EDOUARD DE NANGIS, LE COMTE, LA COMTESSE
Edouard. Bonjour, ma cousine! Me reconnaissezvous?
La comtesse. Edouard!
Edouard. Embrassez-moi, ma cousine, si mes moustaches ne vous font pas peur. Parbleu ! vous êtes charmante, le diable m'emporte; vous êtes encore embellie. Vous avez pris...
Le comte.. Monsieur de Nangis, j'éprouve un vif plaisir...
Edouard. Monsieur de Nangis? allez au diable avec votre M. de Nangis! appelez-moi cousin Edouard tout court. Allons, embrassez-moi aussi, cousin, car je vous aime bien. Morbleu! il y a longtemps que nous ne nous sommes vus. Vous avez vieilli.
La comtesse. Vous trouvez?
Edouard. Vous, cousine, quand je suis parti pour l'Allemagne, je vous avais laissée mince comme un fuseau; maintenant, mille bombes!... Vous avez encore la
taille fine... mais le reste... Diantre! il paraît que l'air est bon chez vous, et les vivres aussi !
La comtesse, à part. Il est singulier avec ses manières
brusques mais c'est toujours un charmant jeune
homme...
Le comte, bas. Comment nous débarrasser de lui?
Edouard. Ah çà, cousin, j'ai un congé d'un mois-, je viens le passer avec vous, en famille, car je grillais d'envie de vous voir. Nous allons faire des bamboches, n'estce pas? La chasse, la pêche, le diable et son train... Je veux faire les cent dix-neuf coups-, et vous ne reculez pas, n'est-ce pas, quand il s'agit de faire des farces? Je vous ai vu autrefois, compère!... je dirai à votre femme ce que je sais...
Le comte. Si je lui disais ce que je sais de vous, mauvais sujet!...
Edouard. Je vous le permets. — Dites donc, j'amène deux chiens d'arrêt avec moi, deux véritables épagneuls anglais pure race. Ils viennent d'Allemagne-, ils appartenaient à un prince dont nous avons mis les États sens dessus dessous. Vous verrez. — Ah! et puis après- demain mes chevaux viendront. J'ai une jument arabe que je veux faire monter à la cousine. — Vous avez des sangliers par ici, n'est-ce pas? J'ai aussi un chien pour le sanglier 5 il vient de Bohême. Oh! quel chien! — Mais, cousine, il faudra enfermer vos chats, — . autrement il vous les étranglera tous d'un coup de gueule. — Morbleu! nous allons mener ici joyeuse vie. Vous avez des voisins, n'est-ce pas? Plus on est de fous, plus on rit. Nous chasserons le matin, nous boirons le Champagne de la cousine -, le soir nous ferons de la musique, nous chanterons des duos \ j'ai une voix de chantre de cathédrale maintenant... la, la, la la... Nous danserons ; je ferai la cour à la cousine, si le cousin n'est pas jaloux. — Pas vrai que vous n'êtes pas jaloux, cousin? Sacrament! comme disent les Allemands, il faut s'amuser dans ce monde.