PRÉFACE
Le 20 mai 1886, nous faisions au Sport nautique de Nantes notre première conférence sur les collisions en mer, puis la seconde en juin à Cherbourg et la troisième au Havre le 3 juillet.
Le succès fut assez complet pour nous faire obtenir plus tard le double patronage des chambres de commerce et sociétés de géographie.
Dans ces conditions, nous avons fait en septembre 1886 la quatrième conférence à St-Nazaire; la cinquième à Granville, le 27 novembre; la sixième à Caen, le 4 décembre — six conférences en 1886.
rJ En 1887, nous avons encore fait neuf conférences sur le ^ même sujet :
A Bayonne, le 22 avril 1887;
A Bordeaux, le 23 id.
A Rochefort, le 25 id.
A La Rochelle? le 2 7 id,
A Calais, le 20 mai 1887;
A Dunkerque, le 22 id.
A Abbeville, le 23 id.
A Dieppe, le 7 juin 1887;
A Rouen, le 8 ' id.
En 1888, nous terminions la série :
A Lorient, le 17 janvier 1888;
A St-Malo, le 19 id.
Mentionnons comme mémoire une lecture que nous fîmes au congrès de Nantes en août 1886; notre conférence de Paris à la salle des Capucines en juin 1887 et la manifestation de Granville du 24 février 1889.
Dans les conférences des ports, la présidence était exercée par les présidents de la chambre de commerce ou de la société de géographie. Ces réunions publiques étaient composées de capitaines au long-cours et au cabotage, marins, pilotes, armateurs, négociants et autres personnes s’intéressant aux choses de la marine. Le nombre total des auditeurs dépassa certainement 7,000.
Au début, les assistants signaient après le vote leur adhésion à la fin de la séance. On fut obligé bientôt d’y renoncer à cause du nombre considérable des auditeurs. Les chambres de commerce et sociétés de géographie prirent alors des résolutions motivées. Les conseils municipaux des ports, entraînés dans ce mouvement d’opinion, émirent à leur tour des vœux favorables à la réforme.
Ces documents sont classés en douze dossiers distincts.
Les pétitions, résolutions et vœux, furent adressés à la neuvième commission des pétitions de la Chambre des députés. M. le marquis de la Ferronnays, député de la Loire-Inférieure, fit sur ces pétitions un remarquable rapport (page 73).
Dans le dernier paragraphe, M. de la Ferronnays s’exprimait ainsi :
« Il n’appartient pas à la commission de se prononcer
sur la valeur des réformes proposées, mais elle pense qu’elles ne sauraient être rejetées sans avoir préalablement été examinées. Si cette étude permet de constater leur nécessité et leur efficacité, le gouvernement — nous n’en doutons pas — considérera que l’honneur dé la France lui impose le devoir d’en poursuivre la réalisation en provoquant des conférences internationales qui seules peuvent amener l’adoption d’une législation nouvelle. »
Ce rapport fut renvoyé au ministre de la marine.
Transmis, le 17 juillet, par le président de la Chambre des députés, à M. Barbey, ministre de la marine et des colonies, la réponse revenait six jours après avec une solution négative.
Nous avions été invité à comparaître, le 3 juin 1887, au palais du Corps législatif, devant la neuvième commission des pétitions. C’était avant la rédaction du rapport de M. de la Ferronnays. Ce jour-là, nous avons exposé pendant une heure toute la question devant cette commission.
Quelques jours après, l’incident suivant se produisit.
Les grandes compagnies de navigation connaissant les dispositions de la commission qui avait approuvé à l’unanimité les bases de son rapport, firent des démarches actives pour faire avorter l’affaire.
Plusieurs membres de la commission subirent cette influence. Ils étaient presque disposés à revenir sur leur vote. Heureusement, le rapport approuvé et signé par tous les membres avait été remis à la questure. Le fait était désormais accompli.
. Dans son rapport, M. le marquis de la Ferronnays (page 75), développe les diverses propositions qui sont l’expression des vœux des pétitionnaires.
La première est ainsi conçue : Déterminer et rendre obligatoires certains itinéraires .
Nous citerons Je principal passage :
« Aujourd'hui, quand la recherche des moindres distances a rendu la mer trop étroite pour ainsi dire, toute la navigation à vapeur s’entassant sur les mêmes routes, la prudence la plus élémentaire semble indiquer la nécessité de mesures analogues à celles auxquelles a donné lieu la circulation terrestre. Grâce aux moyens de direction dont disposent les navires de nos jours, une telle réglementation n’est pas plus difficile sur mer que sur terre. »
Des cinq propositions du rapport, la première — celle des routes internationales — avait le privilège d’inquiéter les Compagnies de navigation. L’obligation de suivre des itinéraires tracés d’avance limitera la liberté des capitaines et leur imposera une responsabilité qu’ils n’ont point aujourd’hui. On comprend alors l’opposition des Compagnies et leurs démarches. Quoi qu’il en soit, la décision du ministre de la marine était bien prise. On ne voulait rien faire. On avait laissé dans la pénombre le rapport de la Commission des pétitions. Le ministre dans sa réponse n’avait même pas cité les noms des Chambres de commerce qui avaient pris la tête de ce grand mouvement.
Dans ces conditions, nous eûmes la pensée de nous adresser au secrétaire d’Etat des Etats-Unis.
Le rapport de M. de la Ferronnays et diverses notes imprimées furent ajoutés à notre envoi à Washington. Nous fîmes d’ailleurs remarquer que l’agitation française était bien l’œuvre du gouvernement Américain. Le rapport du 31 janvier 1885 de M. Jarvis Fatten a entraîné les Chambres de commerce françaises.
Dans notre, lettre au sous-secrétaire d’Etat, nous demandions que le gouvernement des Etats-Unis voulût bien se mettre à la tête de la réforme et provoquer la réunion d’une conférence internationale. Notre dossier fut adressé à M. Jarvis Patten qui nous répondit officieusement le 4 mars 1888 (page 81). La réunion très prochaine d’une
conférence internationale fut bientôt arrêtée par l’Amérique. Le but était atteint.
Le Bill fut alors voté par la Chambre des Représentants et parle Sénat des Etats-Unis. Ainsi se décida la conférence de Washington qui dut d’abord se réunir le t®r octobre 1888. Mais la date était trop rapprochée pour la convocation des puissances maritimes. On remit donc cette conférence au 17 avril suivant et finalement au 16 octobre 1889.
Le volume actuel se compose d’une étude de 32 pages sur les routes de navigation et d’une série de documents classés en 12 dossiers. Ces pièces donnent à cette ouvrage toute Pimportahce qu’il peut avoir.
Le premier dossier contient les résolutions des Chambres de commerce françaises et étrangères.
Le deuxième dossier renferme les procès-verbaux des Sociétés de géographie.
Dans le troisième dossier se trouvent le rapport de M. le marquis de la Ferronnays (page 73) et la réponse du ministre de la marine, la lettre de M. Jarvis Patten, le compte-rendu de l’Académie des Sciences (1).
Le cinquième dossier contient la délibération du Conseil d’ Amirauté du 24 avril 1886 (page 86) et plusieurs docu* ments officiels.
Le sixième dossier renferme les vœux des Conseils municipaux.
Le septième dossier contient la correspondance de divers amiraux et présidents de nos conférences, ainsi que la lettre de M. de la Ferronnays à l’amiral Juin, président de la Société de géographie de Bordeaux (page 113).
Le huitième et le dixième dossiers renferment l’opinion de nos amiraux sur les routes internationales de navigation.
(lj Le numéro d’ordre du 4° dossier a été passé par oubli*
Le neuvième dossier contient seulement deux lettres relatives à un ouvrage sur les collisions en mer de M. le chef des Instructions nautiques.
Le onzième dossier est relatif à la manifestation de Granville à propos de la neutralisation des Bancs de Terre- Neuve ; on y voit l’opinion des amiraux sur cette question.
MM. les contre-amiraux Mouchez et Fleuriot de Langle insistent de nouveau sur la nécessité d’imposer aux paquebots des itinéraires de navigation tracés sur les cartes.
Le douzième dossier contient deux lettres : l’une de la Compagnie générale transatlantique, l’autre de M. Fossé, vice-président de la Chambre de commerce de Granville.
Le treizième dossier contient une énumération des articles de journaux qui ont parlé des conférences. C’est pour ainsi dire la voix de l’opinion publique. La presse s’est montrée partout favorable à cette cause humanitaire et aux réformes proposées.
Nos conclusions sont très succinctes. Nous les adressons à la conférence de Washington. Nous les terminons par un état récapitulatif des différents moyens que nous jugeons utiles pour diminuer le nombre et la gravité des collisions.
Cherbourg, le 25 Août 1889.
Albert RIONDEL*