SCÈNE V
ont formé le projet d'affranchir leur pays d'un joug honteux; et mon mari et moi-même nous allons travailler dans ce but. Peut-être, avec l'aide de Dieu, parviendronsnous à rappeler en France nos princes légitimes... peutêtre succomberons-nous... et...
Edouard. Ah çà ! mais c'est donc une conspiration que
vous faites? Malepeste! cousine, comme vous y
allez !
La comtesse. Oui, Edouard, une conspiration; et jamais il n'en fut plus digne de succès. M' imaginant que vous gémissiez comme moi sous la tyrannie du Corse, je voulais vous offrir de partager nos périls et notre gloire...
Edouard. Quoi ! vous conspirez !... sérieusement? sans farce ?
La comtesse. Oui, Edouard; et, faible femme que je suis, c'est moi qui ai conçu l'idée de ce complot. — Edouard, je vous ai parlé à cœur ouvert. — Si vous aimez mieux votre empereur que votre famille, vous pouvez lui révéler nos projets , vous pouvez nous perdre ; je saurai subir mon sort.
Edouard. Ah ! morbleu !... pour qui me prenez-vous?... Vous ne pensez pas ce que vous dites; autrement... Ma foi, puisque vous en êtes, le diable m'emporte ! j'ai envie de m'en mêler.
La comtesse. Il serait vrai?
Edouard. Pourquoi pas? je vois que cela vous fait plaisir; et, pour vous faire plaisir, je passerais au travers du feu.
La comtesse. Charmant jeune homme!
Edouard. Une conspiration!... cela doit être divertissant. Moi, les conspirations, c'est mon fort. J'ai été chassé du lycée parce que j'étais à la tête d'une conspiration pour rosser un de nos maîtres de quartier ; c'est pour cela que je suis un ignorant. On m'a campé dans une école militaire ; puis on m'a mis une épaulette sur
l'épaule, un sabre au côté; et en avant la théorie!
La comtesse. Je gage que ce maître de quartier était quelque jacobin qui voulait abuser de son autorité pour opprimer un jeune gentilhomme.
Edouard. Il s'appelait Ragoulard.
La comtesse. Oh! quel nom jacobin! — Allons, mon ami, vous êtes des nôtres?
Edouard. En vérité, cousine... je ne sais si c'est votre bon vin et la fatigue de la route... ou bien si ce sont vos beaux yeux, ce qui est bien plus probable... mais je me sens tout près de dire et de faire des bêtises... Je ne puis mettre deux idées l'une devant l'autre... D'honneur, vous m'avez ensorcelé !
La comtesse. Dites, Edouard, que j'ai rallumé dans votre cœur les sentiments d'amour pour nos rois; ils sont aussi naturels que la bravoure et la beauté à ceux de notre race.
Edouard. Eh bien ! oui, c'est décidé, je m'en bats l'œil... j'aurai de l'amour pour nos rois... surtout pour vous, cousine... Ma foi, le mot m'est échappé... mais j'ai dit ce que je pense... tant pis si cela vous fâche.
La comtesse. Vous êtes un étrange enfant, Edouard ; mais le naturel est bon, je veux vous convertir.
Edouard. Ah ! c'est ce que me disait cette chanoinessej bavaroise que... (A part. ) Qu'est-ce que j'allais donc dire !
La comtesse. Nous attendons aujourd'hui même ce. amis, ces fidèles dont je vous ai parlé. Ce sont les hommes les plus influents du pays. Le but de notre réunion, c'est de former une association dont l'objet... oui, une association qui s'occupera... comme cela... une associatio: en opposition avec le gouvernement impérial, et qui saisira la première occasion de le renverser.
Edouard. Quand on renversera ce gouvernement-là, il faudra donner un fier coup d'épaule.
La comtesse. Sovez persuadé que nous avons de puis-