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IV. — Nossi-Bè

La dernière des îles françaises autour de Madagascar se nomme Nossi-bé. Elle est située dans les eaux de la grande île, sur la côte nord-ouest, et tire de ce voisinage sa principale importance. Elle affecte la forme d’un quadrilatère irrégulier et présente une superficie de 19,500 hectares. Vue du large, elle présente l’apect d’un épais massif de verdure, dominé par des montagnes en forme de cônes tronqués qui décèlent une origine volcanique. Trois groupes distincts composent le système orographique de Nossi-bé : le Tanê-Lanak , le Navekh et le Loucoubé. Trois cours d’eau principaux découlent de ces montagnes, le Djabala , YAndrian et Y Ankaranheni. Outre ces cours d’eau, une foule de ruisseaux et de torrents sillonnent les ravins sans nombre dont l’île est déchirée. Toute l’année, l’eau de ces rivières ou ruisseaux est potable. *

Quelques îlots environnent Nossi-bé. Les principaux sont Nossi-Cumba , Nossi-Mitsiou et Nossi-Sakatia. Nossi-Gumba est séparée de Nossi-bé par un canal de 2,600 mètres : c’est un pâté de montagnes, dont un des sommets atteint la hauteur de 622 mètres. Nossi-Sakatia est séparée de Nossi-bé par un

canal de 1,000 mètres. Cette dernière île est inhabitée, à cause de ses vastes marécages, dont les miasmes ont opposé un obstacle insurmontable à la colonisation.

Le sol de Nossi-bé et de ses annexes est de la plus grande richesse. La canne à sucre, le riz, le manioc, le café, l’indigo, la patate y viennent parfaitement, sans exiger beaucoup de soins. La canne à sucre, d’abord cultivée exclusivement par les Européens, a fini par tenter les indigènes, qui aujourd’hui la cultivent aussi, et contribue à l’alimentation des dix-huit sucreries de la colonie. Il ne faudrait que quelques travaux d’assainissement pour transformer ce coin de terre en une féconde oasis. Nossi-bé et ses annexes jouissent d’excellents mouillages qui se prolongent jusque dans les baies de Madagascar.

Jadis, cet archipel dépendait des roitelets de la côte nordouest de Madagascar. A la suite des guerres malheureuses soutenues par les Sakalaves contre les Howas, sa population s’accrut sensiblement. Plusieurs milliers d’indigènes émigrèrent avec leur reine Tsioumeick; mais, craignant un retour offensif des Howas, ils profitèrent de la présence d’un navire de guerre français, le Colibri , pour se mettre sous la protection de notre gouvernement (1840). Un traité fut conclu en 1841 entre la reine Tsioumeick et le capitaine Passot, traité par lequel la reine cédait à la France tous ses droits de souveraineté. Après quelques années employées en travaux d’installation, l’île fut attaquée en 1849 par un grand nombre de pirates et d’insulaires de Madagascar. Les agresseurs furent repoussés, mais on reconnut la nécessité de travaux de fortification, qui furent aussitôt entrepris. Depuis cette époque, indigènes et colons ont pu se livrer en toute sécurité à leurs travaux, sans perdre de vue la grande île, objet de leurs regrets et de leurs espérances.

Sainte-Marie, Mayotte, Nossi-bé et ses dépendances n’ont à l’heure actuelle qu’une importance minime; mais ces colonies permettent aux insulaires de la grande île de compter sur nous pour une revendication prochaine. Les conséquences de cette intervention nécessaire sont incalculables : abolition du joug détesté des Howas, accès désormais facile au commerce de

toutes les nations sous la protection de la France, initiation à la civilisation, prodigieuse extension de notre influence et renaissance politique. Quand nous entourerons l’Afrique au nord par l’Algérie, à l’ouest par le Sénégal, au sud-est par Madagascar, qui sait les destinées à nous réservées? Les anciens disaient déjà que l’Afrique est le pays de l’inconnu : In Africa semper aliquid novum. L’influence qui nous échappe en Europe, nous la retrouverions peut-être en Afrique ! Après avoir initié l’Europe à la liberté politique, nous aurions l’heureuse chance d’initier l’Afrique à la liberté sociale et de répandre sur elle tous les bienfaits de la civilisation.

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