‹ Colloque de Jean BodinChapitre 8 sur 13 · Livre V · texte numérisé non relu

Livre V

De la fidélité à sa foi, 345 360. Coroni ayant fait servir des pommes artificielles qui surprennent Federich, on en vient à parler, par association d'idées, de ceux qui simulent des sentiments, surtout religieux. Digression sur les dégradations du sentiment religieux, depuis la vive piété jusqu'à l'athéisme railleur, 345-350.

De l'obligation morale du martyre.

[350] Octaue. — Ceux qui nont pas la liberté dadorer Dieu en public sans mettre leur vie en danger ou (a) leur fortune, quoy qu'ils se prosternent en apparence deuant les Idoles & les Diables ils peuuent toutlesfois donner leur cœur a Dieu & ladorer en pensée au sentiment mesme de Hyeremie (6) dont il nest pas permis de doubler ny de sesloigner.

Cuhce. — Pour moy ie ne sçaurois approuuer la feinte de ceux qui estiment quil leur est loisible de s'incliner deuant les Idoles dans le mesme temps que leur cœur est tourné deuers Dieu. Que si cella estoit permis, pourquoy S. Paul (7) diroit il au contraire : on croit du cœur pour estre iustiffié, mais la confession de bouche est nécessaire a salut Ceux qui en vsenl autrement, Tertulien les appelle àXXoyûXXouç infidelles : c'est le nier (b) dict il que de dissimuler (A).

Octale. — Il y a beaucoup de choses que l'on [351] approuue et plus encor qui ne s'approuuent point. Tout le reste va dans l'indifférence, cest a dire (B) ny ne sapprouuent ny ne se desapprouuent point, mais est en quelque façon excusable (c) comme tout ce qui se faict par contrainte ou par timidité.

(6) In Epistola ad ciues in Babylone (C). — (7) Ad Romanos, c. 10 (D).

(a) SB ac. MD au t. — (b) NMD Negat, inquit, quisquis dissimulai, li quicunque. — (c) NBD excusantur. M accusanlur, inadvertance.

(A) Je vois Terlullien protester contre l'hypocrisie en matière de religion, Apologéliq., 27. — Quant à àXÀocpûXXouç, il l'emploie en opposition à fidèles, Adversus Marcionem, 5, 7 (Migne, t. 2, col. 487) ou bien en opposition avec les Macchabées de pure race juive, Adversus Judœos, 4. Mais nulle part je ne trouve la citation que lui impute Bodin; là encore, il ne cite pas textuellement, mais résume l'impression générale d'une lecture de Tert., Apot. ou Adv. Marcionem.

(13) Tout le reste va dans l'indifférence, c'est a dire, glose. , . (C) Baruch, 6, 5 : « Quand donc vous verrez le peuple derrière et deuant [les faux dieux menés » en procession], dictes en adorant en vos cœurs : Seigneur Dieu, c'est loy qu'il faut adorer! <

{B) Ad Rom., 10, 10.

Cubce. — Ouy deuant des luges la crainte des chastimens ou des rigoureux tourmens.

Octaue. -- Vous pensez [d) donc que Dieu (mon cher Curce) soit plus seuere que les luges du inonde (8)?

Federico. - Quoy que la crainte des tourmens soit vn empeschement (e) pour ne pas confesser Dieu hautement &. publiquement, ie ne trouue pas cependant que celluy la soit excusable qui se prosterne deuant l'idole de Diane ou de quelque autre deité fabuleuse (A) de peur de perdre ses biens ou ses charges, pourueu que Ion puisse quitter sa patrie comme Abraham fit par le commandement de Dieu pour n'estre pas obligé de sacrifier aux astres (B). Autrement ie nentens pas comment on peut satisfaire a cet oracle de la parolle de Dieu (U) en saint Mathieu, c. 10 : Celluy qui me confessera deuant les hommes, ie le confesseray deuant mon père, et celluy qui me desaduouëra deuant les hommes, ie le desaduouëray deuant mon Père (/"). C'est pourquoy les anciens chrestiens qui trompez par lempereur Iulien auoient sacrifié aux Démons réprimandez par les Euesques et accablez de pénitence crioient a haulte voix et publiquement : Nous auons esté chrestiens dans le cœur et le sommes encor : Sauueur lesus Christ nous ne tenons point estre infidelles (1).

Octaue. — Puisque ayans esté ainsy trompez ils nauoient point violé leur foy il nestoit point nécessaire qu'ils détestassent leur erreur (C) et qu'ils en demandassent pardon par ce que ceux qui sont trompez ne donnans point leur consentement a la tromperie, il n'y a point doffense, le péché nestant que dans la volonté (D).

(8) L. metum aulem, quod metus (E). — (9) Matthaei c. iO (F). — (1) Epiphanius, lib. 3 ((i).

(d) NB arbitrale. MD arbilrere. — (e) N ut s'il excusatio me lui cruciatus. B metus. Ml) metu. — if) NB tronquent la cilalion de Mathieu.

(A) MD qui ante Dianae aut allerius Virginis staluam procumbit. Federich profite certainement de l'occasion pour assimiler le culte de Diane au culte, non moins idolâtre, d'une autre Vierge, entendez : celle des catholiques. Cf. in/'ra, p. 358, noie R n'a-l-il pas senti la malice? ou, la sentant, a-l-il évité de la rendre, par scrupule religieux? Nous avons déjà eu la même impression, supra, pp. 309 et 310.

(B) Genèse, 12, 1-4. Cette histoire est rappelée par Bodin [supra, p. 268, et Démon., 2. 3, p. 197); et le sens religieux qu'il lui donne lui vient de Philon, De la noblesse, trad. Bellier. p. 858, et de Josèphe, Antiq. judaïq., 1, 8.

(C) MD errorem deprecarentur, = qu'ils s'excusassent de, demandassent merci pour leur erreur.

(D) Encore un cliché de Bodin, supra, p. 226: infra, p. 588; Démon., Réful. de Wier, p. 592.

(E) « Ait praetor : quod metus causa gestum erit, ralum non habebo. — Metum autem non » vani [= peureux] hominis, sed qui merito et in homine conslanlissimo cadat, ad hoc ediclum » pertinere dicimus ». Digeste, liv. 4, lit. 2, 1 et 5 (éd. citée, p. 227, t. I, col. 477 et 478). C'est un de ces poncifs juridiques dont Bodin use à chaque instant : cf. Démon., 4, 5, p. 517; ibid., Réfut. de Wier, p. 567, etc.

(F) Matth., 10, 32-33.

(G) Tl y a une histoire analogue dans Épiphane, Adversus liserés., 2, 2, haeres. 4 (Meletii schisma), S 2 (Migne, t. 1, col. 183 sq.) : les chrétiens discutent entre eux s'ils recevront ou non parmi eux leurs frères qui, ayant sacrifié par crainte aux idoles, s'en repentent à présent. Mais le récit auquel fait allusion Bodin est le même que supra, p. 243, note F.

352] Cubce. — Origene (2) (g) dans son oraison contre Celse faict vne graue à seuere reprimende a ceux lesquels bien qu'ils reconneussent le Christ dans leur cœur le renioient neantmoins de bouche. Et Dieu condamne ces hypocrites par la bouche du prophète Iïelie en cette manière, le me suis reserué sept mil hommes qui nont point courbé les genoux deuant Bahal (3) & ne lont point baisé (h). Qui est ce qui ne connoist pas que ces parolles se rapportent au corps & non pas a l'.ime (A) ? Que si les anciens ministres d'Appollon de Diane & de Iupiter dans leurs cérémonies crioient contre (i) les Athées & les Epicuriens, Lucian adiouste : et contre les chrestiens, quils eussent a sortir de leurs temples (B), a bien meilleur tillre doibton pratiquer ces choses dans les temples de Dieu.

Octale. — De deux maux il faut tousiours esuiter le pire, au dire de tous les sages. Il est bien fascheux a vn homme véritablement religieux (j) de se prosterner deuant vne idole et de lui faire offrande encor que son intention ne soit point destachée du Dieu quil adore. Cependant ce seroit encores plus mal faict de paroistre extérieurement (en fuyant les temples puisque vous les estimez prophanes) nauoir aucune religion, a cause de la conséquence du mauuais exemple que vous donnez : ioinct que le libertinage vous conduict dans touttes sortes d'impietez (k) : il est donc plus a propos desuiter cet inconuenient que lautre, chacqu'vn ne pouuant pas emmener facilement et transporter auec soy sa femme ses enfans ses parens & sa famille (C). Et quand cella seroit facile il fault aller au loin chercher ceux qui font profession de la véritable religion (D) ce qui est de la dernière incommodité. Moyse (4) et Hye-

(2) Contra Celsum (E). — (3) Lib. 4 Ilegum (F). — (4) Deuter., c. 28 (G).

(g) NB Apud Originem. MU Origenem. — {h) NB Beliqui mlhi seplem mil lia virorum, etc. MU complètent. — (i) M omet par inadvertance compellebant. — [j) SB homini prudenli ac religioso. MU pudenli. — [k] X ad omne gémis impietatis. BMD irnpietalum.

(A) Entendez : qu'Hélie ordonne parla l'affirmation extérieure, & non pas seulement intérieure, de la loi.

(B) Lucien, Alexander seu Pseudomantis, 38. — Source : peut-être D.-Mornay, 32, p. 801. Presque tout ce c. 32 a passé dans VHeptapl.

(C) MD familïam, — ses serviteurs, sa maisonnée.

(D) 11 m'est difficile, après ces détails, de ne pas voir là une apologie personnelle, et qui vient corroborer ce que j'ai dit de sa conduite politique et religieuse en 1589-1594, et aussi de sa îépullure en l'église des Cordeliers de Laon (cf. mon Jean Bodin, I, 3). On table sur ce dernier acte pour affirmer sa ferveur catholique : je n'y vois qu'une adhésion de bienséance à la religion de la plupart. Il a semblé encourager la ligue? Oui, mais par crainte, devant l'impossibilité de quitter Laon et la place qui faisait vivre lui et les siens, et aussi par le sentiment du tiède, suspect aux purs, et qui se croit tenu de leur donner des gages. Au fond ses sympathies pour les Politiques et pour les huguenots, même si de Thou nous permettait d'en douter, percent à chaque instant malgré lui. De celle altitude, que le péril fait forcément un peu double, qui lui fait honte, il veut s'excuser ici par devant quelques amis sûrs, comme ce H. Bignon son correspondant, ou par devant lui-même. El, ainsi interprété, ce passage rend un son ému, personnel, que nous ne sommes pas habitués à rencontrer. D'autre part Bodin est un esprit avant tout tendu vers la police de l'Étal; pareil à Montesquieu, il considère moins la religion comme une conviction individuelle que collective; pour lui elle est avant loul un lien social [snpra, pp. 218-220;. De là ses affirmations que mieux vaut religion fausse que religion nulle; qu'il faut hésiter à changer une fausse pour la vraie, de crainte, sans instaurer l'une, de détruire l'autre, etc. Senamy lui-même n'a

remie (5) ressentoient dans l'ame (/) les peines dont les enfans d'Israël estoient menassez, preuoyans par leur esprit [353| de prophétie {m) qu'il pourroit arriuer que estans faicts captifs par leurs ennemis on les forceroit dadorer des pierres & du bois par ce quils auoiervt idolâtré (»), selon le texte que celluy sera puny par ou il aura péché. Cependant Dieu a donné (o) luy mesme vn bon remède contre l'idolâtrie, assauoir de tourner ses pensées vers luy quand on seroit contrainct & violenté de seruir aux idoles (A) : auquel cas il promet de se monstrer propice.

Clrck. — Ce remède est bon pour des esclaues et des prisonniers de guerre, ou pour ceux qui par des prisons rigoureuses par des gehesnes & a coups de baston sont violentez dassisler a des sacrifices impies, mais non pas pour ceux qui peuuent s'en aller ailleurs (B)

[Et les deux protestants de dire que la lâcheté des hommes instruits peut détourner les ignorants du culte du vrai Dieu. Salomon, lui, pense que la pire superstition est encore préférable à l'athéisme et que Dieu a pour agréable le culte rendu même à des idoles, s'il est sincère, 353-357.]

Quels hommes sont qualifiés pour rechercher la vraie religion.

[3571 Salomon. — Si celluy offense Dieu qui prend en vain le nom de la diuinité quil adore, encor quelle soit faulse (C), on peut inférer que Dieu n'a point désagréables les honneurs que de bonne foy Ion rend aux Idoles.

Cuhci<:. — Qui est ce qui pourroit se dire innocent (a) de préférer lesclaue a

(/) NB percipiebant. MD prsecipiebant — (m) N perspexerant. B prospexerant. MU prospexerunt. — (n) N quia prœ. BMD quodpro vero Deo idola maluissent. — (o) N dederat. BMD dédit. — («) NMD quis errore justo (B quis décore juste) se lueri potest.

qu'une peur, c'est de paraître athée et de donner le mauvais exemple (infra, p. 371), parce que c'est dissoudre le ciment de la cité. Par là on comprendra mieux encore le plaidoyer de Bodin pour la dissimulation décente de sentiments religieux opposés à ceux du plus grand nombre, quand celle dissimulation est d'ailleurs mainles fois formellement condamnée, Sivach., 12,6; Isaïe, 32, 6; Jérémie, 9, 6, etc.

(E de la page précédente) Contra Celsum, 1, 8 (Migne, t. 1, col. 670).

(F de la page précédente) Erreur. III Bois, 19, 18.

(G de la page précédente) Deut., 28, 36.

(A) Baruch, 6, 5 (cité p. 350).

(B) Ne croit-on pas, avec un peu de complaisance, entendre, à travers le dialogue du sévère Gurce, qui représente si bien l'appélit de martyre des premiers âges du protestantisme, et d'Octave, plus doux, plus enclin à plier aux nécessités de la vie, un autre dialogue, le dialogue intérieur du double Jean Bodin : l'un, tendu vers un idéal religieux et prêt à tous les sacrifices; l'autre, plus humble et modeste, qui songe à ses enfants, au pain de chaque jour, et qui cède au malheur des temps ?

(C) Salomon vient de rappeler l'histoire des Gabaoniles, punis de la traîtreuse ruplure d'une alliance pourlant jurée sur leurs faux dieux, Josué, 9. — Sur celle idée que l'adoralion sincère, même adressée aux faux dieux, louche toujours le vrai, cf. supra, pp. 228-234.

(D) Jérémie, 16, 11 et 13.

m:s secrets cachez des choses sublimes 129

son maistre, le suiet a son Roy et la créature a son créateur (b), ou de les confondre ensemble (A)?

Octaue. — Les anciens peuples a l'exception de fort peu nadoroient que des Dieux estrangers ou les assembloient auec le vray Dieu (c). Mesmes les lu ifs qui par le commandement du roy d'Assyrie (d) estoient allez en Samarie (5,j sacrifioient conioinctement a Dieu et aux |358l Dieux du pays, auec innocence neantmoins parce quils estoient instruicts de la sorte par leurs Pontifes : et s'ils eussent faict (e) autrement on les auroit accusez d'impiété, par ce que les Pontifes par toutte [la! terre sont arbitres de la religion, ainsy que L. Lucullus(6) (au raport de Ciceron escriuant a Atticus) le disoit au Sénat. Et iamais la loy de Dieu n'a soubmis a d'autres qu'aux Pontifes et aux. leuites (/) les décisions de la religion il), quoy qu'elle permette de demander aux iuges séculiers (g) les punitions des infracteurs de la Loy (B).

Fedehich. — Que deuiendra donc ce que Iesus Christ a dit que celluy qui aiant entendu {h) & compris la volonté de son maistre la mesprise neantmoins, doit estre battu & chastié rigoureusement: et que celluy qui laura ignoré ne laissera pas destre puny (non pas a la vérité si seuerement) (8) et que les ignorans (i) périront auec leur ignorance (9)?

(5) Lib. 2 Hegum, c. 17 (G)l - 6) Cicero ad Atticum, lib. 4 (D). — (7) Deuteron., c. 22 (E). — (8) Lucœ c. 12 (F). — (9) Ad Corinth. Epist. I, c. 14 (G).

{b) N ut dominum. servo, regem subdito, crealuram crealori cullu anteferat aul conférai. HMD creatorem creaturœ. — (c) N cum Deo. BMD cum vero Deo. — (d) NB régis Assyrianorinn. MD Assyriorum, seul correct. — (e) NB fecissent. MD facerent. — (/) NBD ordini Levltico. M Levino, barbare. — (g) NB tametsi violalœ religionis supplicia quoque ac cœteris irrogari velit. MD a cœteris, seul intelligible. — (/<) MD prœcepil. NB percepit. — (i) MD et ignorantes (N ignoranlem) simul cum ignoralione SB iynoranlia) ac inscilia sua (B omet ces 3 mois) periluros (N periturum).

(A) MD ut dominum servo, regem subdito, creatorem creaturae cultu anteferat aul conférât. R, seul contre tous nos mss., semble bien offrir le texte que réclame le bon sens : domino servum, régi subditum, crealori crealuram. Il est certain que le rigide Gurce atlaque ici l'association ou la préférence à Dieu de la créature dans le culte. — La forme, sinon l'idée, doit venir à Bodin de Terlullien, lequel vante le monothéisme du chrétien, qui « nec appellationem Dei, ila » ut Imperaloris, in alio quam principe confitetur ». Apol., 24.

(B) MD lamelsi riolatœ religionis supplicia quoque a cœleris irrogari velit [divina Lex]. J'entends : quoique la loi autorise les autres [que les Lévites] à infliger les châtiments pour infractions à la Loi. — C'est le d qui précède cœleris qui m'oblige à traduire ainsi; si on le supprime par conjecture, cœteris passe au datif, et l'on obtient le sens bien plus satisfaisant qui suit : seuls les Lévites avaient qualité pour déterminer les points de doctrine, mais, une fois fixée la doctrine, ceux qui l'enfreignaient, même non-Lévites, étaient passibles de sanctions (ainsi les Israélites punis de l'idolâtrie du veau d'or par la mort de 23.000 des leurs, Exod.,32, 28). Peut-être Bodin a-t-il, incorrectement, construit irrogari supplicia comme les expressions petere ab, sumere pœnam ab, et peut-on adopter le second sens, même avec le texte a cœteris.

(G) Erroné. IV Rois, 17, 27-41. Seulement il s'agit non de Juifs, mais de colonies assyriennes envoyées par leur roi en Samarie, et qui, sur l'ordre du double clergé assyrien et juif, réunissent les deux cultes, le faux & le vrai, et sont ainsi protégés des lions qui les dévoraient.

(D) <• Tum M. Lucullus de omnium collegarum sententia respondit religionis judices ponlifices » fuisse, legis esse senatum j>. Ad Attic, 4, 7, 4.

E) Erreur. Deul , 17, 9-12. « Et viendras aux preslres du genre leuilique et au iuge qui sera » en ce temps la, et L'enquesteras d'iceux et ils t'annonceront la parole de droict », etc.

(F) Luc, 12, 47 sq., cité supra, p. 234 note C.

(G) Citation par à-peu-pris. « Si quelqu'un veut l'ignorer [le Seigneur], il sera lui-même

Ghauviié 9

Octaue. — Celluy la nest pas seulement digne de chastiment qui mesprise les commandemens de son maistre quand il les sçait (A) : celluy la lest encore qui ne les recherche & ne sen informe pas (j) : mais non pas celluy qui ne les peut (k) sçauoir & qui tombe dans lerreur par la malice & la tromperie de son Pontife de qui il veut apprendre auec zèle et sincérité la volonté de Dieu (/;. Car les pontifes, les prestres, les euesques, les ministres des religions & des sacrifices sont constituez pour enseigner aux ignorans la volonté de Dieu (B). Et quand ils leur persuadent qu'il fault adorer Dieu, ou Apollon, Diane (m) (G), Pallas, les astres (n), les anges, les démons, les Idoles (D), des corps morts ou des cendres (o), qui peut accuser ces pauvres ignorans ou les punir? Il y auroit plus de raison de les arguer dorgueil et de présomption sils ne donnoient [359] pas créance (p) a leurs Pontifes et à leurs Prestres : puisque par la loy de Dieu celluy qui nobeït pas aux ordonnances du grand (q) prestrc doit estre puny de mort (1).

Senamy. — Iestime pour moy que ceux la sont et seront tousiours excusables qui sur la foy de leurs pontifes et par leur commandement adorent des idoles, ou des os pourris (r), croyans bien faire.

Salomon. — La loy de Dieu (2) veut que les Pontifes et les Prestres soient si doctes et si sages qu'ils ne puissent prétendre cause dignorance quand on

(1) Deuteron., c. 17 (E). — (2) Leuit., c. 5 (F).

(/) MD is qui non exquiril. NB exsequilur. — (k) MDN poleral. B potuit. — (l) MDB Uomini i .V Dei) sui, — (m) MDB Diurne virgini, inadvertance. N Dianœ, Virgini. — (n) N oinel sideribus. — (o) MD slaluis hominum ac bestiarum cadaveribus et cineribus. NB statuts hominum ac bestiarum, cadaveribus et cineribus [sacra facianl]. — (p) MD non acquieverint. NB non acquieverunt. — (q) MD l'ont, maximi. NB magni. — (r) NB putrida. MD pulria.

» ignoré ». I Cor., 14, 38. De là à conclure qu'il mourra à la vie éternelle, il n'y a qu'un pas. Encore faut-il le franchir.

(A) Inexact. Ml) jussa, quœ exequi poleral, = les ordres qu'il pouvait exécuter.

(B) Cf. supra, p. 239 sq. : on lisait publiquement la loi aux Hébreux, mais avec défenses expresses d'en disputer. — On remarquera le caractère aristocratique de la doctrine de Bodin : les illettrés n'ont pas le droit de chercher en eux-mêmes la vérité religieuse, ils doivent suivre les directions de leurs pontifes. Ainsi le protestantisme, après avoir fait appel, pour naître, au sens individuel, cherchait à reconstituer, pour éviter le danger d'un morcellement infini, une hiérarchie, une église. D'autre part, cette théorie de Bodin rejoint cette autre idée, à lui chère, que la religion est chose collective, sociale : comment serait-elle tout cela, si elle dépendait chez tous de la conscience individuelle ? Je sens bien la contradiction implicite qu'il y a entre cette tendance à la discipline d'une part et la discussion hardie de tous les dogmes, telle que YHepl. se la permet, de l'autre ; mais celte contradiction n'est pas de mon l'ait, elle est dans Bodin et dans son temps.

(C) Dianœ, Virgini. Curce mêle intentionnellement la Vierge aux démons païens comme Federich l'a déjà l'ail p. 351. C'est, associer déilés païennes et idolâtries papistes.

(D) Pour une fois, autorisé par R et par maint passage antérieur (cf. supra, p. 308 note D), je préférerai à MD le texte de NB staluis hominum ac bestiarum, cadaveribus et cineribus. Il s'agit, à mon sens, des images des dieux païens ou des saints catholiques [hominum), de celles des bêles, crocodile, bœuf, etc. du culte égyptien par exemple (bestiarum), el des reliques [cadaveribus ac cineribus). Que signifierait MD ac bestiarum cadaveribus?

(E) Deut., 17, 12, cité supra, p. 24G note A.

(F) Référence fausse; et je trouve au contraire prévues. LeviL, 4, 3 sqq., la faute par ignorance du grand-prêtre et l'expiation de celle faute.

les consulte sur le droict diuin, quoy qu'elle excuse (3) tous les autres en gênerai & en particulier mesmes le Prince de tout le peuple qui pèche par ignorance.

Tokalbe. — le ne fais point de doubte qu'vne erreur innocente ne soit légitimement excusable. Aussy les gens non lettrez qui suiuans la piste de leurs ancestres (s) obéissent aux ordonnances et constitutions de leurs Pontifes sont valablement dignes d'excuse, mais non pas les sçauans qui possèdent la connoissance des choses naturelles (/) & de la nature mesme (A) par laquelle ils peuuent comprendre qu'il n'y a qu'vn seul Dieu tout bon & tout puissant ainsi que S. Paul mesme le dict manifestement (B).

[De la recherche de Dieu, 360-367. Pour le connaître, la science ne vaut pas l'inspiration divine : Platon, moins savant qu'Arislole, en a mieux parlé, 360-363. Salomon et Toralba, contre Senamy qui voit le souverain bien dans la pratique de la vertu, le voient, eux, dans la contemplation de Dieu, 363-367.

Puis les sept interlocuteurs, chacun à son tour, exposent l'attitude religieuse que nous leur connaissons : Toralbe partisan de la religion naturelle, Salomon la confondant avec le judaïsme (cf p. 269 sq.), etc., 367-372. Tous partagent la foi aux livres saints, Toralba parce qu'ils sont en accord avec la vérité scientifique, Curce parce qu'ils nous sont donnés par la grâce divine. A ce propos Salomon renouvelle la discussion, déjà lue supra, p. 244 sq., sur les diverses sortes de la foi. En tous cas on ne saurait faire état que de l'Ancien Testament, seul reconnu de tous. Les versets de l'Ancien qui passent pour annoncer et autoriser le Nouveau n'ont pas le sens que Federich leur donne. La prédilection de Dieu pour les Juifs se marque dans l'invariabilité de leur religion, 372-375].

Fixité du judaïsme, variations des Églises chrétiennes.

j 376J FEDiiKicu. — Nous nous pouuons passer ay sèment de vos voeux & de vos prières qui sont plus nuisibles que profitables aux chrestiens. N'auez vous

(3) Leuit, c. 5 (C).

(s) .Y majorum suorum. RM D omettent suorum. — (/) AB qui doctrina rerum naturalium imbuti fuerunt. Mb a doctrina.

(A) El de la nature même est une addition, au moins inutile, de R, — On comprendrait mal la pensée de Bodin, si on ne la commentait pas ici par ses antres ouvrages, et par la courbe de sa propre vie. En effet, il voit dans la physique (voir mon article, Revue d'Anjou, septembre 1912) non seulement la connaissance de la nature, mais la preuve de Dieu par ses œuvres. Et d'autre part, j'ai montré dans mon Jean Rodin, II, 1, p. 114 sq.. quelle gradation régulière, prévue dès la Melhodus, 15GIJ, avaient suivie les éludes de Bodin. De l'élude des sociétés humaines, il est passé à celle de la nature, A: de là à la contemplation de Dieu. A ce litre, le Théâtre, écrit vers 1590, lui semblait une préparation à VHeplapL, résumé de sa science & cime de sa pensée.

(B) « Nous savons que les idoles ne sont rieu dans le monde, et qu'il n'y a nul autre Dieu que » le seul Dieu », etc. I Cor., 8, 6. Cf. Galat., 3, 20; Ephes., 4, 6; I Timoth., 2, 5.

(C) Corrigez : Levit., 4, 13-35, qui indique l'expiation de la faute par ignorance qu'ont commise le peuple entier. le prince, le simple particulier. MD cum tamen cœteros non modo universos, sed etiam singulos, îpsumque totius populi principem erroye peccanles excuset.

jamais [a) (A) leu dans Iesaye (5) : Vn iour viendra que Dieu dira, Beny soit mon peuple d'Egypte, l'Assyrien est l'ouurage de mes mains (b). Et encores ((>) : lassembleray les gentils de touttes langues lorsquils viendront et verront ma gloire, et ie leur (c) envoyeray qui leur preschera mon nom a fin que mes louanges se publient (d) partout, etc. Et de leur (e) nombre ie me cboisiray des prestres & des leuites.

Salomon. — Il est bon d'adiouster ce que Federich passe soubs silence dans ces prophéties d'Iesaye : Beny soit mon peuple d'Egypte, l'Assyrien est l'œuure de mes mains, mais Israël est mon héritage. Par ce qu'il est créateur et père commun de tous les hommes, cest pourquoy il na faict que la mesme loy (7) pour les citoyens & pour les estrangers (B), touttesfois par vn priuilege spécial il a appelle Israël pour estre son peuple choisy sur tous les autres peuples de la terre dont il a faict aussy sou bercail et son héritage. Et par vn honneur & vng prerogatiue singulier dont il na point gratifié les autres nations il nous a appelle ses premiers nays : Mon fils premier nay (dict il) (8) est Israël, gent saincte, nation sacerdotale. Ce questant ainsy, peut on s'imaginer [377j (f) que Dieu veuille jamais oublier ou abandonner son peuple son fonds (g) son héritage sa gent et son Eglise? Car lorsque nos voysins ont autresfois veu les villes de nos ancestres razées, le temple destruict et bruslé par nos ennemis, et les restes du peuple traisnez captifs dans la Caldée, ils nous reprochoient arrogament que Dieu nous auoit abandonnez. Mais par la bouche de Hyeremie (9) c. 31 en vne seule promesse (h) il nous console de tout : Les Cieux (dict il) et les astres nauront plus de mouuement auant que i'oublie Israël (C). Et encores au mesme chapitre (1) : Quand on aura mesuré

(5) C. 19 (D). -- (6) C. vit. lesayœ (E). — (7) Exodi c. 9 (F). — (8) Exodi c. 14. Malach., c. 3. Iesayse c. 5 et 43. Exod., c. 3, 5 et 6. Leuiti., c. 30. Deuteron., c. 4, 7, 9, 10, 14, 20 et 32. Et I Kegum, c. 10 et 12 (G). — (9) C. 31 . — (1) C. 31.

(a) MDnum legistis. .V non. BnamÇ!). — (b) DBN manuum mearum. Mmanum, inadvertance. — (c) NB congregabo omnes gentes... et mitlàm ad eus. MU eus, préférable. — (d) UBN promulgari. M permulguri, barbare. — (e, MU ac de numéro illorum. SB eorum. — (/') JVB quis arbitraretur. MD arbilretur. — (g) NB omellent sui populi, sut peculii. M populit, inadvertance. — (h) NMD asseveratione. B assecuratione, barbare.

(A) MD num legistis. Sur num = nonne, cf. supra, p. 223 noie. — Quant aux textes cités par Federich, ils ont pour but de montrer que, dès avant J.-C, Dieu considère tous les hommes également comme ses enfants.

(B) MD et utrisque consultum esse voluit, = et il voulut pourvoir aux besoins moraux des uns comme des autres.

(C) lérém., 31, 35 et 36, seulement résumés par Bodin.

D; « Bénit soit mon peuple d'Egypte, et l'Assyrien est l'œuure de mes mains, mais Israël est » mon héritage •>. Isaïe, ly, 25. Federich tronque, Salomon rétablit le passage, chacun dans l'intérêt de son dire.

E] Résumé de Isaïe, 65, 18-21.

(F) Référence erronée. MD la rapportent d'ailleurs h son bercail & son héritage. Je conjecture, dès lors : Exod., 19, 5 : « Vous serez mon propre acquest sur la lerre ». Cf. Deut., 7, 6; 14, 2.

(G) Exod., 14, erroné. Je corrige : Exod., 4, 22 : « Mon fils premier né Israël ». — Malachie, 3, 17. — Isaïe, 5, 7 et 43, 6. — Exod., 3, 10; 5, 1 : 6, 7. — Levitic, 30, est une erreur. Je corrige : Levitic, 20, 26 : « Vous serez mon peuple saincl ». — Deul., 4. 7-8; 7, 6: '.), 5: 10, 15: 14, 2; 26, 18; 32, 9. — I flots, 10, 1 et 12, 22.

la grandeur des Cieux & trouué les fondemens sur lesquels la terre est appuyée allors iabbandonneray mon peuple Israël (i) (A). Et bien que très souuent il le menace de lui enuoyer des maux borribles sil ne demeure (j) dans Tobseruation de ses edicts, il sest pourtant obligé par vn grand serment de noublier iamais l'alliance (2) quil a faicte auec Abraham en faueur de son peuple. Aussy en vérité ne nous a il iamais oublié : mais bien que dispersez par toutte la terre il nous carresse & nous fauorise de la grâce de nauoir point veu naistre parmy nous des diueisitez de croyance, mais nous viuons tous vnanimement (k) dans la mesme loy que nos ancestres ont suiuie depuis plus de quatre mil ans, ce que les historiens & sacrez & prophanes iustiffient par leurs tesmoignages. C. Tacite parle ainsy : Les Iuifs nadorent qu'vne diuinité éternelle (7), inexprimable <St immortelle et reputent profanes ceux qui sacrifient aux Idoles (B). Et encores que les Iuifs les Mahometans (C) & les Chrestiens reconnoissent (m) tous Abraham pour l'autheur & le fondateur de leur religion, il n'y a que les Iuifs qui en ayent gardé la pureté auec constance, les Chrestiens & les Mahometans a'yans tous 378 ' deux donné lentrée et frayé le chemin a vne infinité de sectes quils ont de temps en temps veu naistre (n), assauoir Ariens, Nestoriens, Sabelliens, Manichéens, Donatistes, Ebionites. Novatiens, Gazareens (o) (D). Mais pourquoy les rappeller touttes iusques a six vingt et plus (E) que Tertulien & Epiphane (p) contoient (q) dès la nais-

(2) Leuit., c. 26 (F).

(i) B omet ce dernier verset. — (./) N' si a sua lege desciscat (populus). MDB desciscant, syllepse. — [k) NB sed ubique lerrarum dispersa») (gentem suam) amplexatur, quia (MD qui) in eadem lege divina exerce unir, etc. — (/) N unum Deum, unum numen aeternum. B supprime le second unum. MD suppriment unum Deum. — (m) N credere. BMD ciere. — (n) NBD sectarum familias innumerabiles foverunl semper. M omet semper. — (o) NB Nazarseos. M Gazarsenos. D Gazarœos. — (p) ND scriptis. BM scriplionibus suis. — (q) N dinumeral. BMD dinumera.nl.

A Jéfétn., 31, 37.

B) « Judœi mente sola unumque numen inlelligunt. Profanos qui deum imagines mortalibus » materiis in species hominum effingant: summum illud et aeternum neque mutabile neque inle- •> rilurum ». Tacite, HisL, 5, 5. Bodin cite encore de mémoire, et non textuellement.

(G) Sur Abraham source de l'islamisme, cf. supra, p. 310 note C.

\D) M Gazarserios. D Gazaraeos. R Gazareens. Malgré l'accord à peu près parlait de MDR — qui montre, en tout cas, une fois de plus, leur étroite parenté, — j'adopte la correction de NB Nazarseos. Je ne trouve nulle part d'hérétiques nommés Gazareens. Et Salomon dit, infra, p. 382 : « Nazaraeos, id est separalos, quod ex volo dies aliquot aut menses aut annos aut perpetuam » vin: abstinenliam vovebanl.quo tempore nec barbam, nec crines circumcidere licehat ». Et ici, tous les manuscrits d'accord écrivent Nazarseos, ce qui semble lever lonl doute sur notre passage. Eï MD sectas circiler CXX, quas Tertullianus, plures etiam, quas Epiphanius dinumerant. = Tertullien en compte 120, Epiphane davantage. CI', supra, p. 219 note B.

(F) Référence certainement déplacée, & qui devait se rapporter à la phrase précédente : il le menace de luy enuoyer des maux horribles, etc. « Mais si vous n'obeïssez a moy & ne faicles » tous mes commandements », etc. Léviliq., 26. 14 à 42. Dieu énumère alors les châtiments qui fondront sur les infidèles. — Quant au serment l'ait à Abraham, le voici : « l'ai iuré par moy mesme, » dicl le Seigneur, pour tant que lu as faicl cette chose et n'as point espargné Ion fils vnique pour » l'amour de moy, que ie te beniray », etc. Genèse, 22, 16 sq. 11 est souvent fait allusion à cette promesse par serment dans l'Écriture : Psaum., 105, 9; Sirach, 44, 22, etc.

sance de l'Eglise chrestienne? Et Themiste le noble (A) peripateticien ne trouna point de meilleur moyen pour (/•) faire reuoquer a l'empereur Valens les bans & les proscriptions qu'il auoit fulminez contre les cbrestiens qu'en luy représentant quil y auoit parmy eux plus de trois cens sortes de différentes {s) opinions assez capables de se destruire les vnes les autres sans y employer le fer ou le bannissement (B) : ou est l'Eglise qui pourroit subsister parmy vne telle multiplicité dopinions? Mesmes présentement nauons nous pas les Suisses (/) qui accusent derreur l'Eglise Romaine, et la ville d'Augsbourg (C) qui condamne et les vns & les autres : les Catholiques reiettent les Anabaptistes : les Puritains les superstitieux (V) (D) : les Abyssins les Grecs : les Grecs les Latins. Ainsy tour a tour elles se contrarient touttes les vnes les autres. Et parmy les Mahomelans il ny a pas moins de diuersitez de sectes : car Mahomet estant mort Hali fils de sa sœur (E) serigeant en prophète esleua vne puissante secte très dangereuse (v) aux Mahometans, etc.

[A cette histoire des variations des églises chrétiennes, Federich répond que toutes ces églises s'accordent au moins sur le point principal et reconnaissent le Christ pour le Messie, Curce riposte en énumérant les sectes judaïques. Mais Salomon observe que les sectaires juifs, Nazaréens, Sadducéens, ne se distinguent de leurs coreligionnaires que par une vie ou des vœux spéciaux, comme les moines parmi les chrétiens, 379-382. Puis, retournant aux chrétiens et spécialement aux catholiques] :

[382J Pour ce qui est des Samaritins (F) ils nont iamais esté iuifs ny dorigine ny de créance et nont iamais esté contez parmy les enfans d'Israël (a), comme ayans tousiours meslé le culte du vray Dieu auec celluy des diuinitez

{r) NBD graviorem habuil causai», u(... (M qua) revocaret... — (s) NMD sectas a se intiicem dissidentes, li diffidentes. — (/) NMD Helvetiorum ecclesia. /»' Helveliana, barbare. — (u) NMD superslitiosos. B Episcopales. — v Niîifestissimam. HMD infensissimam. — (a) N nec Ismaëlilarum cœtu conlinentur. HMD Israclitarum.

A Faux-sens. MD nobilis, = célèbre, bien connu. Cf. supra, p. 331 : « [Drusillam] incestibus » Caligul;e fratris nobilem -, et infra, p. 481 : « Nobilis hisloria de Mundo ».

^B) Assez capables de se détruire, elc. est une glose ajoutée au texte.

(G) MD Aagustana <sc. Ecclesia\ --= la confession luthérienne.

D 11 faut, je pense, entendre par ce terme les Anglicans : l'opposition deux à deux des ternies précédents y pousse, et c'est là le sens de la correction, purement conjecturale, de B : Episcopales. D'autre part, les Puritains, qui méprisent les cérémonies, suppriment la hiérarchie ecclésiastique, remplacent le culte par la lecture de la Bible, peuvent bien désigner sous ce nom de superstitieux les Anglicans, très attachés à la pompe du culte et gardant la hiérarchie, ou alors toute autre confession ayant un culte moins nu que le leur.

(E) Incomplet. MD Hali sorotis ipsius et Habilali filins. — La source de Bodin est soit Léon d'Afrique, De l'Afrique, I. III, Règles et diuersitez obseiuées par aucuns en la loy de Mahomet, soit plutôt Bibliander, n. c, t. i, p. 220, Chronica ridiculosa et mendosa Saracenorum, de vita Mahumetis et successorum ejus. « Hali consequenler regnum sortitus est. Filius fuit Habi- » taliff », etc. — Ali, cousin de Mahomet, mari de sa fdle Fatima, fut élu calife après la morl d'Olhman, et contesté, puis dépossédé du califat par Moavia. Les Musulmans qui lui restèrent fidèles sont les auteurs de la secte chiite (Perse, Hindouslanï.

(F) Les Samaritains avaient pour origine les colonies assyriennes que les rois d'Assyrie avaient installées en Samarie pour remplacer les Juifs déportés, IV Rois, 17, 24. Cf. p. 357 note C. MD Israclitarum est évidemment la leçon correcte.

estrangeres, a la manière des catholiques romains qui ont associé a ladoration qui nest deube qua Dieu celles des anges & des saincts, s'inclinent deuant les images pour les baiser et font vn Dieu dun petit morceau de pain (b), ce que les Zwingliens publient comme vne horrible impieté (A). Les catholiques romains font esgorger & brusler par vengeance les Caluinistes Luthériens et Grecs. Il faut nécessairement que les vns ou les autres soient hérétiques ou impies (c) : mais les Juifs dans leur religion pure & simple ne font point de meslange (d) de culte : ils ne reconnoissent quun seul & vray Dieu éternel (e) et Ion na iamais veu parmy eux des diuersitez dopinion ny de croyance.

Curce. — Puisque Salomon veut que le peuple d'Israël ayt esté choisi de Dieu par vne grâce particulière, accordons luy : mais il fault quil nous accorde aussy que ce peuple que Dieu a tunt chery a perdu cette grâce (/) & sen est rendu indigne (B) quand il a condamné a vne mort honteuse le Christ Dieu Se homme sauueur du genre humain (C; [383] en luy supposant des faux tesmoins et laccablant de calomnies. Et partant ce nest pas merueille si Dieu animé contre vn crime si horrible en a abandonné plus de cent milliers (g) (D; a la fureur de Vespasian (6) qui moureurent pendant le cours dune année pendant le siège de Hyerusalemque cet empereur saccagea après lauoir prise, ou tout passa au fil de lespée, iusques au temple qui fut par la tlame ruiné de fond en comble {h), touttes les villes de Palestine rauagées et le peu qui resta de ce peuple emmené captif et dispersé par toutte la terre. El ce nest pas vne légère marque de la fureur de Dieu désire non seulement chassez et bannis de la terre saincte (i) (E), mais par vne conformité de sentimens de tous les

(6) Iosephus in bello iudaico.

{b) MD cruslula. NB cruslulas. — (c) MD sunt igitur hi aut illi impietalis rei. N quasi Deum faciant illi impielatis rei (B reum), inintelligible. — [d) DSB nifiil impuri (M impure; admistum. — (e) NB omeltent seterni. — f MD ab Ma cœlesli gratta desciverunl. N defecerunl. B discedunt. — [g) MD centum amplius myriadas. SB myriades. — (h) BND funditus. M penitus. — i MD de regione sanclissima [exterminati]. NB de religione.

(A) Comparez, p. 308 sq., la première invective de Salomon contre les chrétiens, et spécialement, comme ici, les catholiques. Quant au reproche que les catholiques adorent un morceau de pain, nous pouvons le mettre sans hésitation au compte de Bodin lui-même, qui. trente ans auparavant, stigmatisait déjà l'adoration du pain, àproXa-petav. Lettre à Bautru. Cf. infra, p. 640 sq.

(Bï MD sponle, = si le peuple juif a perdu le privilège de son élection, c'est volontairement et par sa faule. B a traduit un peu vaguement cette nuance par l'adjonction de : et s'en est rendu indigne.

(C) Omission. MD sibi oblatum, = offert, présenté aux Juifs ,par Dieu pour leur salut ou leur perdition).

(D) Inadvertance : plus d'un million. MD centum amplius myriadas. — Onze cent mille, dit Josi phe, Guerre des Juifs contre les Romains, 6, 4fi. Le siège de Jérusalem est raconté aux liv. 5 et 6; la destruction du temple, 6, 26 sq. — L'idée que le massacre et la dispersion des Juifs est la sanction du crucifiement est constante dans la tradition chrétienne, et fort ancienne : Origène l'exprime déjà, Contra Celsum, 4, 22 iMigne, t. I, col. 1059Ï.

(E) MD de regione sanclissima est autorisé par le contexte et avoué par le bon sens. En effet, les Juifs n'ont été nullement dépouillés de leur religion (NB de religione). D'autre part, avant et après notre passage, Curce parle uniquement de mesures politiques prises contre les Juifs, non de résultats religieux obtenus. Enfin le terme qu'il emploie : exterminati ne peut s'appliquer qu'à un bannissement.

potentats de la terre, il ne leur est pas permis den posséder en propriété en quelque endroit que ce puisse estre la moindre parcelle (A) : après cella peut on doubler que ces (j) maux horribles ne soient pas le chastiment de la mort du Christ?

Salomon. — Plus de cinq cens ans auant la naissance de vostre Christ, nos ancestres en ont enduré bien d'autres (k) par les Caldeens qui auoient mis a feu et a sang tout nostre pays et nos villes mesmes, destruict entièrement le lemple par le feu (B), iusques la que Ptolomeus Latyrus (/), roi d'Egypte, leur fut si cruel deux cens ans auant la naissance de ce Christ, quil obligea les soldats iuifs a manger leurs enfans (C) : cest pourquoy si les religions debuoient estre condamnées a cause des calamilez qui leur arriuent, il ny en a point qui le deut estre a meilleur tiltre que la chrestienne, laquelle a esté persécutée pendant plus de trois siècles de tourmens, de supplices et de massacres inouïs par tôutte la terre.

La nation juive est la seule que Dieu ait soustraite à l'influence des astres, la seule qu'il châtie de si près : nouvelles preuves de sa prédilection pour elle. Pour les autres nations, la dispersion des Juifs a été la dispersion de la vraie religion qu'ils ont répandue par toute la terre, 384-388. En les privant de toute parcelle de terre, Dieu leur indique qu'ils ne doivent songer qu'au ciel. Ils sont la nation sacerdotale des autres. Leur langue, seule entre toutes, est d'origine divine (cf. supra, p. 266), 389 sq. r

De la divinité du Christ, 31)0-437. Curce, Salomon, Octave, Coroni intitulent véritable Église chacun leur confession. Federich, écartant païens et mahométans, pense décider entre juifs et chrétiens en établissant la divinité du Christ, 300-393. Il accuse les Juifs d'attendre éternellement le Messie pour n'avoir pas à reconnaître le Christ. A quoi Salomon va répondre en définissant le mot de Messie, mal entendu des chrétiens, 391 sq.].

/ MD (/uus (NB quare [?]) calamitales. — [k) Mt> Al [majores nostri multo graviora passi fuerant]. NB Annon. — (l) MD Plolemseus Lalyrus. NB Lagi filius.

;A) Dès la dispersion des Juifs, des mesures contre eux avaient été prises par les Empereurs. Au mR siècle, Gelse déclare que les Romains prétendus idolâtres sont les maîtres du monde, au lieu'que les Juifs n'ont à eux ni une maison ni un coin de terre où reposer leur tête, Origène, o. c. 8, 69 (Migne, t. I, col. 1621;. Pendant tout le moyen âge, l'interdiction aux Juifs de posséder des biens fonds est générale. En France, elle date du xme siècle; en Angleterre, d'Henri III. Cette interdiction a subsisté très tard dans l'âge moderne. (Th. Reinach, art. Juifs dans la Grande Encyclopédie). ' '

B) Josèphe, Antiq. judaïques, 10, 11.

■ (C) MD Item Ptolomaeus Lathyrus rexjEgypti lanlam ergâ majores nostros crudelitulem exerçait, ut eliam milites Judœorum infanlibus vesci rogerel. R a rapproché milites Judaeorum, et a cru que Ptolémée faisait manger aux soldats juifs leurs propres enfants, au lieu qu'il faisait seulement manger â ses soldats les enfants juifs, Judaeorum in faut i bus. Encore le souvenir de Bodin esl-il inexact, et Josèphe dit-il seulement : Ptolémée fit couper en morceaux et jeter dans des chaudières d'eau bouillante des prisonnières juives, pour imprimer plus de frayeur aux Juifs en faisant passer ses troupes pour anthropophages. — Autre erreur : Ptolémée Lalyrus, qui règne de 117 à 81, est seulement antérieur d'un siècle à Jésus.

Le nom de Messie n'implique pas un Dieu.

395j Salomon. — Il nous fault prendre garde de ne pas prendre vne conjecture pour vne conclusion (.a) : nous auons a iustiffier comme ce Christ que vous adorez est Dieu. Car les premiers [b] théologiens chrestiens ont eslé trompez par le mot premièrement pour nenlendre pas assez la force (A) de la langue (c) hébraïque dont lignorance a causé tant de fautes qui se sont glissées dans les versions que nous auons de lescriture sainte,, ce qui est de la dernière importance id) i B) : par exemple lorsquvn luif demanda a lustin le Martyr (6) ce que les Chrestiens entendoyent par ces mots, Alléluia el Hosanna, il luy respondit que cestoit a dire (e), Louez succinctement par Alléluia, et par Osanna Grande excellence, ce quil nentendoit pas luy mesme. Car Allelu signiffie Loue et Va signiffie Dieu : et /' le mot Hosan signiffie Garde et l\ah, le vous prie.

Cubcu. — S. Hyerosme ayant apperceu que les Iuifs se mocquoient de luy par ce quil n'entendoit pas l'hébreu C sen alla après en Palestine pour lapprendre : a quoy il se rendit plus expert que les Iuifs mesmes naturels.

Salomon. — lay creu debuoir faire cette remarque g pour vous apprendre que les anciens interprètes grecs et latins (h) nont pas bien entendu la signification du mot de Messie (i) qui ne signiffie autre chose que Oinct ou trotté dhuile. Et par ce que cestoit lusage doindre (j) les Roys et les Princes on les apelloit Messies (7) que les soixante douze interprètes rendent /o'.ixdç et non

(0) lustin in queest. 50 ad orthodoxos (D). — (7) Lib. 2 Regum c. 1 (E).

[a) DNB ne pro argumehlo M id assuinatur, quod erat concludendum. — b /.' Christianorum(MD veteres. N velerum) theologos. — [c\ MD linguw. SI! legis. — [d )ll> ni qu'ai (S quideui (?). B quod maxime non facile (B et facile [?]) dici possit. — [e) BMD respondit signipZcare. A'omel significare. — (/'; MD vox autem. N omet autem. B omet vox Allelu sighificat Laudate; lah, Deum. — (g) DNB admonendum. M animadvertendum. — [h) I1M ajoutent Chrisliani. — (i) DNB Messias. M Messiah (hébreu : Meschiah). — [j) MDB ungi. N inungi.

(A) MD vint, — le pouvoir signifiant de la langue juive : souvenir implicite de l'origine divine de la langue hébraïque; cf. supra, p. 266, note D.

(B) MD cujus [linguaj] ignoralione tam milita in Legum divinarum interpretalione peccantur, ut quid maxime non facile dici possit. J'entends : l'ignorance de l'hébreu a causé des erreurs en tant de passages, qu'il est difficile de dire quel endroit est le plus corrompu. Mais j'avoue que quid. pronom, pour représenter tam undta, n'est guère correct: et que quod, adjectif (donné par B), vaudrait-mieux. Quant à la version de R, je la crois impossible, du moins avec, notre texte latin.

C Inexact : MD quod quid esset Hosanna nesciret. — Ellies du Pin, o. cl. III, p. 322, nous dit que Jérôme, étant demeuré quatre ans dans le désert de Syrie, y. apprit les lettres hébraïques, et p. 422. qu'il écrivit sa version des livres saints pour répondre à des accusations comme celle que Salomon l'ail ici aux chrétiens de ne jamais citer exactement la Bible. Jérôme lui-même nous apprend le nom de son maître d'hébreu, Barabbanus ou Baraninas, Episl . 84(Migne, t. I, col. 745 . (D) Exact. N 7. 10 ad orthod. est erroné. — Dom Calmet, o. c, traduit aussi Alléluia par Louez Dieu, et Hosannah par Sauvez, s'il vous plaît.

E « Et Dauid luy dict : Pourquoy n'as lu point craint de mettre la main pour 'tuer l'Oincl du » Seigneur?... Et Dauid dici : Ton sang soil sur ta lesle, car ta bouche a parlé conlre toy, disant .:- » i'ày mis a mort l'Oincl du Seigneur ». II Rois, 1, 14 et 16. Cf. I Rois, 10, 1 Samuel oint Sanl roi) et 12, 3 et 5 Samuel appelle Saûl le Christ du Seigneur. — Cf. Ch. Guignebert, Manuel d'histoire ancienne du Christianisme, Les Origines, Paris, Picard, 11K)7, p. 76 sq.

pas /pY|<7TÔ<;, comme autresfois les Grecs lont pensé. Don vient que (A) ceux qui ont voulu se [396] railler de vostre Christ le dépeignent auec vne robe longue, le pied et laureille gauche dun asne, ayant vn Hure en sa main (k) auec cette deuise ou inscription : Chrislus (7). Parce que (B) le mot de Messie signifie Prince du peuple. Dou Ion connoist assez pourquoy Dauid réprimandant les soldats de Saiil, Pourquoy (leur dict il) auez vous abandonné la garde de vostre (m) Messie (8)? Et estant irrité contre ceulx qui après auoir tué Saiil luy auoient coupé la teste : Quoy (leur dict il) vous auez esté assez osez pour mettre la main sur#vostre Messie (9)? Et lors encor que Samuel regardoit Eliab frère aisné de Dauid, Certainement ^disoit il) celluy la est le vray Messie de Dieu (n) (1). Mesmes (o) Dauid et Samuel sappellent réciproquement (C) Messies (2) : aussy Nehemias déclare il en présence de tout le peuple (p) au retour de son exil quil y a plusieurs Messies : Tu as (dict il) donné a ton peuple plusieurs Messies pour le venger de ses ennemis. Car le mot hébreu que les 72 Interprètes ont tourné /outtô; (q) est le mesme dont se sert Dauid : Ne louchez point mes Messies (3), cest a dire mes oincts. Samuel lexplique encore

(8) Lib. I Regum c. 1 (D). — (9) Lib. 1 Regum c. 26. — (1) Lib. 1 Regum

c. 16 (E). — (2) Psalm.6, 17,83 et 88 (F). —(3) Psalm. 104 (G).

[k) MD hominis statua»/ altero pede (SB mancam, erreur : cl". Tert.) et auriculis asifio consimllem (SB consimilibus) fingebant (Nvel) librum manu tenentem. — (l) DNB Christus. M Chreslus, inadvertance. — (m) MD vestri. NB nostri, erreur. — (n) B remplace la citalion par un et alibi. — (o) BMD quin eliatn (S et). — (p) N in concione. B ad populum. MD populi. — (q) M DN Chrislus. B Chrestum, erreur évidente.

; A) MD Ex quo, =■ de là vient que. .l'avoue que le lien des idées m'échappe. Salomon entend-il qu'en représentant Jésus sous cette forme grotesque, les païens voulaient railler ce prétendu Dieu excellent (^prjdTov) des chrétiens grecs? — Source de Bodin : « Sed nova jam Dei nostri in isla » proxima civitale edilio publicala est, ex quo quidam l'ruslrandis bestiis mercenarius noxius » picturam proposuil cum ejusmodi inscriptione : Deus christianorum onochœtes. Is erat auribus » asininis, altero pede ungulalus, librum geslans et logalus ». Tertullien, Apolog., 16. C'est d'ailleurs une vieille accusation portée contre les chrétiens (Minucius Félix, Octavius, 9) et contre les Juifs (Josèphe, Contre Apion, cité dans la Démon.. 2, 1, p. 169) que celle d'adorer une tête d'àne. Et Tacite (indiqué par Tert., Apol., 16) nous l'explique comme suit : Les Juifs au désert « forluilum iler incipiunt. Sed nihil eeque quam inopia aquœ fatigabat; jamque haud procul » exilio tolis campis procubuerant, cum grex asinprum agreslium e paslu in rupem nemore opacam » concessit. Seculus Moses conjectura herbidi soli largas aquarum venas aperit... El'figiem » animalis, quo monstrante errorem silimque depuleranl, penelrali sacravere ». Hist., 5, 3 et 4.

(B) Contresens. MD quod vero vox Messias populi pri.ncipem significet, ex eo salis inlellegitur, quod David, etc., = quant à la signification du mot Messie, à savoir prince du peuple, elle résulte assez clairement du passage où David, etc.

(C) Faux-sens. MD se ipsos, = s'appellent eux-mêmes.

(D) Double erreur : les références 8 et 9 sont interverties. Et la référence 8 est inexacte. — La vraie référence 8 est : « Vous estes enl'ans de mort, pour ce que n'auez point gardé vostre mais- » tre l'oincl du Seigneur », I Bois, 26, 16. La vraie référence 9 est : II Bois, 1, 14 et 16, cité p. 395, note E.

(E) I Bois, 16, 6.

(F) « Or sçachez que le Seigneur a faicl son sainct [c'est lui-même] admirable », Ps. 4 (et non 6, erreur due aux chiffres romains), 4. [Je chanterai le Seigneur] « faisanl miséricorde a son » oinct Dauid ». 17, 51. « Ietlez les yeux sur le visage de vostre Christ [David] », 83, 9. « l'ay » trouué Dauid mon seruiteur et ie l'ay oinct de mon huile saincte », 88, 20.

(G) Ps. 104, 15. La parole de Néhémie citée plus haut se trouve II Esdras (ou Néhémie), 9, 27.

plus clairement dans vne très grande assemblée du peuple auant que de rebuter celluy qui auoit esté designé pour eslre Roy : Dieu tdict il; (A) a enuoyé a son peuple pour Messies Hyerubahal, lephté et Samuel (>■) Donc ceux la se trompent (s) qui pensent quil n'y a ou qui! ny aura quun Messie : cependant de touttes les erreurs il ny en a point de plus griefue que celle de ceux qui simnginent que ce Messie que (/) nous attendons est vu Dieu et ceux se trompent encor plus lourdement qui pensent que ce Messie quel quil soit (a) soit le sauueur du genre (v) humain. Car ce que nous attendons [ 39*7] nest autre chose qu'vn homme engendré duu autre homme, grand & vaillant capitaine, lequel rassemblera les enfans d'Israël espars par toutte la terre pour les restablir dans la Palestine et dans r le patrimoine de leurs ancestres et qui les desliurera de la seuere domination des Princes qui les tiennent comme captifs B : tels qu'ont esté les Moyses les losués et les Macchabées comme tous les autres princes que nos ancestres ont receu de la main de Dieu. Et il y en a qui {y) croyent que ce Messie sera oinct par Helie (4). Or tant sen fault que ce Christ ou vostre Iesus que vous vantez tant nous ayt retiré de la seruitude des Rommains quau contraire leur Intendant dans nostre prouince le condamna a la mort (s) auec bonne connoissance de cause.

Cuhce. — Ce secret ou mistere est trop grossier de vouloir faire porter (or.) la qualité de Messie aux Princes et aux tyrans (C) : mais le mistere du Messie

(4) Tryphon apud lustinum iD).

(?•) I> remplace celle phrase par un etc. — s NB falluntur. MD fallu»/, incorrect. — (l) NBD quem. N quam, inadvertance. — [u) .Y quisquis fueril oui venturus (MD futiirus) sit. B quisquis fuerit uul quando etiam venturus sit. — (v) S humani generis. BMD seminis. — (x) N supprime ce second in. — (//) MHS nec desunt qui. D desinit, inadvertance. — [z) S (Jésus) servili supplicio fuerit a ffectus. HMD sit. — a) N adducere. HMD traducere.

A I Rois, 12, 11.

B) Les Juifs attachèrent assez rapidement à l'idée du jugement dernier el de la résurrection celle d'un messie qui régénérerait auparavant le peuple saint et régnerait sur lui après avoir épouvanté les méchants. Mais les uns pensent que le Messie, après une période de règne généralement fixée à mille ans, préparera la résurrection, le jugement el le règne de Dieu ; les autres s'arrêtent au règne sans fin du Messie. C'est donc à ce second rêve, celui de l'eschalologie populaire : triomphe par les armes du roi victorieux, conquête du monde par Israël, que s'arrête Salomon ; on aurait attendu le contraire de son esprit si hautement philosophique, et le parli qu'il prend me semble diclé par le désir de contrarier les chrétiens. Plusieurs Messies de cet ordre ont paru dans l'histoire : le plus célèbre, Bar Gocheba, souleva les Juifs contre Hadrien, fut battu par Julius Severus et périt dans les tortures en 135 ;cf. Hep/.. Y. p. 394V L'Hept., ibid:, nous conte qu'un Messie, s'élant élevé à Bologne « il n'y a pa* si longtemps », y fut livré au bûcher; et aussi qu'Aben Esra avait prédit la venue du Messie pour l'an 1464 cf. Démon., I, 5, p. 122 . Sur le messianisme, voyez Ch. Guigneberl, o. c. pp. 75-79 el216; Vernes, Histoire des idées messianiques depuis Alexandre jusqu'à l'empereur Ho drien, Paris, 1874, in-8.

G Inexact. MD Illud est pingui Minerva, Messi;r arcanum ad principes el lyrannos traducere velle, = c'est un artifice un peu épais de vouloir faire passer la mission mystérieuse du Messie sur des princes ou des rois.

Dx Dialogus cum Tryphone Juds>o, 49 (éd. de Paris, 1742, p. 145 aV L'apparition d'Elie est un des prémonitoires constamment rappelés de la venue du Messie. « Ses disciples l'inlerrogè- » renl alors et lui dirent : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie vienne aupara- » vaut? Mais Jésus leur répondit : Il est vrai qu'Elie doit venir et qu'il rétablira loule chose ». Mat/h., 17, 9-11. Elie, avec Moïse, assiste du reste à la transfiguration où Dieu avoue Jésus pour son fils, Mal/h., 17, 3 et Luc, 9. 30.

estant absolument diuin personne ne le comprendra iamais (b) sans vne grâce particulière de Dieu. Personne (dict il) ne vient a moi que mon père ne me lameine (A).

Fedekich. — Si le mot de Messie se pouuoit appliquer aux Princes et aux tyrans quand il est question (c) du Messie promis (2), pourquoy Moyse Hardasan (d) diroit il que ce grand & ineffable nom de Dieu ou Ieoua (B) n'est autre chose que le Messie si le Messie nestoit pas Dieu?

Salomon. — Par ce quil y en a beaucoup parmy nous qui croyent dans lame que ce Messie est le Roy immortel et non pas vu capitaine mort ou qui doibt mourir (C)

398] Gurck. — Cette response me semble bien froide.

[Le Messie d'après Onkelos, les rabbins Salomon et David Kimhi, p. 39H sq. Puis Salomon et Curce entament une longue discussion contradictoire sur les principaux passages du vieux Testament où les chrétiens veulent voir le Christ prédit : Genèse, 49, 10; haie, 7, 14 et 9, 4; Jérémie, 23, o sq. ; Psaum., 109, 1 commenté par Matthieu, 22, 43-46. Curce succombe devant l'érudition supérieure de Salomon, 400-406. Salomon conteste l'exactitude de la version des Septante et de celle de S. Jérôme. Dans les cas douteux, seul l'original hébreu peut faire foi. Histoire du texte de la Bible. Apocryphes. Attribution des livres anonymes, 407-411].

Corruption du nouveau Testament.

411j Federich. — Mais lorsque Salomon parle des Saintes Escritures [a)/\\ ne faict point mention du nouueau Testament : cependant par les nouueaux quand on les exhibe, les anciens se trouuent tousiours reuocquez ainsy que les vieilles loix, les vieilles transactions (//), et les vieilles alliances (D) sont tousiours annullées par les nouuelles.

Salomon. — Nous accordons quil est vray quand dans les testaments et

(2) C 41 Gènes.

6 NMD percipiet unquain. B percipit ad unquam (?). — (c) N cur igilnr (?) de promisso Messia. BMD cum agitur, etc. — {d) N Moses Hardusam . B Hardanam. MD Hardasa». — a) NB Utteris. MD libris. — [b) Kpactibus, barbare. BMD pactis.

(A) Jean, 6, 44. — Remarquez le son calviniste que rend la pensée de Curtius : il en appelle tout de suite à la grâce.

,8*1 Moïse Hadarsan est un des nombreux interprètes du Talmud ; cf. D.-Mornay, o. c.,6, p. 107 et 30, p. 705. Bodin puise le renseignement qu'il lui emprunte à son commentaire sur Genèse, 41, 45 : » Il changea aussi son nom, et l'appela en langue égyptienne le Sauveur du monde ». Voilà ce que signifie la référence donnée. Quant à l'ineffable nom de Dieu, c'est le létragramme ■' cf. supra, p. 257 noie B.

(<J) Ainsi Salomon, après avoir adopté tout à l'heure le messianisme grossier des millénaires, expose maintenant l'autre théorie, celle où le Messie apportera le bonheur céleste, et se tire des contradictions des interprètes en ne choisissant pas : c'est un peu flottant et un peu faux.

(D) Federich veut marquer que le nouveau Testament a supplanté l'ancien, et pour nous est devenu la table de la nouvelle alliance : « Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang », î Co>., 1 1, î'i. D'où l'emploi intentionnel du mot alliance, fœderis.

dans les alliances cest le mesmes autheur qui les a faieles et que les articles nen sont pas faux ny supposez (c). Or (d) le nouueau testament des chrestiens na pas esté passé par celluy qui a faiel la première alliance, qui a donné les premières loix (e) sur le mont Oreb non pas en présence de sept (f) ieunes garçons sans barbe, mais en présence de sept cens (g.) (A) mil hommes sans compter les femmes les esclaues & les estrangers. loinct que personne ne peut dire quel est ny de qui (h) 412 est ce nouueau Testament (B) ou nous voyons tant de choses ostées supposées i) adioustées & changées quil y en a plus de trois cens differens exemplaires, ou non seulement les lettres les syllabes ou les mots sont changez ostez ou adioustez, mais des périodes ou (j) des chapitres tous entiers, comme par exemple ce que dicl Epiphane (Ci que dans l'exemplaire de Marcion disciple de lean lapostre les deux premiers chapitres de Luc y manquoient : dans lesquels cependant (D) sont des choses dont aucun des autres euangelistes (/) nont parlé, assauoir (ambassade de lange a la Vierge : le prodigieux enfantement de la Vierge : laniuée (m) des mages des extremilezde la terre dans la Iudée soubs la conduitte d'vne estoille iusques a 1'estable ou la Vierge auoit accouché (E). Ce Marcion estoit disciple de lean au commencement des plus zelez pour le christianisme ayant contribué dabord vne somme de dix mil escus (7) (F) pour lestablissement de vostre Eglise, lequel plus il estoit proche (n) de sa naissance, plus a il de connoissance de lout ce qui est arriué allors. Cest pour cella (o) quau raport de Tertulien (8) il

(7) Decem millia coronatorum. — (8) Contra Marcionem (1 .

(c) NB suspectée (tabulœ). MD subjectif, préférable. On Lrouve dans le même sens, infra, p 414, MDN subjecla et MDNB subjecerat. — \d) MNB AL D Au/., négligence. — («) N omet primas legum tabulas. — f) MDNseptem. B 271 (?). — (g)Nsexcenlis. HMD seplingentis (millibus).— [h] SBD cujusque sit. M cujuscumque. — i SB suspecta. MD subjecla. — ;j N aut. BMD et. — [l] NBM ea, qu<e nusquam ab (D de) aliis scriploribus prodita fuere. — [m] N profeclïo. BMD profectiones. — [n) NMD propius. B proprius (?). — o NMD ergo. B uutem.

(A) MD septingenli<<. L'écriture dit 603.550, Nombres, 1, 46. — Quant aux sept ieunes garçons sans barbe, qui désignent évidemment les témoins du nouveau Testament, on peut se demander pourquoi ils sont sept. Serait-ce là un nombre approximatif, imposé par le parallélisme des 700.000 Hébreux, pour railler le petit nombre des apôtres? Je trouve dans Origène, Contra CWs.,1, 62 (Migne, t. I, col. 774), un passage où Gelse tourne Jésus en dérision: « S'élanl » accompagné de dix ou onze scélérats, de publicains et de meurtriers, il se mil à courir avec ■> eux ». 11 ne me semble pas impossible qu'il y ail ici, d'un texte à l'autre, une imitation lointaine. Et comme Bodiu use de chiffres romains, je conjecture XÎI (au lieu de VII) ieunes garçons, ce qui désignerait alors sans conteste les apôtres.

(B) Contresens. D Novum autem Testamenlum qualecumque aut cujusque (M cujuscumque) sit, neiuo affirmare potesl, = tandis que le nouveau Testament, quel qu'il soit, quel qu'en soit l'auteur, nul ne peut le donner pour cerlain, aulhenlique.

C Epiphane, Adversus Hsereses, 1, 3, haeres. 42, 11 (Migne, t. 1, col. 711 .

L) MD lamen. J'entends: et cependant [ce n'est pas là un changement léger au texte, puisque].

E Erreur. Luc a bien raconté, et lui seul, la salutation angélique, 1, 28: le prodigieux enfantement, I, 34; et l'adoration des bergers, 2. 8 sqq. Mais c'est dans Matthieu, et dans lui seul, qu'on trouve l'adoration des mages, 2, 1 sqq.

F MD sestertia CCCC, = 400 grands sesterces, environ 82.000 francs de notre monnaie, et que Bodin évalue à dix mille écus d'or. Détail pris de Terlullien, Adversus Marcionem, 4, 4 (Migne t. 2, col. 365). Cf. sur cet ouvrage Ellies du Pin, o. c, t. 1, p. 267 sq.

G Adv. Marcion., 4, 2; et aussi De prsesciplionibus, 51 (Migne t. 2, col. 70).

142 JEAN BOIHN

ne vouloit point reconnoistre leuangile de Luc comme estant a son aduis toutte falsifiée.

Cohoni. — On ne doibt adiouster foy aucune a ce Marcion le plus grand de tous les hérétiques et falsificateur luy raesme des Euangiles (A) (p), de qui sont sorties comme de leur source les opinions des Manichéens qui ont si longtemps infecté toutte la terre (q). En sorte que ce nest pas sans suiet que Tertulien parlant de lepistre S. Paul a Philemon a dict quelle seule auoit eschappé des mains faulsaires de Marcion a cause quelle nest pas longue (B) : et cependant (/•) Epiphane laccusoit de lauoir pareillement falsifiée comme les autres œuvres de cette qualité (C).

[413] Salomon. — Ces deux premiers chapitres de Luc ne seruent de rien pour autoriser lopinion de Marcion (I) , nestant pas vraisemblable que les autres euangelistes eussent passé soubs silence (s) cette ambassade céleste, laccouchement dune vierge, lestoille guide des mages (/), enfin touttes les choses les plus considérables, ayans raporté iusques aux choses de la plus petite conséquence. Et souuent (u) les mesmes redisent les mesmes choses plus dune fois iusques aux guerisons des dissenteries et des hemoroïdes (E) : et cest vn grand preiugé que ces deux chapitres sont adioustez aux œuures de Luc de ce que le troisiesme chapitre comme estant le commencement de quelque histoire a raconter (v) debutte de cette manière : Lan 15 de lempire de Tybere Caesar, estant P. Pil.i te Président en Iudée et Herode tetrarque de Galilée, son frère Philippe tetrarque de Tlturée et Lysania tetrarque d'Abylene (x) soubs le pontificat d'Anne et de Caï'phe le seigneur sest faict entendre

(p) NMD evangeliovum. B evangelii. — (q) B omet in universum orbem. — (r) N omet tamen. — (s) J/OiV[Evangelistas] pvselermissuvos fuisse. B pvselermissuvas, lapsus. — [t) MDN slellas Magovum duces. B stellam... ducem. — (u) MDB ssepius. N saepe. — (v) MU historiu? futurœ prolusio. NB lollus historiée prsefalio. — (x) MD Philippo f valve tetvarcha llureœ et Lysania Abylenes telvavcha. B Philippo fvalve letravchœ, tronqué. N ajoute Barcoae (?) et Abylenes.

(A) D'après Terlullien, Marcion, dans ses Antithèses, séparait complètement l'ancienne loi de l'Evangile, et reconnaissait deux Dieux, l'un imparfait, celui du vieux Testament, l'autre parfait, père du Christ, celui du nouveau Testament, Adv. Marcionem, 1, 19 (Migne t. 2, col. 362). Terlullien l'accuse encore d'avoir « rongé » l'Evangile, ibid., 1, 1 (Migne t. 2, col. 246), et d'avoir à ce point falsifié Luc qu'il l'avait fait complètement sien, ibid., i, 1.

[B) Adv. Marcion., 5, 21 (Migne t. 2, col. 521).

(G) Epiphanius, Advevsus Hœreses, lib. 1, t. '■*, heeres. 42, 12 (Migne t. 1, col. 811).

(D) L'opinion de Mavcion. Evidemment celle que Salomon lui-même a rappelée tout à l'heure : à savoir que tout l'évangile de Luc était apocryphe Mais alors Salomon se contredit lui-même: il vient d'attaquer l'authenticité des Evangiles, et à présent il a l'air de défendre celui de Luc, du moins si on l'ampute des deux premiers chapitres. C'est incompréhensible. Y a-t-il quelque part une faute de texte ancienne, qu'aucun de nos mss. ne révèle? Doit-on supposer que celte réplique appartenait à un autre que Salomon, Toralba ou Senamus?La dernière conjecture paraît peu plausible, car c'est encore Salomon qui va poursuivre la dispute avec Oclave sur la question des deux chap. de Luc : comment lui enlever la parole en cours de discussion? Je risque, en en sentant l'improbable subtilité, l'explication suivante : Salomon n'admet pas que Marcion, à cause des deux premiers chap., écarle tout l'évangile de Luc, parce que cela consolide les (vois autres. Luc lui semble valoir Matthieu, Marc ou Jean, qui ne valenl rien.

(E) MD dysenleviie et hv?morvhagiae cuvaliones, -= jusqu'aux guerisons de colique ou de flux de sang. Allusion railleuse aux cures, même aux résurrections opérées par Jésus, Matth., 4, 24: 8, 14; 9, 2 sqq., etc. ; et plus spécialement à la femme guérie d'un flux de sang, Luc, 8, 43-48.

DKS SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMAS 1 43

a Iean etc. Tous les prophètes et historiens commencent presque tousiours ainsi (y), comme Ezechiel Daniel Osée Michée Sophonias (z) Esdras Zacharias, et a leur imitation Luc a commencé (a) aussy son histoire ainsy (A). Ainsy il est aisé de iuger (b) que ces deux chapitres sont de tout autre (c) plustost que de luy.

Federicu. — La particule Or (d) (B) mise en commenceant faict connoistre que ce chapitre est relatif a ceux qui le précèdent.

Octaue. — le n'en vouldrois rien asseurer (e) (C), mais il me souuient dauoir leu dans TAlcoran cette ambassade de lange a la vierge Marie et ce qui concerne son enfantement auec beaucoup de différence de la façon que Luc lescrit. Car Mahomet faict ainsy parler lange [414] a Marie : 0 Marie plus excellente que touttes les femmes et que tous les hommes, plus pure et plus aggreable, Dieu créateur de touttes choses tenuoie la ioie dune grande nouuelle (/") auec son verbe qui sappellera lesus Christ, homme très bon & très sage. Sur quoy elle sescrie : Dieu éternel (g) comment se pourroit il faire que ienfante, iamais homme ne ma touchée. Lange luy (A) réplique : Touttes choses sont faciles a Dieu, il donnera a ton fils vne force diuine, il sera législateur et enseignera leuangile (t), il guérira les aueugles, les muets et les ladres, ressuscitera les morts & confirmera le vieil Testament (D).

{y) MDB hœc initia sunt fere omnia. N ajoute communia. — [z] MD Sophonias. NB Zephanias (1). — (a) MD [hoc initium] fecerit. NB /eceral. — (b) MD ut satis perspicuum (NB sit). — \c) MDB cujusvis. N alterius. — [d) MD rejellent en fin de phrase eiret os. B Parlicula aiitem (Noà). — (e) NMD nihil liabeo quod ei de re statuere possim. B Nihit ea de re statuere possum. — [(') N libi gaudium summi nuncio [millitur]. BMD nuncii. — (g) NBD Deus œterne. M optime. — (/t) NBD Huic angélus. M Hic. — (i) NB librum legis, verum Evangelium docebit. MD librum legiferum Evangelium .

(A) MD fjuos imilatus Lucas initium fioc futurse historise fecerit. préférable à NB fecerat. Le îulur an'érieur exprime une aclion qui, dans le passé, regardait l'avenir [futurse historise). — Citons un type de début de prophète : « En la trentiesme année le cinquiesme iour du qua- » triesine mois, aduint, comme i'eslois au milieu des prisonniers auprès du lleuue de Ghobar, » que les deux lurent ouuers et ie veis les visions de Dieu ». Ezechiel, 1,1.

(B) MD £T£'. ôà, = or l'an [15 de l'empire de Tibère]. Luc, 3, 1.

C MD nihil liabeo quod ea de re statuere possim, = j'avoue mon incompétence. ^D) Coran, 3. 37-43 tBibliander, 5, p. 23, lignes 5 à 22). Je cite Bibliander et ÏHeptaplomeres pour que, de la comparaison des deux textes, ressorlenl : 1° la certitude que c'est bien dans Bibliander que Bodin a lu le Coran, et qu'il a connu les opuscules y annexés; 2° la supériorité de MD sur NB. — Bibliander : » 0 Maria, omnibus viris et mulieribus splendidior et mundior » alque lolior... ù Maria, libi summi nunlii gaudium cum verbo Dei, cujus nomen est Christus » Jesas filius Marire... prudeus, sapiens, vir optimus ab universilalis crealore millitur. Bespondel » illa : 0 Deus, cum virum non leligï, filium quomodo concipiam? Inquiunt angeli : Deo nihil •> occurrit impossibile, omnia prout vultoperanli ...ipseque filium tuum cum divina virtule venien- » tem, librum legiferum, omnisque magislerii periliam, et leslamenlum ac evangelium, manda- » tumque filiis Israël edocebil... caecos el mutos curabit Jésus, morphealicos [?] alque leprosos » mundabit, morluos crealore coopérante vivificabil ». — Heptapl. MD : « 0 Maria, omnibus ■> mulieriLus ac viris splendidior, purior ac jucundior, libi gaudium summi nuncii (N nuncio;, » cum verbo Dei, cui nomen est Jésus Christus, vir optimus ac sapiens ab universilalis crealore » millilur. Ad quem illa : Virum non alligi, Deus œterne, quomodo pariam? Hic (D Huic) Ange- » lus : Omnia, inquil, Deo facilia sunt. Ipse luum lllium divina virlute augebit, librum legiferum » Evangelium (NB librum Legis, verum Evangelium) docebit, caecos el mulos curabit, leprosos » mundabit, morluos excilabit, vêtus Testamentum confirmabit ». Une série d'expressions identiques rend non douleuse la filiation des deux textes.

Salomon. — le confesse que Mahomet auoit leu peut estre ces deux chapitres attribuez par addition (j) a Luc autrement quils ne sont escrits, veu que l'on veoit tant de differens exemplaires. Quant a la particule Aulem, or, il a esté plus facile de l'adiouster a celluy qui a adiousté deux chapitres tous entiers que de persuader (A) leufantement dune Vierge contre Tordre de la nature.

Toralbe. — Cet enfantement virginal (k) ne me semble pas si estonnant que ces (/) troupeaux de poissons doyseaux et de serpents dont nous auons parlé cy dessus (B) et faict veoir la naissance si soudaine sans le ministère du masle et de la femelle. Vous auez ouy comme Federich vous a tant raconté (G) d'histoires des embrassemens et accouplemens charnels des Démons auec des femmes qui en ont esté engrossées : ce qui est si commun qu'Augustin (9) (D) n'accuse pas seulement d'impudence (m) ceulx qui en osent doubter, mais Thomas d'Aquin (1) (E) et presque tous les Théologiens vnanimement demeurent d'accord quil est vray ce que [415] Iean & François Pic (2) les plus scauans philosophes de leur temps (n) ont tous deux encores confirmé (F) : que si telles choses sont vrayes il ny a rien dextraordiuaire

9 Lib. 18 de ciuitate. — (1) In c. 6 Gènes, et glosa ordinaria. — (2) Francisco Pic. in Prwnotion. et Joan. Pic. in Positionibus.

(j) NMD suhjecla. B suspecta, fautif (cf. p. 412). — [k] DN parlas virgineus. BM Virginis. — (l) UNB piscium... (M Ma) examina. — (m) MDh (ut) Augustinus impudentes judicet (B impndenler Auguslinum judicent[1]} qui dubitent, elc. — (m) N philusophorum (MDB omnium) saeculisui. B sseculo suo, incorrect.

(A) Omission. MD philosophie, = aux savants.

(B) Hepl., II, pp. '.'5-100. Dieu a fait naître les oiseaux de la mer et les reptiles de la terre, Genèse, 1, 20 et 24. La mer continue à donner naissance aux oiseaux pour nourrir l'homme, et spontanément : sinon, d'où viendraient ces immenses troupes de cailles qu'on trouve parfois sur ses bords, oiseaux mauvais voiliers qui ne sauraient venir d'au delà de l'Océan? Même idée exprimée Th., 3, 7, p. 467 sq. Cf. ma Physique de Bodin, Revue d'Anjou, sept. 1912, p. 151.

(G) Hepl., Il, pp. 19-30 et 51-67. Federich s'appuie sur Deuteron., 4, 3 et Levilic, 17, 7, qu'il estime condamner la fornication avec les démons.

(D) Référence erronée. Voici le texte allégué : « Silvanos eL Faunos, quos vulgo incubos » vocanl, improbos sœpe exslilisse mulieribus, et earum appetisse ac peregisse concubitum; et » quosdam daemones, quos Galli Dusios nuncupanl, banc assidue immundiliam et lentare et effi- » cere, plures talesque asseverant, ut hoc negare impudentiàe videatur ». De civ. Dei, 15, 23. Outre cette parité de texte avec VHept., on constate que Bodin, pour prouver l'existence des incubes, apporte toujours ce témoignage d'Augustin, Démon., Préface, p. 26 ou 2, 7, p. 27G. D'autres passages d'Aug. expriment d'ailleurs le même avis, par ex. : De Trinilate, 3, 8 et 9.

(E) Dans son commentaire sur Genèse, 6, 4 : « Depuis que les enfans de Dieu eurent espousé » les filles des hommes, il en sortit des enfans qui furent des hommes puissans et fameux dans » le siècle ». S. Thomas explique ailleurs que les succubes reçoivent la semence de l'homme et s'en servent comme incubes, Summa theolog., prima secundse, q. 51, ad art. 3. Cf. Démon., 2, 7, p. 274 sqq., de nombreuses histoires d'incubat avec des références. Parmi les autres théologiens que VHept. allègue sans les nommer, il faut indiquer Nicolas de Lyra, l'auteur de la Glose ordinaire (in Geties., 6, 4i, à qui se rapporte la seconde partie de la référence 1.

(F) J'ai vu J.-F. Pici Mirandulœ comilis et J. Pici, etc. Opéra omnia, Basileae, per. Sebast. Henricpelri, s. d., 2 vol. in-fol. Dans Jean-François, je lis: « Mine et succubi et incubi daemones, » quod nec Theologi nostri negant, praesertim Augustinus & Thomas, ut bine facile quispiam » suspicari posset, toi olim deorum filios creditos, tôt nympharum dearumque & hominum con-

qu'vne vierge sans compagnie dhomme ait conceu et enfanté par le ministère dan ange. Nous voyons que non seulement des racines et des animaux (o) en très grande quantité sortent du sein de la terre (A) sans semences aucunes p , mais aussi des hommes dans vne terre grasse tempérée par la chaleur du soleil, selon les tesmoignages d'Anaximandre (3), d'Empedoele, d'Anaxagoras (B), de Platon (4) (C) et de tous les philosophes arabes au dire d'Auicenne. Entre les historiens Diodore Sicilien, Pausanias, Iustin, Strabon & mesmes Aristole (5) (Dj lont creu. Sans parler des poètes (G) (E) dans les escrits desquels il ny a rien de plus frequant. Comme aussy M. Varro (q) (7), Pline (8), Solin (9), Columella (1) et Sillius Italicus (r) raportent que les cauales de Portugal conçoiuent & engendrent souuent sans leurs masles, mais que les poulins qui en sorlen! ne viuent pas plus de trois ans. Il est incroyable, dict Varron, mais cependant véritable que les cauales (s) de Portugal conçoiuent par le moyen du vent (F).

3 Plutarch. in Placitis philosoph. — (4) In Protagora, Polilico, Menexene. — (o) Sect. 10a Problematum. — (6) Maro in Géorgie, Ouid. in Metam., Oppiau., lib. 3 de Venatione. — (7) Lib. de re rustica. — 8 C. 30. — (9) Lib. 44 (G). — (1) Lib. fi.

(o) MUX animantia. B animalia. — (p) MDN sine ullo (B Mo, lapsus) semine. — [q) N Maro* Varro, faute. BMD M. Varro. — (r) B omet Silius Italicus. — (s) Neqttos. BMD equas.

» cubilu nuncupalos heroas, non fabulis lantum ficlos, sed dœmonum vel succuborum vel incu- » boruin opéra fados fuisse », etc. De rerum prœnotione, 4, 4 t. 2, p. 317). Je n'ai pas trouvé dans ce recueil les Positiones de Jean Pic. Bodin appelle ailleurs cet ouvrage Posiliones tnagiese (Démon., 1, 5, p. 128) ou Positions cabalistiques (ibid., 2, 1, p. 180) : sonl-ce les fameuses 900 propositions de omni re scibili?

(A) Aristote, Hist. animanlium, 5,1, 5, explique la génération spontanée par la putréfaction de la terre ou des plantes.

(B) Anaximandre, dans Plutarq., De placitis philosophorum, 5,19; Empédocle, Carmina. De nalura, v. 125 sqq. (Fragmenta philosoph. graecor., Paris, F. Didot, 1860); Anaxagore, dans Diogène Laerce, 2, 9.

(C) Platon, Protagoras, 11 éd. H. Eslienne, t. 1, p. 320 d); Politique, 13 (t. II, p. 271 a); Ménéxène, 7 (t. Il, p. 237 d); Banquet, 14 t. III, p. 190 6), etc.

(Dï Aristole, Problem., sect. 10, 65. — Justin (sur les autochtones de l'Altique), 2,6. — Diod. de Sicile, 1, 6 et 7, explique ainsi, en un long développement, la naissance du genre humain. — Pausanias, 8, 29, 4.

(E) Virgile, Géorg., 4, 317 sqq. ^l'essaim d'abeilles issu du taureau d'Arislée. — Ovide, Métam., 3, 116 (les guerriers de Cad m us). — Quant à Oppien, de Venatione, 3, 354 sqq., il dit juste le contraire de ce que lui impute Bodin : « Le ligre est aussi vite que son père le Vent; mais d'ail- » leurs le Vent n'est pas son père : qui pourrait jamais croire (tY; av 7riOT<6<jai'To) que des bêtes » s'accouplent avec l'air? C'est un bruit sans consistance (xeve^ (pctTtç) ». Bodin en prend quelquefois à son aise avec ses autorités.

(F) L'histoire des juments de Portugal vient probablement à Bodin de Wier, o, c, 2, 40, p. 187 a, qui l'utilise dans le même but que Toralba, pour démontrer la possibilité de faits à nous incompréhensibles. Mais elle se retrouve dans maint ouvrage du temps, par exemple J.-F. Pic, Examen vanilalis doclrinœ genlium, 5, 12 (éd. citée, t. II, p. 749). Quant aux références de Bodin, les voici, corrigées ou vérifiées : Varron, de Re ?'ustica,2, 1, 19; Pline l'Ancien, éd. Teubner, 4, 116 : « E favonio concipere dicunlur » [equee Lusilaniae], 8, 166 et 16, 3; Solin, 23; Columelle, 6, 27; Silius, 3, 378 et 16, 364; Justin même (que B a déplacé), 44, 3.

(G) Béférence que MD rapportent correctement à Justin, déplacé dans B.

Chauviré 10

Ore omnes versée in Zephyrum stant rupibus altis Exceptantque (l) leues auras et ssepe sine vllis Coniugiis vento grauidse, mirabile dictu !

Les nazeaux tournez au vent quils [sic] hument sur les plus haults rochers souuent elles se trouuent plaines sans laide de lestalon ce qui nest "pas moins merueilleux quincroyable. Homère (2) (A) lauoit desia dict parlant des cheuaux d'Achilles (B). Ainsy lenfantement dune vierge nest pas vne chose si estrange.

Sknamy. — Soyons daccord que cella [416] nest pas contre nature, quoy que cella soit bien rare. Mais il ne se peut pas faire naturellement que Christ soit sorty de ce ventre sans y auoir faict fraction, ainsy que Tertulien la dict (C) que cette Vierge enfanta son corps sestant pour ce ouuert dont (m) il a esté repris de tous les théologiens de leschole qui (v) ne veulent pas que Iesus Christ estant Dieu et homme ensemble ayt esté subiect aux loix de la nature (x).

[Octave s'appuie sur le monothéisme musulman pour refuser à Jésus la qualité de fils de Dieu. Salomon indique que par ce titre Jésus entendait seulement qu'il était, comme tous les autres hommes, créature, 416-419. D'ailleurs,

(2) Iliad. IL

(t) NB exoplant, faute. MD exceptant. — [u) NBD Virginem patefacli corporis lege peperisse, quod {M quem, Taule d'allenliou) omnes theoiogorum scholse coarguere non dubitarunt. — [v) NOM quia (fecerunt). B quin, Taule. — [x] NB Dei et hominis naturam in Christo unilam naturae lege solulam fecerunt. M nalura uni ta... solutam, inexplicable. D nalura unila... solutum (se. Chrislum).

(A) Homère, Iliade. 16, 1G el 20, 222. Virg., Géorgiques, 3, 273.

(B) El ce déluge d'exemples n'est pas fini ! Nous apprendrions un peu plus loin que le dieu Concolo, qui est un démon, couche avec les femmes des Indiens (tiré de Gomaru, o c, 1, 27, p. 38. Cf. Démon , 2, 7, p. 276); que chez les Turcs on appelle Nephis ogli ou enfanls de l'air, chez les Anglais merlins (fait rapporté par Montaigne, 2, 12, t. 4. p. 38) des enfants qui n'ont pas de père selon la nalure (lire ou de Poslel, comme le veut Villey, o. c, p. 124, ou de Bibl'under, Tractatus de moribus Turcarum, l. 2, p. 31). — Mais le plus intéressant pour nous ce ne sont pas ces rapprochements, même avec Monlaigne, c'est la manière de Toralba, que nous pouvons sans nous tromper mettre au compte de Bodin même cf. mon Jean Bodin, 2, 2, La conception de la science, in fine). Il justifie le miracle par l'observation de prétendus phénomènes analogues; il veut bien croire la mère du Christ toujours vierge, mais parce qu'on voit des femmes engrossées sans mâle. A travers l'apparence baroque du raisonnement, discernons ce qu'il a de dangereux pour le miracle, qui n'esl plus accepté avec docilité ni candeur, mais qu'on tache de faire rentrer dans la connaissance rationnelle. D'abord cela lui enlève de sa valeur d'exception, de son caractère divin. Et puis, voyez comme il serait facile, & grave, de renverser le raisonnement : si Toralba n'avait pas l'exemple des guerriers de Cadmus el des cavales portugaises, il ne croirait donc pas à la virginité de Marie ?

(C) » Non virgo quantum a parlu », dit Tert., De carne Chrisli, 22 Aligne l. 2, col. 790). Proposition hétérodoxe : voyez .Jérôme, Ad Pammachium pro libris adversus Jovinianum Apologia, Epist. 48, 21 (Migne t. 1, col. 5l0i el Dialogus adversus Petàgianos, 2; 4 (Migne t. 2, p. 538 el la nute Le concile de Lalran sous Martin Ier (G49-655: déclare, dans son canon 3, la Vierge « incorruptibilité!' enixam ». S. Thomas est du même avis, Summa theolog., lertia, 9, 28, ad art. 2. Voilà quelques-uns des théologiens de leschole, sans compter la décision célèbre de Duns Scol, o. c, 3, 3, q. 1 (t. 2, p. 30), cilée p. 543, note C.

continue-t-il, les généalogies, dans Luc & Matthieu, prouvent bien qu'il était fils de Joseph ; et elles prouvent, quoique n'étant même pas d'accord, qu'il y a eu pour Jésus une filiation naturelle, donc point de filiation divine, 120-423. Comment le Messie qui devait naître à Bethléem est-il qualifié Nazaréen? Étrangeté du voyage de Marie, enceinte, jusqu'à Bethléem, sous le prétexte invraisemblable d'un recensement, 424-426. L'étoile des mages est encore un conte invraisemblable, 420. Seul l'ancien Testament est inattaquable et reconnu de tous, 427. La discordance des Évangiles et l'abondance des Apocryphes permettent à Salomon & à Octave les pires suspicions sur les Canoniques, 427- 129. Suit une digression sur le Coran, dont Senamy attaque l'authenticité : il est l'œuvre, non de Mahomet, mais de 200 théologiens arabes qui ont recensé la tradition orale venue de lui. Il est écrit en vers, ce qui ne convient qu'aux fables : l'Évangile et le Pentateuque sont en prose. Puis on revient aux discordances des Évangiles : Salomon raille les récents auteurs d'Harmonies des Évangiles, Calvin, Gab. du Puy, Ch. du Moulin, qui n'ont jamais pu établir entre eux cette fameuse harmonie, 429-432 .

Contrariété des Evangiles.

[432] Salomon. — Pour les contrarietez du nouueau [testament] elles sont si visibles quelles paroissent si tost quon y iette les yeux. Et pour ne pas en entreprendre la discussion en détail (a) ie soustiens quil ny a aucun Euangeliste qui raporte soit pour le principal de Ihisloire, soit pour les circonstances, [433] de la mesme sorte que lautre en faict le récit (A). Et vn mesme mesmement n'escript pas vue chose de la mesme manière quant il est obligé de la reciter deux fois. Qu'ainsy ne soit (B) Luc (S) dict que les compagnons de S. Paul sarreslerent surpris de son accident sans veoir personne (6), mais qu'ils entendirent seulement vne voix qui disoit : le suis Iesus de Nazareth que tu persécutes (C). Et ensuite le mesme (c) Luc (6) dict que les compagnons

(5) C. 9 Actorum. — (6) C. 22 Actorum.

(a) MDB ne singulos singulis conferamus. N conleramus. — (6) N ajoute lamen. — (c) JV Idem (BMD lamen) paulo post.

(A) R a longuement paraphrasé, déplacé une proposition (de rébus iisdem scribenti), mal compris une autre (ne singulos singulis conferamus). Voici le texte : MD ac, ne singulos singulis conferamus, ne unus quidem scriptorum sibi ipsi convenit de rébus iisdem scribenti aut eamdem hisloriam bis repetenti. J'entends : je ne veux pas recommencer à comparer les Evangélisles entre eux (il a monlré leurs discordances, p. 428 sq.). Mais, allant plus loin, je dis que pas un n'est d'accord avec lui-même, quand il lui arrive de raconter deux l'ois les mêmes faits. 11 y a une gradation, que Salomon l'ait sentir, dans la démonstration.

(B) Locution vieillie, encore employée au xvine siècle, et qui avait le sens d'une transition assez vague : par exemple, voyons, voyez.

C 11 s'agit de Paul terrassé sur le chemin de Damas. « Et tombant par terre, il entendit une » voix qui lui disait : Saùl, Saùl, pourquoi me persécutez-vous? 11 répondit: Qui êles-vous, » Seigneur? Et le Seigneur lui dit : Je suis Jésus que vous persécutez ». Act., 9, 4-5.

de S. Paul veirent vne lumière esblouissante (d) et nentendirent aucune voix (A) : lesquels deux passages aucuns commentateurs nont encores sceu accorder (e).

CuKCii. — Les actes des apostres ont esté composez en grec. Ou les mots cpwç et cpwv/j, dont lun signiffie lumière et l'autre voix, a cause de la proximité des lettres a peu faire que par leur mauuais soin les copistes (f) ont peu aisément prendre vn mot pour laulre : ainsy qu'il arriua aux anciens Grecs quand loracle d'Apollon leur respondit que cpàk luy plaisoit, ils creurent que cestoit cpwç auec vn accent graue au lieu que cestoit tf-w; auec vn accent circonflexe qui signiftie lumière : dou (g) leur vient la coustume de sacriffier des hommes (B).

Senamy. — Ce seroit (h) vne merueilleuse chose si parmy vne telle diuersité descriuains et de sectes quil sen rencontra a la naissance de la Republique des chrestiens et dans les premiers commencemens mesmes de leur Eglise il ne se trouuoit aucune contrariété dans les ouurages des apostres et des disciples, veu qu'Epiphane remarque que les euesques se plaignoient (i) desia de son temps que les Arriens auoient tous corrompeu les euangiles (j) (C) : comme Tertulien (7) en faict reproche (le) aux hérétiques dans son liure des [434] Prescriptions (D). Et au contraire les Arriens accusoient leurs aduersaires destre les falsificateurs des Euangiles. Et Origene (8) que S. Hyerosme appelle le patriarche & la lumière de l'Eglise (E) na point faict scrupule de

(7) De prœscriplionibus aduersus haereticos. -- (8) Lib. i contra Celsum.

(cl) .Y supprime coruscum. — (e) BMD quae loca nulli adhuc interprètes conciliare (N inlerprelum conediari [?]) potuerunt. — (f) MX qui ab archetypo descripserant. D archetypo. B archelypum. — (g) MUB incle. N uncle. — (h) NMD Mirabile mihi viderelur. B videtur, fautif.

— (i) N quœri, inadvertance. BMD queri — (j) N sacram scripturam. BMD sacras scripluras.

— (k) S queeslus est (?) BMD questus est.

(A) Salomon exagère les discordances des deux passages : si un seul a la lumière, tous deux ont la voix : « Comme j'approchais de Damas vers l'heure de midi, je Itis environné loul à coup » et frappé d'une grande lumière du ciel; et étant tombé par terre, j'entendis une voix qui me » disait : Saùl, Saiil, pourquoi me perséculez-vous ? », etc. Act., 22,7sq. Evidemment ce peut être une négligence de la part de Bodin d'avoir rendu la partie si facile à Salomon. Mais la négligence est si grosse qu'on peut se demander si elle n'est pas voulue.

(B) La source de Bodin serait Varron. Cf. Bép., 1, 5, p. 36. Je n'y trouve pas l'anecdote.

(G) Epiphane, o. c., 69, 76, déclare que les Ariens déchirent l'écriture avec la férocité des bêles fauves, tx; Asijâiç 7rpoo-xÔ7TTOVT£ç co; 6-/)peç.

(D) De prescription., 17 (Migne t. 2, col. 30). Cf. Apolog., 47.

(E) Je ne sais où. Et je ne le crois pas. Jérôme dit lui-même, Epist. 83, 2 (Migne t. 1, col. 744) : « Ni fallor, duo loca sunt, in qurbus eum [Origenem] laudavi : praefaliuncula ad » Damasum in Homiliis Canlici Canticorum et Prologus in librum Hebraïcorum nominum ». A aucun de ces deux endroits il ne l'appelle patriarche, ni lumière de l'Eglise. Dans le premier il le nomme magistrum ecclesiarum; dans le second, il dit qu'Origène s'est surpassé lui-même (Migne t. 3, col. 1117). — Or ailleurs (Démon., 2, 2, p. 188) Bodin prétend que Jérôme in Catalogo, appelle Origène le maistre des Eglises chrestiet res : le Catalogus ou De viris illustribus, 64 (Migne t. 2, col. 663), fait un grand éloge d'Origène, mais ne lui décerne point le titre qu'assure la Démon. Voici donc encore un cas où Tasserlion de Bodin ne se vérifie pas. Bésume-t-il ici l'impression conservée de la lecture du De viris? Citant de mémoire, confond il le De viris avec ÏEpist. 83 ad Pammachium, où Origène est appelé magistrum ecclesiarum? Tout cela est possible; et cet à-peu-près, constant chez Bodin, rend nombre de ses références difficilement ou point du tout vendables.

déclarer dans son liure contre Celse (A) que leuangile de Marc (/) estoit pleine de fautes. Comme aussi Ruffin dans son Apologie d'Origene (B.) dict qu'Appelle & Marcion se vantoient dauoir corrigé les Euangiles auec grand soin et beaucoup de peine, lesquelles estoient touttes falsiffiées (m). Ee mesme [ri) Tertulien (9) dict encor dans son liure des Prescriptions (C) que ce Marcion condamnoit mesme comme apocrifes (o) les Actes des Apostres, l'Apocalipse et les Epistres de S. Paul a l'exception de quelques vnes.

[Octave attaque dans l'Evangile des anachronismes de détail, 435-436. Salomon montre dans S. Jean des versets contradictoires, 437-440. Les apôtres allèguent souvent des prophéties inexistantes, par ex. Matthieu, 27, 9. Certains miracles ne sont que dans un Evangile sur quatre, 441 . Il est incroyable, si Jésus était Dieu, qu'il ait été tenté par le Démon (Luc, 4, 1-13), qu'il n'ait été inspiré du S. Esprit qu'à trente ans (Luc, 3, 23 et 4, 1), qu'il n'ait pas supporté plus héroïquement la souffrance & la mort, 442 sq.].

Humanité, & médiocre humanité de Jésus.

[444] Salomoiv. — La faim, la soif, la douleur, la tristesse, la crainte, l'effroy et la consternation dont il a esté attaqué (a) nappartiennent qua la partie inférieure (D) de lame (6), lesquelles passions encor quelles semblent indignes dun grand cœur (c) sont neantmoins excusables en ce que lame en est capable par contagion tant quelle est attachée au corps pour monstrer l'vnion quil y a de lun a lautre. Mais pour la science, la [445] prudence et lintelligence (E) qui appartiennent a la partie supérieure de lame si la sienne eust esté vnie a la Diuinité elle nen eust pas esté depourueiie. Et encores que

(9) In lib. de prsescriptionibus.

/ NMD Marci evangelium. B Marcum euangelislam. — [m] SB pluribus erroribus. MD plurimis. — (») NBD Idem. M Item. — [o] NB supposition, barbare. .1/0 supposititias. — (et) MDN quibus Christus conflictabatur. B confliclebatur, barbare— b) MDB corporis et animas in/erioris (N corpori & animse inferiori) communia sunt. — (c) MD aliéna (NB a) sapiente vivo.

(A) Origène, Contra Celsum, 2, 27 (Migne t. 1, col. 847).

(B) Bodin a ici en vue : Rulîni liber De adulleratione librorum Origenis seu In Apologelicum S. Pamphili marlyris pro Origène Epilogus, qu'on trouve dans l'Origène de Migne. C'est Rufin qui avait traduit en latin l'Apologie de Pamphile pour Origène; le passage qu'invoque Bodin est dans Migne, Origène, t. 7, col. 625.

(C) De praescript., 51 (Migne t. 2, col. 70).

(D) Bodin reconnaît trois parts en l'homme : le corps, dont le bien est la santé et la beauté; l'âme inférieure, lien du corps et de l'intellect, dont le bien est dans la subordination des appétits à la raison (vertu morale); l'âme supérieure ou intellect dont le bien est la prudence, la science et la sagesse ou religion, c'est à-dire les vertus contemplatives. Bép., I, 1, p. 4 sqq. On comprend maintenant le raisonnement de Salomon : que Jésus ait été attaqué dans son âme inférieure, c'est compréhensible (encore que peu honorable), car il portait la peine de son corps d'homme; mais s'il était Dieu, son intellect était en communion avec l'intellect divin et avait en perfection prudence, science & sagesse.

(E) MD sapienlia, — la sagesse.

loi) JEAN BOMN

pour les affections humaines on ne luy en donne que ce quil en a voulu (d) prendre (3), si cella estoit vray, pourquoy auroit il dict (A) : Mon ame est triste iusques a la mort (e). Et dans le iardin des Oliues en suant sang & eau se seroit il emporté iusques a crier (B) : Mon Père, s'il est possible, faictes que ce calice passe (/"). Sont ce les parolles d'vn Dieu? Non, mais plus tost dun homme accablé de douleur & de desespoir. Et par ce dernier emportement (g) (C) : Mon Dieu, pourquoy mauez vous délaissé (A)? ne faict il pas (»') assez remarquer l'expression dune ame basse, par laquelle il reconnoist luy mesme quil nest rien moins qu'vn Dieu (j)?

Tokalbk. — Lorsque par le commandement des tyrans on a pilé dans vn mortier auec des marteaux de fer Zenon Eliates (k) et Anaxarchus (D) chacun en diuers temps ils ont tous souffert ces tourmens auec vn courage et vne constance inimitables (4), et par des parolles dignes de leurs belles âmes estonnoient, en mesprisant, la cruauté de leurs bourreaux. Après quoy pourroit on simaginer (/) tant de foiblesse (E) en la personne de ce Christ que Ion appelle la fontaine de toute la sapience diuine?

(3) Caluinus in loan., c. 12, vers. 17 (F). — (4) Laert. in vita philosophor.

(d) MD 7it nullam [se. afTeclionem] nisi voluntariam fùerit perpessus. H ut nihil [N nullum) )ùsi voluntarium, elc. — (e) MDS turbata. B perturbata. — if) N omet celle prop. — {g) MD exclamatio. NU declamalio. — (h) MDB Cur (N Ut quid [?]) me deréliquisti? — (i) NB nonne. MD num, conforme à l'usage de Bodin : cf. p. 223, note B. — (/) DBN alium (M alienum) a se Deum confitentis. — (A) MDN Zeno Eleales. li Zeno Stoïcus Cleades (?). — l) N quis... arbitratur. HMD arbitrelur.

(A) Matthieu, 26, 28. — Celse fail la même objection dans Origène, Contra Celsum, 2, 9 (Migne t. 1, col. 807).

(B) Inexacl. MD Cur item in horto supplicia, deprecanli sudores sanguinis aquse instar de fl aèrent '! = Pourquoi au jardin, quand il cherchait par ses prières à détourner le supplice, des sueurs de sang l'auraient-elles inondé comme de l'eau? Matthieu, 26, 39. — Bodin a peutêtre pris cette objection dans le Contra Celsum, 2, 25 Migne t. 1, col. 846) ou dans Epiphane, 0. c, 69, 61 (Migne t. 2, col. 302), qui l'allrihue aux Ariens, négateurs de la divinité de Jésus.

{G)..Mallh., 27, 46. — Objection des Ariens encore dans Epiphane, 0. c, 69, 61 ! Migne t. 2, col. 303).

(D) Ces deux exemples de constance sont en effet rapportés dans Diogène Laërce, mais séparément : Zenon, 9, 5; Anaxarque, 9, 10. Mais je les vois réunis dans mainl livre familier à Bodin, et où je croirais plutôt qu'il en a appris la valeur démonstrative : Cic, Tusculan., 2; Plutarq., De la vertu morale, 9; Terlullien, Apol., 50; surtout Origène, Contra Celsum, 7, 54 (Migne t. 1, col. 1499), où Celse s'en sert exactement dans le même but que Toralha.

(E) MD lam fracli et abjecti animi fuisse, = tant de mollesse et de bassesse dans l'âme. B atténue respectueusement la rudesse du latin.

(F) Corrigez : sur Jean, 12, 27. J'ai eu entre les mains : I. Caluini Harmonia ex Euangelistis composita, etc. Geneua?,apud loh. Vignon, 1563, in -fol. Le passage que cite Bodin s'y trouve p. 134. Le voici dans le français de l'édition Meyrueis icf. supra, p. 308, note) : « Et n'a point esté chose » mal convenable que le Fils de Dieu ail esté ainsi troublé : car la Divinité estoit comme cachée » et 1 par manière de dire) se reposoit ne monstranl point sa vertu, afin qu'elle feist place à la » réparation ou purgalion [de nos péchés] qui devoist eslre faile par luy. Or le Fils de Dieu avoil » vestu non seulement nostre chair, mais les affections humaines aussi. Il est tout certain voire- » ment que ces affections ont esté volontaires en luy, d'aulant qu'il a craint, non point par force » et contrainte, mais parce qu'il s'esloit de bon gré assujetti à la crainle. Toulesfois il faut résoudre » que ce n'a pas esté par faux semblant qu'il a craint, mais en vérité ». T. 2, p. 262.

[446] Salomon. — L'histoire des sept frères (5) dans Ioseph (m) et dans les Macchabées (A) est digne deternelle mémoire qui nayans pas voulu manger de porc pour ne pas violer la loy de Dieu feurent condamnez par le cruel Antiochus a eslre escorchez tous vifs et iettez dans la flame pour y mourir (n) : loin de se plaindre ils nen ietterent pas seulement vn souspir (o) et nen respandirent pas la moindre larme, mais, sans changer mesme de visage, feirent paroistre iusques a la fin la force dune ame véritablement inuincible (p) (B).

[Et puis, continue Toralbe, quand Jésus craignait, souffrait, pleurait, c'était donc feinte de sa part, puisqu'étant Dieu il était incapable de passion, p. 446. Octave, s'appuyant sur le Coran i, 156, cité supra, p. 310, note II), soutient qu'à la place du Christ Dieu substitua un certain Simon, ou du moins que le Christ ne ressentit aucune douleur. Federich proleste, p. 447. Depuis un moment les adversaires des chrétiens s'efforcent de contester surtout l'humanité du Christ].

Le miracle de la Résurrection ne prouve pas un Dieu.

|448] Octaue. — Celse qui a composé sept liures contre (a) les chrestiens dict que la résurrection de lesus Christ (4) nest point différente de celle de Cleomede Astypalien (C) que loracle d'Apollon auoit asseuré estre ressuscité et qui selon le tesmoignage des anciens ne se trouua pas dans son sepulchre après sa mort. Ce mesme Celse (6) trouue encor bien ridicule que sur la simple déposition dune putain (D) on croye celluy la ressuscité que le iour dauparauant tout le peuple auoit veu mourir en croix.

FEnEMCH. — Celse estoit vn Epicurien aueré (E) : & ie ne sçache point de

(5) De imperio rationis et in libro Maccab. — (4) Origenes, lib. 3 contra Celsum.

[>n] XMD Ilepc aÙTOxpXTOOOç lofin^-ou. — (n) S flammis torquerentur. BMD torrerentur. — 10) N ex iniimo. BMD ex imo peclore. — (p) N inviclam animi robur. BMD invicti. — (a) N vontra. BMD adversus. — (b) BMD libro secundo.

(A) II Macchabées, 7; Josèphe, Le martyre des Macchabée* ou de l'empire de la raison. Cf. Eusi'be, ttist. ecclésiastique, 3, 10.

{B) Toralba pour les jusles de l'antiquité [uifra, p. 569 bis sq.), Salomon pour les justes de l'ancienne loi (p. 578 sq.), réclameront encore l'égalité avec lus chrétiens, ou même la supériorité sur eux. La prédilection avec laquelle Bodin revient sur ce motif est chez lui l'indice d'une doctrine secrète Déjà, dans la Lettre à Bautru, où il est encore protestant, il marquait une singulière tendresse aux prophètes juifs et aux grands hommes de l'antiquité. Cf. mon Jean Bodin, Appendice, pp. 522 sq.

i, G i Origène, o. c, 3, 33 Migne l. 1, col. 962 sq. . — L'histoire de Cléomède est racontée en détail par Pausanias, 6, 9, 6-8; mais quand ailleurs Démon., 2, 4, p. 233Ï Bodin la cite, il la lire de Plularq., Bomulus, 28. Source possible autre que celle que Bodin même nous cite : Cyrille, Contra Julianum, 5 (Migne l 9, col. 812), où Julien compare aussi railleusemenl l'ascension de Jésus à celle de Cléomède.

(D) Bodin cite encore de mémoire, et infidèlement : Tuvy] TrâpoiTTfo:, = mulier fanatica, dit seulement Celse, dans Origène, o. c, 2, 55 (Migne t. 1, col. 883 .

(E) Contra Celsum, 1, 8 el 4, 53 (Migne t. 1, col. 470 et 1118).

marque plus asseurée dune pieté sans reproche que destre mocqué [449] par vn Epicurien.

Senamy. — Sil est sorty (c) du ventre de Marie sans faire ouuerture a la matrice comme tous les cliresliens le publient (A), sil a disparu deuant ses ennemis qui le vouloient lapider selon S. lean (5) (B), sil est entré & sest trouué au milieu de ses apostres (d) les portes estaus fermées (6) (C), si comme vn autre Gyges il .s'est fait inuisible aux hommes quand il la voulu & sil a marché sur la mer a pied sec (D), il fault (e) quil ayt esté vn spectre ou quelque corps imaginaire, par ce quil ny a point de véritable corps soit quil ayt des os soit quil ne soit composé que de lair (/") qui souffre la pénétration (E).

Salomon. — Quand nous aduouérions (g) quil ny a point de pénétration dun corps en vn autre nous aurions tort, puisque nous sçauons que les auges se sont seruy de véritables corps et mesmes (h) des sorciers ont esté veus souuent dans les airs (F) suspendus & portez sur les eaues sans crainte de la tourmente (G) (comme tous les magistrats en ont veu lexperience) quoy quils feussent reuestus de véritables corps. Ainsy nous pouuons confesser que Iesus

(5) C. 8. -- (6) Marci c. 16. Lucœ c. 14 et c. 4. Ioan., c. 21.

(c) NMD prodiil. B prodit, inadvertance. — [d) NMD si aedibus conctusis in cœtu discipulorum visus est. 8 a cœ/u (?). - (e) .V falendum est. BMD confitendum est. — yf) DNB aereum, absurde. M aerium. — {g) N De mus illud, (BMD scilicet) corpora, elc. — (h) N immo et sortilegos. BMD immo eliam.

(A) Références supra, p. 41G, noie C.

(B) Jean, 8, 59 el 10, 39.

(C Les mss. donnent quelques références erronées. Il faut lire : Marc, 16, 14; Luc, 24, 36 sqq.; Jean, 20, 19-26.

(D) Tanlôl Marie, lantôl ses disciples ne le reconnaissent pas, Jean, 20, 14 et 21, 4; Paul sur le chemin de Damas, Actes, 9, 3, etc. Jésus marche sur la mer à pied sec, Jean, 6, 19.

(E) Origène, esprit hasardeux, pense « Jesum fuisse speclrum quod veluli praelervolilans oculi » eorum [= des témoins] aspexerint ». Contra Cels., 7, 35 (Migne t. 1, col. 1470). Et il précise, ibid., 2, 62 (M igné t. 1, col. 894), que Jésus était alors d'une substance intermédiaire entre l'opacité d'un corps et la subtilité d'une ombre. Mais l'orthodoxe Jérôme proteste que Jésus a l'ail làler son côté aux disciples cf. Luc. 24, 39), « ne verilas corporis phantasma pularelur ». Epist. 48 ad Pammachium, 21 (Migne t. 1, col. 510). — Quant au passage de Bodin, il est copié de Wier, o. c, 2, 30, p. 145 a : Wier prétend que quand Jésus apparut aux disciples, c'est que la porte s'est pour lui ouverte à leur insu : « -aulremenl il faudrait confesser qu'il y auoit penetra- » lion des corps : ce qui est contre la nature, selon Arislole, 8 de la Physique ».

(F) On est tombé d'accord, Hepl., II, pp. 68-73, que les anges sont corporels, Dieu seul ne l'étant pas. Cf. Démon., Réfulalion de Wier, pp. 548, 550, 584. — Quant au Iransport des sorciers par les Démons, il en faut chercher des exemples Démon., 2, 4, pp 222, 226, 233, 240; 3, 1, p. 305; Béfulalion de Wier, pp. 559, 579, 597. Les autorités le plus souvent citées sont Platon, l\èp., 7

histoire de lier l'Arménien : Plut., Bomulus, 28 (apothéose de Homuhs!; Augustin, de Civ. Dei., 8, 15 ou 10, 11 ou 21, 10: Thomas. d'Aquin, Summ. theol., secunda secundœ, q. 95, ad art. 5, qui raisonne ainsi : si le diable a pu transporter J.-C, vrai homme, au sommet du temple, les sorciers peuvent bien, avec son aide, transporter de vrais corps, les leurs ou ceux des autres. <i) Inexact. MD [sortilegos] sœpe quoque subvectos aquis nullis voraginibus immevgi potuisse. Cf. Démon., 4, 5, p. 486 : « En plusieurs lieux d'Allemaigne on iette les femmes condamnées en » l'eau : mais il s'est trouué que les sorcières iettées en l'eau pieds el poings liez ne se peuuent » noyer ».

a esté reuestu dun corps réel et quil a souffert de cruels tourmens mesmes quil est mort [i) : mais toutte la difficulté que ie trouue cest que celluy la nauoil pas besoin de prier auec tant de ferueur (j) pour empescher son supplice & et sa mort, puisque luy mosme sen pouuoit 1 450 i bien exempter /. sil eust esté Dieu.

Curck. — Il sest conduict de cette manière pour nous apprendre quil nestoit pas seulement vray Dieu mais aussy vray homme (/) (A.) & quil a possédé les deux natures sans aucune confusion.

Octave, à grand renfort de textes Marc, 10. 17 >q. ; Luc, 18, 18 sq. ; Calvin, Comment, sur les A des, 3,21-22; Coran, cité supra, p. .310, note Bi, affirme que Jésus ni les apôtres n'ont jamais prétendu pour lui la qualité divine. Federich cite plusieurs passages où Jésus avoue cette qualité aux apôtres en la cachant au public. Discussion entre Salomon et Curce sur l'authenticité de ces passages, 450-455. Curce ajoute qu'en remettant les péchés, Jésus montrait bien qu'il se croyait Dieu. Salomon : c'était effronterie de sa part. Coroni annonce le sujet de la prochaine dispute : comment se fait en J.-C. l'union des deux natures, 456. Dans cette dernière partie, symétrique à 446-448, la question est posée si J.-C. était véritablement Dieu].

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