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Collignon, jardinier du voyage de La Pérouse

Comme les expéditions de Cook et de Bougainville, comme plus tard celles de d’Entrecasteaux et du capitaine Baudin, celle de La Pérouse comprenait un ctat-major scientifique dans lequel figuraient, outre de Boissipu Lamartinière, docteur en médecine de Montpellier, désigné par de Jussieu comme botaniste, les deux Prévost, l’oncle et le neveu, dessinateurs de botanique 1 ,| un jardinier choisi par Thoüin, jardinier eu chef (on disait alors premier jardinier) au Jardin du Roi.

C’était Jean-Nicolas Colugnon, né à Metz le 19 avril 1762, de Pierre-Nicolas Collignon, jardinier, et de Barbe Simonin, veuve : George, dont la mère et la soeur, Barbe, habitaient près de l’hôpital Saint-Nicolas, à Metz 2 .

C’était dit Thoüin « un jardinier 3 jeune, actif, intelligent,'ayant des connaissances théoriques et pratiques de son art... Il écrit assez passablement pour tenir un journal d’observations... et a quelque teinture de la connaisance des plantes. »

À l’intigation de Buffon et de La Pérouse, Thoüin avait rédigé « un mémoire détaillé qui présente un plan de travail sur les moyens d’enrichir les peuples qu’on va visiter de nos productions végétales ■les plus utiles en même temps qu indiquer les moyens de rapporter en Europe les productions de ces pays qui peuvent servir à la nourriture des Hommes, aux Arts et aux Sciences ».

« La première partie contient : 1° l’état des végétaux qu il'est indispensable d’emporter d’iei, soit en graines, soit en nature ; 2° les moyens qui paraissent les plus propres à leur conservation jusqu’aux lieux où on les destine ; 3° la manière de les distribuer relativement aux différents climats et le choix des différents sols dans lesquels on peut espérer leur multiplication.

« La deuxième partie a pour objet de diriger le jardinier de l’expédition dans les récoltes qu’il doit faire pour l’Europe et sur les moyens de les conserver pendant la traversée ».

Ce mémoire constitue un manuscrit de 24 feuillets condensé

1. Prévost l’aîné était avant tout le peintre de l’expédition, son neveu se refusa toujours à reproduire autre chose que des plantes, cc dont se plaint de Lamartinière dans une lettre du 9 janvier 1787 datée de Maeao.

2. Renseignements fournis par M. Bellard, Conservateur des Musées de Metz.

3. Thoüin ne dit pas qu’il était jardinier au Jardin du Roi mais il est donné comme tel dans l’état nominatif du personnel de l’Expédition de La Pérouse (Milet-Mureau Voyage de La Pérouse, I, p. 4,1797).

Bulletin du Muséum, 2 e série, t. XX, n° 1, 1948.

ensuite en 8 feuillets écolier et a été publié par Milet-Murëau, l. c., p. 208-232. Le 29 juillet 1785, le chevalier de TIervieu, directeur des ports, écrit à Thoüin pour lui demander s’il n’a pas quelque complément à ajouter à ee mémoire.

Avant le départ, une autre correspondance s’était déjà échangées entre Collignon et Thoüin :

19 juin 1785, lettre de Thoüin à Collignon ;

20 et 22 juin, lettres de Collignon ètThoüin qui les reçoit le 28 et y répond le jour même ;

27 juin, lettre de Collignon à Thoüin qui la reçoit, le 6 juillet et y répond le même jour ;

29 juin, lettre de Collignon à Thoüin qui la reçoit le 7 juillet et y répond le 8 ;

6 juillet, lettre de Thoüin envoyant à Collignon une brochure dê John Ellis ;

8 juillet, lettre de Thoüin faisant parvenir à Collignon une lettre de M ma L Anglois ;

14 et 22 juillet, lettres de Collignon à TnoüiN auxquelles celui-ci répond, le 9 août en lui recommandant de faire des envois de Madère. Thoüin reviendra sur la question dans une lettre du 5 août transmettant deux lettres de M m<1 L’ Anglois en invitant Collignon à envoyer des graines d’oignon 1 et de plantes de Madère. Il insistera encore dans une lettre du 9 août.

Mais entre temps, le 1 er août 1785, l’expédition a quitté Brest. Collignon et Prévost jeune sont sur la Boussole commandée par La Pérouse tandis que La Martinière est embarqué sur l’Astrolabe, commandée par de Langle. Ils emportent une pacotille de graines 2 et des arbres 3 renfermés dans une serre portative avec la

1. On sait que les oignons de Madère, à saveur douce, sucrée, peuvent atteindre jusqu’à 18 cm. de diamètre. -

2. 6 boisseaux de pépins de pommes, 6 boisseaux de poires, 6 boisseaux de raisin, 8 litrons de groseilles, 2 boisseaux de noyaux de pêches, 1 boisseau d’abricots, 1 boisseau de prunes, un 1/2 boisseau de cerises, 2 boisseaux d’amandes, 2 boisseaux de noix, 6 litrons de graines de melon, 4 litrons de pastèques, 4 litrons d’artichaut, 1 litron de poivre de Guinée, un 1/2 boisseau de céleri, un 1/2 boisseau de cerfeuil, un boisseau de cresson alénois, 4 litrons de persil, 1 litron de pourprier, 1 litron d’oseille, un 1/2 boisseau de laitue pommée, 1)2 boisseau de laitue romaine, un boisseau de laitue à couper, un boisseau de cbicorée sauvage, un boisseau d’oignonS blancs et rouges, 2 boisseaux de navets, 6 litrons de raves diverses, 2 litrons de radis, 1 litron d’ail, 1 litron d’éehalotte, 1 litron de pommes de terre, 2 boisseaux de carottes,

3 litrons de Chiroui (chervi ?), 1 boisseau de panais, 1 boisseau de salsifis d’Espagne, un 1/2 boisseau de Salsifis blanc, 3 boisseaux de betterave, 8 boisseaux de blé, 4 bois* seaux de maïs, 4 boisseaux de sarrazin, 4 boisseaux de riz, 4 boisseaux d’orge,

4 boisseaux de seigle, 6 boisseaux de pois, 6 boisseaux de haricots, 3 boisseaux de fèves, 2 boisseaux de lentilles, 1 boisseau de pois chiches, 2 litrons de lupin, 2 litrons de vesee, 1 litron de fênu-grec, 1 litron de moutarde blanche, un 1/2 litron d’aubergine, 2 boisseaux de chou, 1 boisseau de citrouille et potiron, 1 litron de concombre, 1 litron de courge, 1 litron de calebasse, 1 boisseau d’arroclie, un 1/2 boisseau de bette, 1/4 de litron de tabac, sans parler des pommes de terre prises à Brest et des patates et ignames à prendre en cours de route.

3. 6 pommiers, 7 poiriers, 10 vignes, 3 pêchers, 5 pruniers, 4 abricotiers, 7 figuiers

Bulletin du Muséum , 2 e çérie, t. XX, n° 1, 1948,

terre où ils étaient plantés, celle-ci ne pesait pas moins de 250 livres et le tout. 2.330 livres.

Le 10 août 1785, Collignon écrivit à Thoüin de Madère où il était arrivé le 15, mais il ne dit rien des graines tant demandées.

Le 30 août 1785, il écrit de Tcnérifïe où il était arrivé le 19 et envoie à Tiioüin les graines qu’il a récoltées du 10 au 30 août par conséquent à Madère et aux Canaries. Thoüin ne les reçoit qüe le 22 juin, 1780. -

Le 15 novembre 1785, Collignon cerit à Thoüin de l’île Sainte- Catherine, sur la côte du Brésil, disant qu’il voulait envoyer des graines renfermése dans une boîte de fer blanc 1 mais qu’il n’a'pu le faire, la caisse de bois qui devait la contenir n’ayant pas été faite à temps.

Le 7 février 1780, Thoüin, transmettant à Colligon une lettre de sa mère, lui prodigue tous ses encouragements.

Le 14 mars 1786, Collignon alors^à la baie de la Conception, sur la cote du Chili, écrit à Thoüin en lui envoyant des graines dans une boite de fer blanc renfermée elle-même dans une caisse de bois.

Le 24 novembre 1780, Thoüin envoie la réponse à l’île de Franee (Maurice) où il est prévu que l’expédition doit toucher en 1788.

L’expédition arrive ensuite à l’île de Pâques où Collignon sème des choux, des earottes, betteraves, maïs, citrouilles (9 avril 1780), à Mowée (probablement Maui, l’une des îles Hawaï — on disait alors îles Sandwich) (mai 1780), à Port des Français, sur la côte de l’Alaska (juin 1780), puis à Monterey sur la eôte de Californie (septembre 1780) où Collignon reconnaît la Grande Absinthe, l’Absinthe maritime, l’Aurone mâle, l’Armoise, le Thé du Mexique, la Verge d’or du Canada, l’Aster Œil-de-Christ, le Mille-feuilles, la Morelle à fruit noir, le Perce-pierre (Criste-marine) et la Menthe aquatique 2 .

Enfin les navires jettent l’enere à Macao le 2 janvier 1787.

Le 28, Collignon écrivit à Thoüin en lui envoyant dans 3 boites de fer blanc renfermées dans une caisse de bois, les graines récoltées « à la baie de la Conception, à l’île Mowée, au Port des Français, à Monterey 3 et à l’île de Pâques ».

L’expédition fait ensuite escale à Manille (22 février-9 août 1787) puis en août 1787 à la baie de Castries sur la côte de Sibérie. C’est là qu’arrive à Collignon un grave aeeident : ayant voulu faire du feu,

6 cerisiers, 2 oliviers, 2 cognassiers, 1 mûrier, 2 châtaigniers, 1 amandier, 2 framboisiers, et même des rosiers et des lilas.

1. Il en avait emporté 24 de différentes tailles depuis 10 X 8 X 6 pouces jusqu’à

20 X 16 X 12 pouces. ,

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