Livre VI
[C'est vendredi; on fait maigre : éloge du poisson, animal pur, hostie offerte à Dieu les jours déjeune. Sa longévité, 457-459. Longévité prodigieuse des anciens hommes, faite pour récompenser leurs vertus, dit Salomon; pour accélérer le progrès des sciences, dit Toralba; pour peupler la terre, dit Curce, et réduite de crainte de surpeuplement, 460-462.
De quelques riles, 463-471. L'usage du maigre est destiné à réprimer notre concupiscence, dit Coroni. Salomon : de même la Pàque juive, les jeûnes juifs. Par des usages parfois contradictoires, les fidèles témoignent leur respect à leur dieu : tête couverte chez les païens, juifs, mahométans, nue chez les chrétiens; danse interdite ou recommandée, 463-4661.
(i) NBD ipsiusque mortis duritatem pertvlisse. M diri/atem. — j, V lam ardenti supplicalione. BMD rogalione. — [k] .V nullo negolio a se (B ipso. Ml) ipse) impetrare poluisset. — [l] NMD non modo Deufn verum, sed eliam verum hominem esse. B omet verum après Deu m.
(A) C'est la réponse d'Origène à Celse, o. c, 2, 9 Migne t. J, col. 807 ; et d'ailleurs par la question de Salomon nous voilà revenus au même point que nous venions de quitter. Sur ces retours perpétuels de la discussion dans YHept., voyez mon Jean Bodin, 3, 5, p. 165.
Histoire de la danse religieuse.
[467] Cukce. — Aulresfois cestoit vne coustume receue presque chez tous les peuples de saulter et danser (A) pendant les sacrifices ce qui ne se faict plus en aucun lieu du monde. Et en effect [a) a Geneue & {b) chez les Suisses ce seroit vn crime de danser dans le temple ce que les Iuifs faisoient par deuotion : car nous voyons que Dauid en conduisant larche prit sa harpe et dansa saultant vn peu plus h.iult que sa femme Micliol (9) (c) par bienséance (B). Et quand on venoit apporter quelque offrande sur les autels, il falloit en approcher auec vn visage riant comme cen estoit l'vsage (0).
468 Sëna'my. — Il est certain que les danses pendant les sacrifices ont esté en vsage parmy tous les peuples de la lene (1). Mesmes (cl) les prestres de Mars dicts Saliens nont esté ainsy nommez (pie du mot latin Salive qui signiffie saulter (C). Comme aussy aux spectacles publics et speciallement aux ieux instituez en Ihonneur de Iupiter il y auoit vn grand danseur qui faisoit la loy aux aultres pour la danse. Lesquels ieux ayant cessé a Rome pendant quelques années Iuppiter apparut en songe (e) iusques a trois fois a vn certain sénateur reuestu de la dignité de grand danseur affin de les restablir, ce qui! négligea de faire parce quil nestoit pas des plus adroits en cet exercice (/") (D) : mais en ayant esté chastié par la mort de deux fils il raconta la chose au Sénat lequel ordonna que les ieux seroient restablis (2). Ce qui confirme ce
(9) Lib. 2 Reg., c. 6 (E). -- (0) Rabbi Kimhi in Psalm. 42 (F). - (1) Plutarch. in Nicia et Alcibiade (G). - (2) Valer. Maxim, lib. 1. Liui., Plutarch., Dyonis. Halicarnassœus (H)
(a) Au livre VI, Guhrauer s'arrête : d'où, ici, la disparition de B. N quemadmodum (?,. MD quidem. — (b) Net. MD aut. - (c) N Michalse. MD Micholae. — (d) N Sec tantum. MD Nec vero. — (e) N in somnis. MD in somniis. — (/") N saltaret. MD sallarat.
(A) Sur la danse religieuse, cf. Démonom., 2, 4, p. 238.
(B) Contresens. MD aliquanto altius quam Micholae uxori décorum videretur, = un peu plus haut que sa femme Michol ne l'estimait décent. Micliol, en effet, raille la danse de David et en est punie par la stérilité.
(G) « Salios a saliendo et saltando diclos esse quamvis nemo dubitare possit, tamen... »Feslus, 17. — « A saltu nomina ducunl ». Ovid., Fast., 3, 387.
(D) Contresens. MD et cum senatori cuidam Jupiter in somniis visus est, qui ludos instaurari juberet, quod prsesultor indocte saltarat, deque ea re ter admonitus neglexisset, duorum filiorum morte perterritus senatui rem aperuit, qui ludos instaurari jussit. Le sénateur n'est pas grand danseur; il reçoit de Jupiter l'ordre de faire recommencer des fêtes, où le grand danseur n'a pas observé les rites de la danse.
(E) II Rois, 6, 14 et 16.
(F) Commentaire de David Kimhi sur le verset 4 du l}s. 41 (Hebr. 42 : « le passeray au lieu » du tabernacle merueilleux, iusques a la maison de Dieu. El la voix de liesse & louange sera le » son de celuy qui faicL bonne chère ». Cf. Démon., 2, 4, p. 238.
(G; Plularque nous" montre Nicias en personne conduisant à Délos la théorie athénienne (Nicias, 3), Alcibiade en personne menant à Eleusis la pompe sacrée des mystères {Alcibiade, 34). — Cf. sur l'usage de la danse religieuse dans l'antiquité Lucien, De saltatione, passim, et surtout 20.
(H) Valère Maxime, 1, 7, 4; Liv., 2, 36, 2; Plutarque, Coriolan, 24 ; Denys d'IIalicarnasse, 7,
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES Sl'BLIMES 155
qui a eslé prouué cy dessus que les sacrifices des payens mesmes faicts auec négligence ont tousiours esté désagréables a Dieu (A) qui na iamais laissé sans punition ceux lesquels y ont assisté auec irreuerence.
Cokom. — le croy que nos bastelleurs (B) qui dansent tous nuds auec des espées et des boucliers veulent imiter ces anciens saliens ou ce danseur lequel par ce qu il immoloit vn bœuf a Jupiter fut appelle par les Athéniens [ioûc&ovoî bouffon.
Cukce. — Les chrestiens de la primiliue Eglise abolirent les danses par ce quils nosoient faire leurs assemblées que la nuict de crainte des supplices a "ce qu escript Iustin le Martyr (3) Mais Constantin le Grand estant arriué a 469 l'Empire et par conséquent tout subiect de crainte ayant cessé les danses furent restablies lequel vsage l'Eglise romaine na pas encores tout a fait quitté (g). Car ce quils appellent procession [h) ne se faisoit pas autresfois comme elles se font a présent en se pourmenant mais en saultant et dansant (C). Et il ny a pas encor long temps que les deux chantres qui commen-
(3) Ad orthodoxos qua?stio 7 0.
(g) NM qui mos nondum ab Ecclesia Romana plane desertus est. D déserta, faute. — [h N Xtini quse proeessiones ab ipsis appellabantur. MD ab Mis appellantur.
68. Mais, comme l'histoire de Cléomcde d'Astypalée, supra, p. 448, sou élrangelé a rendu cette anecdote populaire, el on la trouve un peu partout ; Gic, De divinatione, 1, 26; Augustin, De civ. Dei, 4, 26 et 8, 13; Minucius Félix, Octavius, 7; Lactance, Inst. div., 2, 7. etc.
(A) Contresens. MD etiam paganorum sacra negligenlius peracla immorlali Deo displicuisse, omîssa clades et excidia populis invexisse, — que la négligence dans le culte, même idolâtre, déplait au vrai Dieu, et que l'abstention amène aux peuples désastres et ruines. Idée longuement développée supra, pp. 226-232 et notes.
(B) MD bufones, barbarisme copié sur l'italien buffone. Le j3oûcpovo; de Pausanias, 1, 24, 4, ou 1, 28, 10, immole un taureau, puis s'enfuit; on saisit alors sa hache, qu'on cite en justice. Quant au rapprochement des deux mots, grec et franco-italien, Bodin en a commis de plus surprenants : il lire menteur du grec (/.ivTtç, devin, Démon., 1, 4, p. 92; Jovetn du lélragramme hébreu lovah. Hep/ , IV, p. 477; mais tre gonin prestidigitateur) de l'hébreu Megonim, sorciers, — quand Brantôme même semble avoir connu Gonin le bateleur, dont le nom était devenu un générique. Cf. Dames gai., éd. .louausl, t. 1, p. 296.
C L'abbé Lerosey, Histoire el symbolisme de la liturgie, Paris, 1889, p. 377 sq., ne m'apprend rien de tel sur les processions. Y a-l il lieu de rapprocher l'avènement de Constantin de la naissance des processions ? On en peut douter. Constantin meurt en 337, et les premières processions chrétiennes ont lieu en Orient vers 375 Basile, Epistol. 307, ad Neocsesareos ), en Occident vers 388 Ambroise, Epist. 40 ad Theodosium . La Grande Encyclopédie est plus encline à voir l'origine des processions dans le triomphe romain que dans les marches triomphales, purement occasionnelles, des Juifs (Xombr., 10, 33; Josué, 6, 13: I l'aralip., 13, 7 sq. ; Il Paralip., 20, 27 sq., etc.).
(D) Encore des souvenirs vagues. Justin dit bien, A/>ol. ad Antoninum Pium, 1, 26 (cité en note, supra, p. 231 , que c'est la crainte des supplices qui oblige les chrétiens à chercher la nuit el le mystère, mais c'est pour les laver du reproche de luxures bestiales, que l'ombre dont ils s'enveloppaient leur attirait. « On n'a iamais employé de reproche plus alroce contre nos premiers » chrestiens, dil Federich, que de les accuser de prophaner leurs temples dans leurs prières de » nuict par des slupres £ incesles, pour repousser lesquelles calomnies Origene, Iustin, Alhena- » gore A Terlulien ont faict chacqu'vn vne apologie ». Hept., IV, p. 316. - Il faut d'ailleurs corriger la référence de Bodin el lire : Ad orlhod., q. 107. Justin y explique seulement que l'Eglise, pour se distinguer des Juifs qui accompagnent les chants religieux de son d'instruments, de danses el de crotales, n'a voulu garder, que le chanl dans sa pureté.
cent les Psaulmes au milieu du cheur saultoient du couchant au leunnt puis du leuant au (?) couchant, et après lun & lautre (j) dans le milieu du cheur demeuroient debout sans remuer placez dune manière que Fvn regardoit le midy & lautre le septentrion : ce qui fut cause autresfois qu'vn certain ioueur de harpe (4) saduisa de dire que cestoit pour Iupiter les corps célestes et les Dieux qui dansent ensemble la hault dans les cieux, aussy bien que l'immobilité de la terre qui est leur rnere (A). Il y a cependant vne chose a remarquer en faueur des chrestiens, que ces deux chantres pour ne pas faire parrestre que leur ioye eust pour obiect ny les Dieux infernaux ny les Idoles a fin de leur rendre honneur comme les Payens, leuoient les deux mains (k) vers le ciel, et par ce quil estoit incommode de tenir long temps les mains leuées ils firent faire des basions garnis d argent ou il y auoil au bout vne main aussy dargent a fin de commencer a se dispenser de ces saulillemens en marchant plus grauemenl et auec plus de modestie (B'i. Mais comme ces dignitez ont enfin esté conférées a des ignorans par laueur a cause quelles esloient profitables (/), on ne saulta plus du tout & se conlenta on de se promener, dou est venu le prouerbe : Aux ignares qui nauoient appris ny a chanter ny a danser. [470] Ainsy petit a petit les danses par l'Eglise Rommaine ont esté abandonnées pour les promenades (C).
[De la musique religieuse. Salomon loue la lyre de David, Curce attaque les orgues papistes, 471, puis la liturgie en latin, qui rend inintelligibles aux fidèles les louanges de Dieu. Salomon remarque que mahométans et chrétiens eux-mêmes se servent des psaumes de David, qui chantent un Dieu incorporel, unique, pur de toutes les superstitions confessionnelles, 472 sq.
Contre la divinité du Christ, 474-511].
(4) Scholiastes Pindari.
(il N in occusuin. MD ad. — (/) N utrique. faute certaine. MD ulerque. — (k) N dexlram. Ml) dextras. — (l) N sed cu»i imperitis hujusmodi sacerdolia ac munera quwsluose Iribuissent. MD quœstuosa, seul explicable. MD tribui cœpissenf. Sur cœ pissent, cf. supra, p. 231 note (;.
(A) Contresens. MD quae ralio fuit a citharœdo in sacris ludis antiquitus observata, ut cœlestium orbium ac Deorum in cœlis c/ioreas agentium motus, ipsiusque Terras matris Deorum stationem, imitarentur. J'entends : De toule antiquité le poète lyrique a observé celte méthode ice calcul de faire l'ace au nord et au midi) pour copier dans son choeur l'immobilité de la terre & la ronde autour d'elle des astres et des Dieux.
(B) MD ac summis pedtnn digitis îiiti [cœperunt], ut modestius sal tarent, = et commencèrent à se hausser sur l'extrémité des doigts de pied, pour mettre plus de gravité dans leur danse.
(G) Voici la deuxième fois (cl. supra, IV, p. 335 sq.) que Bodin cherche à montrer les origines païennes de telles cérémonies chrétiennes; je pense que celle insistance esl voulue; en tous cas c'est pour la faire remarquer que j'ai cilé le morceau. On remarquera que, Salomon avouant d'ailleurs l'existence de la danse religieuse chez les Juifs, il a élé bien vite oublié et que tout l'effort de la discussion a tendu à montrer la parité des rites antiques et chrétiens.
Impossibilité physique de la divinité du Christ; Dieu est indéfinissable
à l'infirmité humaine.
,474; Toralbe. — Dou vient donc que de tous les peuples qui sont en si grand nombre il ny a que les chrestiens qui reconnoissenl Iesus Christ pour Dieu et qui auec vne infinité dautres saints le prient l'exaltent et l'adorent, puisquils ne confessent qu'vn seul Dieu architecte et créateur de tout cet vniuers ?
Federich. — Par ce que ce nest point autre que Dieu mesme et fils de Dieu éternel (a).
Octaue. — Si Christ et Dieu éternel ne sont qu'vne mesme chose (6), pourquoy Pierre pieschant au peuple (2) vse fil de ces paroles, Que toutte la maison d'Israël apprenne que cest Dieu qui a faict ce Christ nostre Seigneur?
Federich. — Cest pour distinguer la nature humaine dauec la diuine, que Iesus homme est vn ouurage de Dieu et que comme Dieu il a esté engendré de toutte éternité par son père qui dans vn seul Iesus a vny les deux natures a fin quil fust médiateur des hommes enuers luy bien quil ny ayt qu'vn Dieu (A), comme dict S. Paul (3).
[475J Tokai.be. — Dans toutte lestendue de la nature tout autant de fois que de deux natures contraires il sen compose vne troisiesme (c) les deux autres périssent a cause de la confusion id) des formes (B) : tout de mesmes si dans la nature de Iesus Christ il sy faict vn assemblage de lu nature diuine et de Ihumaine, ou dune forme humaine & dune forme diuine, il fault que les deux périssent et que délies soit produict vn tiers qui ne ressemble point du tout a ces deux natures (e). Ainsy voyons nous quand de leau et du miel meslez ensemble il se faict vne composition que Ion appelle hydromel, par la corruption des deux natures [f).
(2) Actorum, c. 2 (C). — (3) I Epist. ad Timotlueum, c. 2 1 1) .
(a) N aelernus Dei fitius. MD aelerni. — (6) MD si Chrislus idem est qui (N quod) Deus œternus. — c) MD tertio qusedam (se. nalura). N tertium quoddam ab ulraque diversum, interpolation venue de infra : cl*, noie (e). —\d) N conflationem, faute amenée par conflatur qui précède. MD confusionem. — (e) AT tertium quoddam et diversum ab ut raque conflari. MD tertium quiddam diversum. — [f] N corrupta utriusque natura. MD simplicium natura.
A Lh pensée de Federich est subtile, étant Ihéologique, mais claire, et beaucoup plus que R ne le ferait supposer. MD sic utraque natura in uno Jesu coaluit, ut Dei et hominum medialor esset, quia medialor unius esse non potest, Deus autem unus est : si les deux natures sont ainsi fondues en le seul Jésus, c'est pour qu'il pût être médiateur entre les hommes & Dieu; car, comme dit l'apôtre, on ne peut pas être médiateur entre un seul, et Dieu est un.
(B) Cf. supra, IV, pp. 211-213 : des contraires naît l'harmonie, mais de deux composants sort un composé absolument différent : exemple : l'oxymel, fait de vinaigre et de miel.
(C) Acl., 2, 36.
(D) La première Epître à Timothée dit seulement, 2, 5 : « Il n'y a qu'un Dieu ni qu'un média- » leur entre Dieu et les hommes, Jésus-Chrisl homme ». Mais je trouve : « Or le médiateur n'est » pas d'un seul; mais il n'y a qu'un seul Dieu ». Ad Galat., 20. C'est évidemment ce verset que Bodin a voulu citer.
Cohoni. — Les deux natures en Iesus Christ ressemblent (A) dune manière quil ne sy faict point de confusion, mais demeurent distinctes en sorte que neantmoins elles ne se diuisent point.
Octaue. — Pourquoy donc Athanase (-4; ne reconnoist il pas dans son liure de l'Incarnation deux natures en Iesus Christ mais vne (B) seulement (g) ?
Cohoni. — A fin que personne ne simagine que la nature (/*) humaine en Iesus Christ soit adorable, mais bien la diuine (C). Cest pourquoy Grégoire de Nazianze et Cyrille (5) reconnoissent deux natures. Cependant après sestre reuestu de lhumanité l'vnion des deux a esté telle quelle ne se peut plus diuiser (i) (D). Ainsy les deux ne sont plus qu'vne, comme il n'y a qu'vn seul suppost (E).
Clhce. — Pour respondre a Toralbe sur ce quil a parlé de la forme naturelle et de la diuine auec confusion (/) (F) il nest pas de lordre quand on traitte des
(4) In libro de Incarnatione. — (5) Lîb. 9, c. 31 in Iohannem (G).
(g) N tantum. MD modo. — \h) N omet naturam. — {i) N sed quia post humanitatis assumptionem facla divisio non est, una et eadem esse prœdicalur. M pia divisio non est (?). D pid (= prima). — (j) N traduxit. MD traducit.
(A) Lapsus de plume pour se rassemblent. MD natura duplex in Chrislo sic copulatur, ut non sit con fusa; sic distinguilur, ut non sit divisa. Il y a union, non fusion; distinction, non scission
(B) Alhanase,en effet, insiste sur l'union in lime des deux natures en J. -G., De Incarnatione verbi (Migne t. 1, col. 95 sq). Même il serait aisé de trouver dans Alhanase des expressions plus énergiques de la même doctrine, telle que ©uotxv) eviaaiç, Contra Apollin., 1, 10 (Migne t. 2, col. 1110). Mais Athanase n'est pas monophysite comme le croit Octave : il dit formellement que J.-C, un en tant qu'hyposlase divine, est double quant aux natures qui le composent, Fragmenta (Migne t. 2, col. 1223), Cf. Vacant et Mangenot, o. c, t. I, col. 2169 sqq.
(C) Contresens. MD ne guis putet, Christi divinam naturam esse adorabilem, non item humanatn, = pour éviter qu'on n'estime adorable en Christ la nature divine, et non l'humaine. En effet ces deux natures, en tant qu'unies dans une seule hypostase divine, sont également adorables. Et c'est dans le même but que (lyrille et Grégoire de Naz. reconnaissent deux natures : ces deux, n'étant plus qu'une après l'incarnation, méritent l'adoration.
(D) Le texte de D : prima divisio non est est évidemment le bon. Le bon sens l'avoue : quand après l'incarnation la première distinction entre les deux natures n'existe plus, alors on dit qu'il n'y en a plus qu'une seule et unique. Le texte même, inintelligible, de M : pia divisio non est, l'autorise. On voit 1res bien que le pia de M est le prima de D, écrit dans D pid.
(E) Glose. Par suppost, R entend l'unique hypostase où se joignent les deux natures.
(F) Voyez, dans mon Jean Bodin, 2, 2 et 3, pp. 130 et 145, comment Bodin, posant d'abord ce principe rigide que chaque science a ses méthodes, transporte en pratique les méthodes de l'une dans le domaine de l'autre, et aboutit à une confusion absolue des méthodes et des objets, en ce qui concerne les sciences entre elles, en ce qui concerne la science et la religion. Ce passage même de VHept., bel exemple de celte confusion, y est commenté.
(G) Deux références confondues. 1° Cyrille, in Joh. evang., lib. (J (Migne t. 7, col. 274), explique que le Fils, Dieu, né de Dieu, a cependant revêtu la forme humaine, et ce pour expier en elle notre péché originel. 2° Grég. Naz., O ratio 31, 2 dans les anciennes éditions (Bâle, 1 1ervagius, 1550; Paris, Seb. Nivelle, 1583) que j'ai vues; dans Migne, 37, 2 il. 2, col. 28G). Grég. y explique les contradictions, pour la raison humaine, des deux natures en Christ, né et éternel, sujet au lemps et indépendant de lui, changeant de place et doué de l'ubiquité. Christ n'a pas été créé deux, mais un de deux natures. Mais que dit Grégoire? Il retombe dans la terminologie humaine; qu'on lui pardonne ses paroles : il parle avec son langage misérable du plus grand des mystères.
choses qui regardent la metaphisique de descendre acellesqui sont purement phisiques (A).
[476] Tohalbk. — Christ en tant qu'homme est vne matière de phisique (k), Mais le véritable subiect de la metaphisique cest a dire le propre obiect de la Théologie est Dieu Si donc en quittant les choses naturelles il faull que nous parlions de Dieu, il ny a rien en toutte lestendue de la nature qui luy puisse conuenir ou quon luy puisse attribuer affirmatiuement : mais il est facile de nier tout (6) : par ce que tout ce qui a estre horsmis Dieu est substance ou accident par nécessité. Or Dieu nest ny lun ni lautre, & ny a mesmes aucune imagination naturelle qui puisse estre commune a Dieu & a la créature, ny ayant point de ternie ou de diction qui puisse estre appliquée vniuocalement (/) a ce qui est infiny (B) & a ce qui ne lest pas. Cest pourquoy de tout ce qui est en la nature on peut demander que sont ces choses (m), mais de Dieu on ne peut faire la question que de cette sorte : qu'est ce que ce nesl point, puisquil est tout, bien quon ne le puisse dire ny exprimer (C). Et partant tous les Théologiens qui donnent a Dieu vne hypostase ou substance ou vne personalité parlent mal (n). Ce qui a faicl que Simplicius a dict que la première cause nauoit point de nom (o) (D). Proculus (7) l'académicien dans son liure du dieu
(6jDyonis. De diuinis nominibus. Moses Rambam in Mb. 3 More neuokhim (E). — (7) In libro de singulari deo.
(k) ND fihysicœ subjectum est. M physici, faute : M lui-même continue metaphysicœ. — (l) N una voce. MD univoce. — [m) N quid sit, inadvertance. MD quid sint (eae res). — (n) N impr'opïé, barbare. MD impropre*. — (o) N id est tou ^avxo; (MD twv ïtxVttov < atn'ou, U7rèp Tcàvta ovtgç (MD ovtwç) tx ovra, oùSsv Igtiv oc/.eïov cîvoaa.
(A) C'est justement où Toralbe excelle, et par où il bal cruellement en brèche les mystères. Il présente avec un sûr sentiment du grotesque, et en Taisant sans cesse appel à l'incoercible instinct de la raison, les attributs du pur esprit en conflit avec les servitudes de la chair : « Les » Papistes, dit-il p. 547, veulent que le corps de lesus Christ soit partout el en plusieurs lieux » en vn mesme temps Or Christ ne peut pas pluslost [estre] en deux lieux en mesme temps que » partout. Que sil est vne Ibis monté dans le ciel, il nest pas partout ny en plusieurs lieux : et s'il » esloil partout il na iamais monté ny descendu des cieux : car ils ne veulent pas que la nature » humaine soit partout avec extension, mais que le corps du Christ soit-partout entièrement et » réellement, nayanl point de partie hors de ses parties, mais toultes ses parties dans loutles,cest » adiré pour parler plus intelligiblement les pieds danslecerueau, les mains dans les entrailles ».
(Bi Omission. MD nec ullus est naturœ conceplus Deo et crealurse communis, quia nihil un'/ voce de finito vel infinito dici polest, nec ullum genus est infinitum aut indifferens ad ftnitum aut infinitum, = nous ne pouvons concevoir dans la nature aucune propriété qui soit commune à l'homme et à Dieu, parce qu'on ne peut rien dire dans le même langage sur le fini et l'infini, et que nous ne connaissons aucune espèce d'être qui soit infinie, ou qui ne soit sujette ni au fini ni à l'infini.
(C) Puisqu'il est tout, etc., glose explicative.
D Tou tixvto; oÙti'ou, ûttÈo Trxvta ovtoç x'j. ovxa, ou5év e<rnv otxetov ovou.x, =■ La cause de toute chose, existante au-dessus de tout ce qui existe, n'a pas de nom particulier. \ Parce que, explique Simplicius, quelque nom que nous lui donnions, ce nom exprime une des qualités qu'elle réuniL toutes . Comment, in Eplleti EnchiHdion, 36, Paris, Didot, 1840, p. 101.
E Sur Moïse Rambam et le Moreh nevokim, cf.s//p>Y<,p.251 note F.— On ne peut louer Dieu que par abstraction de toutes ses qualités, qui sont pour nous inimaginables, explique Denys l'Aréopagite, De divinis nomin., 1, 5 (Migne t. 1, p. 594). Voici un texte encore plus conforme à ce que lui fait dire Bodin : « Negaliones in divinis veree, affirmationes vero incongrus sunt ». De iselesli Hierarchia,2, 3 (Migne t. 1, p. 142 . Bodin a peut-être tiré cela de D.-Mornay, o. cl, 4, p. 66.
160 JEAN BOD1N
singulier dict quil ny a point de parolles (A) pour exprimer ce que cest. Et Parmenides la appelle àypi£uijt.jiTo; (8) (B). Et après auoir dict de luy beaucoup de choses qui ne luy appartiennent point (C), il se trouuera que ceux qui en parlent le moins improprement lappellent vue Essence éternelle vnique pure & simple destachée de toutte matière corporelle (p) infinie [477] en bonté sagesse & puissance. Et en ce point les Académiciens les Stoïques et les Peripaleticiens sont en quelque façon daccord auec les luifs et les Mahometans, comme estant (D) vn principe que la Nature inspire dans lame de tous les hommes.
[Salomon vante alors, à grand renfort de philologie hébraïque, le monothéisme rigoureux des Juifs. Revenant à la divinité du Christ, Toralba déclare qu'indocile à l'autorité, il considère l'Incarnation comme inadmissible parce qu'elle suppose l'inconstance de Dieu. Federich répondant seulement : Oui, l'Incarnation est incroyable aux incrédules, mais très facile à accepter pour ceux qui ont la grâce, 477-480.1
Crédulité du monde païen.
[481] Octaue. — Véritablement a la naissance de l'Eglise chrestienne il na pas esté malaisé de persuader aux Grecs non plus quaux Latins (a) (E) quun homme pouuoit estre vn Dieu, eux qui croyoienl desia que les Dieux non seulement couchoient auec les déesses la hault dans le ciel mais encores auec les femmes sur terre quand lenuie leur en prenoit pour multiplier leur espèce : ce que les sauants (6) aussi bien que les ignorans tenoient pour article de foy.
(8) Indescriptibilis.
(p) N corporum contagione. MD concretione. Ce mot est employé dans le même sens, in fret. — [a) N grœcœ et lalinœ (se. ecclesiae). MD Grœcis & Lalinis. — (b) N Grœcorum et Roma?iorum disciplinarum omnium laude florenlibus, que R semble Lraduire. MD Grœcis et Romanis.
(A) MD ocppYiTOv. Si le de Deo singulari est bien une part de {'Institution théologique (cf. supra, p. 221 noie D), comme d'ailleurs ce passage semble encore le prouver, voici ce qu'on y lit : Toul le divin, en soi du moins, à cause de sa réduction à l'un, réduction qui l'élève au-dessus de toutes les substances, est ineffable et inconnaissable à tous les êtres dérivés. Elav to ôeîov aù-ro aàv 8i* ttiv ÛTiepoûatov evaxriv appYjTÔv ê<m xat ôcyvcoaTOv 7ta<7t to"Ï; Seurépotç. Inslit. théol., art. 123 début, éd. Greuzer, p. 182. Gf. D.-Mornay, o. c, 3, p. 45.
(B) J'ai lu les Parmenidis carminum reliquiœ, dans les Fragmenta philosophorum grœcorum, Paris, F. Didot, 1860, in-4°, sans y trouver ce mot. Même insuccès avec le Wortindex de Walther Kranlz pour les Fragmente der Vorsokratiker de H. Diels (il, 2, 2e Aufl., Berlin, 1910). Je suis donc fondé à croire que Bodin a trouvé ce mot de Parménide cité dans un autre auteur, et alors il devient bien dilficile de retrouver le passage. S. Clément, Slromat., 5 (trad. lai. Genlian Hervet, Florence, L. Torrenlinus, 1551, in-fol.,p. 1786) allègue Parménide à propos de l'ineffabililé de Dieu, mais sans le citer textuellement. Un tel passage a parfaitement suffi à Bodin pour dire que Parménide appelait Dieu l'inexprimable.
(C; Omission : MD ipse tamen dici non polest ac ne cogitari quidem.
(D) Obscur. L'idée de Bodin est que tous tombent d'accord, comme si la notion d'un Dieu unique, incorporel, etc., avait été naturellement infuse en chacun.
(E) MD Grœcis et Lalinis est le seul texte acceptable. 1° Aux débuts de l'Eglise, il n'y a pas une Église grecque et une latine (comme N l'exigerait). 2° Grœcis et Latinis est l'antécédent nécessaire de quippe qui [crediderunt], = eux qui croyaient.
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES ilil
Tesmoing Ihistoire célèbre de Mundus citoyen romain auquel vn prestre sacrilège amoureux de sa femme (A) très vertueuse persuada au mari & a la femme qu'Hercule pour leur donner de sa race vouloit coucher dans le temple auec cette sage Matrone : mais sa fourbe ayant esté descouuerle et ce citoyen sestant plaint a lempereur Tybere il fit raser le temple & brusler tous ces malheureux prestres complices du faiel. Ainsy il ne fault point sestonner si Christ qui menoit vue vie exemplaire et qui faisoit des miracles a esté creu par des payens pour vn Dieu nay dune Vierge (B) eux qui esloient desia persuadez que les Dieux & les Déesses engendroient & accouchoient (ci.
LToralba, continuant à combattre l'Incarnation, indique que l'infini de la divinité est inconciliable avec le fini de la nature humaine, 482. Octave montre que les miracles sont insuffisants à prouver un Dieu en J.-C, 483].
D'autres thaumaturges ont été bien supérieurs à Jésus.
484] Salomon. -- Ce fut vn siècle bien fertile en magiciens, car outre Apollonius (C) il enfanta aussi Dosithée, Theoda (a), Iudas le Gallileen (D) et Simon Magus qui s'attribuèrent lous le nom [h & la qualité (Ej de Dieu : mesmes en Arabie vn certain imposteur au rapport de Moyse Rambam (8) se disant le Messie auoil attiré a soy grand nombre de sectateurs par ses prodiges, sur quoy le roy d'Arabie layant faict venir deuant luy luy commanda de prouuer par quelque miracle quil estoit tel : [il] offrit de donner sa teste a
(8) Moses Rambam in Epist. aduersus Astrologos.
(c) N consimili Deorutu generalione jam imbutis. MU consimilium. — (a) .V Theudam. MU Theodam. — (b) N nomina. MU nomen.
(A) Contresens. C'est Mundus qui esl le prêtre adultère, et dont on découvre la supercherie : Ml) comperla /raude, quam Mundus celare non paierai. — La source ancienne de cette histoire esl Josèphe, Anliq. judaïq., 18, 4, qui accuse de celle fourhe les prêtres d'Isis. Mais il est bien probable que Hodin la lire de Wier, o.c, 2, 41, p. 188 b. Wier y ajoute une histoire analogue — Tyran, prêlre de Saturne, use du même subterfuge pour jouir des femmes qui lui plaisent; sa fraude découverte couvre les païens de honle — qu'il tire d'Eusèbe, Hlst. ecclés., 2, 21, et que Bodin a négligée.
(B; Inexact. MD [Christum] de Deo et virgine natum.
(C) Voyez Nicéph. Callisle, H. E., 3, 12. Mais surtout Vie d'Ap. de T., par Philoslrale (traduct. Chassang, Le merveilleux dans l'antiquité, Paris, 1862). Je l'ai consullée dans l'éd. et version latine de F. Morel, Paris, Cl. Morel, 1608, in-fol., lequel y joint d'Eusèbe Contra Hieroclem qui ex Philoslrati historia sequipararat Apollonium Salvatori Noslro J.-C. Bodin connaît bien Philoslrate : il vient d'en parler longuement p. 484; cf. Démon., Pré!'., p. 25 et 4, 1, p. 420. 11 connaît également l'ouvrage d'Eusèbe, ibid., 2, 4, p. 232 et 3, 6, p. 389. Il lisait aussi sans doute sur Apollonius Wier, o. c, 2, 3, p. 65 b, et J.-F. Pic, De superslitiosa prœnolione, 7, 10 (t. 2, p. 439 sqq.).
(D) Je vois Origène, Cont. Cels., 1, 57 (Migne t. 1, col. 766), citer ensemble Dosithée, Theudas et Judas de Galilée, comme ici VHept. Mais Bodin connaît ces magiciens par nombre d'ouvrages qui lui sont aussi familiers. Josèphe, Antiq.jud., 18, 1, 6, cile Judas de Galilée, et Theudas, 20, 5, 1. Nicépbore Callisle nous parle de Dosithée, H. E., 4, 7; des deux autres, 2, 2. Eusèbe, H.E., 4, 22; Epiphane, Hseres., 1, 13, nous parlent de Dosithée. Sans oublier les Actes des Apôtres, sur Theudas et Judas, 5, 36 sq. ; sur Simon le magicien, 8, 9 sqq.
(E) MD famam, = la réputation de. Ils voulurent passer pour...
Chauviré 11
trancher et quen cas quil ne ressuscita pas quon quitta la créance de sa qualité de Messie [485] ce qui fut accepté. La teste luy fut tranchée (A) deuant tout le peuple mais il ne reuit plus la lumière.
Cuiicii. — Il ny en a que trop dont la folie ou limpieté ont esté telles de non seulement se vouloir faire croire Dieux, mais encor ^entreprendre de ielter Dieu du hault en bas des cieux, ainsi quautresfois les Geans (c). Comme aussy Heraclides le Pontique (9) au rapport de Diogenes Laertius (B) dans la vie de ce fourbe eut assez daddresse pour corrompre les preslresses Piliques (d) a fin quelles publiassent quil estoit Dieu, ayant faict mettre vn serpent dans vne machine (e) auec laquelle il se fit enleuer en lair (C), mais la tromperie fut descouuerte et fut reconneu non pas pour ce quil vouloit estre mais pour ce quil estoit. Ainsi que Psafon l'Africain qui auoit instruict de petits oyseaux (f) a prononcer ces parolles, Psaphon est Dieu, et puis les laissoit enuoller (D). Mais Symon Magus le Samaritain (1) les a surpassez tous (g) par le bruict de ses prodiges et de ses miracles, ayant non seulement ressuscité des morts, mais luy mesme seslant faict couper par morceaux ressuscita le troisiesme
(9) Laertius in Heraclidis vita. — (1) Clemens Alexandrinus. Irenœus. Iustinus martyr (E).
(c) N ut olim conjurait cœlum conscendere praires. MD rescindere, correct. G'esl Virgile. Géorg., I, 280, qu'imile ici Bodin. — (d) N Pythiacos sacerdotes. MU Pylhiacas, correct. — (e) N feretrum. MD ferculum. — (/") N avtculas. Ml) aviculas oscines. — [g) N Sed omnes omnium (MD impietates ac) fraudes Simo Magus (MD Samaritanus) superare (MU superasse) vtdelur.
(A) Inexact. MD Rex accepta condilione [jussit, etc.], = le roi, acceptant sa proposition, le lit décapiter. — Sur la Lettre contre les astrologue-;, de Moïse Rambam, cl', supra, p. 251 note F.
(13) R, par sa version inexacte, mêle deux histoires distinctes dans MDN, celle de la Pythie et celle du serpent, dont la seconde était déjà inexactement contée par Bodin. Voici le récit de Laërce,5, 6: 1° D'après Demetrius Magnes, Héraclide donna l'ordre à un confident sur de l'enterrer secrètement après sa mort, et de lui supposer dans son lit un serpent Ses concitoyens admirent, s'écrient qu'Héraclide est monté au ciel; à leurs clameurs, le serpent jaillit des couvertures et leur l'ait grand'peur. Mais peu après la fraude est découverte. 2° D'après Hermippe, ceux d'Héraclée ayant envoyé à Delphes demander un remède contre la lamine, Héraclide corrompit les ambassadeurs et la Pythie : la réponse l'ut qu'il fallait offrir une couronne d'or à Héraclide, pendant sa vie, et, après sa mort, l'honorer comme un héros. ( >n le couronne donc au théâtre; mais il y meurt d'apoplexie; les ambassadeurs infidèles sont lapidés; et la Pythie elle-même, étant allée voir les serpents dans le sanctuaire du temple, est piquée par l'un d'eux et meurt.
(C) Faux-sens. MD serpenlem in ferculum, quo elalus est, imponi jussit, = il fit mettre (à sa place) un serpent dans la litière sacrée où on l'emportait.
(D) L'histoire est tirée de Maxime de Tyr, Diss., 35, 4, Paris, Didol, 1840, in-4°, p. 138. Je la trouve aussi dans les Philosophumena d'Origène, Refutaliones omnium hsereseon, 6, 8 (Migne t. 6, col. 3208), mais le héros s'appelle alors Apselhos. Cf. le même conte, l'ail d'Hannon le Carthaginois celle l'ois, dans Elien, Hislor. variœ, 14, 30.
E) Ces références sont citées iufra, sauf Clein. Alex. — Je trouve bien dans les Stromales, 7, 17 (Migne t. 2, col. 550) un mol insignifiant sur Simon; mais je pense que très anciennement une confusion a dû s'établir ici entre Clément Romain el Clément d'Alexandrie; je ne doute pas que Bodin ail voulu ciler le premier.
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES [(ï.\
iour li d'après (A & sesleua dans les airs en présence de toul le peuple (t) de Kome (B . Et fut assez insolent pour se qualifier Dieu et (j) quil estoit venu au monde pour corriger les desordres (k) que les Anges y auoient apporté (C), promettant a ceux qui croiroient en luy de ne iamais mourir non pas par leur mérite, mais par sa seule grâce / .
Fedekich. — Aussy quelle fut sa lin? Apres auoir monté bien hault dans lair il tomba au milieu de la place de Rome et se rompit le col (D).
486j Senamy. — Sil se fust rompu le col en tombant pourquoy le Sénat & le clergé de Rome par le consentement de l'Empereur luy eussent ils esleué des statues auec des inscriptions diuines? Car son image qui fut posée soubs lempire de Claude entre les deux ponts du Tybre porte cet éloge : Symoni Mago Ueo, que lustin le Martyr dicl auoir veue (E). Or sans ladueu du sénat nul ne pouuoit estre mis au nombre «les Dieux, ainsy que le tesmoigne Terlulien (2) parlant de Christ, assauoir que Tybere manda au Sénat quil vouloit quil fust mis au nombre des Dieux : le Sénat nen voulut rien faire ou par ce quil ne le reconnoissoit (m) pas pour tel ou par ce quil auoit regret de mettre vn homme iuif au rang des Dieux qui auoit esté supplicié. Tybere cependant au raporf de Tertulien demeura dans cette opinion, et partant on voit que le Sénat faisoit bien plus de cas de Symon Magus que de lesus Christ.
[Tous ces magiciens n'ont pu soutenir leurs prestiges qu'évidemment aidés par les démons, 486. Coroni : Les miracles des magiciens n'ont rien produit, au lieu que sur ceux de J.-C. l'Église s'est établie pour jamais : voilà qui prouve leur caractère divin, 488. Senamy : la durée n'est pas une preuve de
(2) Apologeticus'(F).
(h) N M tertio die. D lertia — (i) N populo Romanorum MD populi Romani) ac principum speclunle corona. — (j) N jactabat MD jactaret, seul correct, qui dépend d'un ut antérieur.— k) N ut qui ab Angelis covrupti fuerant, emendaret. MD quae... corruptct. — (l) N sed sua (MU unius) gratia servaret. - [m] N vel quia non piobabat. MD probaverat.
(A) Bodin raconte plus longuement celte histoire, Démon., 2, G, p. 269, et la rappelle, ibid., Réfut. de Wier, p 575. Après avoir proposé qu'on lui coupe la tête, promettant de ressusciter le troisième jour, Simon se substitue un mouton que, par ses opérations magiques, les assistants prennent pour lui Simon. Le lendemain il reparaît. La source de Bodin est dans Wier, 2,2, p. 63 6, qui s'autorise des Recogniliones souvent aussi appelées par Bodin Itinerarium), attribuées faus s-ement à Clément Romain. Ce roman apocryphe, plein de fables, et aussi de disputes entre S. Pierre et Simon le Magicien, a le plus vif succès au xvie siècle : il est constamment imprimé en latin et en français; j'ai lu la version du franciscain F. Gilles Cailleau, Paris, J. Poupy, 1574, in-8, liv. 10, fol. 281 sqq. (Sur les Recognit. ou Pseudo-Clémentines, cf. Guignebert, o. c, p. 456; et Ellies du Pin, o. c, t. I, p. 81 .
(B) Que Simon volât en l'air, cela vient encore de Wier, De Lamiis, 3 [Démon., Réf. de Wier, p. 558 . Cf. Nicéphore Calliste. 2, 17; les Recogn., etc.
(C) Tiré d'Irénée, Contra hsereses, 1, 23, 3 (Migne col. 672). Tout ce passage, à partir de la col. 670, abonde en renseignements sur Simon. D'autre part, il confirme le texte de MD.
(D) Nie. Calliste, 2, 36. Bodin rappelle ce fait pour montrer que les sorciers, Simon, Jézabel, Néron, Gilles de Raiz, ont toujours fini misérablement (Démon., 3, 3, p. 349).
(E) Cf. Démon., 2, 6, p. 269. Principales sources : Justin, Apologia I pro Christianis, 1, 26 (Migne col. 367); Terlull., Apolog., 13; Eusèbe, H. E., 2, 12.
(F) Tert., Apologet., 5. C'est peut être Duplessis-Mornay, o. c, 32, p. 795, qui a signalé à Bodin l'intérêt de l'histoire.
vérité : on pourrait l'invoquer en faveur de la religion païenne, des sacrifices humains, 489. Un peu de flottement se produit ici. Curce approuve l'Espagne d'avoir purgé les Indes occidentales d'un cruel paganisme, mais lui reproche d'y avoir introduit les idoles papistes. Octave préfère l'idolâtrie d'Attabalippa, adressée au soleil, que celle qui s'adresse à un homme mort. Salomon vante le monothéisme juif. C'est un passage très comparable à supra, p. 370 sqq., où la discussion fait une pose et permet à chaque personnage d'affirmer ses convictions, de rappeler au lecteur quel il est, 490-493.
J.-C, continue Toralbe, ne peut être en môme temps Dieu et homme. Éternel, Dieu n'a pas pu créer un autre lui-même. Homme, et créature, J.-C. n'a pu être créateur ni se créer lui-même, 494-497. Coroni se rabat sur la sainteté de Jésus. Salomon objectant qu'il faisait compagnie de criminels et de prostituées, Curce répond qu'il voulait sauver les pauvres d'esprit et de cœur, 498. Nouvelles attaques contre les miracles de Jésus, 499 sq. Attaques contre la doctrine de Jésus. Senamy oppose le pardon chrétien des injures à la passion vindicative des prophètes. Salomon répond que le pardon des injures est contraire au bon ordre social. C'est, explique Federich, une loi de perfectionnement individuel, qui n'a pas lieu dans les relations sociales, 500-504. Après qu'Octave a résumé ce moment de la discussion, Curce, revenant aux miracles, rappelle la Transfiguration. Salomon la met carrément en doute, 505-507. Toralhe : Jéhovah s'est maintes fois dans la Bible réservé à lui seul le salut des hommes. J.-C, créature, ne peut être Dieu, ni donc rédempteur, 508 sq. Curce expliquant que les deux natures sont en lui unies incompréhensibtement, Toralbe n'en revient pas moins à son récent raisonnement, supra, 475 : de deux composants se forme toujours un composé, absolument différent des composants. Ainsi du Christ, 510.
De la trinité, 512-541. La trinité, continue Toralbe, soutenu par Salomon, est contraire aux attributs nécessaires de Dieu : unité, simplicité, toute-puissance. Curce finissant par refuser de discuter en raison ce qui ne demande que de la foi : — Mais, lui dit Toralbe, et ceux qui n'ont pas la foi? 512-515. Il est absurde de penser que Dieu, en engendrant un fils à lui coexistant, se soit engendré lui-même, être éternel et non engendré; absurde d'imaginer Dieu divisible et, à un certain moment du temps, amputé de cette portion de soi-même qu'il a dû créer pour engendrer un fils. Enfin si Christ, Dieu, esL engendré, il n'était donc pas éternel, partant il n'était pas Dieu. Eternellement engendré est une expression vide de sens, 516-521].
De la Trinité (A).
|521] Ociaue. — Pourquoy donc le Maistre des sentences sest il trouué si empesché que daduouer auec vne grande exclamation (a) (B) que cella passe lentendement & la raison humaine (6)?
Toralbe. — Quoy la raison ce rayon de la diuinité infus dans lame dun chacun (c) pour veoir iuger & connoistre ce qui est (d) bon ou mauuais, vray ou faux?
Fedkrtcu. — Ouy, dans les choses qui sont de sa portée, mais Dieu éternel et infiny ne peut pas estre compris ny expliqué par limbecillité (C) de nostre ame par ce quil est comme dict elegament Theophraste (6) dans sa Metaphisique àsTip-q-ro; (e) OscÔtocto; ÙTzipoaL-zoç (D , inscrutable très diuin et suprême.
Salomon. — Theophraste en cet endroit parle de Dieu, mais (/"; il ne sagit icy que de Iesus qui nest quun homme : car il ne faull pas commencer vn argument par la conclusion assauoir (g) par cette enonciation que Iesus est Dieu dont nous cherchons la preuup, Dieu ayant dict luy mesmes en Iesaye (E), hautement, clairement et intelligiblement : Deuant moy il ny a point de Dieu et il ny en aura point après (7). Et encores : Iay esté le premier & ie seray le dernier (8). Or les Théologiens chrestiens (9) confessent
(6) In lib. metaphys. — (7) Iesaiœ c. 43. — (8) Iesaiee c. 44. — (9) Scotus, lib. 3, dist. 5 (F).
(a) Xita haesit ut erclamet, incorrect. MD exclamaret.— [b] N hoc humanum sensum excedit el inlelligentiam mundi, quœ non capit ratio. MD omettent avec raison quœ. — (c) JV uniuscujusque menti (MD menlibus) insita. — {d) N judicat quod rectum, quod pravum, etc. MU quid,.. quid. ., correct. — ie) Ar àvx[(j0r,TO; MD àÇT,T7|Toe. — (/') N aulem. MD vero. — g Y nempe. MD scilicet.
A Le morceau ci-dessus montre l'attitude de chaque personnage devant le problème de la Trinité, traité depuis la p. 512 avec une confusion, des retours et des redites qui fatiguent le plus patient lecteur. Federieh vient de répéter pour la dixième fois, sans tenir compte des protestations antérieures des non-chrétiens, que le Fils est éternellement engendré du Père, et que la chose est trop limpide pour qu'on s'y arrête.
B) Inexact. MD ul exclamet hune in modum, = de s'écrier à peu près dans ce sens. Octave avait déjà signalé l'embarras de Lombard [supra, p. 518/ : « Tout cecy nous embarrasse extreme- » ment & pour le faire comprendre i'aimerois mieux lapprendre des autres que de lexpliquer » moy mesme ». Dans les deux passages, Octave fait allusion à ces formules où Lombard, à bout de subtilités, proclame que les mystères sont inintelligibles : « Quœ quomodo intelligenda • sint, mallem ab iis audire quam ipse tradere ». L. 1, dist. 5. « Non est nobis perspicuum aperire » quomodo sil hoc verum, el ideo sub silenlio polius esset praetereundum, nisi me super hoc ali- » quid loqui cogerel instanlia quaerentium ». L. 1,7. Voyez une troisième formule, tirée de 3, 8, infra, p. 522. J'ai consulté : P. Lombardi Episc. Paris. Sententïarum libri IV, per J. Alleaume, Rolhomagi, Ferrand el Behourl, 1651, in-i°.
C MD humanse mentis gurgustio capi nequit, = ne peut être'contenu dans l'élroite échoppe de notre intelligence.
(D) To yip 07) TCpwTov xoct Oeiotoctov Ttâvxa xi ap'.sra |5ou>.oy.£vov, xâ/a Sa touto |xèv otov ÔTtép6aTô\ Tt xal à^T^TOv. Theophr., Fragmenta, 12, 10. Bodin puise peut-être celte citation dans Duplessis-Mornay, o. c. 3, 49.
(E) haïe, 4 !, 10. Référence suivante : 44, 7. Cf. 45, passim.
(F) Référence inexacte : il s'agil non de 3, 5, mais de 1, 5 (N donne : 1, 4), quœstio 2. Scot,
que la personne a esté créée et quauant que de sincarner dans le ventre de Marie quil estoit la personne du fils. Si la personne du Fils a esté créée, peut on doubter encores quil ne soit pas créature (h)? Donc il nest ny Dieu ny créateur.
Oçtaue. — Le Maistre des sentences dict il) que la personne du Fils nest pas composée de Dieu et de lhomrne comme vn tout est composé de ses parties, puis il adiouste enfin : il nest pas possible dexpliquer comment se faict cette vnion (A). Il nie cependant quil se fasse meslange des deux natures et appelle idolâtrie (2) dadorer le corps & lame de lesus Christ (B), par ce dict il quils sont [522] créatures. Philippes Melanchton (3) est de celte opinion.
Cuhce. — Ils ont raison car le concile d'Ephese a arresté qua Christ nest deub que le culte de lalrie (C).
Octaue. — Sil ne se faict pas meslange des d ux natures en lunion hypostatique (i) de lesus Christ le culle ne doibt point aussy estre meslé pour le reconnoistre et créateur & créature, et ladorer ainsy ensemblement (D),
(1) Lib. 3, dist. 9. — (2) Lib. 3, dist. 0. — (3) Contra Stancarum (E).
(h) MD [Si creata est persona lili,j quis dubitet quin (N an) filius crealura sit. N omet les mots entre crochets. — [i) N Si non est confusa ulraque naturaunione hypostatica inChristo. MD unionis hypostatica'.
le docteur subtil, y dislingue l'essence divine, éternelle, infinie, incréée, de la personne du (ils, individuelle, créée (ainsi le Fils est éternel en tant qu'essence divine, et cependant créé en tant que personne), et dislingue encore celle personne môme du Fils de la nalure humaine où elle s'est incarnée. La force de l'argument de Salomon est donc d'ignorer volontairement la distinction entre l'essence divine et la personne du Fils, et de montrer que si la personne du Fils est créée, tout le Fils est donc créé, et ne saurait être créateur ni Dieu.
(A) La note 1 donne une référence erronée; d'ailleurs si Bodin eût constamment cilé Lombard, 3, 9, il n'eût pas donné deux références identiques notes 1 et 2 . — Que le Fils n'est pas composé de Dieu el de l'homme comme un tout de ses parties, Lombard l'explique 3,8; et la phrase : MD inexplicabilis est islius unionis ratio, résume la conclusion de celle distinction.
(B) « Si enim animiR vel carni exhibelur latria, quae inlelligelur servilus sive cultus soli Deo » debilus : cum anima Ghrisli vel caro crealura tanlum fil, crealune exhibelur quod soli crealori » debelur : quod facienli in idololalriam depulatur ». Lombard, 3, (J. Voici ce que veut dire le Mailre des sentences : En Christ, il y a le Dieu, el il y a l'homme, lequel est un corps avec une âme. Celle âme el ce corps, qui forment un homme créé, n'ont pas droilà noire adoration i lalrie).
(C) Le concile d'Ephèse (431) est celui où Cyrille fil condamner Neslorius, et où Marie fut avouée mère de Dieu, Christ vrai Dieu né selon la chair. Cf. Ellies du Pin, o. c, t. IV, pp. 684- 785. — La réflexion de Curce, faile pour appuyer Mélanchlon et Lombard, a d'abord l'air de les contrarier : il n'en est rien. Christ n'a pas droit à la vénération ou «Julie, réservée aux saints; n'élanl honoré qu'en tant que Dieu, il reçoit noire adoration ou lalrie. Seulement, va observer i iclave, le culte de lalrie offert au Dieu dans l'Homme -Dieu confond en lui malgré loul l'homme et le Dieu; il ressemble bien à un sacrilège.
(D) B est inexact dans un passage dont la subtilité requiert la précision la plus rigoureuse. MD non debuil cultus confundi ut cum creatore crealura misceretur ac simul colerelur[Chr\alus], — il ne fallait pas d'un culle confus au point qu'en Christ créateur et créature fussent mélangés et conjointement adores.
(E) François Slancari de Mantoue ( 1501-1574'!, professeur d'hébreu à Cracovie, promoteur de la Réforme en Pologne, disputa surtout avec Osiander; il ne voulait voir en Christ, considéré comme médiateur entre le Père et l'homme, qu'un homme. Christ nous aurait rachetés en tant qu'homme. Il fui condamné devanl plusieurs synodes. Contre lui, Mélanchlon écrivit une Responsio Ph. Melanchlonis de conlroversiis Slancari, 1553 [Corpus lieformatorum, l. 23, pp. 87- 102), que rappelle ici Bodin. Voyez sur Slancari le copieux art. de Bayle, Dictionnaire, el la Realencyclopàdie fur protestantische Théologie, 190G, t. 18, pp. 752-754.
estant vn crime (dict Hilaire) (j) qui approche très fort du sacrilège de penser que le Père & le Fils soient vn Dieu particulier. De les croire aussy deux Dieux cest vne impieté : que sera ce donc, rien (A)?
Fkdericu. — Quand on approfondit cette matière & que Ion sapperçoit que Ion ny comprend rien il faut se représenter que souuent des choses dont nous auons la d'monstration parfaicte (k) ne se comprennent neanlmoins pas facilement (B). Tous les théologiens et tous les philosophes confessent horsmis Augustin et Lactance quil y a des antipodes ce que Ion sçait par expérience et pardemonstration certaine(/) : cependant personne ne se le peutimaginer m aiusy que laduouë Moyse Rambam (4) très grand philosophe. Ainsy on ne doibt point trouuer estrange si Lactance & Augustin se sont mocqué des astrologues en les trailtans dignorans & de foux de croire ces choses (C). Mesmes beaucoup de théologiens après lauctorité de S. Augustin in) ont iugé comme hérétiques ceux qui croioient des antipodes, entre lesquels (o) Virgile euesque de Saltsbourg (p) a esté condamné par le pape en lan 1245 (D) parce quil estoit du sentiment de ceux qui croient quil y en a. Donc a bien plus forte raison nous debuons nous reconnoistre incapables de concepuoir cette vnion de la nature humaine et de la diurne, puisque Hilaire tout sauant et tout éloquent quil estoit a confessé ingenuement que cette matière estoit ineffable. Ce que Ion demande est au-dessus [523] des parolles (S), dict il en son traitté de la Trinité liure premier (E), et estant au delà de la capacité de nos
(4) In Epist. aduersus Astrologos. — (ôj Lib. 1 de Trinitate.
(j) S ut inquit Hilarius. MD suppriment ut. — [k) Y eu, etiamsi cerlis&imis demonstrationibus nitantur. MD ea eliam quse... niluntur. — (/) X perspicua minimaque ?) dubia demons- Iralione. MD minimeque. — (m) N cogitalione persequi. MD consequi. — (n) N Auguslini autorilate adacli. MO adducti. — [o)N inler quos quidem. MD suppriment quidem. — (p) N Vigilius quidam episcopus Salisburgensis. MD Virgilius... Salisburiensis. (Virgile était évêque de Salzbourg & non de Salisbui y .
(A) MD ac leiiium nihil est non compris de Et. C'est presque un sacrilège de penser que Père et Fils t'ont un Dieu unique, une impiété de penser qu'ils font un Dieu double], et une tierce conception est inexistante, impossible. Cf. Hilaire : « Et inler haec, unum [Deum] neque negando •> neque contitendo fidei conservata peii'ectio est ■>. Nier ou affirmer l'unité de Dieu est également hétérodoxe. « lia in Deo pâtre et in Deo filio neque duos connumerabis Deos, quia unum uter- » que sunl; neque singularem prœdicabis, quia uterque non unus est <>. De Trinitate, 7, 2 et 31 iMigne t. 2, col. 200 et 226 . Le second passage surtout semble bien être la source de Bodin qui emploie les mêmes termes.
(B) MD percipi non posse, = choquent les habitudes que l'usage des sens donne à noire raison, « sont incroyables au sens humain », comme dit la Démon., Prêt'., p. 31.
(G) Pline, Hist. nat., 2, 65, nous parle déjà des disputes que soulevait la question des antipodes. Sur Moïse Rambam et la Lettre contre les astrologues, cf. supra, IV, p. 251. D'ailleurs c'est un lieu commun pour Bodin que de ciler les antipodes, comme exemple de vérité inconcevable. 11 en use, Démon , p. 31, pour convaincre son lecteur de la réalité des sortilèges, avec les mêmes références : Auguslin (De civ. Dei, 16, 9) et Lactance [Inst. divin., 3, 24;.
(D) Zacharias papa in epislola 10 ad Bonifacium, data anno 748, perversam al que iniquam appellal doclrinam Virgilii cujusdam asserentis quod alius mundus et alii homines sub terra sint. Note sur Augustin, De civ. Dei, 16, 9, dans l'éd. des Bénédictins de S Germain. Voyez cette lettre Patrologie lat. de Migne, t. 89, col. i»46 d. L'erreur de R, 1245, au lieu de MD 745, lient à l'emploi des chiffres romains (XII confondu avec VII).
(E) Référence inexacte. « Extra significantiam sermonis est, extra sensus intentionem, extra
sens (q) il ne se peut expliquer il ne se peut comprendre & ne se peut scauoir. Et dans le 7° liure, Il y a (dict il) vn empeschement dans mes sens, vne stupidité dans mon entendement et pour parolles ie nay que le silence (6) (A), quand il faull expliquer que (r) dun Dieu est vn autre Dieu sans portion, sans retranchement, sans diminution, sans escoulement et sans augmentation lesquels ensemble ne sont quun p;irvn moyen qui nest pas compréhensible (7) (B). Et Iustin le Martyr (8) (C) : Quand nous reconnoissons vne trinité dans lunité et lunité dans la trinité ie vouldrois bien ne demander a personne comment cella peut estre (s). Cependant ie ne puis lexprimer a mon gré parce que cest profaner ces mystères sacrez que de se seruir de limpureté du langage des hommes pour en discourir. Donc si tant et de si grands hommes ont fait difficulté defllorer seulement du bout des doigts vne matière si sublime & la plus relleuée de touttes, croirons nous quil nous soit possible ou loisible daller plus loing queux (D) ?
(6) Lib. 6 de Trinitate. — (7) Lib. 1 de Trinitale. — (8) Lib. de Trinitate.
[q) NM Extra sermonem est, ihquit, quod exigitur, et extra sensum non enunciatur : elc. D Leyser Extra sermonem est, inquit, quod exigitur, et extra sensum : non enunciatur, elc.
— (r) N idem : Deum ex uno. MD idem : unum Deum ex uno. — (s) N Unilas in trinitate et trinilas in unilale nascilur : id quomodo sit, née alios scrutari velim, etc. MD noscilur : id quomodo fiai, elc.
» intelligenliœ conceplionem ; quidquid ullra quierilur non enuncialur, non altingilur, non tene- » tur ». De Trinit., 2, 5 (Migne t. 2, col. 54). Comparez Bodin : D Extra sermonem est quod exigitur et extra sensum : non enunciatur, non altingilur, non tenefur. C'esl toujours le même à peu près. Accessoirement nolez ici la supériorité de DH sur M.
(A) Référence erronée : « Mihi cerle his respondenti in curis ;eslus esl, in sensu labes est, in » intelligenlia stuporesl, in sermone autem nonjam infirmilatem, sed jam silentium confilebor ». De Trin., 2, 5 (Migne t. 2, col. 54).
(B) Référence fausse : « Inenarrabilem illam et perfectam Pilii nativitatem !... Esl enim unus » ex uno. Non esl portio, non est defeclio, non esl deminulio, non derivalio, non prolensio, non » passio : sed viventis nalurse ex vivente nalivitas esl ». De Trinit., 6, 34-35 Migne t. 2, col. 185). Comparez encore Bodin : DM Deum ex uno non portione, non seclione, non deminulione, non derïvatione, non protensione, sed incomprehensilnli modo esse.
(C) J'avais d'abord pensé à une confusion possible entre Juslin et Augustin, d'aulaul que le De Trinitate d'Aug. fournit nombre de passages qui rappellent le texle de Bodin : impuissance de la perspicacité humaine devant une vérité si transcendante, 1,2, 4; difficulté de répondre à ceux qui demandent comment Trois est Un, et Un esl Trois, 1, 2, 8 (Migne t. 2, col. 822 et col. 824).
— Ni dans Elliesdu Pin, ni dans les diverses éditions de Juslin que j'ai consultées '.Bob. Estienne^ Paris, 15M : Sigismond Gelenius [version latine], Bàle, 1555 ;dom Maran, Paris, 1742; Migne) je ne trouve trace d'un De Trinitate. Bodin lui-même nous dit bien que ce De Trin. esl apocryphe; mais loutes ces éd. de Justin renferment les Quœsliones ad orthodoxos, reconnues apocryphes de toute antiquité. Il y a là un problème que mes recherches ne m'ont pas éclairci.
(D) C'est l'éternel appel à la foi aveugle que Federich a déjà plusieurs fois l'ail entendre. A Salomon, qui refuse de croire à l'incarnation, il répond : « Cella est incroiable quant aux incre- » dules. Mais il esl facile de le persuadera ceux qui sont illuminez du S. Esprit » 'p. 481). A Toralba, il dit encore : <■ Ce que la foiblesse humaine ne peut acquérir les actions estonnanles et » les faits admirables de lesus Christ nous le donnent par la foy » (p. 482). Curce à son tour s'écrie : « le voy ou buttent Salomon et Toralba assauoir de nous engager a prouuer les secrets » misteres de laTrinilé par raisonnements et par arguments, mais il ne fault que de la foy ». A quoi Toralba objecte avec quelque rudesse : « Voyla qui est bon entre chrestiens, mais voyons » ce qui se peut respondre aux philosophes aux payens et aux Epicuriens qui ne reconnoissent
[Qu'est le S. Esprit? demande Octave. Engendré? Cela fait deux fils. Non engendré? Deux pères. Vous dites qu'il procède du Père et du Fils, reprend Toralbe : qu'est-ce à dire? Quelle différence faites-vous entre procession et génération? Vanité creuse des formules lliéologiques. D'ailleurs pour la procession du S Esprit on se heurte toujours à la même impossibilité : faire découler un infini d'un autre infini, 523-527. A propos du Fils, Toralbe renouvelle son éternel raisonnement pour montrer qu'engendré, il n'est ni éternel ni Dieu. — C'est toujours à recommencer, avoue Coroni avec lassitude, 527 sq. Salomon affirme qu'il n'y a dans le vieux Testament aucun texte qui mentionne la Trinité, p. 529 .
Corruption de la littérature patristique.
[529j Octale. — Cest pourquoy Origene que ffverosme appelle le maistre des Eglises (4j (A) detesle horriblement le mot de Trinité (B) et faict la guerre a outrance contre la secte des Trinilaires. Aussy Ruffin qui a esté son interprète confesse quil a corrigé beaucoup de choses dans Origene qui esloient contre la Trinité (5) (C) : mais nous dirons auec sa permission quil nest pas bienséant a vu interprète de faire loffîce de correcteur. Cest pourquoy il ne fault point sestonner si Origene (a) ainsy falsifié parle quelquesfois de mesme qu'Athanase & sil semble se seruir du mot ô;/.ooui7-.oç qui signifie de mesme essence quand il parle du Fils laquelle diction nestoit point encores en vsage
(4) In catalogo — (5) In prologo Ilept àp/ôv.
(a) N nec mirum videatur, si Origenes. MD ne, qui explique mieux le subjonctif videalur.
» point de foy infuse ny dauctorilés euangeliques... Il seroit donc bien mieux de chercher auec » les philosophes ce qui se peut monstrer par raisons que de quitter la partie » (pp. 515 et 516j. — Il semble bien, après lecture de loule cette discussion sur l'union des natures humaine et divine en Jésus, que Bodin ail laissé percer sa doctrine par le rôle humilié qu'il a donné aux chrétiens, éternels battus qui, à bout de raisons, chaque fois se réfugient dans la foi pure et dans l'autorité de saints livres, d'ailleurs contestés par leurs adversaires.
A) Cf. supra, p. 434, note E.
;B) Origene cherche à prouver que le Père est plus grand que le Fils, De principiis, 4, 28 sq.
(Migne t. 1, col. 401 sq.). Il prétend que le Père seul est incréé, In foannem, tom. 2, 6 (Migne
t. 1, col. 128 et les notes de Migne . D'ailleurs Jérôme, Epist. 84 ad Pammachium et Oceanum
Migne t. 1, col 745 sqq.), accus» Origene d'être p'-re de l'Arianisme par ses hérésies contre la
Trinité.
(C) « Sicubi ergo nos in libris ejus aliquid contra id invenimus, quod ab ipso in caeteris locis » pie de Trinilale fuerat definitum, velut adulteratum hoc et alienum aul prfelermisimus, aut » secundum eam regulam prolulimus quam ab ipso fréquenter invenimus affirmalam ». Rufini Proloqus in libro Qept àp/cov (Origene de Migne, t. 1, cal. 113). Les textes abondent où Rufin avoue l'infidélité volontaire de ses traductions : De princip , 4, 34-36 Migne t. 1, col. 410-412, et les notes qui signalent les corrections de Rufin); version du Commentaire d'Origine sur l'Epi're aux Romains, Péroraison (Origene de Migne, t. 4, col. 1291 sqq.); Apolog. ad Anastasium, 7 (Rufin de Migne, col. 6.'7); Apologelicus Pamphili seu de adulteralione librorum Origenis Origene de Migne, t. 7, col. 615'. El Jérôme, qui eut longue querelle à ce sujel avec Rufin, se vante lui-même, Epist. 84, d'avoir altéré dans sa traduction du De principiis, le sens du texte pour n'en pas répandre les hérésies. — Sur tout cela, cf. Ellies du Pin, o. c, t. 3, pp. 378 sqq.
de son temps (A). Auec la mesme liberté Cyprian dans ses Epistres faict mention dun Hure de la Trinité quil attribue a Tertullien, bien quil ny ait iamais pensé au raport de Rufin (6) dans son Apologie pour Origene (B).
Coroni. — Encores que le mot de Trinité ne se trouue point dans les saintes escritures (b) neanlmoins il est porté exprès que le baptesme se doibt faire au nom du Père, du Fils et du S. Esprit (C). Et Iustin le Martyr qui a esté fort proche des Apostres a composé vn liure 1 1 s p c âyt'a; (c) x.-A éjjiooustoy tpiiSoç, De la saincle et consubstantielle Trinité (D).
Octaue. — La raison manifeste des temps iustiffîe que ce liure est vn eschapé (d) (E). Car Iustin viuoit du temps de Marc Aurele auquel il addresse son Apologie, et (F) dans la question 74 (e) aux orthodoxes, laucteur de ce liure demande pourquoy la superstition payenne est entièrement renuersée et abolie (G), quoy que du temps de Iustin elle fust encores extrêmement en
(B) In Apologia Origenis.
[b) V Irinitatis sive triadis in sancfis litteris. MU seu rpiâôû; in sacris libris. — \c) N y.yiou. MU àytxç. — (d) N supposililium. MD fugittoum. — (e) N ut in quaeslionifms CXXIV ad orthodoxos, faute évidente. -JWZ) in quœslione LXXIV.
(A) 11 s'agit de la fameuse querelle entre Alhanase el Anus, tranchée au profil du premier el de l'homoousie par le concile de Nicée (325) : Christ est de même essence que son père, et non de semblable essence. « Cela [l'infidélité de Rufin Iraducleur] paroît encore par sa version même » qui est pleine... de termes pris dans un autre sens que du temps d'Origène, el où la Trinité et » les autres mystères sonl exprimés en termes donl on ne s'est servi que depuis le concile de » Nicée ». Ellies du Pin, o. c, p. 392 R.
(B) Il s'agit de la version par Itufïn de Y Apologétique de S. l'amphile martyr pour Origène (cf. supra, p. 434 noie B). Mais Bodin a encore lu trop vite : Rufin ne dit pas que les lettres de Cyprien attribuent a Tertullien un De Irinitale — el en effet, recherches laites, on n'y trouve rien de tel — il dit seulement que les hérétiques insèrent dans les lellres de Cyprien ledil livre de Tertullien. « Sancti Cypriani marlyris solet omne Epislolarum corpus in uno codice scribi. » Huic corpori haerelici quidam, qui in Spirilum Sanctum blasphémant, Terlulliani libellum de » Trinilate reprehensibililer (quantum ad veritatem fidei nostne perlinel) scriplum inserentes, » per lolam Constanlinopolim urbem maximam dislrahi prelio viliori fecerunl ». (Origène de Migne, t. 7, col. 628). Jérôme, Adv. Rufinum, 2, cité à cet endroit par Migne, accuse Rufin de deux mensonges : le livre n'est pas de Tertullien; les hérétiques du parti de Macédonius qui le fout circuler le donnent comme étant de Novatien, non de Cyprien.
(C) Matthieu, 28, 19.
(D) Cf. p. 523 noie C.
(E) MD fugitivum, échappé à son véritable auleur et à sa véritable époque, apocryphe : d'où N supposititium, glose qui a remplacé l'obscur fugitivum. — La première Apologie de Justin est adressée à Anlonin le Pieux et à ses coadjuteurs, Lucius Vérus et Marc-Aurèle.
(F) Voici le lien, peu apparent dans RMD, du discours : Autre exemple d'ouvrage faussement attribué à Justin : les Quœstiones; là encore, on le l'ait user du terme consubslanliel, qui certainement lui était inconnu. — Les 146 Réponses aux demandes des Orthodoxes sont assurément apocryphes : cf. l'édition des Bénédictins, Paris, C. Osmonl, 1742, in-fol.,p.434 : « Juslinum hujus » operis auctorem non esse adeo inter omnes hodie convenit, ut id probare non modo non necesse » sil, sed etiam oliosum. Mirandum polius affictum il'i esse ejusmodi monumentum, in quo lre- » nœus et Origenes laudanlur, Manichaei memoratMur », etc. Cf. Ellies du Pin, o. c, t. 1, p. 157 sq.
(G) « Si, quia superatus est genlilismus a Ghristianismo », etc. Quœst. 74. Même idée exprimée q. 126.
vogue. Et ces mots ô^oou-hVj (A) et ojjloïoutiq'j qui signiftîent de mesme essence & de semblable essence nont commencé destre en vsage (f) que soubs lempire de Constantin, enuiron deux cens ans après Iustin. A.uec la mesme hardiesse, il a couru par le monde vue Messe de S. lacques en grec dans laquelle les noms de la Saincte Trinité, des Aposlres, des Martyrs </ , des Confesseurs, des Vierges sont souuent esnoncez, quoy quaprès S. Estienne S. lacques h ayt soufTerl le martyre le premier de tous (B). Il y a encore vue pareille messe de Chrisostome ou il se faict des prières a luy mesme (0) : y a il rien de plus absurde?
La Trinité et l'autorité. Discussion entre Coroni, Curée et Salomon sur les textes du vieux Testament qu'on prétend qui annoncent la Trinité, 530-535. Federicb découvre la Trinité dans le Tintée, dans Proclus, Plolin, Hermès Trismégiste ; Curce, dans un oracle d'Héraclide de Pont. L'oracle ne serait-il pas, demande Octave, sorti d'une boutique chrétienne, comme ceux cités livre IV? 536-5381.
Variations de l'Église sur la divinité du Christ et du Saint-Esprit.
539 Octale. — A la naissance de l'Eglise chrestienne on osla aux anciens dieuxdes payens le lilredeDeitezdont ilsestoient en possession immémoriale. Et les chrestiens ne reconnoissoient et ne professoient quun seul Dieu. Mais soubs lempire de Constantin le Grand tous les temples des faux dieux ayans esté fermez on commencea de traitter Iesus Christ de Dieu dans le concile de Nyce auec grande difficulté par ce que la plus part des euesques dont il estoit composé ne vouloient pas consentir (C). Touttesfois il ne fut rien allors résolu touchant le S. Esprit dont il ne fut faict aucune mention dans le Sym-
0 In fine missse gra?ce impressae.
[f] N Verbum autem o<j.ooût.o; primum .... usurpare cœperunl. MD Verbaaulem &u.ooû<rioç el ôuotoûstoç.. . usurpari cœperunt. (Sur cœperunl, cf. supra, p. 231, noie C). — {g) .V oublie Martyrum. — h MD .lacobus. Y is Jacobus.
(A) « Et xxt7. Tïjv Y]{Ji.sTspav cûûsiv et T! yÉvw,aa -ouzo tco yôvv/jCTXvTt ôy-ooûstov », etc. Qusesl. 16 {àd. de 1742, p. 446 È). Cf. Ellies du Piu, l. c. : « L'auteur y parle des mystères » de la Trinité el de l'Incarnation dans des termes & avec des précautions dont on ne s'est servi » qu'après la naissance des hérésies. L'on y trouve les termes d'hyposlase, de personne, de con- » substantiel, aux q. 16, 17, 139, 144, dans le sens que l'Église leur a donné aux ve el vi8 siècles ».
(B) Sainl Jacques le Majeur, exécuté par ordre d'Hérode-Agrippa en 44. - Ellies du Pin, o c, t. I, p. 25 sq , donne de multiples preuves que la liturgie selon S. Jacques esl supposée ; il en circulail nombre d'autres, non moins apocryphes, selon Pierre, Matthieu, Marc, elc.
(C) Inexact. MD non sine acerritna pontifie a m inter se dissidentia. On trouvera le récit du concile de Nicée dans Ellies du Pin, t. 2, pp. 803-816, el en particulier l'histoire des querelles qu'il souleva. Les évêques y présentèrent à l'empereur des requêtes les uns contre les autres. De grandes dissensions éclatèrent quand il s'agit de rédiger la formule destinée à condamner Arius. Eusèbe refusa d'abord de la signer, puis céda. Deux évêques résistèrent jusqu'au bout. — Voyez supra, IV, p. 343 noie D, la formule du concile de Nicée, où sont soulignés les termes ajoutés, contre Arius, au symbole de Césarée.
bole (A) pour estre appelle Dieu (B),ainsy que la escrit Grégoire de Nazience (8) dans son epistre 2 a Chidonius. Mesme lopinion des Ariens qui vouloient que lesus Christ fust créature a esté si puissante que huict (9) conciles lont approuué & speciallement (a) celluy d'Ariminie (1) (C) composé de six cens euesques (6). Cependant vingt ans après au concile de Constantinople (D) la Deité fut rendue a lesus Christ (c) snns songer a vne tierce personne pour se forger vn Dieu nouueau & sans dire vn mot seulement delà Trinité. Mais enfin lan 430 au concile d'Ephese (2) le S. Esprit fut receu pour Dieu & par les suiuans (E), de lauctorité desquels on a adiouslé quelques articles au symbole de Nycée touchant le S. Esprit assauoir, le croy au S Esprit (F), sans neantmoins le nommer Dieu de crainte que telle nouueauté noffensast les aureilles deuotes. Dou Ion peut connoislre qu'Athanase nest point auteur du symbole vulgaire quon luy attribue, [540] a moins dauoir vescu cent trente ans (d), puisqu'il esloit du temps de lempereur Iulien. le ne dis rien de ce que luy
(8) Epist. adChydonium. — (9) Concilio Tyri, Sardis, Mediolanensi, Smyrnse, Seleucia;, Niceœ, Tarsensi, Ariminensi. — (l) Anno 3(i3, Sozomenus lib. 3, c. 19. — (2) Nicephorus, lib. 14, c. 34. Très autem sunt synodi Ephesi coactae.
[u) N prsecinue. Mb preesertim. — (b) N synodo Ariminensi, in qua sexcenti pontifices coulueranl . MD coaluerunt. — (c) N deitas Christi restituta fuerit. MD Cliristo. — [d) N centutn (MDet) triginta.
(A) Erreur, mais qui n'entame pas le raisonnement d'Octave. « Je crois au S. Esprit », dit le symbole de Nicée, sans rien ajouter de plus.
(B) Inexact. MD ac ne mentio quidem ulla in symbolo, nec Deus credebatur, = le symbole ne le nomme pas, et on ne croyait pas qu'il fût Dieu. Grégoire de Nazianze (cf. supra, p. 475 note G) avoue, en effet, Epislola secundo ad Cledonium presbylerum adversus Apollinarium (Migne Epist. 102, t. 3. .col. 194) qu'il est obligé de suppléer au symbole de Nicée, qui ne pro clame pas explicitement la divinité du S. Esprit : « [Gogimur] illud insuper explicare, quod ab » illis minus plene de Spiritu Sanclo diclum est. propterea quod hajc qua?stio nondum excilala et » agilala fueral, nempe nnam eamdemque Patris et Pilii et Spirilus Sancli divinilalem agnoscen- » clam esse, Deum quoque videlicet profilendo ». Version de Jac. Billius, Paris, Nivelle, 1583, p. 1028.
(C) Sozomine, 3, 19, parle du concile de Tyr (336) où Alhanase fut condamné. Sur les conciles suivants et spécialement celui de Kimini (363;, voy. supra, IV, p. 342 sq. On verra dans Ellies du Pin. o. c, l 2, p. 85G, que l'empereur Constance avait donné ordre au gouverneur de Rimini de garder prisonniers tous les évêques du concile jusqu'à ce qu'ils eussent signé, de gré ou de force, la formule semi-arienne qui leur était présenlée.
'D) Il s'agit du troisième des conciles réunis coup sur coup à Constantinople (383). Mais, contrairement aux assertions de Bodin, ce concile, non content de rétablir la divinité du Christ, établit le premier, contre Macédonius, évèque de Constantinople, qui l'avait niée, la divinité du S. Esprit, en l'appelant » Seigneur vivifiant, qui procède du Père, qu'on doit adorer et glorifier » avec le Père et le Fils ». Ellies du Pin, o. c, t, 2, pp 890 sqq.
(E) Entendez : par le concile d'Ephese et par les suivants. MO Ephesina synodo et sequentïbus. Cf. Nicéph. Callisle, 14, 34', Socrale, 5, 10; Sozomène, 7, 12; surtout Ellies du Pin, o. c, t. 4, pp. 685-784. Ce concile est principalementoccupé à combattre l'hérésie de Neslorius, qui distingue absolument en J.-C. l'homme du Dieu et refuse, en conséquence, d'appeler Marie mère de Dieu (430).
(F) L'erreur, signalée supra, de Bodin continue. Le concile de Nicée avait proclamé la foi au Saint-Esprit; celui de Constantinople la divinité du Saint-Esprit. Le concile d'Fphèse donna son adhésion à celui de Nicée, considéré comme l'expression ne varietur de la foi.
seul (A) de tous les Grecs (e) veult que le S. Esprit procède (/) du Père et du Fils nonobstant la peine danatheme que les conciles grecs ont fulminée contre ceux qui (y) croiroient que le S. Esprit procède dun autre que du Père (B).
Fedehicu. — Ce nest pas (/*) par les assemblées ou (*j les contestations des hommes que lesus Christ a commencé ou cessera destre Dieu non plus que le S. Esprit mais touttes les choses qui ont esté mises en doubte par les hérétiques ont esté approuuées et confirmées par les constitutions des sages (j) (C), tesmoing ces euesques lesquels nayans pas voulu soubscrire a ce qui auoit esté arresté au concile de Nicée moururent et après auoir esté ressuscitez y soubscriuirent (3) au raport de Nicephore Calliste.
[Ces résurrections de morts sentent plus la magie démoniaque que la divinité, déclare Octave. Des papes sorciers, 540. De l'incarnation, 541-560. ]
Impossibilités de l'Incarnation ; elle n'était pas nécessaire ; déchéance & inconstance qu'elle suppose chez Dieu.
[541] Cokoni. — Ce sera assez faict a mon aduis si Ion peut contenter quelquun (a) iusques a lui prouuer tant par raisonnemens démonstratifs que par aucloritez que lesus fils de Dieu engendré de toutle éternité est Dieu et (b)
(3) Nicephor. Callistus, lib. 3, c. 23 (D).
(e) N solus omnibus dissentiens. MD solus a Graecis omnibus dissentiens. — (f) N procède re. MD prodire. — (g) N contra pœnam anathemalis conciliis Graecis (MD Graecorum) snbjeclam, quod (Ml) qui) aliunde spirilum quatn a paire derivari arbilrarelur. (Qui s'explique en sous-enlendaiit ci). — [h) N Non tamen. MD suppriment lamen. — (i) N aut. MD ac. — (j) \ aUissimis [sapienlum decrelis]. MD certissimis — [a] N cuique. MD cuiquam. — h SD Jesum... Deum esse et (M ut, inadvertance)... lueri.
(A) Faux-sens. MD Graecus homo solus a Gi'œcis omnibus dissentiens, = un certain Grec, qui élail seul de son avis. Ce certain Grec, c'est l'auteur inconnu du symbole dild'Athanase, puisque Bodin va citer les termes caractéristiques de ce symbole. — Résumons- nous. Il y a quatre symboles : le symbole des Apôtres; le symbole de Nicée (325;; le symbole de Gonslanlinople qui ajoute au précédent l'affirmation de la loi à la divinité du S. Esprit; le symbole dit d'Athanase, que les orthodoxes même reconnaissent être d'un auteur postérieur : il développe les affirmations du symbole de Gonslanlinople. Cf. abbé Lerosey, Histoire et symbolisme de la liturgie, p. 143 sq.; et Migne, Dict. de Ihéol. catholique, art. Symbole.
(B) Pour combattre l'hérésie de Priscillien (-f 384), les Églises d'Espagne ajoutèrent au symbole ordinaire que le S. Esprit procède du Père et du Fils. Le Filioque est devenu article de foi poulies Églises d'Occident; mais les Grecs l'ont toujours repoussé. Cf. Pholius le patriarche, De S. Spiritus myslagogia, 5 (Migne t. 2, col. 285 , nommant sept conciles œcuméniques qui ont analhémalisé le Filioque.
[G) Federich se défend comme se sont toujours défendus les orthodoxes. Les symboles successifs, loin de varier, n'ont jamais l'ait que développer les vérités implicites dans le symbole primitif des Apôtres; mais s'ils les ont développées successivement, ce n'est pas qu'on n'y crût pas dès le début, c'est qu'elles n'avaient pas encore été niées. Cf. Migne, o. c, art. Symbole.
[D) Référence erronée; le souvenir même de Bodin est inexact. Ces évêques, raconte Nie. Calliste, 8, 23, étaient morts avant d'avoir pu signer le symbole de Nicée. On mil l'acte de foi entre leurs mains; le lendemain, quand on rouvrit le tombeau, l'acte était signé Mais Nicephore, qui en fait des orthodoxes résolus, ne les ressuscite pas.
quauec le Père et le S. Esprit il ne faict qifvne vntté (c) d'essence ou de Deité nonobstant la triplicité des personnes.
Senamy. — Ouy ce sera assez & plus quil ne fault pour moy qui sur le faict des choses diuines maccorde a tout ce que Ion veult mais il y a encores vne difficulté plus grande, sçauoir : encores que nous reconnoissions que mesmes deuant quinze siècles ou bien douant la naissance du [542 Christ (A) la personne du Fils estoil coegale & coelernelle au Père, pour quelle raison auroit il pris chair humaine? Et puis quand nous reconnoistrions que lessence diuine ayt voulu descendre dans le ventre dune femme, estoit ce vne nécessité pour la rédemption du genre humain? Car si Dieu a pu (B) sauuer les hommes (d) & les nettoyer de toultes les ordures du péché sans laide de Ihumanité sans (e) meurtre et sans effusion de sang, il nestoit pas nécessaire que le fils quittast sa demeure céleste pour se renfermer dans les entrailles (/) dune femme a fin den sortir sans fracture et a fin de mourir dans la fleur (g) de son aage par vn cruel supplice (C), puisque par sa seule volonté il (D) pouuoit (h) remettre et effacer les péchez de tous les hommes. Car en vain nous employons beaucoup de choses pour vn ouurage qui se peut (i) faire auec peu.
Octaue. — Augustin dict que Dieu ne manquoit point dautres moyens pour raehepter (/) Ihomme (9) (E) : cest pourquoy qui est celluy (F) qui pensera que Dieu la ainsy ordonné quand rien ne le force a lexecution de ses
(9) Lib. 13 de ïrinitate.
(c) ND deilulem in unitale essenlise ac unilatem (M bonitalem, Taule certaine) in personarum (rinitate tueri. — (d) N humanum genus. MD hominum. — (e) N cœde. MD sine aede. — (/') MD intima fœminœ viscera subire. N supprime intima. — (g) N in ipsa setatis flore. MD ipso, seul correct. — [h) N facile potuisset. D facillinie poluisset. M facile posset. — (i) N possit. MD queat. — (j) N [alius modus] homines redimendi. MD hominis.
(A) Ou bien deuant la naissance du Christ, glose destinée à expliquer deuant quinze siècles. Ainsi Senamy trouve à admettre l'Incarnation un triple obstacle : comment la Personne créée du Fils peut-elle être coégale et coéternelle au Père? Si on accorde cela, pour quelle raison s'estelle incarnée? Si on accorde qu'elle l'a voulu, en quoi le rachat du genre humain exigeait-il qu'elle exécutât sa volonté? La dispute va surtout peser sur les deux derniers points.
(B) MD si Deus poluit, = s'il est vrai que, puisque Dieu pouvait... R ne rend pas la vigueur de si suivi de l'indicatif, et reste obscur.
(C) Cf. supra, pp. 416 et aussi 449, 478 et 544. C'est un vrai refrain pour Bodin que l'énuméralion de ces circonstances de l'incarnation si. contraires à la majesté divine.
(D) //, c'est Dieu et non pas le Fils. — Par sa seule volonté énerve la vigueur du texte : MD nulu solo, d'un signe.
(E) « Eos itaque qui dicunl : itane defuit Deo modus alius quo liberarel homines a miseria » mortalitatis hujus ? parum est sic refellere ut istum modum, quo nos per mediatorem Dei et » hominum hominem Jesum Chrislum Deus liberare dignalur, asseramus bonum & divinae con- » gruum dignilali, verum etiam ut oslendamus non alium modum possibilem Deo defuisse, cujus » poleslali cuncta aequaliler subjacent, sed sanandae noslrse miserise convenienliorem modum » alium non fuisse, sed esse oporluisse ». Aug., De 'ïrinitate, 13, 13.
(F) Faux-sens. MD ac tametsi quis putet Deum ila decrevisse, = et même si l'on pense que Dieu l'avait ainsi décidé, (restera à prouver qu'une nécessité l'obligeait à exécuter sa décision). Octave suit à la lettre le plan de discussion proposé par Senamy : 1° aucune nécessité ne forçait Dieu à décider qu'il sacrifierait son fils (il avail d'autres moyens de nous racheter); 2° celle décision prise, rien ne le forçait à l'exécuter. Ainsi ni avant, ni après [sa décision], Dieu n'a été poussé par aucune nécessité.
arrests (i) (A ? Et partant il ny a eu aucune nécessité ny deuant ni après pour obliger Dieu a se reuestir de nostre chair ny (h) a mourir honteusement par ce que cestoit assez dun Ange voire dun homme qui se seroit sacriffîé pour satisfaire a la Justice diuine, ny ayant point de victime plus aggreable a Dieu que celle quil luy plaist de choisir (B). Que si loa veut que tous les hommes soient souillez de lordure T543J du péché originel, Dieu ne pouuoil il pas les en rendre exempts (/) comme les nouueaux Théologiens (2) (C) veulent quil ayt faict en la personne de la Vierge mère du Christ, assauoir au concile de Trente (3) (D) ou cella fut déterminé contre lopinion des anciens et speciallement d'Anselme, de Bernard, du Maistre des sentences (4), de S. Thomas d'Aquin, d'Augustin & de Hyerosme(E)? Cestpourquoy ce nest pas sans
(I) Scotus contra Anselmum, Mb. 3, dist. 20. -- (2) Scotus primus in ea sententia fuit. — (3) Canone 5, sessione quinta. — (4) Lib. 3, dist. .'{.
{k) N ut (MD aut) turpi morte caderet. — (Zj .V ab omni scelerum contayione purus. Ml) purissimus.
(A) Scot, o. c, 3, 20, qmeslio 1 (l. 2. p. 145), explique, contre Anselme, que Dieu n'était pas forcé de sacrifier le Christ : « Deus ab aelerno contingenter pr;edeslinavil hominem, et non » necessario, quia nihil necessario operalur respeclu aliquorum extra se... sic poluil non prsedes- » linavisse ».
(Bj Faux-sens : parce que le sacrifice ne vaut que le prix que Dieu aurait fait du sacrifié, MD quia non plus est oblalio quam quanti Ueo collibuit illum œstimare. Entendez : et qu'ainsi, si Dieu mettait un haut prix au sacrifice d'une victime inférieure, telle qu'un homme ou un ange, ce sacrifice suffisait.
(G) Dieu, explique Scot, a pu faire que la Vierge ne lut jamais sous le coup du péché originel. El il ajoule : « Si aucloritali Ecclesi;e vel auclorilali Scriplurae non repugnet, videlur probabile » quod excellentius est allribueie Maria- ». O c, 3, 3, q. 1 (t. 2, p. 30). Mais si Scot est le premier docteur qui parle clairement de l'Immaculée Conception, c'était cependant là une croyance déjà ancienne (cf. S. Bernard, cité infra).
(D) •• L'intention du concile n'est point de comprendre dans le décret qui regarde le péché » originel la bienheureuse Marie, mère de Dieu, mais il entend qu'à ce sujet les constitutions du » pape Sixle IV d'heureuse mémoire soient observées sous les peines qui y sonl portées, et qu'il » renouvelle ». Sess 5, can. 5. Cf. sess. 6, can. 23.
(E) Anselme, Liber de Conceptu viryinali et peccato originali; 8 (Migne, l. 158 de la P. L., col. 4i2j : « Ouod in semine sumplo de Virgine non sit peccalum neque nécessitas fuluri pec- » cali ». Aiselme pense bien que la Vierge est infectée du péché originel, puisqu'il croit devoir prouver que son fruit ne l'hérite pas d'elle — Bernard, Epist. 174 ad canonicos Lugdunenses, pense que Marie a été exemple du péché acluel, non du péché originel : « Conceplionis feslum » novum esse, nullo nili legitimo fundamento ». (T. 182 de la P. L. de Migne, col. 332 sq.). — Lombard, 3, 3 B, explique que la chair dont fut formée le Christ, sujette au péché originel jusqu'à sa conception, en fut à ce momenl délivrée par le Saint-Esprit. « Mariam quoque tolam Spi- » rilus Sanclus in eam prœveniens a peccato prorsus purgavit, ut ei postmodtun peccandi occasio » nullalenus exsliteril ». Si le S. Esprit a rendu impossible tout péché à la Vierge après la conception, c'est donc qu'avant elle était sujette au péché, donc à la tache originelle. C'est en vain que l'édile. ir du xvue siècle, le docteur de Sorbonne J. Alleaume, ergote contre celte évidence. — S. Thomas, Summ. theol., lerlia, 27, 2. — S. Augustin est formel : le Christ est la seule créature humaine qui ail été exemple de la lâche originelle: la Vierge, conçue « ex concupiscentia » parenlum », y a été soumise, Contra Jutianum Pelagianum, 5, 15, 22 (Migne t. 10, col. 813). Même idée, mêmes termes, dans Opus imperfectum contra Julianum, (3, 22 (Migne t. 10, col. 1553); le De Genesi ad lilteram, 10, 18, 32 (Migne t. 3, col. 422); et le De fide ad Petrum qu'allègue Lombard, /. c. — De Jérôme je n'ai trouvé qu'un texte assez vague, Dialogus adver-
raison que ie mestonne que tant de grands hommes qui ont esté reconneus pour Saincts par l'Eglise romaine pendant tant de siècles soient maintenant accusez dheresie (m) (A).
Coroni. — L'Eglise romaine (n) ne peut errer par ce que Ion ne parloit point encores dheresies du temps de S. Bernard et de Lombard (B).
ToHALBii. — Ce qui est vray vue fois ne peut iamais eslre faulx par aucune reuolution dannées.
Octaue. — Passons outre, Adam pouuoit par vn amour extrême mériter son pardon, par ce que lamourenuers Dieu est incomparablement plus excellent que touttes les victimes de créatures qui luy peuuent estre offertes (o) : pourquoy donc par vn si grand changement de touttes choses estoit il nécessaire de faire mourir vn innocent?
Cukce. — Encores que Dieu ne soit forcé dagir par aucune nécessité cependant il la voulu ainsy : mais de demander pourquoy il la ainsy voulu cest vn crime et vn plus grand encores de former des contestations sur cette matière.
Coroni. — Ambroi.se (6) dict quil nest pas permis de pénétrer dans les secrets de Dieu : cependant ie tascheray tousiours de rechercher sa volonté non pas pourquoy il veut cecy plustost que cella. Et sil est licite de tirer des coniectures sur les motifs qui lonl obligé a se reuestir de nostre nature et a mourir par vu supplice honteux, iestime que le principal subiect na esté (») que pour nous donner de lhorreur pour le péché et plus dattache a la vertu (C), comme aussi a fin de nous inspirer plus damour et de zèle enuers sa diuine [544J maiesté, nous ayant faict beaucoup plus de grâces et de faueurs (p) quaux anges mesmes au dessus desquels il nous a esleuez (D).
(o) Scotus, lib. 3, dist. 19 (E). — (6) Lib. 1, c. 4 de vocatione gentium(F).
(m) SM attribuent celle phrase à Toralba. D esl conforme à H. — [n) N Ecclesia. MU Ecclesia Romaria. — (o) JV ea polissimum causa (MU ajoutent fuisse) videtur. — (p) N [homines], quos majore quant angelos dignitate ac prœstanlia cumularet. MD cumularat.
sus Pelagianos, 1, 16 (Migne t. 2, col. 511), où il nous l'ait remarquer que si Marie se dit bienheureuse, c'est par la boulé du Dieu qui habite son sein, non par ses propres mérites. Doit-on en conclure que, sauf la conception de Jésus, Marie esl, aux yeux de Jérôme, semblable à nous?
(A) M semble avoir raison d'allribuer celle dernière phrase à Toralba : c'est Toralba qui, sur ce sujet, va riposter à Coroni Nolez encore la ressemblance de II avec D, mêmes dans ses fautes.
(B) C'est la défense qu'employait Federich, p. 540, contre ceux qui incriminaient la variation des symboles. Il n'y a pas à condamner Bernard ni Lombard, parce que dans leur temps la question de l'Immaculée Conception n'ayant pas encore été violemment controversée, l'orthodoxie n'avait pas eu à prendre position. A cet argument, Coroni, en bon catholique, ajoute celui de l'infaillibilité de l'Église.
(C) Omission. MD sic enim, quantum a sceleribus abhorreat, intelligamus, = apprenons par là (c'est-à-dire par la grandeur du sacrifice qu'il s'est imposé pour nous) combien il déteste le péché.
(D) En s'offrant lui-même comme hoslie pour le salut des hommes, ce qu'il n'a pas daigné faire pour les anges.
(E) Scot., 3, 19, q. 1, « Utrum Chrislus merueril omnibus nobis graliam et gloriam et remis- » sionem culpae et pœnae », exprime en effet celle idée.
(P) De vocatione genlium, 1, 4 (Migne t. 4, col. 1087). Même idée Hexameron, 1, 3, 9 (Migne t. 1, col. 127), etc.
Tohalbe. — Gella se peut persuader aux chrestiens e( aux ignorans mais nullement aux philosophes quun Dieu éternel ayt demeuré pendant vue infinité de millions dannées immuable et que ce mesme Dieu depuis quelques siècles soit descheu de cette nature excellente pour se reuestir d'vn corps comme nous composé de sang [q) de chair de nerfs et dos et pris vue ligure nouuelle pour sexposer aux tourmens dune mort ignominieuse et a la puissance infâme des bourreaux (r) a lin de ressusciter et de porter dans le ciel (s) cette masse corporelle, ou iamais auparauant il nen estoit entré (A).
[Octave repose l'éternelle question : en Christ la divinité, indissolublement liée à la nature humaine, a donc pâti, est donc morte? Curce répond en exposant les hérésies des Sabelliens, qui ne distinguent pas les personnes, et des Nestoriens, qui distinguent absolument l'homme du Dieu. Toralba observe que h- fait d'être composé est contraire à l'essence, qui est simple, de la Divinité, 544-546. A quelles absurdités (causes des querelles entre les sectes catholiques, luthériennes, zwingliennes) n'amène pas le dogme de la double nature du Christ ! Forcés de lui donner l'ubiquité, attribut divin, et de ne pas séparer ja nature humaine de la divine, nous sommes contraints d'imaginer toutes les parties de son corps à, la fois partout, et même les unes dans les autres, les pieds dans le cerveau, etc., 546-549].
Cercle vicieux.
[549] Fedehtch. — Toralbe simagine quil faille peser les choses diuines au poids des Philosophes. Cest pourquoy il ne peut pas concepuoir que Iesus Christ soit Dieu, mais sil pouuoit comprendre cette vérité, il nemployerait pas la subtilité de ses arguments pour la combattre. Aussy ie luy pardonne comme S. Paul faisoit aux Iuifs et aux Gentils quand il disoit : sils auoient conneu Dieu, ils ne lauroient pas mis en croix (B).
Salomok. — Il me semble que ientends parler de lempereur Caligula qui de la mesme façon excusoit les ambassadeurs iuifs en leur disant auec vue certaine douceur quils estoient de bonnes gens et bien simples (C) de ne pas vouloir (a) le reconnoistre pour Dieu. Ainsy (b) Federich nous accuse il de
[q) N humani (MD humanam) sanguinis concretionem. — {r -V ah iniquitatis (?) carnificibus. MD ab inquinatissimis carnificibus. — (s) N omet in cœlum. — (a) N non enim (MD Lamen) reputare Caligulam Deum esse. — (b) N I laque (?), MD Ita.
[h) Toralba renouvelle son inveclive contre l'Incarnalion (cf. supra, p. 416, 449, 478, 541), el H atténue, comme supra, pp. 308, 309, 336, les violences du texte contre un mystère révéré : MD ac corpoream molem, ossibus, carnibus, ligamenlis, humoribus ac pulpa concrelam, in cœlum, ubi nunquam visa erat, subveheret.
(B) I Cor., 2, 8.
(G) Caligula, d'abord furieux du refus qu'avaient l'ail les Juifs de l'adorer, s'était apaisé : « telle » ment qu'e>tant deuenu plus doux, dit ces paroles : Ces hommes ne me semblent eslre si mes- »> chans que malheureux et fols, ne croyans point que ie suis participant de la nature diuine ». Philon, Des vertus et de l'ambassade faite à Caïus, trad. Bellier, p. 1129 (Cf. p. 266 note D). Chauviré 12
simplicité (c) par ce que nous ne voulons pas reconnoistre pour Dieu le fils cTvn artisan (A).
En Christ, continue Toralba, le Dieu, infaillible, impeccable, n'a pu mériter, puisqu'il n'avait pas le choix entre le bien et le mal, ni par conséquent nous racheter. Et l'homme, aux mérites finis, n'a pu expier les péchés infinis d'hommes innombrables. Federich objectant que telle fut la volonté de Dien, on revient au point de départ : prouver qu'en effet il l'a voulu, 549. Curce essaye de le prouver par autorités : Marc, 8, 11 sq. ; Luc, 9, 35 ; Daniel, 9, 24 ; haïe, 53, 3 sqq. Salomon détruit ces preuves par son interprétation, 551-553. Senamy, soutenu par Salomon, explique à grand renfort d'exemples que ce qui plaît à Dieu, c'est le sacrifice des méchants & non d'innocents comme Jésus, 554. Jéhovah réclame pourtant, objecte Federich, des victimes sans tache : la plus pure était Jésus. — Possible, réplique Salomon ; mais il répète sans cesse que, mieux que les sacrifices, repentir et bonnes œuvres effacent le péché, 556-559.
De la pénitence. Si tous les péchés étaient effacés par la mort de Jésus, dit Octave, ce serait là assurer l'impunité aux pires crimes. Dieu, ajoute Salomon, promet rémission entière au sincère repentir, dès l'ancienne loi & sans parler de Jésus. Coroni réplique que nos œuvres ne valent que par la rédemption, en l'honneur de laquelle il entonne un cantique en vers grecs, 559-
De la pénitence : pour et contre la confession. — Doctrine protestante de la grâce. — Question du péché originel.
j563] Salomon. — Voila vn beau cantique et ie ladmirerois nestoit que cest vne louange quun homme donne a vn autre homme. Mais sil est véritable que par la mort du Christ la vie est donnée et que les péchez sont effacez, pourquoy faire pénitence? pourquoy confesser ses péchez? pourquoy les euesques chrestiens (B) imposent ils des peines aux meschans? la loy de Dieu demande
(c) -Y nostram. MD nostrorum simplicitatem excusât. R traduit assurément accusât.
(A) Encore que Salomon, adepte d'une religion, se prétende plus enclin à croire par loi pure que Toralba, philosophe (p. 478), dans la pratique, ces deux esprits s'accordent à demander aux religions chrétiennes, qu'ils combattent surtout, les mêmes comptes dans les mêmes termes. Curce les unit dans le même reproche d'incrédulité (p. 515). — Si j'ai cité ces deux répliques, c'est qu'elles me paraissent montrer d'une façon saisissante la vanité des disputes religieuses. Federich fait appel à la loi ; Salomon se retranche dans sa raison. Evidemment, si Toralba croyait à l'Incarnation, il ne chercherait pas d'arguments contre elle. Et si Federich s'appuyait seulement sur la raison, il ne croirait pas. La fréquence avec laquelle Bodin a amené la discussion à cette impasse (cf. p. 523, noie D) m'a l'air intentionnelle. A un certain moment de la controverse, pense-l-il, nous arrivons toujours à n'user plus que des arguments efficaces pour nous-mêmes, inefficaces pour le contradicteur. C'est l'impression qu'on relire en fermant VHept., puisque chacun, après sept cents pages de discussion, reste terme dans sa première conviction. Cf. mon Jean Bodin, II, 3, 5, p. 164 sq.
(B) MD chrisliani pontifices, = les prêtres chrétiens. Cf. supra, p. 337 note A.
elle dauanlage (a) aux hommes? C'est pourquoy (b) ie ne trouue rien de plus détestable (c) que la confession auriculaire, soit par ce quun homme croit quun autre homme luy donne absolution de ses péchez, qui est la plus haute des impietez contre Dieu (6) (A), soit par ce que la liberté est ouuerte a touttes sortes de crimes par lesperance promise du pardon, soit par ce que Ion ne saccuse iamais des péchez (d) énormes de peur den estre puny (B), soit par ce que le desespoir du pardon (e) prend sonnent a ceux qui ont honte de confesser leurs crimes capitaux par ce quil iroit de leur vie (f) sils venoient a eslre descouuerts (C), soit a cause que pour lexpiation des plus atroces il soit nécessaire de recourir au pape, soit par ce que les tyrans ont vne voye ouuerte pour leurs proscriptions & leurs cruautez.
564] Corom. — Pour moy ma pensée est que la confession auriculaire est vne bride (D) admirable contre le péché, car y a il quelquun assez aueuglé pour oser commettre vn crime quand il sera persuadé quil nen peut auoir remission sil ne sen accuse a son confesseur? Il est remarqué dans l'histoire des Indes que les Peruuiens (g) auant la venue des Espagnols dans leurs terres quoy que saunages & idolâtres vsoient de cette sorte de confession et qua peine de la vie il estoit deffendu // a leurs prestres de reueler les péchez dont on sestoit accusé (E).
Cihce. — Cella peut estre puisquils adoroient les diables qui leur auoient enseigné cette méthode (FI a fin quils demandassent et espérassent le pardon des hommes (i) et non pas de Dieu. 0 ladmirable antidote contre la peruersité, dont Dieu mesme pendant tous les siècles ne sest point aduisé pour empescher que les hommes ne loffenceassent! mais limpieté est montée iusques a tel
(6) lob., c. 32.
[à] N magis. MD majus. — [b] S quare. MD quanquam. — (c) N non (fautif). M h nihilperniciosius cogitari. — (d) N impietales. MD improbitates. — (e) N conscienliœ desperationem. MD venise desperationem. — [f] N quse si sciantur, capite luenda sunt (faute). MD sinl. — [g\ N Indos et Peruanos [?). MD Indos Peruanos. — (h) N capitale esse. MD fuit. — (i) ND ut ab (M omet, à lort, ab) hominibus, non a Deo veniam pelèrent.
(A) Référence inexacte; cf. infra, p. 658, noie 7. Bodin a prétendu citer ici Job, 34, 13 : « A til [Dieu] donc commis a quelqu'aulre le soin de la terre? et qui est celuy qu'il a eslabli » pour gouuerner au lieu de luy le monde qu'il a créé? »
(B) De peur d'en estre puny, glose.
(G) « Comme il aduint a vn gentil-homme de Normandie, de confesser a vn Cordelier qu'il » auoil voulu tuer le roy François Ier : le Cordelier en aduertit le Boy qui enuoya le gentil- » homme a la court de Parlement, ou il fut condamné a la mort». Rép., IV, 7, p. 443. Est-il besoin de faire remarquer que Salomon ne fait pas ici le procès de la confession, comme il le croit, mais des prêtres indignes qui en trahissent le secret?
(D) MD amuletum, = un préservatif.
(E) Gomara rapporte ce fait, non aux Péruviens, dont il parle en son liv. V, mais aux Ciorotegas, peuplades du Nicaragua, o. c, VI, 2, p. 457 b : « Tous les prestres se marient, hors mis » ceux qui escoulent les péchez des autres, et commandent la pénitence selon le delict, et n'ose- » roienl reueler la confession, sur peine de chasliment ». Cf. Démon., I, 3, p. 79.
(Fj Contresens. MD Cum dœmonibus inservirent [Peruani], cui dubium esse potest, quin eliam hune morem ab iis didicerint et expresserint, = Les Péruviens adoraient les démons; dès lors, peut-on douter qu'ils ne leur aient emprunté aussi cette coutume? — Sur les faux dieux considérés comme des diables, cf. p. 258 note A.
excès (j) quil y en a beaucoup qui pensent (k) que mesmes sans auoir regret les seules parolles que le prestre prononce absoluent le pénitent et luy effacent ses péchez les plus énormes. Cependant loraison de Manasses (A) roy de Iuda nous enseigne combien (/) la contrition est nécessaire au pardon : Vous auez ordonné (dict il) la repentance par vostre bonté infinie a fin de sauner ceux qui par la instice de vos loix & de vos iugemens éternels (m) debuoient périr (7).
Fedehich. — La mort de Christ na point effacé les péchez de ceux qui long temps auparauant en auoient faict pénitence ou qui en auoient esté punis par sa Justice, ny de ceux qui nont eu aucune confiance [565] en la venue du Messie, ny de ceux qui ont refusé la médecine que Christ leur a offert pour recouurer leur salut, mais ceux qui se sont preualus du bénéfice gratuit de Iesus Christ et se le sont appliqué se sont non seulement garentis de la coulpe, mais encores (n) de la peine quelque légère quelle puisse estre.
Octale. — En vérité cette maxime me semble bien pernicieuse assauoir que sur cette confiance que le plus scélérat de tous les hommes prend en la mort de Iesus Christ il mérite la remission de tous ses péchez (o). Car quest ce autre chose que par vne telle impunité d'offence proposée, sinon ouurir la porte a touttes sortes dimpietez (B)?
Fedehich. — La mort de Christ a seruy principalement et a esté nécessaire a lhomme pour nettoyer cette malheureuse tache originelle.
Tohalbe. — Si le péché n'est que dans la volonté ainsy que tous les Théologiens (8) (C) le reconnoissent il ny peut auoir de péché originel par ce quen
(7) In oratione Manasses. — (8) Augustin., lib. 1 de libero arbitrio. Petrus Lombard., lib. 3.
(;) ND Al (M eliam, interpolation) eo processif impietas, ut etiam, etc. — [k) N plerumque. MD plerique obliterari paient. — (l) N Pœnilentia vero quanta (MD quanti, préférable) sit ad veniam adipiscendam docet (MD docnit) Manasse (MD Manasses). — (m) Afomet œternis. — [n N omet etiam. — [o) MD ut ex ea (N omel ea) fiducia, quam... quisque lemere arripint (N accipiat), peccalorum omnium (N omel ce mol) veniam adipisci mereatur.
(A) La prière de Manassé, captif en Babylone, se trouvait (cf. II, Paralipomènes, 33, 19) dans les livres d'Hozaï, qui sont perdus. C'est un fragment non canonique, dont on n'a plus que la version latine (cf. Ellies du Pin, o. c, t. 1, p. -63). On le trouve entre les Parai, et Esdras.
(B) On voit donc Octave, contre la théorie protestante de la grâce seule efficace, comme tout à l'heure Salomon contre la confession auriculaire des catholiques (p. 563, et Octave encore, p. 559), préoccupé avant tout de défendre deux notions qui lui semblent essentielles : liberté et responsabilité de la conscience. Par;elles, et par elles seules, sont rendus possibles la moralilé des âmes, leur mérite aux yeux de Dieu, leur récompense. Et dans le même esprit, Salomon soutiendra tout à l'heure (infra, p. 658) qu'un repentir de la dernière heure ne suffit pas à effacer les crimes : il y faut une longue contrition et la réparation par les bonnes œuvres. Bodin a exprimé ces idées tant de fois dans VHept., et par des bouches si autorisées (Salomon), qu'on peut sans doute les lui allribuer à lui-même.
(G) Bélérences fausses. Corrigez : Augustin, De libero arbitrio, 3 (comme le prouve infra, p. 588, note 2), 17, 49 : « Volunlas est prima causa peccandi », ou 3, 18, 50 : « An aliquis peccet » in eo quod caveri non potesl », (Migne t. 1, col. 1294); — et Lombard, 2, 41, qui cite de nombreux textes d'Augustin, pour montrer que le péché n'est que par l'intention. Cf. aussi 2, 32, n. 14. — Sur ce poncif de Bodin, voyez supra, IV, p. 227 notes E et F.
naissant nous nauons point de volonté (p). Que si la question de la Trinité est si espineuse (A) et plus difficile encores celle de l'incarnation dun Dieu comme aussy celle de lascension de cet homme Dieu dans le ciel et beaucoup dautres de cette qualité contraires aux loix diuines et de la Nature, il fault chercher a les esclaircir.
Cuhce. — Quil ny ayt point de péché originel cella ne peut estre par ce que Ion ne trouue rien plus souuent (B) dans les vieilles et nouuelles tables de lescriture.
Salomon. — le ne fais point de double qu'Adam ayt péché non pour auoir mangé la pomme deffendue que sa femme luy présenta (7) comme le vulgaire et les enfans le croyent mais pour auoir destaché son esprit de la [566] contemplation des choses dignes de luy en se laissant surprendre aux atlrais des sensualitez en sorte quil sy donna tout entier, ainsy que les plus subtils dentre les Théologiens dentre les Hébreux (Cj lexpliquent et disent que par le mot de femme sont, entendus les sens corporels comme par celuy de mary lentendementet par le serpent est signiffiée la volupté (D), laquelle ainsy quun serpent se glisse dans les parties les plus secrètes de nos corps et trouue facilement lentrée de tous nos sens, dont la principalle force est aux dens dont il se coule dans le ventre (r). Mais de quelque façon qu'Adam ayt péché (Y pourquoy ce péché passeroit il a sa postérité? car (t) (E) si les péchez passoient a nos descendans leurs vertus y deburoient aussy passer, et plustosl que les vices, par ce que dans toutte la nature les biens sont tousiours plus puissans que les maux, comme nous lauons prouué cy dessus (F). Or (m) tous les philoso-
(p Y peccandi. MD peccati voluntas. — (q) N omet aut ah uxore oblala [poma] gustaret. — r MD in venlrem reptare solet. S in ventre. — (s) MD sed utcumque peccaverit Adamust N peccavit. — 1 1) ND aut. M at. — (u) MN at. D ac.
(A) Contresens qui rend la suite des idées inintelligible. MD quod si ita est anxia de trinitale disputalio ac multo difficilior de incarnatione divinitatis, etc., diluuntuv. il faut mettre après quod si ita est une virgule, dont le manque a égaré H, et entendre : dans ces conditions (= s'il n'y a pas de péché originel), toutes les questions épineuses, Trinité, Incarnation, Ascension, disparaissent, puisqu'elles sont étroitement liées à la rédemption, qui disparaît aussi.
(B) Que l'affirmation du péché originel. Job., 14, 4 et 15, 14; Psaum., 50, 5: Ad Rom., 3, 9 et 23; 5, 12, etc.
(C) « Ces propos [sur la faute d'Adam et Eve mangeant la pomme défendue] ne sont point » fables coutrouuées, mais sont certaines façons de parler qui tendent à l'allégorie : a sçauoir » quand on veut dire ou représenter autre chose que celle que l'auditeur attend et pense qu'on » doibue dire ». Philon, De la création du monde, p. 64 sq. El tout ce développement de Bodin sur le sens allégorique de la légende de la pomme est emprunté à Philon, De la création du monde, pp. 64-67; Allégories de la Bible, II, p. 132 sq. et III, pp. 160-167 et 226 sqq.
(D) « Le serpent est la figure et signe de la volupté, pour Irois raisons: la première parce qu'il est » sans pieds et se traisne sur le ventre; la seconde, parce qu'il a pour sa nourriture les moles de » la terre; la troisiesme, parce qu'il porle en ses dents le venin par le moyen duquel il a accous- » lumé de faire mourir ceux qu'il a mordus ». De la création du monde, p. 65. — On remarquera que Philon autorise N in ventre reptare, contre MD in venlrem reptare. B. a suivi MD, comme d'habitude.
(E) ND aut, = ou bien alors. M at, — mais alors.
F) Hept., III, pp. 150-166, où on a prouvé qu'en ce monde le bien l'emporte sur le mal, pour combattre le manichéisme qui les met en balance.
182 JEAN BOIM.N
plies (9) aussy bien que tous les théologiens (1) (A) ont reconneu par vne longue expérience que les vertus ne se transfèrent point a nos héritiers ny partant les vices (u), les contraires marchans tousiowrs soubs vne semblable discipline (x) (B) : dou il sensuit quil ny a aucun péché originel.
[Aux autorités (concile de Trente, Augustin) Toralbo oppose sa raison : avec Pelage il pense qu'à sa naissance l'homme est pur comme Adam et peut faire son salut sans la grâce, 567. Il est si vrai que l'enfant hérite les fautes comme les mérites de ses pères, que Jéhovah poursuit les coupables jusqu'à la 3e et 4e génération. Salomon le nie, avec de pénibles arguties, 568 sq. Toralbe établit de nouveau le lien de cette incroyable Incarnation avec l'existence du péché originel. Federicb réplique en alléguant des autorités- Octave montre qu'avec le péché originel, nous pouvons rejeter sur Dieu la responsabilité de nos fautes, 570-572. Si nous commettons des péchés involontaires, continue Toralbe, nous sommes plus à plaindre qu'à blâmer. Le baptême, ridicule chez des enfants inconscients, inutile après la Rédemption, est un scandale, si les chrétiens croient par là effacer les péchés même à venir. Non, disent Coron i avec le concile de Trente, et Federicb qui préfère l'autorité des apôtres, le baptême nous met en état de grâce, mais ne nous enlève pas la propension au mal, qu'il nous faut dompter, 573 sq. Federicb attribue le péché originel à la fusion du corps et de l'âme. — Non : il n'y a pas d'action ni de réaction possibles de l'un sur l'autre, puisqu'ils sont absolument différents, 566 bis sq. Toralba montre que les hommes semblent bien ne pas différer de valeur morale, suivant qu'ils ont ou non reçu le baptême : exemple des grands hommes de l'antiquité, 569 bis. Salomon contestant que le baptême diminue notre propension aux voluptés criminelles, Curce lui demande quel est alors le sens de l'histoire d'Adam, 571 bis sq.].
Sens allégorique de l'histoire d'Adam. Chacun est à soi-même
son propre Adam.
573 bis] Curce. — A quel subiect donc a on faict cette histoire diuine de la cheute d'Adam, de la reprimende quil en receut et de sa punition dont les lettres sacrées rendent vn lesmoignage si authentique (1) (C).
(9) Aristot. in Ethicis. Plato in Memnone. — (1) Scotus, lib. 2 sententiarum. — (1) Cap. 2 Gènes.
v M /> non possunt igilur transfundi peccata. N non poterunl (?). — (x) MD cum eadem sil contrariorum disciplina. N contraria ? .
(A) Arislote montre que la vertu n'est pas innée en nous, mais résulte de l'effort, stabilisé par l'habitude, Morale a Nicom., 2, 1. — Platon, Memnon, 31 (éd. H. Estienne, p. 93 a) montre que les entants n'héritent pas la vertu des parents, parles exemples de Thémislocle, Aristide, Thucydide. — Scot montre que la semence des parents n'est pas tout, et que l'hérédité des corps n'entraîne pas celle des âmes, Sentent., 2, 32, q. 1.
(B) Il veut dire que les mêmes lois régissent les contraires. C'est un de ses procédés favoris de discussion que l'énoncé de ces principes de logique qui sentent si fort la scolastique encore. Voyez mon Jean Bodin, 2, 1, p. 103 sqq.
(G) Genèse, 3 (et non pas : 2).
Salomon. — Vous ne sçauez donc pas, Curce, que cest vne belle el diuine allégorie. Chacun est son Adam a soy mesme (2) (A) : et tout ce qui est arriué a Adam arriue a tous ceux (a) qui sabandonnent esperduement (b) aux sensualitez aux attrais des voluptez et aux charmes des lasciuetez et qui mettent le souuerain bien dans lentiere satisfaction de leurs sens, et la fin de leurs maux (B) a esuiter les douleurs et les afflictions. Et comme il est escript qu'Adam est reuenu a soy et a faict pénitence cest a dire quil sest destaché des délices des sens pour sappliquer a la contemplation des choses qui despendent de lentendement, ce qui est (c) iouïr du bois de vie et que Salomon (3) appelle la véritable sagesse (C), puis après il engendra Seth (D) homme vrayement diuin et tout semblable a luy (d) : ainsy nous arriue il quand nous auons sorty de la droicte voye et que nous nous sommes plongez dans le salle bourbier des sensualitez, enfin nous en sortons & nous rentrons dans le droict sentier. Et encores que Dieu eust predict a Adam quil mourroit pour auoir mangé du fruict (e) de larbre de prudence (luge (E) du bien et du mal) ce nest pas a dire (f) quil layt condamné a vne mort éternelle : mais comme il est miséricordieux il nimpose iamais que des peines [574 bis] moindres que le péché et plus leigeres mesmes que celles que les loix ordonnent. Il offre
(2) Philon Iuif dans ses Allégories de la Bible. Et Léon Iuif au liure de l'Amour. — (3) Prouerbes, c. 3, 11 et 13.
a V eadem contingunt in omnibus, qui... MD Us omnibus. — [b] N delectantur. Ml) oblectantur. — (c) Nid est. MD id enim est. — (d) .V ad sui ipsius (MD unius) imaginent. — e: MD ac tametsi Deus Adamo preerfirisset tune (N hune [?]) moriturum cum fructum (X fructu [?]) arboris prudenlise... degustavissel. — (f) MD non propterea. X prœlerea, faute.
A Léon le Juif (cf. p. 276, note), 3, pp. 227-249, compare l'histoire d'Adam el Eve à celle des androgynes conlée dans le Banquet de Plalon et l'explique allégoriquement. — Pour Philon, on connaît son procédé : les personnages de la Bible représentent les facultés ou les appétits de notre âme; les préceptes, même les plus formalistes et les plus étroitement juifs, ont un sens caché et tendent à notre perfection intérieure. Ainsi « le plus grand'et plus aggreable sacrifice » que l'homme de bien et entier peut faire à Dieu, c'est de soy mesme estant purifié par luy » Démon., 1, 2, p. 71 ; cf. 3, 1, p. 319) : voilà ce que Philon voit dans les minuties du Lévilique. L'allégorie d'Adam est empruntée aux Allégories de la Bible, 3, passim, en particulier pp. 160 sqq. et 227 sqq. Mais Bodin n'y en trouve que l'amorce : Adam considéré comme l'entendement, Eve comme le sens brutal, le serpent comme la volupté tentatrice (cf. supra, pp. 5(15-566 et notes). Il continue ensuite à son propre compte, avec une érudition el une subtilité dignes de Philon. L'allégorie était d'ailleurs, à force de pareilles lectures, devenue un goût personnel chez lui : voyez celle, originale, je crois, de la course de chevaux, infra, p. 611.
B Contresens : NMD in doloribus vero el œrumnis adeundis malorum finem posuerunt, = [les voluptueux qui] ont placé le comble du malheur dans le fait d'affronter la douleur et l'infortune. Pour l'homme sage et religieux, explique Philon, la vraie misère, c'est de s'abandonner à la volupté. Le voluptueux supporte la douleur malgré lui, comme l'esclave, les coups; mais le sage s'y expose volontiers, comme aux coups, le lulleur. Allégories, 3, p. 211 sq.
(C) <■ Elle [la sapience] est l'arbre de vie à ce-ix qui la prendront : et qui la tiendra il sera » bienheureux ». l'rov., 3, 11. Cf. 11, 30 et 13, 12.
(D) Genèse, 3 à 5.
(E) Erreur. B a lu certainement boni ac mali iudicem au lieu de indicem. Allusion à Genèse, 2, 17 : « Mais de l'arbre de science du bien el du mal, tu n'en mangeras point : car dès le iour » que lu mangeras d'iceluy, lu mourras de morl ».
encores a Adam vn remède salutaire en luy disant : Peut estre (A) coupera il du bois de vie & vinra éternellement [g).
Federicu. — Salomon sest pris luy mesme dans ses propres filets. Ne voyez vous pas.(/i) (B) que par ce bois salutaire de vie est désigné manifestement le bois de la croix de Christ (i) en qui nous debuons (/) mettre tout lespoir de nostre salut?
Salomon. — Cette explication ne conuient non plus aux parolles qu'vne chose ronde a vue chose quarrée. Car il y a le mot hébreu qui (k) signiffie fruict, el non pas bois. Et tout ainsy que la résipiscence d'Adam luy a rendu son innocence & engendre son salut éternel : ainsy il est permis a vn chascun de nous (et le sera tousiours par la grâce de Dieu qui ne manquera iamais a personne) de quitter les conuoitises desordonnées pour rentrer dans la droicte raison et passant des sensualitez a la méditation des intelligences (C) acquérir cette vie salutaire & éternelle sans aucune immolation de bestes ny mort dhomme.
[Dans un cantique en octosyllabes, Octave proleste contre la rancune des chrétiens à l'égard d'Adam, prétendu corrupteur de l'humanité. Adam a payé ses faules. Nous paierons les nôtres. Nous sommes libres et responsables de nous-mêmes, 574 bisoll. La faveur de Dieu pour les grands hommes de l'Ancien Testament prouve l'inexistence de la tache originelle, 578. Ne croyons pas, continue Octave, que si Adam est mort, c'est en punition du péché originel : c'eût été pour lui une destinée misérable que de ne quitter jamais sa prison de chair, 580. Curce exposant que S. Paul, Gai., 2, 16 et 5, 4, a déclaré la loi impossible à suivre sans le secours de J.-C, Salomon lui oppose des textes, Ps. 118, 86; Pruv., 4, 4, où Dieu promet sans restriction le salut aux observateurs de sa loi. Puis il entonne un cantique de son cru, 582-586. Coroni prétendant que la loi est seulement un acheminement à la nouvelle alliance, Salomon rétorque que Moïse, si complet & si minutieux, n'a jamais soufflé mot d'un rédempteur : c'est que l'homme est, grâce au libre arbitre, mis à même de mériter ou non son salut, 5871.
(g) MU vivel seternum. N in seternum. — (h) N non. MD num. — (i) N omet Christi. — (,/] N debemus. MU debeamus. — (k) ML) qua significalur (antécédent : vox hebraïca). N quo.
(A) Dieu a plutôt l'air de le redouter que de l'espérer. 11 chasse Adam du paradis terrestre, » de peur qu'il n'auance la main, et prenne aussi de l'arbre de vie, et en mange, el viue a tous- » ioursmais ». Genèse, 3, 22.
B) MD num. Cf. p. 223 note B.
(C) Du monde des sens an monde de l'entendement pur, MD asensibus adintelligibilia. Pensée et expression sont de pur Pbilon. — En ce qui concerne l'inutilité des sacrifices, cf. Philon, Des sacrifices, cité p. 573 bis note A : el Hept., IV, p. 273 : « (Je ne l'ut que par sa bonté [de Dieu] et sa » prouidence que Vespasian l'empereur (il brusler le temple de Hyerusalem ou il estoil permis de » sacrifier des bestes et non ailleurs, a fin que nous sçachions que ce nesl pas par des troupeaux » de bœufs et de moutons présentez en sacrifice que nous pouuons effacer nos péchez el en obtenir » le pardon ». Sur les sacrifices humains, cf. p. 271 ^histoire de la fille de Jephté) et note C.
Le problème du libre arbitre, en lien étroit avec ceux de la grâce
et du péché originel.
15881 Curce. — Qui est ce qui ne sçait pas (a) qu'Adam par son péché ainsy que sa postérité n'ait perdu le libre arbitre que Dieu luy auoit donné ?
Goroni. — II a esté ainsv arresté dans la confession d'Augsbourg et plusieurs instruicts de la nouuelle religion ont esté de cette opinion contre ce qui est porté par les statuts de l'Eglise romaine (A). Et en effect en quoy les hommes seroient ils différents (b) des brutes si Ion leur oste la volonté?
Federich. — La volonté de faire mal na point esté ostée a Adam, mais celle de faire bien. Car (c) (dict S. Paul) (1) ie ne fais pas cella par ce que ie veux bien faire, mais par ce que ie ne veux pas faire mal, ie fais cella (B).
Toralbe. — Expliquez moy, ie vous prie, comme lentend S. Paul. Car si nous nous en rapportons a ce quil escript nous naurons plus la liberté de faire ny bien ny mal (d) et il ne faudra plus establir de recompense pour le bien et de punition pour les crimes. Car y a lil lieu de reprendre celluy qui pèche par nécessité ? dira ton qu'il mérite chastiment quelque leiger quil puisse estre, puisquil ny a point de péché que dans la volonté (2) et mesmes de propos délibéré (C) ? Que si nous aduouons qu'on punit les criminels auec équité par ce quils [589; ont e) libre la volonté de faire par laquelle ils peuuent donner vne bride aux conuoitises effrénées et mesmes forcer les
(1) Ad Roman., c. 9. — (2) Augustin., lib. 3. de libero arbitrio (D).
(a) ND dubilat. M dubitet. — 6) V differt. MD différai. — (c V Nonne inquil Paulus : quod volo bonum, hoc non ugo. MD Sun enim, inquit Pau lus, quod volo bonum, hoc facio. — (d) N nec bene nec maie anendi locus ullus homini relinquitur nec eliam... MD relinquelur nec item... — [e] N haberent. MD habent.
(A) Faux sens. MD contra quant [sententiam] ecclesiœ Ro7nanse omnibus sententîis decretum videmua, = opinion que l'Eglise romaine a combattue dans toutes ses décisions. — On connaît la querelle célèbre de Lullier et d'Erasme sur celte question, l'un écrivant un De libero arbitrio, 1524, auquel l'aulre réplique par son De servo arbitrio, 1525. Au moment de la confession d'Augsbourg, 1530, « Luther éloil revenu des excès qui lui faisoient dire que la prescience de Dieu » melloit le Libre-Arbitre en poudre dans toutes les créatures; et il avoil consenti qu'on mît cet » article dans la confession d'Augsbourg : Qu'il faut reconnoîlre le Libre-Arbitre dans tous les » hommes qui ont l'usage de la raison non pour les choses de Dieu, que l'on ne peut commencer » ou achever sans lui, mais seulement pour les œuvres de la vie présente et pour les devoirs de » la société civile. Art. XVIII ». Bossuet, Hist. des variations, Paris, Lemercier, 1743, in-4°, I, p. 143. A quoi le concile de Trente réplique : « Si quelqu'un dit que le libre arbitre de l'homme » n'agit pas plus qu'un être inanimé et demeure passif, qu'il soit analhème ! » Sess. 6 de htstificalione, can. 4. Plus lard, les Luthériens, dans leur Concorde de 1580, employèrent des formules beaucoup plus tranchantes contre le libre arbitre. Cf. Bossuet, o. c, VIII, 48 sqq. et pp. 329 sqq. B Non-sens. Voici, référence corrigée, le texte : « Car je ne fais pas le bien que je veux, mais » je fais le mal que je ne veux pas... Lors donc que je veux faire le bien, je trouve en moi une » loi qui s'y oppose, parce que le mal réside en moi ». Ad Rom., 7, l'.l Ce verset est signalé à Bodin par Aagukl\n,Retractation., 1, 15, 2, qui a beaucoup frappé Bodin (cf. supra, $. 227, note P) et où Augustin discute précisément la valeur morale du verset.
(C) Inexact. MD immo quidem spontaneum, — et qu'il n'y a même péché que dans le propre mouvement, l'initiative personnelle du coupable. Un crime, conseillé, est moins grave.
'D) Cf. supra, pp. 565 et 227, notes.
astres (3) comme dicl Ptolomée dans son Centiloque, enfin quelle est cette pensée doster a lhomme lusage de la raison, cest a dire la liberté de vouloir quoy que Ion ne puisse pas appeller volonté ou il y a contraincte. Cest pourquoy ceux la sont dispensez de la loy que la force vne crainte iuste ou la fureur auront induict a quelque action (A).
Coroni. — Pour moy telle est mon opinion que ceux la qui ostent a lhomme le libre arbitre pour bien faire cherchent les moyens de cacher leurs crimes et ouurent la porle a touttes sortes de vices (f) a fin de rappeler cette malheureuse nécessité des Stoïques condamnée par tous les Théologiens et par tous les Sages : dou est sorty ce paradoxe : plusieurs seront damnez a toutte éternité lesquels encores quils leussent souhaité ardemment nont cependant iamais sceu faire bien et dautres tellement destinez a la grâce quil ne leur eust pas esté possible de faire mal quand bien ils leussent voulu (B).
Toralbe. — Ce discours rustic (4) (C) de gens paresseux et ignorans doibt eslre faict plustost pour rire que pour raisonner. Tout de mesmes que cet (g) Académicien (5) qui éluda la proposition dun certain Stoïcien qui le consultoit pour sauoir sil se marieroit pour auoir des enfans par cette repartie : Pourquoy voulez vous mettre vne femme dans vostre maison? c;ir si vous voulez auoir des enfans, vous en aurez bien sans femme.
(3) Ptolemreus in Centiloquio (D). - (4) "Apyo; Xoyoç, oratio iners. — (5) Origenes contra Celsum (E).
(/') N flagitiis omnibus portas aperire. MD omnium. — (g) N quidem. MD quidam Academicus.
(A) Cf. su/ira, p. 351 note E.
(B) <• Celle certitude que Luther reconnaissoil seulement pour la justification, fut étendue par » Calvin jusqu'au salut éternel : c'est-à-dire qu'au lieu que Luther vouloil seulement que le fidèle » se tînt assuré d'une certitude infaillible qu'il éloil justifié, Calvin voulut qu'il tînt pour certaine, » avec sa justification, sa prédestination éternelle ». Bossuel, Var., 9, p. 337.
(C) L'argument paresseux est un des sophismes de la dialectique antique et a pour but de décourager toute initiative. Voici l'exemple qu'en donne Cic, DeFato, 12 : Si vous devez guérir, vous guérirez. Si vous ne devez pas guérir, vous ne guérirez pas. Dès maintenant le deslin a fixé l'un ou l'autre : le médecin est donc inutile. Bodin, avec un pédanlisme digne de son temps, et qui a égaré B, compare le dogme de la prédestination à Y argument paresseux : tous deux détruisent l'énergie et la valeur morale de l'homme.
(D) « Polest qui sciens est mullos stellarum affectus averlere, quando naturam earum noverit, » ac se ipsum anle illorum eventum pra?parare ». PLolémée, Les cent aphorismes ou Fruit, senlentia 5, dans la trad. lat. jointe aux Astronomiques de J. Firmicus Maternus, Bâle, .1. Hervagius, 1533 ou dans celle de Schreckenfuchs, Bâle, Henricpelrus, 1549, in-fol. C'est la doctrine constante de Bodin (et par où il corrige sa croyance à l'astrologie) que nous ne sommes pas sujets aux astres absolument. « Aben Esra grand astrologue entre les lui f s dict que les enfans » d'Israël ne sont point subiecls aux astres, il entend tous ceux qui se fient en Dieu ». Déyyion., 1, 5, p. 114. Cf. Th. nal., 5, 7, p. 887 et 5, 9, p. S90 sq. ; Rép., IV, 2, pp. 392 el 397. Bodin trouvait d'ailleurs cette doctrine dans deux de ses auteurs favoris : Augustin, De civ. Dei, 5, 1 el 6 ; et Calvin, Contre les astrologues, « ou il [Calvin] a esté conlninct d'aduouor les effects esmerueil- » labiés des astres : adiouslant seulement que Dieu esl par dessus loul cela et qu'il ne faut rien » craindre a celuy qui se fie en Dieu ». Démon., I. c.
(E) J'ai lu tout le Contra Celsum sans y rencontrer cette histoire, dont d'ailleurs l'allicisme m'échappe.
Salomon. — Comme (h) vue erreur en entraisne [590J vue infinité dautres, ainsy de ce péché originel qui nest rien (A) les Chrestiens veulent oster aux hommes (i) la volonté de bien l'aire et croient par la quils ont tous (/) mérité des supplices éternels. Or ce seroit en vain que Ion auroit l'aict (/,;, des loix et les promesses de Dieu seroient illusoires [l) si l'obseruation des loix diuines nestoit pas du pouuoir de L'homme ny (m) mesmes de sa volonté (B).
Curce. — Voila (n) qui est fort bien dict, mais ie ne voy pas pourquoy on donneroitvn libre arbitre a Adam après sa eheute puisquil ne lauoit pas auparauant. Car si la prescience tic Dieu ne peut estre trompée, il a esté nécessaire qu'Adam pechast : car Dieu ne preueoit pas seulement les faicts et les dicts, mais encores touttes les pensées long temps auant qu'elles soient conceues et iamais ny peut estre trompé. Et partant de faire bien ou mal ne despend point de nostre volonté, mais dune nécessité : ainsy iamais personne na iouy du libre arbitre.
Senamy. — Tout ainsy que Dieu veoif comme dans vn grand miroir (o) (C) vu voyageur qui doibt tomber entre les mains des voleurs par ce quil sest deslourné de son droict chemin, ce nest pas par ce que Dieu la preueu que cella doibt estre, mais plustost parce que la chose doibt arriuer Dieu la preueuë (p). El partant ce nest point par nécessité que les choses que Dieu a preueuës arrivent.
Curce. — Si la prouidence de Dieu suiuoit les choses humaines, comme vous le dictes [591], Senamy, son éternelle prescience (q) despendroit de lopinion incertaine des hommes qui peut changer et estre trompée (D) : ce
(h) MD Ut enim. N Ut. — [i N omet hominibus. — (j) MD om>ies mor laies. N omet omnes. — (k) MD al frustra leges juberentur. N juberent. — (l) M et inania forent (D ferent, inadvertance) dïvina promissa. N promissa prsemia. — (m) MD al ne voluntatis qu'idem. N ac. — (n) MD Isla (N lia) quidem praeclare. — (o) M e spécula. D e spécule. N de spécula. — {p) N quia id futuium esse (MD est. seul correcL), Deus (MD illud) prospexit. — {q) M seterna Dei prœscienlia. ND aeterni.
(A) MD quud nullum esf, — qui est imaginaire. Sur l'idée, cf. supra, pp. 565 note B el 579.
(B) « Or que la grâce, la vie el le salut soyeuL proposés a ceux qui embrasseront la loy nous le » voyons en mil endroicLs : Fais cella et tu viuras. Elle est ta vie, elle est ton salut. Toulles ces » promesses de Dieu seront donc des mensonges? Pourquoy le très sage Salomon appelle il la » loy de Dieu le bois des vies, assauoir de la présente el de celle que nous espérons après celle »cy? ». Ainsi parlait déjà Salomon, supra, p. 5S4; el il alléguait : Proverb., 4, 4, 13, 22 el 32; Deuf., 28, 1 à 15 et 30, 11 : « Ce commandement que ie te commande auiourd'huy n'est point par » dessus toy, et n'en esl point loin »; l'rov., 3, 18 : « Elle [la sapience] est l'arbre de vie a ceux » qui la prendront ».
(G) M e spécula, du haut d'un observatoire, convient seul au contexte : à quoi servirait un miroir pour suivre des yeux le voyageur? — A côté de cela, notons la parenté de H avec D jusqu'en ses fautes : e speculo.
D) MD ab hominum opinionp mutabili ac fallaci. Tout le couplet de Curce repose sur le mol opinio (= conjecture; croyance qui atteint la vraisemblance, non la certitude). Celle sorte de connaissance sied à l'homme, mais non à Dieu, infaillible, qui n'opine iamais (ci. supra, IV, p. 235, note). — Quant à fallaci, je l'entends : qui peut tromper, décevoir [la prescience de Dieu] ; ainsi les voleurs peuvent avoir l'intention d'arrêter le voyageur, puis, au dernier moment, étant des hommes, changer d'avis, el jouer ainsi la prescience divine. Ce qui a égaré B, c'est qu'un peu plus bas (fallax est ejus [se. Dei] opinio), Bodin l'emploie dans le sens évidenl de sujette à erreur.
qui ne peut pas estre. Car comme la science ou connoissance dune chose présente se porte a ce qui est présent, ainsy la prouidence de Dieu regarde les choses qui doibuent arriuer. Pour sçauoir ce que ie sçay présentement nest il pas nécessaire que cella soit ainsy (»■)? Donc la prescience de laduenir est pareillement nécessaire en Dieu qui nopine iamais. Ce questant receu il fault nécessairement que le libre arbitre soit aneanty. Autrement si la prouidence de Dieu nest pas nécessaire, son opinion est trompeuse (A.), ce quil nest pas licite de penser. Cest donc inutillement que nous fuyons ce qui est honteux pour suiure ce qui est honneste.
Tokalbk. — le ne voy point qu' (s) Aristote (B) responde aux arguments des Sloïques. Car quoy que les choses qui despendent de l'aduenir puissent arriuer aussitost dune façon que dune autre, elles ne peuuenl pourtant pas se soustraire a la prescience de Dieu, par ce quil ne preuoit pas les choses comme devant arriuer, mais comme présentes (6), tout estant présent a Dieu a lesgard duquel il ny a ny passé ny aduenir (C). Tout est neantmoins libre aux hommes a fin quil ne semble pas que la prouidence de Dieu (/) despende de la volonté dun particulier qui est changeante : il preuoit mesmes ces changemens, cependant le libre arbitre n'est osté a personne (m) pour cella. Et par cette raison iestime auoir satisfaict aux argumens pernicieux des Sloïques (v) (D).
Salomon, lui, s'en tient aux oracles de la loi de Dieu : ils ont promis cent fois la vie éternelle aux hommes qui la mériteraient. Cela tranche à ses yeux la question du libre arbitre, 592].
[592] Octaue. — Il sensuit donc que Dieu veult sauuer tous les hommes et quils le connoissent (E).
<ti) Boet. de consolât, philos.
[r MD jam vero id quod scio nunc, necesse est ipsum esse. .Y, à lorl, repousse la virgule avant nunc. — (s) Ar qui. MD qua ralione. — [t) N providentiel. MD dlvina providentiel. — \u) MD nec proplerea liberum arbitrium cuiquam (N cuique, peu correct) est ademptum. — {v) MD fatalium (N falalihus) Stoïcorum argumentis.
(A MU fallax, = sujette à erreur. Ce n'est pas nous surtout qu'elle risque de tromper, c'est lui.
(B) Allusion aux 6 premiers chap. d'Aristole, Mor. à Nicomaque, liv. 3, où l'auteur expose sa théorie de la liberté humaine, l 'A', la préface de Barthélémy Saint-Hilaire, dans sa traduction, pp. 135 sqq.
G) Boèce, De consolalione philosophiœ, lib. 5, prosa 3, metrum 3 et prosa 4 (Migne t. 1, col. 838 850), montre l'antinomie apparente entre la prescience divine et la liberté humaine, et la résout, comme l'indique Bodin, en montrant l'impuissance de la raison humaine à concevoir que Dieu connaisse comme un présent ce qui est pour nous l'avenir; ou, pour mieux dire, que Dieu, éternel, n'ait pas une pensée soumise, comme la nôtre, à la catégorie du temps.
JD) MD fatalium Stoïcorum argumentis, = aux arguments des Stoïques, partisans du déterminisme. Il semble d'ailleurs que R ait traduit un lexle semblable à N falalibus, plus aisé à expliquer : car argumenta falalia, raisons en faveur de la nécessité du destin, est d'un latin plus facile que Stoïci fatales.
(E) Entendez : et les amener à le connaître. MD et ad sui cognitionem perduci. — Octave vient de citer Osée, 13, 9 : « Perdilio tua ex le, Israël, salus vero tua ex me est ».
Cukce. — Voila vn passage qu'Octaue a emprunté de l'Euangile (/) sil le veult aduouer (m) : que sil le nie ie diray quil la desrobé.
Fedehicu. — Voire quil faict vn sacrilège.
Salomon. — Il faudroit (n) que Ion eust emporté dun lieu sacré quelque chose de sacré malgré les gardes (A.), encores que tout ci; qui est de bon (o) quel qu'il soit dans les escripts des apostres et des disciples ayt esté tiré des liures de nos ancestres. Or quant a ce que dict Paul (4), Deus vult omnes saluos |593^ fieri, Dieu veult que tous les hommes soient sauuez, en a trompé beaucoup lesquels simaginent que Dieu ayt faict ce commandement par vne volonté souueraine a la puissance de laquelle personne ne sçauroit résister et par conséquent que personne ne seroit damné (H). Ce que les Théologiens chrestiens (5) ayant trouué absurde, pour ne rien imputer a S Paul que de judicieux ils ont donné celte interprétation a ces parolles, assauoir que Dieu veult que tous ceux la soient sauuez qui le seront. Par la mesme raison que S. Iean, c. Ie'', dict que Dieu illumine tout (p) homme qui vient en ce monde, cest a dire tous ceux quil illumine. Mais il vauldroit mieux effacer ces paroles de Paul & de Iean que de leur donner vne telle explication.
Senamy. — le ne sçaurois iamais mimaginer que Dieu ayt iamais reprouué personne (q) auant que de naistre estant clairement escript dans Ezechiel (C) quil ne se délecte point de la perte dun peuple, combien moins de celle dun malheureux petit innocent que Ion veut quil [sic] soit destiné a la mort, a la géhenne et a des tourmens éternels.
[Coroni invoque Origène, Salomon la lettre de Maïmonide Contre les astrologues en faveur du libre arbitre, 594-590. Curce déclare qu'on ne peut accomplir les prescriptions de la loi sans l'aide de J.-C, 597J.
(4) Epist. I ad Tïmolhieum, c. 2. — (5) Petr. Lombard., lib. 2 Sententiarum, distinct. ï6 (D).
[I) NM ex evangelids (D Evangeliis, faute) seriptis. — [m] ND si faletur. M fateatur, incorrect : M même continue si negat. — [n) N oporlet. MD opcrteret. — [oj MD qiadquid utile est,
etc., totum, inquam N omet lolum, inquam. — [p) MD omnem omis par N) hominem. —
<{ SI) quemquam, plus correct dans une prop. négative. M quemcumque.
(A) Salomon définit les conditions juridiques du sacrilège proprement dit : elles ne répondent pas au délit reproché à Octave. Celte leçon de droit est une façon détournée, et crue spirituelle, de l'excuser. Cf. mon Jean Bodin, 2, 1, p. 10G note 2.
(B) / ad Tunoth., 2, 4. Je ne crois pas que Salomon attaque ici les calvinistes, lesquels soutiennent seulement que tous ceux qui ont la foi et qui sont prédestinés par la grâce divine au salut, seront sauvés. Car un grand nombre sont, dans leur conviction, prédestinés à l'enfer. Salomon songe plutôt à ces chrétiens que combat Augustin, de Civ. Dei., 21, 18, et qui pensent qu'aucun homme ne sera damné au dernier jugement.
(C) Ezechiel, 18 et 33, passim. — On a d'abord peine à comprendre le lien de la réflexion de Senamy avec ce qui précède; toutefois il apparaît bientôt qu'elle aussi est une protestation contre toute doctrine qui, par la prédestination, ruine le libre arbitre, la responsabilité, le mérite ou démérite, etc.
(D) Référence erronée. Lisez : Lombard, I, 40, C. — Voici le texte de Jean, 1,9: « C'était la » vraie lumière, qui éclaire tout homme venant au monde ».
La loi juive n'est pas impossible à suivre et ne rend pas le salut inaccessible, comme le voudrait saint Paul.
[597] Salomon. — On remarque souuent que S. Paul tronque les termes de la loy de Dieu et des prophètes et y augmente ou leur donne vn sens contraire a leur signification. L'exécration (a) de la loy de Dieu (7) est conceue en ces termes (A) : Que celluy la soit exécrable qui ne croira pas aux parolles de la loy a fin de les accomplir (b). Car le mot signiffie approuuer et tenir pour certain a ce que disent Onkelus et Ionathas le Chaldeen (8). Ce que Hyeremie (8) explique plus clairement : Que celluy la (dict-il) soit exécrable qui ne recepuroit point (c) lalliance que iay contractée auec vos ancestres (C), laquelle explication est tout a faict contraire aux parolles de Paul : car il fulmine anatheme contre ceux qui naccompliront pas (d) la loy, ce qui ne se trouuera en aucun lieu des loix sacrées, mais bien que celluy la est tenu pour exécrable qui naura pas croyr.nce a la loy de Dieu ny a son alliance. De la est sortie vne autre erreur, assauoir que celluy qui sescarte de la loy en vn seul poinct il est coulpable en tous les autres, comme dit Iacques (9) dans [598] son Epistre (D). Laquelle neanlmoins Eusebe (i) et Hyerosme (2) reiettent comme apocriphe : 'Istéov (e), dict Eusebe, cb; voOeûexat (/"), en parlant (g) de cette Epistre, ainsy que Hyerosme. Et en effect celluy qui sera conuaincu dauoir desiobé la vache dautruy (h) par le commandement de la loy en resti-
(7) Deuteron., cap. 21. — (8) Cap. 11. — (9) Cap. 2. — (I) Lib. 2, c. 23. — (2) In catalogo. Et Luther de captiui. Babylonis (E).
a N Exec ratio (MD Ma). — (b) MN ut exequalur. D exœqualur, inadvertance. — (c) MN Execralus eslo,inquit, qui nonaudier'U.D audiret, incorrect.— (d) MU expleverint. Nimpleverint. — (e) DN 'luréov. M 'iTxipov, barbare. — (/) MD voOeuetcu. N voOEtkcOou, incorrect.— [g) MD statueret. N statuent. — [h) D bovis aliense furtum. M alienis (?). .V atieni, erreur : cf. Lévitiq.
(A) Corrigez la référence 7 et lisez Deul., 27, 26. Voici le texte de la Vulgate : « Maledictus » qui non permanet in sermonibus hujus legis nec eos opère perficil ». Dom Galmet, dans sa Bible, ajoute que non seulement le texte samaritain de S. Paul, Ad Galat., 3, 10, mais encore les Septante (qui, eux, n'élaient pas des chrétiens) interprétaient « in omnibus sermonibus legis ». C'est ce mot omnibus, que Salomon, après avoir cité l'hébreu, conteste. J'avoue mon incompétence à trancher la question, mais aussi mon peu de confiance dans le bon droit de Salomon : tout à l'heure, Curce s'appuyait sur Deul., 28, 15, qui est incontesté : « Que si Lu n'obeïs a la voix » du Seigneur ton Dieu, en gardant et taisant tous ces commandemens et ces cérémonies que ie » te prescris auiourd'huy, viendront sur loy toutes ces malédictions ». Salomon, au lieu de dis" cuter ce texte, qui est formel, s'évade et en allègue un autre.
(B) Sur ces interprètes, cf. supra, IV, pp. 271 note. (Ci Jérémie, 11, 3 sq.
(D) « Car quiconque ayant gardé toute la Loi la viole en un seul point, est coupable comme » l'ayant toute violée ». Jac, 2, 10.
(E) Eusebe, //. E., 2, 23 (Migne t. 2, col. 206). Voici le texte de Jérôme : « Unam scripsit » Epislolam quse et ipsa ab alio quodam sub nomine ejus asseritur, licet paulalim lempore proce- » dente obtinueril auclorilalem ». De viris illust., 3. — « Hanc epistolani non esse Aposloli » Jacobi nec apostolico spiritu dignam, multi valde probabililer asserunt ». Luther, De captivitale Babylonis, De sacram. Extr. Unclionis (éd. Rebart, t. 2, fol. 284 a ou éd. de Weimar, t. 6,
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES l!U
tuera cinq, et pour vne brebis quatre (3) : mais celluy qui naura point esté conuaincu, mais volontairement rendra la vache desrobée [i) en sera quitte pour payer encores la cinquiesme partie de la valeur et par ce qu'il sest repenty le péché luy est remis (4). Pour celuy qui a paillarde [j) qui a tué ou qui a commisquelque autre péché, puis après que par vn sentiment de regret et de repentir de la vie quil a menée, il recompense par quelques actions vertueuses ses premières offenses il est remis en tel estât quil semble quil na point péché mais quil a accompli la loy par son repentir, comme il a esté cy dessus confirmé par lauctorité d'Ezechiel (5) (A). Car sil estoit vray ce que dict Paul que personne autre que son maistre nayt iamais sceu accomplir la loy et que personne par la pratique de la Loy na peu acquérir la perfection (B), Dauid seroit coulpable dun grand mensonge quand il prend Dieu a tesmoing par ces parolles : lay gardé ta loy, ie ne me suis point escarté de ta loy, ie nay point quitté tes commandemens (6) (C). Or il appelleroit Dieu a tesmoing de son mensonge. Cependant il auoil adiousté (k) Ihomicide a ladultere (D) : mais par ce quil sest repenty et quen partie il a esté chastié pour son forfaict, il a mérité le pardon : car cella sappelle obéir a la loy, obseruer la loy, suyure la loy et enfin accomplir la loy. Il nest donc [599] pas véritable que celluy qui a péché contre vne loy soit tenu pour coulpable de touttes (E).
[A l'autorité invoquée par Salomon, Curce, puis Octave répondent par des autorités en leur faveur, 599 sq. Chacun résume son attitude dans la question de la grâce. Toralba refuse d'exclure du paradis les belles âmes du paganisme. Federich les envoie en enfer, ou du moins aux limbes. Octave met le salut dans la foi pure, Senamy dans les bonnes œuvres, Coroni dans les deux, bOl sq. Federich conte qu'à la diète de Ratisbonne les théologiens catholiques se seraient avoués convaincus, sur la justification, par les protestants, n'eût
(3) Exodi c. 22 (F). — (4) Leuitici c. 3 (G). — (5) C. 33. — (6j Psalm. 118.
(i) Ml) furlivam bovem, S furtivum. — (j) N mœchalur. MU mœchatus est. — (k) NU cumularat. M cumularel, faute.
p. 568). Un peu plus lard, dans sa Préface à sa traduction allemande du vieux Testament, 1522, il l'appelle une vraie épître de paille, eln recht stroliern Epistel. Bossuet s'indigne là-contre, Var., 3, 48, p. 150.
(A) Ezéchiel,3S, 11-20.
(B) Plusieurs passages de Paul sont tels que Salomon puisse y faire allusion ici : « Et cepen- » dant sachant que l'homme n'est point justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en J.-C, » nous avons nous-mêmes cru en J.-G. », etc. Ad Gai., 2, 16. « Pour ce qui est de la justice de » la loi ayant mené une vie irréprochahle », il déclare voir là plutôt un désavantage qu'un avantage, et il ajoute : [Je souhaite] « que je gagne J.-C, que je sois trouvé en lui, n'ayant point une » justice qui me soit propre et qui me soit venue de la loi ; mais ayant celle qui naît de la foi en » J.-G. », etc. Ad Philipp., 3, 6-10.
(C) Psaum., 118, 14, 31, 55, 57,61, 63, 94, 100, 102, etc.
(IJ) Il avait fait mourir par ruse Urie Hélhéen, dont la femme Belhsabée était grosse de ses œuvres, II Rois, 11.
(E) Voyez un développement semblable, que la loi juive n'est pas impossible à accomplir, dans Philoti, De ceux qui offrent les hosties aux sacrifices, trad. Bellier, p. 745.
(F) Exocl., 22. 1.
(G) La vraie référence est donnée par la Démon., 4, 5, p. 515, qui cite Num., 5, 5-7.
été leur mauvaise foi et la honte de confesser une erreur séculaire, 603 sq. Salomon : Le sacrifice de Jésus est d'autant plus inutile que, l'Écriture nous le répète, le salut ne vient aux hommes ni de la foi, ni des œuvres, ni des deux, mais de Dieu seul. Nul n'est pur, pas même les anges, devant Dieu. Dès lors, à quoi rime cette longue dispute sur la justification? 605-608 Nul ne réplique à cette démonstration. Octave, Coroni, Federich répètent leurs déclarations antérieures, celui-ci avec cette variante : le juste ne fait que son devoir et ne mérite pas récompense, 609. J
Les œuvres & le salut. Compromis entre la doctrine calviniste de la grâce et la croyance au mérite des œuvres.
[610] Salomon. — laduoue que personne par ses œuures, quelque excellentes quelles puissent estre, ne peut estre iustitié : bien moins encor par cette vaine crédulité en la mort de lesus Christ (A). Mais Dieu donne a chacquun la béatitude pour ses bonnes œuures : et plus vn [611J homme (a) vit auec iustice et intégrité plus il sera aggreable a Dieu & plus il aura de béatitude (B). Car toutles les créatures et les démons mesmes ont plus ou moins de béatitude selon la bonté de celluy qui donne ou suiuant la capacité de celluy qui reçoit ou lindignité de celluy qui reiette labondance des lumières qui luy sont offertes. Car autre chose est iouïr de la béatitude, et autre chose estre iustitié : ce que les Théologiens chrestiens mettent indifïèrament lun pour lautre et qui cause aussy beaucoup dobscuritez et beaucoup derreurs(è) qui ne sont pas de petite conséquence. Car sil ny auoit que les iustes qui peussent acquérir la béatitude, personne ne Tobtiendroit. Or touttes les créatures sont capables de béatitude et nulle de justification : ny en ayant pas vne qui soit nette et exempte dimpureté. Et a fin dentendre plus amplement la différence de ces choses que Ion confond, imaginons nous par exemple vn grand Roy qui faict présent a ses esclaues de cheuaux bien dressez, les vns pourtant plus excellents que les autres a proportion de laffection quil a pour vn chacun & selon quil ayme plus ou moins, a condition louttesfois que tous entreront en lice pour sexercer a la course : et que ceux qui refuseroient de courir soit par crainte ou pour nauoir pas dexperience nauroient point de cheuaux (C), auec deffense sur peine de la vie de faire quelque malice au cheual de son
" (a) Ml) et quo quisque justius ac honestius vixerit. N quis, incorrect. — [b) MD tum obscurilales, tum errores. N tain obscuritates quam errores.
(A) Coroni vienl de soutenir que les œuvres sont récompensées par la vie éternelle; Federich de trancher qu'aucune récompense n'est due au bien que nous avons fait, que seule la toi en Christ nous justifiera. C'est donc par un coup de patte au catholicisme, en soutenant qu'on ne peut être justifié par les œuvres, puis au protestantisme, en soutenant que la foi ne suffit pas, que nous voyons débuter Salomon.
(B) MD ab aeterno Deo quemque beari, = chacun est gratifié par Dieu. R va continuer à traduire beari par béatitude.
(C) Inexact. MD recusanlibus vero aut cursum detreclantibus melu vel inerlia equos ademptum iri, = que l'on enlèvera (après la course, comme la suite le prouve) leurs chevaux à ceux qui auront opposé un refus ou qui même, par crainte ou incapacité, auront décliné la course.
compagnon ou de luy donner le croc en iambe pour lempesclier de courir ou de desrober le chenal a qui il aura esté donné (c) (A) : et encores auec promesse de differens prix pour les coureurs qui auront plus tost acheué la carrière, assauoir (d) d'argent, dor et de pierreries, selon que chacun se sera monstre plus ou moins adroict. La course estant [612J acheuée, le Roy de bonne foy distribue les prix aux conditions par luy proposées : ceux qui nont pas voulu courir (e) pour nestre pas dressez a tels exercices perdent leurs cheuaux; pour les autres qui non seulement auroient refusé de courir, mais en auroient empesché d'autres ou bien auroient faict quelque tort (B) aux cheuaux de leurs compagnons, il commande quon sen saisisse et (/') estans attrapez il les faict punir. Ne dirons nous pas (C) quil a rendu a chacun selon son mérite ?
Curce. — Il me le semble.
Salomon. — Pourquoy cella ? puisque le Roy ne debuoit rien a ses esclaues par ce quils sont a luy (g) et que sans aucune recompense il peut les obliger a courre, il les peut (h) vendre et mesmes les peut faire mourir.
Federicb. — Il est vray : mais par ce quil a donné sa parolle il croiroit offenser la bienséance de sa maieslé de ne la pas tenir.
Salomon. — Cest donc vn debuoir, non pas par ce que Dieu doibt a lhomme qui luy ayant preste auroit raison de luy en demander le payement et la rétribution (i), mais par ce quil y va de lhonneur de celluy qui a promis de tenir sa promesse, encores quil ny fust obligé par aucun droict. Que si ces caualiers qui ont adroictement et vigoureusement couru sont bien nais (j), non seulement ils ne se glorifieront pas de leur action, mais en recepuant les prix du Roy ils luy en rendront grâce auec ciuilité et en termes reconnoissans luy aduouëront quils tiennent la victoire de sa (k) pure libéralité, soit pour auoir nourry ses esclaues et (/) les auoir non seulement faict instruire a monter a cheual, mais encores pour leur auoir faict présent de ces [613] cheuaux vistes et bien dressez (D). Combien dauantage auons nous de grâces a rendre a Dieu
(c) MD aut furto do mini equum averlerit. N aut furlo dicto domino, etc. — (d) MD (prœmia) aenea. N aevea (?). — \e) N qui cursum delreclaverant. MD detractaverant, faule : le sens et NMD detreclanlibus, plus haut, la démontrent. MD adempsisse, barbare. — (/") N supprime, à tort, et. — {g) N quippe (MD qui, nécessaire) sut essent. — (h) M possit. D posset. N potuisset. — [i) N prœmia (MD débita) reposcat. — (j) MD (quodsi équités illi) honeste fuerint educati. N honeste quia sunl educali, incorrect : laisse quodsi sans verbe. — (k) M ei. ND illi ferent (victoriam). — [l] M omet, à tort, et.
(A) MD aut furlo domini equum averlerit peut s'expliquer : ou qui par larcin fait au propriétaire aura détourné un cheval. Le texte de N, qui semble une conjecture explicative, n'est nullement nécessaire. — Un peu plus loin, H omet aenea [praemia] = [des prix] de bronze.
(B) MD aut equos abegissent. Cf. la note précédente.
(C) MD num dicemus. Sur num = nonne, cf. p. 223 noie.
(D) On a senti dans cette fin de phrase l'amalgame incorrect de deux tours qui répugnent entre eux : soit et mais encore. — Par ailleurs, voilà un des beaux endroits de YHept., et qui montre en Bodin, si peu artiste qu'il ait été de tempérament, une âme que l'humanisme avait pénétrée. On sent involontairement le souvenir de Platon revenir à la mémoire, à voir se développer devant nous cette longue allégorie, qui va paresseusement, sinueusement, avec une parfaite aisance, de la description réelle à l'interprétation abstraite, en revient, y retourne à son gré. Cf. par exemple Socrale expliquant que, traduit devant un tribunal populaire, il serait comme un médecin accusé par un cuisinier devant un tribunal d'enfants, Gorgias, p. 521 D.
Chauviré 13
de tout ce que nous réceptions de luy, qui nous a créés de rien (m), qui nous a donné (n) vn corps & vne ame : il nous a prescript de courre auec iustesse dans la carrière des vertus (A) & nous y aide et soustient ceux qui sont chancellants (o) et relleue souuent ceux qui tombent, et quand il les a relleuez il les conduict heureusement au bout de la lice. Ainsi Iexplique par vne belle façon de parler le Maistre de la sagesse (2) (B) : Garde toy bien, dict il, destre superbe deuant le Roy. Et plus clairement encores (C) par ces parolles : Ne te iustiffie point toy mesme (p) deuant Dieu, par ce que de luy despend notre salut (3).
[Tel est aussi le sens de l'histoire de Job : quoiqu'il soit juste, Dieu lui retire à bon droit ses grâces, s'il lui plaît, et les lui rend par bonté pure, 613. Curce : Mais reconnaître que l'homme est incapable d'accéder à la pureté, c'est avouer le péché originel. — Point du tout, réplique Octave, c'est proclamer que toute créature, fût-ce un Ange, est forcément impure, puisqu'elle n'est pas Dieu : nouvelle raison d'ailleurs contre la Rédemption, aucun sacrifice n'ayant pu nous amener à cette inaccessible pureté, 614 sq.
De la duveté du christianisme, 616-623. — Salomon défend une fois de plus (cf. p. 597 sq.) la loi hébraïque de l'accusation de dureté qu'on porte souvent contre elle. S. Paul est autrement rigoureux quand il annonce aux pécheurs un jugement irrémissible. Federich estime que ce passage est hyperbolique, et qu'en réalité J.-C. a rendu le salut plus aisé, 616-618. Salomon montre quelles cruautés de la loi chrétienne vont contre le vœu de la nature (interdiction du divorce, célibat des prêtres, virginité des nonnes) et quels malheurs s'en suivent : adultères, empoisonnements, paillardises, maquerellages, 619- 621. 11 est encore contre nature et contre l'ordre social de rendre le bien pour le mal. Multitude infinie des observances et des cérémonies, 622 sq.
Du culte des saints, 624-636. — Les chrétiens protestant contre cette diatribe, pourquoi, demande Octave, les chrétiens les catholiques, corrige Federich — invoquent-ils donc loujours anges et saints?].
Les docteurs de l'Église contre l'adoration des Saints.
[626] Cuhce. — 11 est beau dauoir estime, de faire honneur et descrire les éloges des hommes illustres, et ie nen vouldrois pas parler auec mespris ny auec exagération aussy (D), bien moins les prier ny les inuocquer par ce que
(2) In prouerbiis. — (3) Ecclesiastici c. 18.
(m) N de nihilo. MD ex nihilo. — (n) .V quod dédit. MD qui dédit. — (o) N labentes. MD labantes. — (p) N noli juslificare te (MD ipsum) anle Deum.
(A) Faux sens : MD bene currendi leges prœscripsil ac docuit, = il nous a montré les règles à suivre pour l'aire une bonne course (la loi mosaïque, entend Salomon).
(B) Prov., 25, 6.
(G) Voici le texte le plus proche que j'aie trouvé : « Ne te iuslifie point deuant Dieu, car c'est » luy qui cognoistle cœur ». Sirach, 7, 5.
(D) Contresens. MD née verbis illorum dignitatem exténuai e aut ulto dicendi yenere elevare velim. R a traduit elevare par exagération, au lieu que ce mot redouble simplement exlenuare et signifie : diminuer, amoindrir, supprimer.
ce sont (a) les principales marques dadoration : Tu adoreras (dict la Loy) (2) (A) le Dieu éternel et tu rendras hommage a luy seul (6 . Etencores que la Vierge Marie ayt porté dans ses flancs & enfanté Iesus Christ vray Dieu & liomme nous ne ladorons pas pour cella. Tesmoing Epiphane (3) lequel ohseruant que la populace parmy les chrestiens de son temps auoit beaucoup de pente (c) a ladorer & speciallement les Collyridians il inuecliue puissamment contre eux : Que sil nous est deffendu (dict il) dadorer les Anges a plus forte raison Marie fille d'Anne (B). Et (d) lempereur Iuillian nauoit rien a reprocher plus fortement aux chrestiens que ce quils adoroient les Martyrs comme des Dieux, et que soubs ombre de deuenir tels ils souhaitoient le martyre (e) auec passion a fin destre couchez dans le catalogue des Dieux (C). Et preuoyant quil ny auoit point de secret pareil pour augmenter la religion chrestienne (f) il fit cesser le massacre & les supplices des chrestiens. Mais Cyrille (4) y faisant response : Les saincts martyrs (dict il) ne passent point pour Dieux parmy nous et nous ne leur rendons poinct dadoration (D). Pareillement Chrysostome (5) (Ë) : Voyez (dict il) la prudence de la Cananée : elle ne prie point Iacques, elle ne supplie point Iean et ne s'addresse point a Pierre. Elle n'implore point la compagnie des apostres. Elle ne se met point en peine de chercher (g) vu médiateur (F) mais au lieu de tous ces protecteurs elle ne saccompagne que de la pénitence qui luy sert (h) daduocat très éloquent.
(2) Deut., c. 6. Exod., c. 34. Leuit., c. 26. Deut., c. 4, 8, 11 et 17. Matthad c. 4. Lucre c. 4. — (3) Contra Inereses. — (4) Lib. G aduersus lullianum. — (5) Homilia 12.
(a) MD qux prœcipua sunt adorationis argumenta. N quse lamen, interpolation d'un tamen précédent. — (b) 9.V eique soli inservies. M et Mi soli servies. — (c) MD proclives. N proclivos.
— (d) MD nam. i\ et. — (e) DN marlyrium expeterent. M martyrum, négligence. — (f) MD quo quidem arcano cum nullum amplificandse religionis (N majores, interpolation) tnajus habere perspexisset (se. Chrislianos). — (g) N nullum quserit mediatorem. MD qusesiil, surprenant, après et avant des présents. — [h) MD accipit pœnitenliam qux diserti advocali locum hnplevit. N accepit pœnitenliam, qua (?) deserti (?) advocali locum implevit.
(A) Deut., 6, 13. — « Dieu veut estre aimé vniquement », Exod. ,34, 14. — Dieu énumère les récompenses et les punitions qui sanctionnent ce commandement, Lévil., 26. — Deut., 4, 19; 8, 19; 11, 13 et 16; 17, 2-3. — Mal.th., 4, 10 et Luc, 4, 8 citent Deut., 6, 13.
(B) Adversus hœres., 3, 2, liserés. 79, 5 (Migne t. 2, col. 747).
(C) Cyrille, Contra Julianum, 6 (Migne t. 9, col. 202). Mais Bodin, qui cite de mémoire, comme d'habitude, ajoute au texte de Cyrille depuis et que sous ombre... jusqu'à des chrestiens.
— Julien reproche encore le culte des martyrs aux chrétiens, ibid., 10 Cligne t. 9, col. 1015). Cf. Démon., 4, 3, p. 441 : « lulian l'empereur voyant vne ieune femme chrestienne auec son » petit entant pendu a la mamelle, qui couroit au supplice pour estre martyrée, il fit deffence » d'exécuter a mort les chrestiens, non pas pour garder celle qui couroit a la mort, mais pour ce » qu'il disoit que les autres chrestiens les faisoienl dieux après leur mort ». Mais celte anecdote, qu'on sent courir sous le texte de YHepl., ne vient pas de Cyrille.
(D) Contra Julian., 6 (Migne t. 9, col. 810).
(E) Chrysoslome, Homilia de Cananea, 4 ^Migne t. 3, col. 452). Bodin, comme à l'accoutumée, paraphrase plutôt qu'il ne traduit. S. Jean Chrys. commente l'histoire de la fille d'une femme de Chanaan, laquelle étant possédée du démon, Jésus la guérit à cause de la foi de sa mère, Matthieu, 15, 22-28.
(F) Rapprochez du langage de Curce l'Apologie de Mélanchton pour la confession d'Augsbourg, art. 21, De invocatione sanclorum. « Il y en a qui atlribuent nettement la divinité aux saints, en
[Federich refuse d'entrer dans la distinction, que propose Coroni, entre les cultes de dulie et de latrie. Incertitude du catalogue des saints : il contient des hérétiques et des damnés, 627-632].
Origine païenne du culte des saints.
[632] Federich. — Le culte enuers les Saints et (a) les Auges sest escoulé des anciens payens, principallement du temps d'Epipliane comme Ion lapprend de ce quil a escript contre les Collyridians (A) qui ont commencé les premiers a reuerer la Vierge Marie. Et depuis S. Augustin (7) déteste souuent culiores illos Marianos (B), ces deuots enuers Marie : et (b) ne pouuant souffrir que Ion prie les Anges mesmes qui sont bien (c) au dessus des saints pour lexcellence de leur estre il a creu (8) que Ion ne pouuoit approcher du Père que par le moyen du Fils : laquelle opinion a esté suiuie de Chrisostome (9), d'Ambroise (lj et de Theophilacte (2).
Cohoni. — Nous auons desia dict et nous le dirons incessamment que nous rte leur (d) rendons aucun culte, mais que nous nous gouuernons auec eux
(7) Ad Marcellum, lib. 10; c. 19 et 55 De vera religione; ad Coloss., c. 2 et in Apocalip., c. 19 &. 22 et in Ioann., c. 14, lib. 9. — (8) Lib. 11, c. 7 et 16 in Ioann. — (9) Homilia 12 de Cananea (C). — (1) Ad Roman. (D). — (2) Ad Colossenses (E).
(a) N al (?). MD et. — (b) N ac. MD al. — (c) N superi >res. MD longe superiores. — (d) ND nullum cullum (M illis) exhiberi.
» disant qu'ils voient en nous les secrètes pensées de nos cœurs... Ils font des saints, non seule- » ment des Intercesseurs, mais des Médiateurs de Rédemption ». Dans Bossuet, o. c, 3, 57, p. 155.
(A) Adversus hœreses, 3, 2, haeres. 79 (Migne t. 2, col. 739 sqq.).
(B) Culiores illos Maria7ios n'est pas une expression d'Augustin. Elle serait trop remarquable pour que les tables (générale et particulière) si copieuses de l'édil. des Bénédictins ne la donnassent pas. D'ailleurs, il y a ici une grande corruption dans les références. Ainsi le traité d'Augustin in Apocalyps. n'a que 18 chapitres, et Bodin cite les c. 19 et 22. R confond les notes 1 et 2 (j'ai rétabli la distinction, d'après MD). Nombre de références sont inexactes, et j'avoue n'avoir pu en reconstituer qu'un petit nombre. — « Non ergo creaturaepolius quam creatori serviamus ». De verilale religionis, 10, 19 (Migne t. 3, col. 131). Protestation contre le culte des images, des bêtes, & des hommes, même vertueux, qui sont morts, ibid., 55, 108 (Migne t. 3, col. 169). « Hune [Chrislum] habemus magislrum, ut non peccemus, et defensorem, si peccaverimus, et » inlerpellalorem pro nobis, si quid boni a Domino desideraverimus ». In c. 12 Evangel. lohannis Traclalus 21, 1 (Migne t. 3, col. 1564). J.-G. est seul le bras de Dieu, In c. 12 Ev. Ioh. Tract. 53, 2 (Migne l. 3, col. 1775). Et en maint endroit Aug. s'élève plus formellement encore contre tout culte dérobé à Dieu : « Stephanus conservus noster, non pro Deo colendus ». Ser»w3l9 de Slephano martyre,! (Migne t. 5, col. 1442); Sermo 273, tout entier dirigé contre l'adoration des saints (Migne t. 5, col. 1247 sqq.) ; de Civ. Dei, 10, 1, 3 et 4.
(G) Cf. p. 626 note.
(D) Commentai-, in Epist. Pauli ad Romanos, 1, 5 (Migne t. 4, col. 49).
(E) « Illud aulem ad Colossenses ut scriberet, eum [se. Paulum] induxil : ab his namque pra- » vum aliquod dogma erat nuper susceptum. Putabant namque nequaquam per filium, sed per » angelos ad Deum et patrem viam palere ». In Epist. ad Coloss. Prologus (éd. Porsena, Paris, Josse Bade, 1534, in-fol., f. 126 v°). Cf. Paul, ad Coloss., 2, 18 : » Que nul ne vous ravisse le » prix de votre course, en affectant de paraître humble par un culte superstitieux des anges ».
comme auec nos amis qui sont encores au monde : nous les prions dinterceder pour nous et (e) de présenter a Dieu nos oraisons. Nous ne leur demandons point la santé du corps ny de lame, nous ne lattendons point deux, mais nous cherchons nostre salut dans [633] sa source véritable et qui ne tarit iamais.
Fedekich. — Pourquoy donc les Prestres la teste nue et a genoux addressent ils leurs prières aux Saints? Et quand ils reclament Marie voyez comme ils parlent (3) : Tu es le soulagement des affligez, le remède des infirmes, tu es touttes choses a tous : que reste-t-il pour Dieu?
Octale. — Rien du tout. Mesmes lorsque ie demeurois en Grèce parmy les chrestiens, le iour arriua (f) que Ion célèbre la Teste de la Visitation (A) de la Vierge dans l'Eglise romaine, et dans la grecque celle (g) de sa robe. Et le iour de deuant les Kalendes de ianuier on feste sa ceinture dans vne Eglise qui luy est consacrée a Conslantinople que Ion appelle in Blachemis (h) (B). Il ne me ressouuient point (i) dauoir rien veu de plus ridicule parmy les Payens.
Tokalbe. — Cest vne vieille superstition des Académiciens qui ne croyoient pas que Ion peust arriuer autrement auprès du pijre de tous les Dieux qae par degré, assauoir en priant les héros de nous addresser aux Démons (j) a fin que par eux on peust approcher des petits Dieux et par ceux-ci aux grands (k). Et enfin par ces grands satlirer les suffrages du père de tous les Dieux (C). Ainsy lamblicus (4), le plus grand de tous les magiciens de son temps (que Porphyre asseure auoirveu esleué en lair) (D) en sacrifliant alsis parloitfamiliairement auec les Démons (E), mais y voulant mesler âXexTpouavTec'av pour
(3) In prosa conceptionis. — (4) In libro de mysteriis iEgyptiorum.
[e) N ut pro nobis vola facianl et (MD ut) rogaliones ad Deum feront. — (f) MD in illum (N eam) diem incidi. — [g) MD apud Graecos festo dies (N omet /esta (lies) veslis Virg. Mariœ. — (fn MD in Blachemis. N Machumis, barbare. — (i) M ajoule unquam. — (j) DN ad dœmones. M dœmonas. — (k) ND ad Deos majorum genlium. M majorum gentilium. Conjecture : majores gentium.
(A) En souvenir de la visite que fit Marie à sa cousine Elisabeth, Luc, 1, 40 sqq. Le concile de Bàle (1441) la rendit générale dans toute l'Eglise et la fixa au 2 juillet. Hist. et symbolisme de la liturgie, par l'abbé Lerosey, Paris, 1880.
B) Il s'agit du faubourg des Blaquernes, si souvent nommé par Villehardonin.
(Cj La source générale de Bodin est sans doute August., De civ. Dei, 8, 18-22; 9, 9, 13, 15 et 17, qui explique longuement, contrairement à ce que pensent les platoniciens, Apulée, Hermès Trismégiste, que les démons ne sont pas les médiateurs entre Dieu et nous, le seul médiateur étant J -C. Bodin a souvent combattu celle idée des Platoniciens, et il leur oppose Exod., 20, 26 : « Aussi tu ne monteras pas par des degrés à mon autel ». Démon., 1, 3, p. 91 ; 1, 4, p. 109; 2, 1, p. 162.
(D) Encore un souvenir inexact. Eunape, Vies des philosophes & des sophistes, éd. Boissonade, Amsterdam, 1822, p. 12 sq., nous montre Jamblique raillant lu crédulité de ses disciples, qui lui demandent si vraiment il a le don de lévitation.
(E) De mysteriis JEgyptiorum, éd. Thomas Gale, Oxonii, Sheldon, 1688, in-fol., 6, 5, p. 147: « De mini* quas intentant in Deos theurgi ». — Cf. dans le même ouvrage, la Lettre de Porphyre au prêtre égyptien Anébon sur les Démons, p. vi; et aussi Augustin, de Civ. Dei, 10, 11, qui nous rapp'orle, d'après celle lettre, quel pouvoir le Lhéurge Chérémon a sur les démons Isis et i Viris. Bodin a certainement lu tous ces textes et en a conservé un souvenir plus ou moins conscient.
prédire qui succederoit a lempereur Valens (/), la chose estant descouuerte, pendant que Ion faisoit mourir ses complices conuaincus d'impiété & de sortilège, il prit du poison (5) (A) & luy mesme se donna la mort (B).
[Adressons donc directement nos prières au maître des anges & démons. Senamy observe que le culte des saints est la religion des simples ; Coroni, que les images, souvenir des grands hommes, sont honorables, & que Moïse luimême éleva un serpent d'airain (Nomb., 21, 8). Ezéchias le brûla, répond Salomon, dès qu'il s'aperçut qu'on l'adorait (IV Rois, 18, 4), 634-636.
De l'Eucharistie, 637-642. Octave y voit une impiété ridicule. C'est, répond Coroni, que vous voulez comprendre le mystère, 637-640].
Contre l'Eucharistie.
[640] Coroni. — Au nom de Dieu ne parlons iamais des choses sacrées quauec (a) toutte sorte de respect. Croyez vous (b) que celluy qui dun mot a faict les estoilles le soleil les éléments & tant de choses prodigieuses (c) (C) soit diminué [d) de puissance ?
Ci'hcu. — Il ny a personne qui double quil ne puisse faire tout ce quil luy plaira hors mis vn autre soy mesme : mais qu'est il besoin de parler du sacrificateur (D)? ils demeurent daccord que dans ces (e) parolles mis-tiques, Hoc est enim corpus meuin, Cecy est mon corps (Ë), la puissance de Dieu nagit
(5) Nicephor. Callist. et Gregoras.
(I) N ecquisnam imperalori Valenti substituerelur (cf. H). Ml) imperator. — (a) N nisi. MD aliter quam. — [b] ND An putelis. M putatis. — [c] MD res lam stupendas. N omel tam. — (d) N imminulum. Ml> minutum. — (e) N istis. MD iltis.
(A) C'est là une anecdote qui a beaucoup frappé Bodin. II la raconte par trois fois dans la Démo»., 1, 3, p. 84; 1, 6, p. 146; 4, 5, p. 503. — Les deux références données ici sont fausses. Niceph. Gregoras a écrit une histoire du Bas-Empire aux xme et xive siècles; et Nicéphore Gallisle, 11, 45 (non plus que Socrate, 4, 29; Sozomène, 6, 35, ou Ammien, 29), ne nomme pas Jamblique. La vraie source de Bodin, que lui-même a oubliée, ce sont les Annales de Zonaras (cf. supra, p. 267, note G), liv. 3, Vie de Valens.
(B) Si nous devons attribuer à Bodin lui-môme l'horreur pour le culte des saints que professent Curce, Federich, Toralba, Salomon, c'est ce que permet de croire la persévérance avec laquelle il leur a lait exprimer celle horreur (cf. supra, IV, pp. 284 et 308, VI, p. 626;; c'est ce que permet d'affirmer la Lettre à Baulru, où il condamne nettement Yapolhéose des mortels, et la Démon:, 2, 1, p. 163, quoique la doctrine y soit plus voilée. D'ailleurs, celle question était, dans les disputes entre théologiens des deux parties, étroitement liée à celle des images et a celle des reliques (cf. Bossuet, o. c, 3, 58; et Basnage, Histoire des Églises chrétiennes, Amsterdam, 1721, 5 vol., liv. 18); el nous avons entendu Salomon protester contre le culle des unes & des autres (supra, p 308) avec une indignation qui ne laissait guère de doute sur le sentiment de l'auteur.
(C) Inexact. MD res tam stupendas verbo vel nutu confecil, = qui a accompli des prodiges si miraculeux d'un mol ou même d'un geste. '
(D) Faux sens. MD qu'ut ad sacrificulum ? =■ Oui, nous accordons une' puissance entière à Dieu; mais qu'a cela à voir avec le pouvoir que vous concédez à un misérable moinillon [de pouvoir faire de sa seule volonté un Dieu] ?
(E) Matthieu, 26, 26; Luc, 22, 19; I Cor., 11, 24.
point, parce que si le curé songe ailleurs en prononçant les parolles (/"), il ne faict rien (A).
Coroni. — Si vous ne doublez point de la puissance de Dieu, vous debuez encores moins doubter de sa volonté, puisquil est clairement expliqué dans Paul (B) que Christ vray Dieu et homme sest donné luy mesme a manger a ses disciples soubs les espèces du pain et du vin, et quil leur commanda de le faire après sa mort pour perpétuelle mémoire (g) de sa passion. Et il est encores constant (h) quil peut encores dauantage que ce quil veut (1) (C).
Clrce. — Cette opinion (D) qui a esté réfutée par les plus penetrans de tous les théologiens [641 1 na pas besoin que i'y responde. Cette question est traittée en mil endroicts par vue infinité dautheurs, mais personne nen a parlé plus succinctement ni plus decisiuement que Augustin (2) (E). Cest, dict il enfin, vne misérable seruitude de prendre les signes pour la chose : si donc on commande vn crime ce nest qu'vne façon de parler : lorsque Christ aussy vous commande de manger sa chair & de boire son sang ce n^st pareillement qu'vne manière de parler (F). Ce qui a fourny vne belle matière de raillerie et aux Iuifs et aux Mahomelans, quand ils ont veu que les Chrestiens prenoient la figure pour la chose (i). Christ, dict Tertulien (3) (G), en prenant le pain a faict son corps, disant, Cecy est mon [j) corps, cest a dire la figure de mon corps. Voila (k) les parolles dun très ancien et très sainct théologien.
(1) Augustin., lib. 7 de symbolo fidei. Lombard., lit». 1, distinc. 4:2. — (2) In lib. de doctrina christiana, c. 5, 10, 11. — (3) Contra Marcionem.
/ N iliiin islu. MD cum Ma (pronunlial . — g SI) in perpétuant sui memoriam. M omet, à lorl, sui. — [h) MD perspicuum S polissimum .' . — {i \ quod cum Chrisliani ad rem ipsàm, non ad signum Iraducerent. U non ad (M ometad) figurant traducerent. — (j) N omet nieuni. — {k) N omet sunt.
A « Il nie souuient, dit Curce un peu plus haut, d'vn curé de Lion qui pour se venger de ses » paroissiens auec lesquels il estoit en procez faisoit semblant en disant la messe de dire les » mots sacramenlau.x, et enfin ayant perdu son procez déclara hautement que tous ses paroissiens » esloienldes idolâtres par ce quils auoienf adoré du pain seulement. La chose auerée, il fut con- « damné a estre publiquement bruslé tout vif ». En note : « Lan 1548 et soubs Henry 2 roy de » France ». (P. 640). C'était le curé de Saint-Jean le Petit de Lyon, Démon., 4, 5, p. 507.
(Bï 1 Cor., 11, 23.
(C Lombard, 1, 42, F, explique que la volonté de Dieu est forcément plus limitée, étant toujours tendue vers le bien, que sa puissance. — Dans les anciennes éditions, le l'e symbolo ad Calechttmenos (jadis appelé De symbolo fidei ad Cat. : cf. éd. de Louvain) n'a que 4 livres; et dans celle des Bénédictins, un seul, les trois derniers n'étant insérés qu'aux apocryphes. Corrigez : De symbolo, 1, 2 Aligne t. G, col 627), où Augustin expose le raisonnement ci-dessus, que Lombard lui emprunte.
(D) Entendez : l'opinion de la présence réelle.
(E) Le texte auquel fait allusion Bodin est assurément celui-ci : » Ul aulem lilteram sequi et » signa pro rébus quae ils significantur accipere servilis infirmilalis est; ifa inutiliter signa inler- » pretari malevaganlis erroris est ». De doctrina christiana, 3, 9, 13. — Cf. Vacant et Mangenot, o. c. art. Eucharistie, t. 5, col. 1178, qui discutent ce texte d'Augustin; eLBaliffol, L'Eucharistie, la présence réelle et la transsubstantiation, Paris, 1906, 3e édition.
(F) Entendez : on ne peut admettre que le Christ ait ordonné à la lettre le crime horrible de manger sa chair et boire son sang.
(G) Adv. Marcionem, 4, 40 (Migne I. 2, col. 460i. Mais de tels textes ne closent pas les disputes, ils les déplacent. La querelle s'engage sur le sens du mot figura, que les catholiques (Bellarmin, De sacramento Eucharistix, 2, 7, cité en note par Migne, ibid.) prétendent indiquer la réalité de la présence divine.
Salomon. — Sil estoit permis dadorer Christ mort depuis longues années soubs la figure du pain comme lentend l'Eglise Romaine, ou sans pain comme les Zwingliens, ou auec le pain comme les Luthériens croient quil le fault faire (A), a plus forte raison il eust esté permis aux Israélites (/) de faire des veaux pour les adorer. Car le grand prestre Aaron (4) en ayant faict faire vn il fit proclamer au son de la trompette que le lendemain seroit vne feste (m) consacrée a Dieu et se sert du mot de quatre syllabes (B) qui ne peut sappliquer a aucune créature, y adioustant encores que cesloit celluy qui les auoit retirez de seruitude : ils adoroient donc Dieu soubs lespece dun veau d'or, ce qui estoit très estroittement defîendu (5). Mais (n) si Dieu punit cette offense mortelle si rigoureusement quen vn moment trois mil (C) de ceux qui lauoient [642] commise (o) périrent par le fer de leurs voisins ou parents et voulut consacrer (p) dune perpétuelle alliance les mains qui auoient esté teintes du sang de leurs frères, ainsy quelle vengeance pensez vous (q) quil prendra de ceux lesquels simaginent quils immolent partout et a tous momens non pas leur créateur soubs la forme dun veau, mais vn homme mort soubs les espèces du pain et du vin, lequel ils adorent comme vn Dieu ?
[De l'éternité des peines et du purgatoire, 642-668. Toralbe : Pour souffrir des peines infinies, une créature devrait être infinie ou divine. D'ailleurs, observent Senamy et Octave, il n'est pas de péché mortel, puisqu'il exclurait le repentir et le rachat, 642-644. Salomon, s'appuyant sur l'Écriture; Curce, sur l'infirmité de la nature humaine, contestent que les peines puissent être éternelles, 645 sq. Le Talmud gradue les peines suivant le degré de volonté mauvaise du pécheur. En tous cas, disent Senamy et Curce, la crainte d'un châtiment éternel est salutaire. Craignons au contraire, répond Toralbe,
(4) Exodi c. 32. — (5) Exodi c. 20. Non facietis deos aureos.
(l) N Israëli. MD Israëlitis. — (m) N festam diem seterno Deo sanclam postridie futuram. MD festum... sanctum... futurum... — [n) N Et. MD Sed. — (o) N admiserunt. MD admiserant. — (p) N consecrarit. MD consecrari (se. jusseril). — [q) N credatis. MD putatis.
(A) Les catholiques admettent, avec la présence réelle, la transsubstantiation. — Les Luthériens admettent la consubslanlialion et la présence réelle (impanation), c'est-à-dire pensent que le vrai corps de J.-C, sans se substituer au pain, se mêle et se tond avec lui. « Les Eglises enseignent que » le corps et le sang du Christ sont vraiment présents dans la Gène et qu'ils sont distribués aux » communiants ». Conf. d'Augsbourg, art. 10 (1530). Mélanchlon confirme cette opinion dans son Apologie de la Conf. d'Augsb., puis Luiher, dans une lettre de 1534 (Bossuet, Var., 2, 31) et enfin dans les Articles de Smalkalde (1537). — Les Suisses, Zwingle, Carlostadl (Bossuet, Var., 2, 11), OEcolampade (Erasme, Lettres, 18, 9, dans Bossuet, Var., 2, 25) nient la présence réelle, et ne voient dans la communion qu'un symbole et un souvenir. — Quant à Calvin, si Bodin ne l'a pas mis en scène, c'est que son attitude est mitoyenne et délicate à définir : il nie la présence réelle, Dist. chrét., 4, 17, 19 (éd. de 1540). Mais il croit à la présence substantielle, c'est-à-dire en esprit, de Jésus, ibid. Que si on le presse de s'expliquer plus nettement, il déclare celte présence mystérieuse, ineffable, sensible seulement à la loi. « C'est un secret trop haut pour le comprendre » en mon esprit ou pour l'expliquer de paroles ». Inst. chrét.. 4, 17, 32.
(B) Le tétragramme sacré Jéhovah (cf. supra, IV, p. 257 note B). « Et cria [Aaron] par voix de » héraut, disant : Demain est la solennité au Seigneur ! » Exod., 32, 5.
(C) NMD tria milita. — Viglnti a dû tomber; il est exigé par Exod., 32, 26 : « Et en ce iour la » tombèrent enuiron vingt et trois mil hommes ».
des secrets cachez des choses sublimes "201
qu'elle n'accule le pécheur nu désespoir, comme Gain, 647 sq. Federich : La peine est infinie, parce que tout péché envers Dieu est infini. Mais alors, observe Toralbe, tous les péchés deviennent égaux; l'infini du mal égale l'infini du bien : toutes choses impossibles. Non, lésâmes des méchants, après expiation, sont soulagées par la mort : cf. Job, 24, 20. Salomon approuve, 649-651.
Du Purgatoire, 652-668. L'inégalité des peines étant prouvée, le purgatoire s'ensuit. Curce et Octave nient l'existence d'un juste milieu entre l'enfer et le paradis. Toralbe cherche à déterminer la composition chimique des flammes du purgatoire, dont les volcans prouvent la matérialité, 652-654].
Du purgatoire. Des indulgences.
655] Octaue. — Ne voyons nous pas souuent des meschans après vne longue suitte dannées heureuses et coulées dans touttes sortes de délices rendre lesprit sans aucune apparence de douleur (9), et des gens de bien mourir dans les prisons & dans les tourmens (rf)? Ce qui marque que les vns (e) sont reseruez pour vne vie meilleure après celle cy & les autres pour recepuoir la punition de leurs crimes, ainsy que Salomon (1) nous l'enseigne quand il dict (/"), que les vns passent des fers & des prisons sur le throsne & les autres tombent du throsne dans la misère et dans la pauureté (g). Il fault donc qu'après celle vie il y ait des supplices pour le chastiment des meschans, car (h) Dieu sembleroit nestre pas iuste sil laissoit tant de chastimens (A) impunis, et s'il punissoit tous les manquemens des gens illustres & des gens de bien pendant leur vie (B)'. Donc sil ny a point de supplices éternels pour la punition des crimes après cette vie, il fault quils finissent ou auec le temps ou auec le lieu : après quoy il sera nécessaire que Ion entre dans vne vie meilleure ou que Ion meure, il ny a point de milieu.
Tokalbe. — Cest vne des plus vieilles opinions (i) que nous ayons (C) que
(9) lob, c. 21. Hierem., c. 12. Abacuc, c. 1. Psal. 73, 57, 9, 36 (D). — (1) Eccles., 4 (E).
(d) N (in) cruciatibus. MU cruciatu. — (ej N hos. MD quos. — \f) N cum dicit. MD diceret. (g) ND regem vero ad inopiam pergere. M reges. — (h) N enim. MD vero. — (i) N opinio. MD ratio.
(A) Lapsus amené par chastiment qui précède. Corrigez : péchés, crimes.
(B) On reconnaît le raisonnement, que Rousseau a repris, avec une variation originale, je le reconnais : « Plus je rentre en moi-même, plus je me consulte, & plus je lis ces mots inscrits » dans mon Ame : Sois juste et lu seras heureux. Il n'en est rien pourtant, à considérer l'état » présent des choses; le méchant prospère, et le juste est opprimé », etc. Et il eu infère la certitude des récompenses et des punitions dans l'autre monde. Profession de foi du vicaire savoyard.
(C) Allusion, je pense, au voyage de Her l'Arménien, dans Platon, Rép., 10, 13 (éd. H. Estienne, t. 2, pp. 614 B sqq.), et à d'autres écrivains antiques qui s'en sont inspirés, par ex. Virgile, Enéide, 6, 735-751.
(D) Job, 21, 7 sqq. Urémie, 12, 1 sq. Ilabacuc, 1, 6-10. Psaumes 72(H. 73), 3 12; 37, 19; 36, i-'.);9, 12-18.
(E) La référence de R est exacte : Eccl., 4, 14. MDN donnent Eccl., 7.
les âmes de ceux qui pour le plaisir du corps ont violé tout droict diuin & humain, quand elles en sont sorties tournent autour de la terre ou elles sont tourmentées et ne montent point auec les bienheureux nu ciel (2) (A) quaprès auoir passé ainsy plusieurs siècles. Cest [656] pourquoy les anciens ont creu que cestoit le moyen de les destourner du mal que de les menasser de peines plus grandes et plus longues en lautre vie (B) quen celle cy (j), comme la dict (k) Platon (3) (C) a fin de donner a entendre (/) quil ny a point de crimes impunis ny de peines éternelles.
Curge. — Si nous reconnoissons vn purgatoire de feu ou de glace comme il vous plaira a fin dexpier les péchés et que de la on puisse trouuer le chemin du paradis et les sièges des bienheureux, prenons garde que nous ne tombions pas dans lerreur dadmettre vne infinité de genres de supplices, car (m) toulle la nature ne souffre point d'infinité. Il est donc mieux a mon sens de ne recognoistre que deux lieux, lun de recompense & l'autre de punition.
Cohoni. — Si Dieu a quelque soin de ses droits & de sa justice (D), ainsy que nous croyons quil a extrêmement, il fault croire que ceux lesquels au dernier moment de leur vie ont vn regret de leurs péchez tel qu'il doibtestre, qu'ils n'en sont pas pour cella entièrement absoubs, mais qu'ils (E) sont en quelque façon amoindris. Car imaginons nous deux hommes lun qui aura mené tant quil a vescu vne vie illustre, saincte et exemplaire sans auoir faict tort a personne (n), et (o) sans espoir de recompense a aymé Dieu de tout son cœur a cause seulement de sa bonté infinie, en quoy [657] consiste le plus hault degré de perfection, cependant il arriue quil est tué en adultère (p) sans auoir peu demander pardon : et vn autre lequel sestant souillé de tous les
(2) In Phœdone. — (3) In Gorgia.
[j) N tanlisper dum (D omel, à tort, dum) hoc spirabile lumen (?) (MU cœlum) hauriunl. — (k) N sicut idem Plato. MD id est, ut idem Plato. — (l) N ex quibus sentenliis significabant. MD ex quibus salis significabant. — (m) N enim. MD autem. — (n) N nihil unquam injurias fecisse. Mb injuria. — (o) N ac. M aut. D at. — (p) ND in adullerio deprehensum. M compréhension.
(A) E'tç xaôobav oïx7)(riv, Phédon, 29 (Eslienne, L. 1, p. 80 D). Bodin, comme d'habitude, cite non le lexle exact, mais le sens du passage. Socrate raconte un peu plus bas, c. 30, p. 81 B sqq., l'histoire des âmes brutales tourmentées et obligées de se réincarner avant de monter pures vers les régions divines.
(B) Contresens. M ilaque veleres prseclare cum Us agi pulabant, eosque malis ingenlibas evipi, qui pœnas in terris, tanlisper dum hoc spirabile cœlum hauriunl, graviores dédissent, = les anciens estimaient traités avec faveur et soustraits à des châtiments terribles ceux qui avaient plus cruellement expié leurs fautes eu ce bas monde.
(C) MD To ô:xr,v otoovat u.ey^(TTOU xaxoù àTiaXXayifjv TrovTjpi'aç etva'.. Je ne crois pas que ce grec soit d'authentique Platon. Il résume Gorgias, 81 (Eslienne, p. 525 B sqq.), où Platon explique que, le châtiment purgeant l'âme de l'injustice, rien n'est pire pour nous que d'échapper au châtiment d'une injustice une fois commise. Idée d'ailleurs familière à Platon et qu'il reprend, Lois, 9, 17 (Eslienne, t. 2, p. 880 E sqq.), contre l'enfant qui a frappé ses parents. Sur le procédé de citation, cf. supra, IV, p. 221, note D.
(D) MD juris et juslitiœ, simple redondance d'expression familière au verbeux Bodin, et où R a eu tort de voir deux idées distinctes; elle s'oppose à la fin du couplet : quid injustius decerni possit'.'
(E) Les péchés.
crimes imaginables, de stupres, dadulteres, de meurtres, de parricides et de blasphèmes contre Dieu, a la fin de ses iours ayant le lemps.de se reconnoistre il implore la miséricorde de Dieu par la confession & le repentir de ses abominations : Curce & Federicli estiment que celluy la va droict au ciel auec les anges (A) et que lautre est damné éternellement. Iugez, ie vous prie (fj), si Ton peut rien imaginer de plus iniuste.
Cuhce. — Cest la vieille plaincle des enfans d'Israël, lesquels ont esté assez insolens pour accuser pour cella le créateur diniustice. Mais Dieu leur respond par son Prophète Ezechiel (4) : L'aine (dicl il) laquelle aura péché mourra, le Fils ne supportera point le crime de son Père, ny le Père celluy de son Fils. Que si limpie quitte son impieté et embrassant mes ordonnances rentre dans la Justice et la droicture (/•) il viura et Ion ne se ressouuiendra plus de sa vie passée ny de ses péchez. De mesme si Ihomme droict se relasche [s) de son intégrité pour sabandonner a limpieté, ie nauray plus mémoire aucune de sa vertu mais il mourra dans son péché. Vous autres qui vous plaignez que les iugemens de Dieu [658i ne sont pas équitables, escoutez (maison d'Israël) : quoy, mes iugemens ne sont pas iustes? c'est pluslost vous mesme qui ne lestes pas (B). Don Ion infère (t) quil ny a que deux sortes de départs des âmes.
Salomon. — Ezechiel na pas dict (C) que si cet impie exécrable par touttes sortes de vices et de crimes se repent a la fin de ses iours quil aura remission de sa vie passée : mais si ayant quitté son impieté (m) il vit dans la iustice, que Dieu oubliera son iniquité. Et semblablement que celluy qui auroit tousiours marché dans lequité et aura faict vn péché au dernier moment de sa vie, doibue estre tourmenté éternellement, mais quil périra enfin en mourant sil sabandonne entièrement aux vices et aux impietez (D).
Coroni. — Ma croyance est que celluy qui a eu douleur de ses fautes (v) les va expier dans les feux du purgatoire (x) : non seulement par ce qui est
(q) .V omet quaeso. — (r) N edicta mea amplexalus fuerit, juslitiam et judicium. MD amplexalus, fecent juslitiam, etc. — \s) N converterit se ab integritate ad impie tatem. MD averlerit sese. — (/) JV ex lus (MD Us) sequilur. — (u) N reversus ab impietate. MD aversus. — («) .V Ego illum (M eum), quem pœnituerit scelerum... MD pœnituit. — (.».-) N purgaloriis (MD intercalent incendiorum) ignibus.
(A) Inexact. MD ab angelis subvehi, = est enlevé par les anges. B Ezechiel, 18, 20, 21, 22, 24 et 25.
(C) Voici de nouveau Bodin préoccupé de défendre les notions essentielles de liberté et de responsabilité cf. p. 565 note). On a vu tout à l'heure avec quelle force de raison Coroni a montré les excès, chez les protestants, de la théorie de la grâce: voilà maintenant Salomon qui ruine l'autorité qu'ils invoquent.
(D) « Car lorsque le iuste se sera deslourné de la iustice, et qu'il aura commis l'iniquité, il y » trouuera la mort; il mourra dans les qeuures iniustes qu'il a commises. Et lorsque l'impie se » sera deslourné de l'impiété ou il auoit vescu, et qu'il agira selon l'équité et la justice, il rendra » ainsi la vie a son ame ». Ezechiel, 4, 26 sq.
escript dans les escritures sainctes (5), mais par lauctorité rhesme (y) de Martin Luther (6).
Salomon. — Pour moy ie nestime pas que cette repentance a la fin de nos iours (s) soit vtile aux meschans.
Coroni. — Nous croyons que par la puissance que Dieu a donnée au prestre celluy qui en a receu labsolution est au moins (a) quitte de la coulpe.
Salomon. - Rien ne me semble plus abominable que ce pouuoir que les prestres de l'Eglise Romaine sattribuent de remettre les péchez a ceux qui leur confessent : cette puissance nappartenant qua Dieu seulement de plain droict (7).
[659] Coroni. — Mais lesus Christ a donné cette puissance a ses aposlres (b) et a leurs successeurs que tout ce quils lieroient et (c) deslieroient en terre seroit lié et ileslié au Ciel (A).
Curce. — le né voy point pourquoy les Pontifes romains (Bj ont appliqué ou plustost renuersé ces mots de lier & deslier en faueur de labolition des péchez : si ce nest quils ayent creu leur pouuoir eslre trop borné [d) en nentreprenant pas (C) sur les droicts de Dieu qui ne peuuent estre communiquez aux créatures, ou bien pour auoir moyen damasser des sommes infinies dor
(5) Lib. 2 Maccab., c. 12. Matth., c. 5 et 12. Epist. la ad Corinth., 3. Ad Philip, c. 2. Epist. 2 ad Timoth., 1. loan., c. 5. Apocal., c. 5 (D). - (6) In resolutione conclus. 15 (E). — (7) lob. c. 34 (F).
{y) M omet etiam. — (s) MD extremo (S insère vitse) spiritu. — (a) N eum (amen (peu intelligible). MDsaltem. — (b) MD At Chris tus hanc apostolis (N aperlissime discipulis) potestatem largilus est (N largitur). — (c) MD ant. N et. — (d) M angustiores. ND augustiores.
(A) Matth., 18, 18. Cf. Jean, 20, 23.
(B) (ïurce reprend ici le motif déjà traité par Salomon, supra, pp. 560 et 563.
(G) M nisi quod angustiores (ND augustiores) se fore putarunl, si in jura divinse majestalU in communicabilia involarenl. ND est intelligible : ils deviendraient plus grands s'ils usurpaient les droits de Dieu. M ne l'est pas. R. est très plausible, qui semble traduire angustiores .. nisi involarent, = ils resteraient trop bornés s'ils n'envahissaient pas les droits de Dieu. Voilà encore un passage, où R, différent de D et de M, a sa valeur propre, & une valeur de premier ordre.
(D) « C'est donc sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, a fin qu'ils soient deliurez » de leurs péchez ». II Macchabées, 12, 46. Mais il s'en faut de beaucoup que tous les passages invoqués par Bodin, et qu'il emprunte sans doute en bloc à quelque index — la table de ma Bible (1604) les indique tous à l'art. Purgatoire — soient aussi nets que le précédent. Les uns l'ont allusion à un enfer souterrain, les autres déclarent que les péchés peuvent être pardonnes, d'autres enfin ne peuvent être rapportés au Purgatoire que par interprétation allégorique : Matth. ,5, 25 et 12, 31; / Cor., 3,13; Ad Philipp., 2, 10; H ad Timoth., 1,18; référence inexacte, à lire / Epist. Johannis. 5, 16; Apocal., 5, 3 et 13. Coroni expose ici la pure doctrine du concile de Trente, sess. 25 De purgatorio.
(E) lîesotutiones dispulationum de indulgenliarum virtute, sur la thèse XV : « Mihi cerlissi- » mum est purgalorium esse ». El les thèses 16 et 17 étudient la différence enlre purgatoire, ciel et enfer, et l'effet du purgatoire sur les âmes (Ed. liebart, t. I, fol. 3 b sqq. ; éd. moderne de Weimar, t. I. p. 555). Ces discussions sur les indulgences eurent lieu sous la présidence de Luther à WiLlemberg, en 1518. Mais le même Luther ne tarda pas à parler en sens contraire.
(F)[Cf.[p. 5G3 note,
& dargent en accordant la rémission des péchez, puisque nous voyons quils ne pardonnent pas seulement les péchez commis, mais encores ceux que Ion veult commettre, en dispensant des loix diurnes et humaines : et très souuent pour de largent ils ne remettent (e) pas seulement les péchez de peu de conséquence (/"i, mais aussy les plus énormes mesmes. Dou sont sorties les ventes papales des indulgences {y) (À), desquelles Grégoire premier est inuenteur, et lesquelles insensiblement ont bien augmenté depuis, en sorte quils confèrent iusques a mil ans de pardon (8).
Les bons, explique Salomon, sont punis dès ce monde de leurs quelques faiblesses, et récompensés dans l'autre vie. L'inverse, ajoute Octave, arrive aux méchants, 660-662. Des messes pour les âmes du Purgatoire. Federich invoque l'autorité des Pères, Toralba la raison pour nier leur efficacité. Coroni opposant le livre des Macchabées, on conteste son authenticité. En cas de doute, conclut humblement Coroni, courons toujours le risque d'être utiles à nos morts, 663-667.
Conclusion, 668-685. Devant les dissensions des religions, et, à l'intérieur de chacune, des théologiens, adoptons donc cette religion naturelle, une, simple, élémentaire, inspirée de Dieu, sur laquelle nous tombons tous d'accord, 668. Chacun défend les cérémonies de sa secte. Federich repousse les prières que Coroni offre de faire pour les autres. Malgré les reproches de Salomon, Senamy déclare qu'il est prêt à prier, dans n'importe quel temple, le Dieu suprême qu'au fond tous reconnaissent, 669-674. Salomon prouve, par des exemples historiques, l'attachement des Juifs à leurs rites particuliers. Curce, du point de vue politique, redoute la coexistence de plusieurs religions et les assemblées secrètes. Senamy et Octave reprennent l'éloge de la tolérance, source de la concorde, 675-678. Curce montre, par l'autorité des Pères, que la conversion des hérétiques ne doit s'opérer que par persuasion. 11 rappelle quelle sédition souleva à Lisbonne la conversion forcée des Juifs, 679-681. Salomon, alléguant le massacre des Juifs à Cracovie (1401), dit que les mauvais princes prétextent la religion pour dépouiller et tuer les innocents. Octave flétrit les cruautés du cardinal Ximénès contre les Maures de Grenade. Federich loue le mot de Théodoric : Religionem imperare non possumus, quia nemo cogi polest ut credat invitus. Et chacun, en respectant la croyance de tous les autres, reste fixe dans la sienne, 681-685].
(8) Vide librum de taxis cancellariïe, c. de absol. et dispensationibus.
(e) MD veniam larrjiuntur. N largianlur. — if) N nec leviorum(MO leviuin delictorum), sed robustiornm impielatum. — \g) U venulium indulgentiarum (M nundinationum, inadvertance) pontificiœ nundinaliones. N pontificiis nundinationis copia (?).
(A) On comprend que le protestant Curce attaque les Indulgences : voici comment le concile de Trente a tranché la question : « La puissance de les accorder a été donnée à l'Eglise par » J.-C, et l'usage en est salutaire. 11 doit être retenu, avec modération toutefois, de peur que la » discipline ecclésiastique ne soit énervée par une excessive facilité •>. Sess. 25.