sur vélin, est de la fin du xme siècle. Il est difficile de juger de son contenu par son titre. Je dirais même que le titre du livre n'a aucun rapport avec son contenu, si quatre ou cinq feuillets ne pouvaient à la rigueur servir de prétexte au nom par lequel on l'a désigné.

Un titre bien exact eût été d'ailleurs assez difficile à trouver ; on y rencontre indépendamment des pièces de poésie dont nous venons de parler, page cxcm, et sans compter quelques pièces isolées transcrites par des mains plus récentes sur les feuillets restés blancs :

1° Epistola Bomfacii, archiepiscopi Magmewsmsiê, notions Ânghe, qniposteà

TROISIÈME PiATlE* CHAPITRE III. CXÇA

mortyria canmmtwêêt, ad Béhebàldum,regem Mmvhmtm. Après cinq ouais autres màns analogues, et transcrites par la mène main, vient riûstoire singulière du fhilosophe Seamdm , terminée far oes mois : txphcit Hber.

T Un ouvrage que k table dès matières, -placée au caimincamcnt du manuscrit, désigne ainsi : 3e origine yentis Fremcorum et de rege Cmrolo Magm, quoique l'ouvrage transcrit «commence par un chapitre intitulé : Partictdar* tractatus WiL lelmiy quiscripsit de gestis regum Anglonm*... amwqiêarto regni Chelwfi, régis Nertkumbriorwn. ., oint Beda, hgMriem... anno dcmxxiv, etatis sueux...

dette biographie de Béda fut éerîte peu de temps après 1a conquête des Normands ; car l'auteur , dépeignant les localités habitées 'pur Béda, dit que oes >liaux reculés n avaient eu è souffrirai lie l'irruption des Danois, mi de h récente nraaaon des Normands (1). Or, les Normands pénétrèrent 'dans le Northumberland vers Tan 1070, c'est douceâtre cette époque et Van 1067 que l'auteur écrirait.

Cet auteur prétend, dans son dernier chapitre, -que depuis la mort de Béda, l'étude de la science a longtemps disparu du sol de l'Angleterre, comme oe l'attestent que trop, dit-il, les vers que l'on a gravés sur son tombeau (2). C'est avec un sentiment bieu vif d'intérêt que j'ai retrouvé ce récit d'un Saxon inconnu, contemporain de la conquête, qui se préoccupait encore d'études philosophiques et littéraires , lorsque déjà l'invasion avait détruit la base d'une civilisation qui bientôt allait disparaître pour toujours. Cette vie du Vénérable paraît avoir été inconnue des éditeurs de ses œuvres, publiées *en 1098, pour la Société des antiquaires de Londres.

Après avoir dit sur Béda tout ce qu'il avait à en dire, l'auteur ajoute : Nunc de généalogie Karoli Mmgnx vélo truc lare, et il parle des descendants de KarJe4e- Grand , de Karle, gendre d'Edward, de Knut, roi des Danois, de Geribert, Hildebrttnt, Urbain II, <et enfin termine -son extrait par une liste des évéques et des patriarches de Jérusalem. Le tempe ne m'a pas permis de vérifier à quelles sources l'uutwi avait puisé son récit.

'8° 'La table des matières annonçait à la suite : Caput XX VI. €hvmca regmi Anglorum a tempore quo Angli et Saxones venerunt in Angliam. Caput XX Xi H. Jkregibm Nvrmanenm <fut regmwertmt... etc. ; mais oette partie, écrite d'une autre itoam que 4e teste du volume, ne commence qu'à la deuxième année de Guillaurae-le-Roux, d'où il faut condlure, qu'à une époque déjà ancienne, les six premiers chapitres de cet ouvrage , <et une partie du septième , ont été enlevés du manuscrit.

(i) Ptoju... nec vêl nniiqu0 DanorumtâttemUiJVMnaner.umjpopulatu lugubris. (2) « Magnus ignavU testimonium dabunt vertus epitophii pudendi pror$ùs et tanti viri mautoleo tnéigni. »

CXCVI INTHODUCTIOH.

L'auteur de cette première .partie du manuscrit s'est arrêté au départ dé Jean* sans-terre pour la Normandie ; et un autre écrivain , probablement contemporain des événements qu'il raconte, a continué le récit jusqu'aux dernières années de Henri III. Je n'ai pas besoin de faire remarquer l'importance que peuvent avoir ces divers traités historiques ; quand même ils seraient extraits d'ouvrages connus, ils pourraient encore être très-utilement consultés pour la révision des textes, et peut-être fournir des variantes importantes.

4° L'ouvrage qui vient ensuite est le plus considérable du manuscrit, non-seule* ment par le nombre des pages qu'il occupe, mais encore par l'espèce de documents qu'il contient. Sous le titre modeste de : Liste des maires de Londres, se trouve une véritable chronique , un journal complet des événements arrivés dans Londres pendant une grande partie du xme siècle.

Cette chronique commence par une simple liste des maires, liste entremêlée de notes historiques, dont quelques-unes ne sont pas sans intérêt. La première, entre autres, est, je crois, le seul monument qui constate que le premier maire de Londres fut perpétuel, et qu'à sa mort les maires furent élus chaque année ; mais peu à peu les notes historiques devenues plus fréquentes acquièrent aussi plus d'étendue; et quand le narrateur arrive enfin au temps qu'il a vu ou qu'il voit, son récit n'est plus une chronique, c'est un véritable journal, journal écrit pour ainsi dire d'heure en heure, avec toute la vivacité des impressions que l'auteur venait d'éprouver. J'en citerai comme preuve , un passage sans doute écrit à l'avance sur quelques feuillets blancs , mais qui se trouve maintenant enchâssé au milieu d'une charte rapportée à sa date; puis encore des notes marginales où l'auteur, trouvant qu'il n'avait pas assez bien rendu sa pensée, revient sur son sujet et s'exprime avec toute la violence d'une passion ardente et actuelle.

Dans un passage maintenant encadré dans une charte, au f. 85 v° : « Ce maire, dit l'auteur, avait su si bien exciter les têtes des gens du peuple, que , se nommant eux-mêmes la commune, ils gouvernaient seuls la Cité.» Nam ipse major omnia agebat et terminabat dicens eis : Vultis vos ut ità fiât ? et si dixissent ta ! ta I itâ factum fuit. . . etc. l

- Le narrateur détestait principalement le maire qu'il vient de désigner : «Puisque, » dit-il (fol. 114), on écrit le récit des belles actions pour en perpétuer le souvenir, » & la gloire des bons, on doit aussi écrire le récit des cruautés , malices, perfidies

» et iniquités des méchants, afiu que le témoignage de leur honte soit aussi connu

» des siècles à venir qu'il l'est de celui-ci. II ne faut donc pas passer sous silence » les erimes et les cruautés que Thomas, fils de Thomas, et Thomas de Puwelesdon » avaient formé le projet d'exécuter, lorsque heureusement l'événement de la ba- » taille d'Evesham vint les en empêcher. Ils s'étaient rassemblés, je ne sais si c'est ou

TROISlfcMÇ PARTIE, CHAPITRE III. CXCYII

» non d'après le conseil du comte de Leycester, et ils avaient promis sons serment » de massacrer quarante des plus honorables citoyens de la ville. Ils devaient assem- » bler la commune à Guild-Hall, s y rendre avec des armes cachées, et tuer au milieu » de la foule les victimes désignées, dont voici les noms : N... etc.» Un peu plus loin (f. 118 v°), l'auteur nous apprend qu'une réaction eut lieu ; et il cite encore les noms de cinquante amis de Thomas, fils dudit Thomas, qui furent bannis de la ville.

Une des notes marginales dont je parlais tout à l'heure s'exprime ainsi, sous l'an 1264 : Tune qui ibi fuerunt présentes, potuerunt vider e mirum et à seculo inauditum, quod Me miserrimus major, in ipso juramento suo ausus est verba tatn temeraria pro ferre, dicens domino regi> coram populo : « domine quandiu vos volueritis esse nobis bonus rex et dominus, nos erimus vobis fidèles et devoti » (f. 93).

Il faudrait citer ainsi toute cette chronique pour donner une idée exacte de l'importance et de l'intérêt que présente la narration de tous les drames dont Londres fut alors le théâtre ; mais il faut espérer que M. Edward Tyrell, qui a depuis longtemps fait préparer une copie de cette chronique, se déterminera enfin à la livrer au public, enrichie des nombreuses notes que sa connaissance profonde des historiens anglais et de l'histoire de Londres lui permettra d'ajouter.

5° La partie suivante ne contient que sept feuillets. La table des matières leur

donne pour titre : Provisiones ad leges anglicas emendandas Mais cette pièce

fut regardée sans doute comme très-importante, puisqu'elle suffit pour donner au manuscrit, qui contenait tant d'autres choses, le titre de: De anliquis legibus liber.

6° J'ai formé une dernière division des nombreuses pièces transcrites çA et là, et par diverses mains, dans les feuillets blancs du manuscrit. Voici celles qui m'ont paru les plus importantes :

Folio 1. Deux chartes de Henri III, sur les impositions à prélever sur la ville.

Fol. 41. Vision d'Edward le Confesseur pendant sa dernière maladie. . Fol. 43. Quelques notes qui tiennent la place d'un chapitre que la table avait intitulé : Généalogie de Henri H , depuis Noé.

Fol. 45. Copie d'un statut ou règlement, fait du temps de Richard Ier, sur la construction des maisons, sur les murs mitoyens, etc. Cette pièce, qui est ici désignée sous le nom de : De Âssisa require casum, se trouve aussi dans le registre de Guild-Hall, cAté C, sous le titre : De edificiis inter vicinos , et enfin une troisième fois , dans le Liber custumarium.

Fol. 48 v°. Liste des évêques des principaux évêchés d'Angleterre. Celle des évèques de Cantorbury est répétée deux fois, l'une en vers, l'autre en prose.

Fol. 56. Acte curieux dans lequel on a essayé d'établir un étalon invariable des poids et des mesures anglaises, au moyen de grains de blé; depuis un esterling, qui doit peser 52 grains, jusqu'au poids de 512 livres, qui pèse 3,932,160 grains,

(JIGViU ïiYTRGDUCTION,

Jtbmbre plus fort que ceux qu'on a ordinairement l'occasion de trouver dan* le* calculs du xhi* siè<5le.

FdL'154. Quelques règlements faits en 1271 sur l'état des Juife k Ltndres.

J'ajouterai qu*it existe an Musée britannique, Biblioth. harleienne, n° 090, une copie complète du Liber de antiquis legibus, faite an xvne siècle, et que M. Hunier en a donné une description dans le rapport de la commission des archives d'Angle- ' terre : Appendix, page 465.

On a pu remarquer ci-dessus, page x l vu , l'indication de quelques antres «manuscrits du x»r siècle.

XIVSSHSCLE.

J4»va îHOrn (Archives de la mairie de Loedres).

Ce volume en parchemin , petit in-V de 370 feuillets, relié en bois, enrichi de miniatures, vignettes, initiales ornées, etc., est, après le De antiquis Jegibus liber, le plus ancien manuscrit que possède Guild-Hall. Il se trouve dans les archives de la Cité depuis le moment de sa confection, en 1*311 ; car il est souvent cité dans -des registres fort anciens. André Horn , qui l'avait fait faire pour son compte ou pour celui de la ville, vivait à la fin du xin6 siècle et au commencement du xtv*. Il était tout à la fois jurisconsulte, fonctionnaire de la commune et marchand de poissons.

Ce volume commence ainsi : In isto libro continentur statuto, ordtnaiùmes, el carte, et liber laies, et consueludines civitalis Londôn, et ordo justicie ilineranlium apud turrim Londôn, el ipsum iter.

Ce titre explique suffisamment le contenu du manuscrit ; mais, à la page 206, se trouve un nouveau titre , qui semble indiquer qu'André Horn n'avait pas fait compiler tout le volume ; on y lit : lsle liber restât Andrée Horn, piseenario Londôn, in quo continentur carta el alie consuetudines predicte civitatis et statu la, etc.; quem fieri fecit anno Domini 1311.

Ce curieux volume, vaste répertoire où l'auteur avait placé tout ce qui lui paraissait utile à conserver, doit nécessairement contenir une foule de renseignements qui se sont perdus depuis lors. C'est surtout dans ce qui a rapport à la jurisprudence qu'il fournit des renseignements précieux , et qui m'ont paru s'éloigner beaucoup de tout ce que je connaissais d'ancien en ce genre.

J'ai remarqué (fol. 190] : Ceo sont bones notabilités prises deBretonn : Ceo est de la commune ht iTEnglelerre. Breton est le titre d'un des plus anciens traités sur la loi commune. On en a attribué la composition à André Horn lui-même.

Au fol. 1 19. Règlements, formules, etc., sur les plaidoiries : chartes des coutumes,

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