P.-F, PARISOT, O0. M. I
Nous devons à l'obligeance de NN. 85, »'HeuBomez et Dunteu communicalion de cette lettre, primitivementt ct exclusivement destinée par le missionnaire à sa
famille, Elle uous fait connaître la foi vive des bons sauvages évangélisés par nos Pères; la piété, dans les pays les plus catholiques, n'a rien de plus touchant dans ses démonstrations d'amour à l'égard de Notre-Sei-
gaeur, Voici cette lettre :
Kamloops (Colombie britannique), le 16 novembre 1887.
Daus le courant de l'été, je vous promettais de vous faire le récit de la mission ou retraite donnée aux sauvages du bas Frazer à Sainte-Marie, non loin de New- Westminster. Il faut que je me hâte si je veux tenir ma promesse, le temps approche où je dois partir pour visiter les nombreux sauvages du district Kamloops, dont j'ai la charge.
Au printemps, Mt Durieu annonçait aux sauvages des cinq tribus évangélisées par nos Pères de la maison de New-Westminster qu'ils auraient à se réunir le 7 juin, à Sainte-Marie, pour s’y préparer par une retraile à célébrer ensemble, et d’une manière plus solennelle que de coutume, la fête du très saint Sacrement. Cette solennité devait avoir pour but d’honorer Jésus-Christ dans le Sacrement de son amour et de réparer les outrages qu'il y reçoit de la part des hérétiques, des impies et des mauvais catholiques.
Cette nouvelle fut accueillie avec grande joie, et, dès ce moment, la fête en question devint l’objet de toutes les pensées, le sujet de toutes les conversations des sauvages. On se remue, on s’ingénie à gagner de l'argent pour subvenir aux dépenses. On prévoit, on prépare ce qui sera requis pour la fête : chandeliers, chandelles, lanternes vénitiennes, lampions, fleurs artificielles, bannières, oriflammes, banderoles, tapis, poudre et canons, elc., etc.
La nouvelle de ces préparatifs arrive jusqu'à nous et excite la curiosité de nos Shuswaps. Quelques-uns manifestent le désir d'assister à la fête. Nous nous -gardons bien de contredire à leur désir, persuadés que la vue des bons chrétiens du littoral ne manquerait pas de faire sur eux une salutaire impression, Mais une distance de 200 milles les sépare de Sainte-Marie. Le R. P. LEJEUNE entre en pourparlers avec MM. les directeurs du chemin de fer canadien. Pour une wodique somme, ces messieurs consentent à conduire, aller et retour,tous les sauvages qui voudront prendre part au pèlerinage. Le R. P.Marcuaz, du district de Williams Lake, à 125 milles plus au nord, applaudit à l'offre des directeurs. Plusieurs sauvages de son district, franchissant à cheval les 123 milles qui les séparent de la ligne ferrée, pourront se joindre aux pèlerins. Avec les difficultés qu’il rencontre à former ses sauvages à la vie chrétienne, le R. P. MarcxaL se dit que la vie édifiante des sauvages du littoral fera plus d'impression sur eux que toute une année de sermons. Aussi s’offre-t-il à se mettre à la tête de ceux qui voudront descendre à Sainte-Marie.
Ayant été désigné par M# Durieu pour prêcher cette relraite, je descendis de Kamloops, le 2 juin, pour rencontrer Sa Grandeur à l'embranchement de New-Westiinster et l’accompagner au village squamish, où le jeune P, Currovse allait clore les exercices d’une retraite à la tribu tlayamin. C'était aussi de ce village que la tribu sishèle et la tribu squamish devaient partir pour se rendre à Sainte-Marie.
Le 3 juin, à onze heures du matin, nous arrivons à Vancouver, terminus du chemin de fer canadien sur les bords de l'océan Pacifique. Juste en face, séparé de la ville des blancs par un bras de mer de 2 à 3 milles de large, se trouve le village indien. Quatre jeunes Squamish
nous attendaient à la gare pour prendre nos bagages et s'informer de l'heure à laquelle Monseigneur désirait traverser.
Le R, P, Fay, prêtre écossais, curé de Vancouver, ville créée par le chemin de fer et comptant déjà 4 000 âmes, quoique son origine ne remonte qu'à deux ans, nous conduisit au presbyière, près de l’église, sise sur uno élévation qui domine et la ville et le por.
Je laisse ici la parole au Journal de Vancouver : « Vers deux heures, les Indiens de la Mission furent aperçus s’avançant du côté de Vancouver pour renconlier Sa Grandeur, M5 Duriev, qui était attendu. Un grand nombre de citoyens accourent sur le quai pour être témoins de la démonsiration. Environ cinquante canots composaient la flotte indienne. Ils étaient disposés en demi-lune ou fer à cheval et éiaient tous décorés avec profusion de drapeaux, de rubans, de banderoles, d’oriflammes de diverses couleurs, En tête du fer à cheval, quatre gros cavols prirent les devants; l’un était monté par les jeunes filles habillées on bleu, l’autre par les garçons revêtus de surtouts rouges ; Le suivant avait à bord la fanfare indienne, et le dernier, dans lequel se trouvait un siège d'honneur pour Sa Grandeur, étail monté par les chefs et les sous-chefs de la tribu. L'ensemble constituait un tableau des plus pittoresques. Mgr DurtEv, accompagué du R. P. Fay, les attendait au débarcadère, et, au moment où Sa Grandeur mit pied sur le bateau, un coup de canon partit de la mission (village indien). La fanfare, dans le canot voisin, se met à jouer un air plein de vie et d’entrain, et la flotte se dirige vers la mission avec uuc lenteur majestueuse. Durant le temps de la lraversée, uu coup de canon fut tiré toutes les cinq minutes, et quant Monseigneur aborda, il fut salué par trois nouveaux Coups et accueilli avec des marques de juie et de respect