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SCÈNE IX

lions. Je ne suis qu'une femme, il est vrai, mais je me sens le courage de m'associer à vos dangers. D'ailleurs ce n'est pas la première fois qu'on verrait une femme prendre part à une conjuration. S'il me souvient de mon vieux Plutarque, la fameuse Lceena partagea la gloire d'Harmodius et d'Aristogiton. Elle se coupa la langue plutôt que de révéler les noms de ses amis.

Le chevalier de thimbray. Ma femme devrait bien en faire autant.

Le baron de mâchicoulis. Madame, nous ne vous souhaitons pas le sort de cette Lœena -, ce serait une trop grande perte pour nous. — Mais nous ne doutons pas que vous n'ayez le même courage et le môme amour pour vos rois légitimes.

La comtesse. Sans me vanter, je suis assez sûre de moi pour affirmer que la vue de la mort même ne pourrait m'effrayer. Que n'oserait-on pas pour une aussi belle cause ! (Elle va pour s'asseoir et pousse un cri perçant.) Ha!

Edouard. Qu'y a-t-il?

Le comte, effrayé. Qu'est-ce? — Auriez-vous vu quelqu'un sous la table?...

La comtesse. Une araignée — sur ma chaise! (Tout le monde rit.)

Bertrand, écrasant V araignée. Araignée du matin, chagrin; araignée du soir, espoir. Il est plus de midi.

Le baron de mâchicoulis. Respirez ce flacon, madame. Je comprends parfaitement votre effroi. C'est un effet purement nerveux. Moi qui vous parle, je me suis trouvé plusieurs fois dans des circonstances assez hasardeuses... hai... et la vue d'une souris produit sur moi une impression que je ne puis surmonter.

Le marquis de malespine. Moi, c'est un crapaud qui me fait de l'effet ; mais c'est très-venimeux.

Le chevalier de thimbray. On dit que Ladislas, roi de Pologne, prenait la fuite quand il voyait des pommes.

Le comte de fierdonjon. J'ai ouï raconter..*

Edouard. Àh çà! conspirons-nous, oui ou non?

Le comte. Mon cousin a raison... Messieurs, pour régulariser nos réunions et surtout pour leur donner ce caractère de gravité qu'elles doivent avoir, il me semble qu'il serait à propos d'élire un président-, et, si personne ne réclame, je me chargerai d'en remplir les fonctions.

Le baron de mâchicoulis. Ah! monsieur le comte, cela n'est pas régulier. Un président exerçant une influence considérable sur toute assemblée, il convient que ce même président soit élu par l'assemblée, afin qu'il en représente les sentiments , qu'il en soit comme l'expression.

Le chevalier de thimbray. Sans doute. Il faut aller aux voix.

Le comte de fierdonjon. Pourquoi donc aller aux voix? Je vous ferai observer, messieurs, que, dans toutes les assemblées de la noblesse de cette province, nos ancêtres, les comtes de Fierdonjon, occupaient le fauteuil. Or, puisque notre but est de rétablir les anciennes coutumes, il me semble...

Le baron de mâchicoulis. Monsieur, je vous demanderai la permission de douter de l'exactitude du fait dont vous venez de nous faire part. Je possède dans mes papiers un titre authentique duquel résulte que , lors de la naissance du grand dauphin, il se tint une assemblée de la noblesse de la province à l'effet d'ordonner un feu d'artifice et un bal pour célébrer cet heureux événement, et que ce fut Pierre-Ponce de Mâchicoulis qui fut chargé par cette assemblée de la présider et de tout diriger.

Le comte. Et les des Tournelles, messieurs, que vous paraissez oublier ! Pour l'antiquité de la noblesse, certes, ie ne pense pas qu'on puisse nous la contester.

Le comte de fierdonjon. Je vous demande un million

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