‹ ColomChapitre 38 sur 46 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

ces messieurs veulent me signer un écrit comme quoi ils leur feront une pension de douze cents livres après ma mort, voici ce que je leur promets de faire. Je pars pour Paris ; je tache de voir l'empereur ; si je puis l'approcher à longueur de bras, j'en réponds, il est mort... Si je le manque, eh bien! un autre pourra faire ce que j'aurais voulu faire. On me fusille, bien ; mais je me dirai : Au moins la bonne femme et mon gars auront du pain.

Le comte de fierdonjon. Morbleu! il y aurait là de quoi nous faire fusiller tous!

Edouard. Il a le diable au corps. Assassiner l'empereur ! il est pire qu'un moine espagnol !

Le baron de mâchicoulis, bas au comte des Tournelles. Ne serait-ce pas un espion que ce coquin-là ?

Bertrand. L'écrit, bien entendu, serait mis en lieu sûr. On ne le montrerait qu'après ma mort.

La comtesse. Cet homme m'effraye au dernier point. C'est un brigand affreux !

Le comte. Mon ami, votre proposition est des plus étranges, et il faudrait que nous eussions en vous une confiance...

Bertrand. Parbleu ! vous ne risquez que douze cents francs à vous tous, et moi je risque mon cou!

Le comte de fierdonjon. Oui ; mais, mon brave, une fois arrivé à Paris, si vous vous laissiez graisser la patte par la police pour tout dire?...

Le marquis de malespine. Et la promesse de pension qui témoignerait contre nous!

Bertrand. Est-ce que vous me croyez capable de vous dénoncer? Morbleu! messieurs, vous allez voir quel homme je suis. (// déboutonne son habit, et tire d'un sac de cuir pendu sur sa poitrine une lettre qu'il jette sur la table. ) Lisez ce papier, vous qui savez lire, lisez !

Edouard. Il est un peu gras, le papier-, n'importe : {Lisant.) « Nous, lieutenant général des armées du roï. certifions à tous qu'il appartiendra que Joseph Bertrand,

dit Sanspeur, major dans notre armée, s'est toujours comporté loyalement et bravement dans toutes les occasions où il s'est trouvé. Son courage et son dévouement sont au-dessus de tout éloge. En foi de quoi nous lui avons délivré le présent certificat, espérant qu'il pourra lui être utile un jour.

« Signé Henri de La Rochejaquelein.

« Du quartier général de S y 179... »

Bertrand. Qui de vous peut montrer un papier signé d'un honnête homme qui réponde de son honneur et de sa fidélité?

La comtesse, regardant du côté de la cour. Que vois- ]e ? grand Dieu !

Le comte. Qu'est-ce encore?... une araignée?

Edouard. Un gendarme à cheval entre dans la cour.

Tous, se levant. Un gendarme !

Le comte. Nous sommes découverts! c'est fait de nous.

Le baron de mâchicoulis. Des Tournelles madame.... cachez-nous.... faites-nous échapper.... vous répondez de nous ! Nous sommes chez vous î

La comtesse. Que faire?

Le comte de fierdonjon. Au moins vous attesterez que je ne suis ^enu ici que contre mon gré, et ignorant absolument ce qu'on allait y faire.

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