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méditations, capables de les aiguillonner, «le les faire converger, de les unir dans le travail, dans l’espérance et dans l’amour.
Nous prenons tout simplement deux petites institutions existantes : la Crèche et V École Maternelle (Salle .d' Asile) , vagues esquisses harmoniques, ébauchées par l’insiinct de quelques bonnes âmes. Nous unissons ces deux éléments , aujourd’hui séparés ; et nous transportons notre petit monde à sa place naturelle, dans les champs, au milieu des trésors de la Création.
Nous annonçons la modeste et juste prétention de perfectionner les deux institutions nouvelles, et de les approprier aux convenances des communes rurales. Puisque les agitations et les bouleversements font enfin comprendre la nécessité de rattacher les hommes à la vie des champs, il faut bien étudier les moyens d’offrir aux populations rurales ces avantages de la première éducation, jusqu’ici réservés comme un privilège aux populations urbaines.
C’est là une question tout-à-fait opportune.
Cette double idée i — combinaison de la Crèche et de l’Ecole maternelle, et leur perfectionnement pour les besoins de la vie rurale, — nous allons la compléter et l’élever encore par une idée supérieure , puisée aux sources de la plus pure charité sociale.
L’œuvre des Enfants-lrouvés , on le sait, est
Tune des plus saintes qui aient été conçues par le génie du christianisme. Elle vaut une gloire immortelle à son pieux fondateur. Cette œuvre, notre devoir est de la poursuivre, de l’accomplir. Ne faire aujourd’hui, exactement, que ce que fit saint Vincenl-de*Paule au xvne siècle, ce serait mai comprendre l’exemple qu’il nous a laissé. Vincent-de-Paule a entrepris, voulant que son entreprise fût continuée; et son âme, assurément, des sphères aromales d’où sans doute elle nous contemple, attend des hommes l’accomplissement de son bienfait.
L’un de nous, Savardan, a publié un travail sérieusement éludié sur la condition des Enfantstrouvés (1), et son livre montre dans quel état
(1) Asile rural dJ Enfant s-trouvés ; à la Librairie phalanslérienne, quai Voltaire, 25.
Le 15 novembre 1840 le Conseil général de la Seine disait :
« En ce qui concerne la question de V amélioration du tort « des enfants, soulevée par le mémoire du docteur Savardan:
« Considérant que les mesures dues à la sollicitude éclairée « de V administration des hospices, sont un heureux pas dans « la voie des améliorations ;
« Que, malgré les efforts et la surveillance des agents de « cette administration, le sort des enfants placés dans des « familles voisines de l’indigence , où souvent ils sont traités « en étrangers , exploités, excités même à la mendicité et « quelquefois au vol, laisse beaucoup à désirer;
« Qu’il importerait à un haut degré de remplacer progres- « sivement, dans des conditions suffisamment économiques, le, « système actuel du nourrissage et de la pension, par des « établissements agricoles, où les enfants seraient, jusqu’à « vingt et un ans, soumis à une direction paternelle et éclai- « réc, formés aux travaux de la campagne , et élevés dans la
affligeant sont placées ces pauvres petites créatures, victimes de notre Civilisation vicieuse et cruelle, qui est parvenue à paralyser l’effort de saint Vincent-de-Paule, et à enlever les Enfantstrouvés aux soins maternels des Sœurs de Charité. Savardan conclut à la fondation d' Asiles ruraux pour les Enfants-trouvés ; et l’on sait que son projet a été approuvé à l’unanimité, en 1847, par le Conseil générai de la Seine.
C’est ce projet que nous reprenons.
Nous voulons faire des Enfants-trouvés le noyau de notre institut. Il nous semble bon que l’Ecole sociétaire, étudiant les conditions de l’Harmonie prochaine, recueille pieusement les êtres que la Civilisation a le plus abandonnés. Il serait beau que ces victimes, les plus sacrifiées, devinssent le premier instrument de la rédemption sociale, et que ce monde impitoyable envers eux leur dût le trésor de la paix et du bonheur. Il serait juste que cette parole de l’Evangile s’accomplit : « La pierre qu’ils ont rejetée est devenue le sommet de l’angle. »
Savez-vous, frères, jusqu’où a été, depuis la Révolution de Février, la sollicitude généreuse,
« pratique des bonnes mœurs; que déjà les bons résultats de « V Asile Saint-Firmin sont un encouragement. »
Après ces considérants, le Conseil décidait ainsi à l'iinanimilé :
« Le mémoire adressé au Conseil par M. Savardan, sur la « création d'un Asile rural pour 400 enfants-trouvés, est ren- « voyé à M. le préfet, avec prière de mettra promptement à « l’étude le projet contenu dans ledit mémoire. »
l’explosion de la philanthropie , à l’endroit des Enfants-trouvés? Jusqu’à proposer que sur la porte des hospices, aux mots Enfanls-trouvés , fut substitué le mot Orphelins ! ... (1)
Vraiment ce n’est point assez d’un mot et d’un nom. Il estbien, pourtant, d’avoir senti le besoin d’effacer ce triste nom, qui exprime l’une des plaies et des hontes de la Civilisation ; mais il faut plus encore ; il faut que ces pauvres petits cessent réellement d’être orphelins. Il faut qu’ils trouvent désormais, non la sécheresse administrative à la place de l’amour maternel, non les hasards delà maison du pauvre paysan, non le délaissement qui les mène, pour la plupart, à la prison et au bagne; non : ce n’est point assez. Il faut qu’ils soient recueillis et sauvés, au sein d’une famille harmonienne et chrétienne.
Nos amis bien aimés, et vous surtout, nos sœurs, dont l’esprit moins affairé et le cœur plus doux sont plus prompts aux actes de charité et de tendresse, vous tous qu’unit d’une sainte amitié l’idée grandiose et sublime ue Fourier, venez, venez, communions dans un sentiment de charité et de justice harmoniennes.
(1) Proposition deM...
Pour être justes, il faut dire que, sur la proposition du docteur Thierry, on avait, un moment, écrit sur la porte du triste asile : Hospice des enfants de la Patrie . Mais la chose parut bientôt immorale, et l’inscripuon lut effacée aussitôt que l’esprit conservateur reprit le dessus.
Nous, que le monde accuse d’irréligion , réparons, au nom de l’amour de Dieu et du prochain, les iniquités de ce monde corrompu. Donnons l’exemple de la réparation, comme l’entendait le grand cœur de Fourier, ce cœur, providence universelle, qui embrassa dans sa sollicitude infinie toutes les classes, tous les hommes, surtout les plus faibles, les plus déshérités ; qui conçut ce règne de la Justice divine, où il n’y a plus de pauvres et de parias, où il n’y a plus de trahisons lâches, de flétrissure et de déshonneur, où il n’y a plus de mères tuant ou rejetant leurs enfants, ni d’enfants à tout jamais privés de père et de mère, et passant sur la terre, infortune suprême! sans avoir été réchauffés et bénis au foyer de la famille.
Amis, que la famille phalanstérienne donne donc l’exemple d’une sollicitude parfaite à l’égard des orphelins rejetés, l’exemple d’une adoption supérieure, plus intime et plus paternelle.
Nous proposons que chacun des groupes de l’École adopte un ou plusieurs Enfants-trouvés de sa localité, et reste chargé de leur entretien dans l’institut que nous allons fonder. Ainsi chacun de ces pauvres petits, outre le foyer de la famille générale dans lequel il sera éduqué, aura sa famille distincte, ses parents d’adoption, vers lesquels nous prendrons soin de ramener toujours son cœur par les liens de la reconnaissance
et de l’amour. Ainsi, chaque groupe de l’École sera rattaché à notre colonie enfantine, non pas seulement par la sollicitude générale, mais par une sollicitude spéciale et par une affection privée. Ainsi , notre colonie sera profondément, et de toutes parts , embrassée dans l’École par l’enchaînement sériaire des sentiments privés et des sentiments sociaux.
Et tout cela, et cette sainte adoption des réprouvés de ce monde, ce n’est point encore assez pour nos cœurs. Il faut que la famille phalanstérienne offre, la première, l’exemple de l’Égalité fraternelle. Il ne suffit pas que nos amis donnent aux orphelins des pères et des mères, il faut encore que les enfants de nos amis donnent aux orphelins des frères et des sœurs.
Plusieurs de nos amis, prévenus de notre projet, nous ont annoncé qu’ils voulaient réunir à nos pauvres Enfanls-trouvés leurs propres enfants. Noble et pieuse inspiration ! Qu’ils soient bénis, ceux auxquels est venue l’idée de ce plus grand des actes delà Fraternité chrétienne! Oui, jamais on n’aura vu témoignage de charité plus haute. Saint Vincent - de - Paule a obtenu du monde que les Enfants-trouvés fussent ramassés, recueillis, élevés, mais élevés à part, à côté des ingénus et des légitimes ; et ces malheureux sont restés à l’écart, marqués d’un sceau de réprobation. Fourier, qui, dans son système merveilleux d’éducation, révèle, on peut dire, le
génie d’un Newton dans le cœur d’un Vincentdc-Paule, Fourier forcera ce monde à faire rentrer les enfanls abandonnés dans la famille agrandie, toute pleine des trésors inépuisables de la fraternité (1).
Voilà donc, amis, l’ensemble de notre projet.
Nos propres enfants fraternellement unis avec des Enfants-lrouvés, avec quelques enfants d’ouvriers, de paysans, de domestiques : voilà notre petit monde d’expérience. Toutes les classes se trouvent ainsi représentées dans ce premier essaim unitaire.
Ces enfants, envoyés de nos diverses provinces, représentent, en outre, toutes les variétés de la race française. Et plus encore; nous demandons à nos amis d’Angleterre, d’Italie, d’Espagne, de Suisse, de Belgique, d’Allemagne, d’Amérique, de l’Algérie, de nous envoyer des représentants de leurs races diverses. Ainsi, nous voulons avoir comme un sommaire de la famille humaine, afin que toutes les races con-
(1) Beaucoup de parents, tout en approuvant l’esprit de ce projet, ne seront pas disposés à nous confier leurs enfants, puisqu’il faudrait s’en séparer. Rien n’est plus légitime ; et nous savons bien que personne, dans l’éducation ne peut suppléer les influences de l’amour maternel ; et nous savons aussi que toute mère a besoin d’avoir son enfant sous ses yeux. 11 suffit, pour que notre idée oit son accomplissement, que quelques pères veufs, ou quelques parents, libres de venir habiter auprès de nous, consentent à confier leurs enfants à notre sollici-# tude dévouée.
courent sympathiquement à nos essais; afin que l’idée de la paix et de la fraternité universelle fleurisse, en quelque sorte, sur le berceau de nos enfants ; afin que Dieu bénisse dans notre petite œuvre l’Humanité déjà unifiée par le désir (1).
C’est sur cette petite famille, formée dans des sentiments d’affection fraternelle et d’unité religieuse, que nous expérimenterons, dans la mesure de nos ressources, les méthodes de l’ordre sériaire, appropriant à ces forces naissantes tous les travaux de la culture et de la manufacture.
Tout préoccupés de satisfaire la double tendance manifestée dans l’Ecole : d’une part, nous nous plaçons, vous le voyez, dans les conditions les plus prudentes et les plus réservées; nous allons en quelque sorte prendre les civilisés chez eux, et nous entrons nous-mêmes dans leurs institutions connues, pour pouvoir, par ce chemin battu, les forcer à leur tour d’entrer aux champs harmoniens ; — et de l’autre part, pour répondre aux aspirations supérieures, nous allons tout d’abord aborder en plein l’étude des procédés sériaires, et réunir tous les éléments d’une harmonie miniature.
Où trouver mieux pour nous distraire des
(4) La présence de quelques enfants étrangers, de six a huit ans, nous permettra de faire apprendre en jouant à nos enfants les langues vivantes-
conflits politiques, et nous calmer, et réunir nos cœurs, qu’une œuvre pratique, un naïf essai d’éducation maternelle? Cette contemplation tant souhaitée de la Vérité divine, comment mieux nous la donner et mieux en jouir, qu’en ramenant nos esprits à cet infiniment petit d’une esquisse d’éducation unitaire-intégrale, à l’expérience sereine du travail attrayant parmi les plus petits enfants, germe d’où jaillira la vie dans sa splendeur, grain de sénevé qui deviendra un arbre immense, ombrageant tous les oiseaux du ciel et leurs doux concerts?
L’enfant (c’est une thèse à développer, thèse charmante et sublime), dans l’état normal de notre planète, titrée en Amitié , dans les périodes harmoniques, l’enfant devient le révélateur permanent de la destinée. Ainsi s’expliquent la sollicitude toute particulière de Fourier à l’égard de l’enfance, et l’importance spéciale donnée au traité de l’éducation dans le livre de Y Unité universelle ; ainsi s’expliquent le caractère royal attribué aux Petites Hordes, type de dévouement amical, et ce nom étrange : ombre de Dieu !. . Et par un accord mystérieux qui, chaque jour, pour notre part, nous frappe davantage, nous voyons que le Christ avait la même singulière préférence pour les enfants, et qu’il les recommande, en quelque sorte, au respect des hommes de son temps comme des êtres privilégiés et voisins de Dieu.
« Béni soyez-vous, mon Père, disait-il, qui « avez caché ces choses aux savants, et les avez « révélées aux petits. »
« Quiconque reçoit un de ces enfants, me reçoit. »
« Laissez venir à moi ces petits, et ne les empêchez, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. »
« En vérité, je vous le dis, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant , n’y entrera pas. »
« Si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »
« Veillez à ne dédaigner aucun de ces tout petits; car, je vous le dis, leurs Anges voient sans cesse la face de mon Père céleste. »
Et non • seulement le génie par excellence de la Charité, cette lumière du cœur, Jésus- Christ (1), l’Amour vivant, semble nous révéler, en ses termes voilés, que l’enfance est éminemment douée, et marquée d’un sceau divin; et nonseulement le génie même de la science, Fourier, voue à l’enfance la part la plus accomplie de ses méditations sublimes, et lui confie la plus haute fonction du travail religieux : mais encore le bon
[l) Peu importe ici la manière différente de considérer ïa figure du Christ : Fils unique de Dieu, ou prophète inspiré, ou simple philosophe, il n’en est pas moins, pour tout esprit impartial, l ame la plus pure, la plus douce et la plus tendre.
sens populaire nous dit dans tous les siècles de l’enfant, qu’il est plus près de la nature.
Si l’enfant est plus près de la nature, s’il est reflet de Dieu, si l’attrait, en lui, vient directement de Dieu, du moment où nous allons étudier l’enfant avec déférence, et le suivre avec docilité, nous ne pouvons manquer de voir des merveilles.
Et en expérimentant dans la première éducation la méthode de Fourier, nous allons être immédiatement conduits à un fait capital. Ce fait, c’est la mise en relief de la femme, laissée jusqu’ici trop à l’écart, et maintenue dans un état de passivité déplorable. Or, du consentement même des Civilisés, l’éducation du premier âge est abandonnée aux femmes; et les deux institutions, Crèche et Ecole maternelle, restent sous leur direction. Par ce point obscur, les femmes viennent d’entrer dans la vie publique, fait considérable, dont nos hommes politiques sont loin d’avoir compris la portée et prévu les conséquences.
Nous allons donc, Frères phalanstériens, convier la femme, non point, comme a fait le monde, par hasard, par entraînement aveugle, ou cédant à la nécessité, mais dans un sentiment de conscience profonde, par respect réfléchi de l’intelligence féminine , nous allons convier nos sœurs à venir travailler au grand œuvre.
Si deux hommes s’offrent d’abord à vous pour
procéder à l’établissement premier, c’est parce que deux de nos sœurs, âmes éminentes, douées d’une haute capacité et d’une aptitude spéciale, ne peuvent pas, ne doivent pas s’engager en ce moment, par des raisons capitales ; c’est aussi, sans doute, parce qu’il est dans l’ordre de la Providence que l’homme prenne les devants et prépare ce que la femme doit accomplir, que l’homme défriche le sol, où, par les soins de sa compagne, s’épanouira la fleur embaumée.
Nous entreprenons donc l’œuvre, convaincus que le monde sera sauvé par les enfants guidés par les femmes , et, conséquemment, tout pleins de pieuse déférence envers l’enfant et de profond respect envers la femme, et tout prêts à effacer peu à peu, dans l’éducation, notre domination majeure devant l’inspiration du génie mineur , plus sagace, plus délicat et plus tendre.
Nous vous offrons notre zèle et tout l’effort de nos deux bonnes volontés intimement unies entre elles. L’un de nous, Savardan, médecin, homme pratique, ayant administré avec fruit, pendant quinze ans, une grande exploitation rurale, se chargera plus spécialement de l’administration positive, agricole, industrielle et financière. L’autre, Laverdant, ayant pris son brevet d’instituteur du premier degré, répondra plus spécialement de l’éducation.
Tous deux, étant mariés, auront le bienveillant et précieux concours de leurs familles.
11 est entendu que cette petite œuvre sera faite sous notre responsabilité privée, que le concours donné par nos Frères n’affectera aucune forme solennelle de nature à engager le Centre de l’Ecole, ou à compromettre la Théorie de Fonder.
L’Ecole n’entreprend rien devant le monde ; et nous-mêmes nous ne songeons à faire ni un Phalanstère, ni un Phalanstérion. Nous essayons simplement de prouver aux gens de bonne volonté que les principes et les méthodes de Fourier peuvent amener à un perfectionnement de la Crèche et de la Salle d’asile.
Entre nous et pour nous, Phalanstériens, ce sera un petit champ d’expériences et d’études, où nous chercherons à confirmer par la pratique la conviction déjà faite dans notre intelligence ; où nous procéderons au développement de quelques fonctionnaires, qui, ainsi préparés, seront aptes à rendre des services meilleurs et plus prompts dans la première Phalange organisée.
Notre Colonie maternelle sera une pépinière d’attente.
Nous allons cultiver, soigner, dégrossir pour l’Harmonie, nos petits enfants déjà plus ou moins plongés dans cette Civilisation, qui altère et fausse si promptement les jeunes âmes par la négligence et par la contrainte. Le jour venu de l’édification du Phalanstère, nous transplante-
rons notre petite famille, et nous espérons que, grâce aux études et aux soins antérieurs, nous pourrons presque immédiatement, ou du moins plus promptement, appeler le monde à venir contempler des tableaux d’Harmonie.
Si nous avons réussi dans notre objet spécial, lorsque l’Ecole renouvellera ses démarches devant l’Assemblée nationale et fera son appel au public, elle pourra présenter notre esquisse comme un titre à la confiance. Elle dira : Voyez: nous avons fait seuls un effort de travail et de dévouement; nous avons prouvé dans la pratique la fécondité de nos idées ; nous avons perfectionné la Crèche et la Salle d’asile. Donneznous donc les moyens de continuer nos études et d’accomplir l’expérience du Travail attrayant.
Et cette petite œuvre recommandera l’Ecole sociétaire au monde, non pas seulement par l’efficacité prouvée de ses méthodes, mais aussi par son caractère élevé et religieux.
Dans le réseau des préjugés et des défiances qui nous enserrent et nous font obstacle de toutes parts, n’est-il pas déplorable que nous rencontrions, non -seulement les sceptiques et les égoïstes, mais encore beaucoup d’âmes charitables et religieuses? A ces bonnes âmes, l’ignorance est parvenue à faire accroire que nous voulions fonder le règne d’on ne sait quelle licence scandaleuse, d’où la religion serait ban-
nie, et où l’homme, livré aux jouissances grossières, et régi par le code de la brute , rejetterait avec- mépris tous les liens du devoir et du dévouement, toutes les affections pures et religieuses.
11 faut faire cesser au plus tôt celte erreur affligeante, qui perpétue les conflits, et semble devoir précipiter l’un sur l’autre, dans une guerre fanatique et sauvage, le monde des socialistes et le monde religieux.
Prouvons, par un fait visible et tangible, que nous savons concevoir et exécuter des actes de dévouement, de fraternité et de paix, et que nos cçeurs s’inspirent véritablement à la source divine de la Charité.
Ce que nous proposons de faire devant le monde (l’adoption collective et intime des Enfants-trouvés, et leur union avec nos propres enfants), c’est le développement de l’œuvre de saint Vincent-de-Paule dans le sens le plus évangélique; et' cet acte, nul, parmi les plus fidèles chrétiens, ne l’a encore conçu, ou du moins, si de grands cœurs ont aspiré à cet idéal fraternel, nul ne l’a encore pratiqué, nul ne l’a présenté au monde. Notre Colonie maternelle, fondée sur ce plan, c’est la démonstration nette et claire de cette vérité : qu’il n’y a rien de plus essentiellement fraternel et unitaire, évangélique et chrétien, que la doctrine de Fourier ; c’est la preuve faite que les disciples s’inspirent à la source du
génie le plus religieux qui ail parlé dans rimmanité depuis dix-huit cents ans.
Alors tomberont les défiances, et disparaîtront les préjugés. Alors les prêtres sincères, les pauvres bons curés de campagne, verront qu’on les a trompés, et ils cesseront d’entretenir autour d’eux une réserve inquiète contre nous. Alors les femmes, plus rassurées , examineront nos doctrines. Et toute femme qui écoutera avec douceur et impartialité l’exposé du système d’éducation de Fourier, passera, on le sait bien, dans notre camp . Et toute femme qui verra des enfants élevés selon nos méthodes de liberté harmonieuse, d’attrait et d’amour, versera des larmes de bonheur, et sentira que là est le germe de cette Révélation de la Révélation , annoncée au début de ce siècle, par un vaste esprit religieux. Alors le monde sera converti et conquis, et la transformation s’accomplira comme par enchantement; car il est écrit dans la sagesse proverbiale des nations : Ce que femme veut , Dieu le veut !
Allons, nobles et bien aimés frères, vous qui avez l’honneur d’être montés les premiers sur la brèche pour attaquer ce vieux monde des morts, en avant, en avant! Un pas encore dans la voie de la conquête et du triomphe ! Confionsnous à tout ce qu’il y a de plus petit, de plus humble et de plus misérable, l’enfant, TEnfanttrouvé, l’enfant proscrit. La pierre rejetée de-
viendra le sommet de l’angle ; la plus petite des semences donnera bientôt pour tous l’ombrage rafraîchissant.
Tandis que les partis semblent prêts à s’entredéchirer, nous, ouvrons nos bras pleins d’amour, et pressons sur nos cœurs la plus innocente victime de ce monde subversif. Unissons-nous dans cet acte de sainte charité. Oublions nos propres divisions. En faisant cet acte de fraternité, de pacification, de consolation du pauvre Enfanttrouvé, nous sentirons l’amour, la paix et le bonheur descendre en nous, émanés de Dieu même.