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SCÈNE XI. 3iKi

Bertrand. Bah! tenez, vos poignards en nacre ou en ivoire, c'est bon pour la montre; mais parlez-moi pour saigner un bleu d'un bon gros outil comme celui-ci. (j!7 tire un grand couteau.) C'est grossier, mais cela ne coûte pas cher. Un jour, je me heurte contre un caillou, me voilà à bas. Un officier des Bleus me met le genou sur l'estomac, et, sabre levé, il me disait de me rendre. Moi je lui dis, comme disait Jean Chouan : « Il n'y a pas de danger! » et je lui plante mon couteau dans la bouche. Vrai Dieu ! il l'a avalé comme il aurait fait une cuillerée de soupe. Tenez, on voit encore la marque de ses dents sur la lame.

La comtesse. Oh! retirez cet affreux poignard! il me semble le voir tout couvert de sang.

La comte. Laissons cela, mon ami. Il ne s'agit pas de cela. Occupons-nous de nos affaires.

Bertrand. Eh bien, donc ! quand faudra-t-il sonner le tocsin !

Le raron de mâchicoulis. Le tocsin! y pensez-vous? et la gendarmerie, et la garnison de * ** ?

Le marquis de malespine. Et le préfet qui nous enverrait tous en prison?

Le chevalier de thimrray. Il a le diable au corps.

Le comte de fierdonjon. La poire n'est pas mûre, bonhomme.

Bertrand. Elle serait pourrie, morbleu! que vous n'oseriez pas la cueillir?

Le comte. Voilà notre société à peu près organisée ; quels seront ses premiers travaux?...

{Grand silence.)

Le raron de mâchicoulis. Le mieux serait de travailler sourdement les esprits pour les détacher de l'usurpateur. Si l'on pouvait trouver le moyen d'imprimer clandestinement les courtes réflexions...

Le marquis de malespine. On pourrait imprimer en même temps mon discours...

Le comte. Oui, et le mien quand je l'aurai trouvé. Je ne puis croire qu'il soit perdu.

Le chevalier de thimbray. L'embarras serait de trouver un imprimeur honnête homme.

Le marquis de malespine. A la rigueur on pourrait faire circuler des copies manuscrites.

Le comte de fierdonjon. Oui, mais on connaît nos écritures.

Le marquis de malespine. Si madame voulait se donner la peine... Une écriture de femme, cela n'est pas suspect.

Le comte. Gardez-vous-en bien. Tout le monde ici connaît l'écriture de ma femme.

Le chevalier de thimbray. Un autre inconvénient, c'est que peu de gens dans ce pays savent lire. (Un silice.)

Bertrand. Voulez-vous m'écouter un instant? Je vois que l'affaire tourne mal, et que parmi nous il y en a peu qui soient disposés à risquer leur cou pour la bonne cause. Une idée me vient. Quand je dis qu'elle me vient, je veux dire qu'elle me revient, car j'y ai pensé bien souvent. Moi, je suis un pauvre paysan. Je me fais vieux, je ne suis plus bon à grand'chose... pourtant...

Le comte de fierdonjon. Pourtant vous savez encore fort bien tuer des perdrix partout où vous en trouvez.

Bertrand. Je ne dis pas non. Je tire encore assez bien. — Or donc, je me disais : Faut faire quelque chose pour la bonne cause. Ce qui empêche notre roi de revenir, c'est cet autre qui a pris sa place. Cetautre-là pourtant, ce n'est pas le diable. Sa peau n'est pas si dure qu'une planche de chêne, et j'en ai vu, des lurons, qui traversaient d'un coup de couteau une planche de chêne épaisse de deux pouces.

Le comte. Où voulez-vous en venir?

Bertrand. Voici. Je me disais donc : Je suis vieux, oui, mais je nourris quoique cela ma femme et mon gars. Si je meurs, les voilà qui sont à demander leur pain. Si

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