PREMIÈRE LETTRE
Versailles, le 6 Mars 1886.
Mon cher Riondel,
J’achève la lecture du travail- que vous m’avez adressé sur les collisions en mer. J’espère que vous parviendrez à résoudre les questions importantes que vous avez poséçs.
Aujourd’hui, le plus grand des dangers de la navigation est, sans contredit l’abordage, et rien n’est fait pour le conjurer quand il serait facile d’en diminuer les chances.
La plus grande de vos difficultés est d’en venir à mettre d’accord, en France, les Ministères qui doivent s’occuper de la question. C’eût été le devoir et l’honneur du Ministère de la Marine de la revendiquer, car tout ce qui se passe sur l’eau est de son ressort.
Il y a longtemps que le peu de portée du feu vert, surtout avec un peu de brume est un fait reconnu. N’étiezvous plus sur la Bretagne, lorsque nous avons expérimenté des fanaux de signaux colorés, proposés par le capitaine de vaisseau, depuis contre-Amiral Lageol ? Un des principaux motifs du rejet de ces fanaux fut le peu de portée du fanal vert et la facilité avec laquelle nous le confondions avec le feu blanc lorsqu’un léger rideau de brume venait à s’interposer.
Je ne vous dis pas courage, parce que vous n’avez pas besoin d’être excité dans la voie que vous suivez, mais je vous souhaite une prompte réussite dans l’intérêt de la vie de nos marins.
Il ne suffit pas d’avoir des Sociétés de Sauvetage pour les naufrag s de nos côtes, il faut éviter ses écueils bien plus dangereux qui filent douze nœuds, et au-delà, et qui ne figurent pas sur les cartes.
Signé : GICQUEL DES TOUCHES.