III. — Mayotte
La seconde des îles que nous possédons dans les parages de
Madagascar est Mayotte ou plutôt Mahorê , comme l’appellent ses propres habitants. Elle l'ait partie du groupe des Comores, au milieu du canal de Mozambique, entre la pointe nord-ouest de Madagascar et le continent africain. Découverte en 1527, par le Portugais Ribero, visitée pour la première fois en 1599, par le Hollandais Davis, elle fut délaissée pour ainsi dire par les navigateurs. L’Anglais Hamilton écrivait, en 1720, qu’elle était si peu fréquentée qu’on ne connaissait pas le caractère de ses habitants. Mayotte était donc une véritable terre inconnue avant l’exploration du navire français la Prévoyante , commandée par le lieutenant de vaisseau Jehenne, en 1840. Elle avait jusqu’alors figuré sur toutes les cartes comme dépourvue de bons mouillages. En effet, cette île est presque entièrement entourée d’un réseau de récifs et de brisants redoutables, et les seuls Européens qui la visitaient étaient des négriers espagnols ou portugais, qui avaient tout intérêt à cacher leurs repaires. Après avoir contourné la chaîne des récifs, l’équipage de la Prévoyante se trouva, comme par enchantement, au milieu d’une rade immense, très-sûre et de facile défense. Cette muraille de récifs, qui semble au premier abord inaccessible, présente en plusieurs points des ouvertures , qui , bien qu’étroites, permettent le passage aux plus grands bâtiments. La découverte, au milieu d’une mer inhospitalière, d’une station navale si bien aménagée était une heureuse fortune. Le lieutenant Jehenne entra tout de suite en négociaiions avec le maître de Mayotte pour lui acheter au nom de la France ses droits de souveraineté. Ce maître se nommait Andrian Souii. C’était une sorte de condottieri, d’origine royale, qui, après maintes aventures plus que suspectes, avait fini par se tailler cette principauté dans l’archipel des Comores. Les diverses péripéties de son existence lui avaient enseigné la philosophie pratique. Il avait été trop souvent réduit à la plus piteuse des conditions pour ne pas accepter avec empressement les propositions de M. Jehenne, qui lui offrait, en échange d’une souveraineté fort aléatoire, une rente annuelle de 5,000 francs, $ et l’éducation au lycée de la Réunion de deux de ses enfants. Andrian Souli signa le 25 avril 1841 cette convention, que ratifia quelques mois plus tard le roi Louis-Philippe, et, le 13 juin 1843, la France prenait officiellement possession de sa
nouvelle colonie. Depuis, elle n’a pas cessé de nous appartenir, et, de part et d’autre, les engagements pris ont été exécutés avec fidélité.
La superficie de Mayotte, sans y comprendre celle des îles Pamanziy Zambourou , Dzaoudzi et quelques autres îlots qui en dépendent, est de 18,500 hectares. Son sol est d’origine volcanique. Il est formé d’une épaisse couche de terre végétale, très-fertile, qui, par endroits, atteint une profondeur de 15 mètres. Mayotte est traversée dans toute sa longueur par une chaîne de montagnes , dont les sommets paraissent atteindre 600 mètres. L’irrégularité de ses formes provient du développement inégal des contreforts de la chaîne, qui divergent des points culminants en s’abaissant vers la mer. Mayotte n’a pas de rivières, mais une foule de ruisseaux dont l’eau est excellente et dont quelques-uns sont assez puissants pour faire mouvoir des machines. Sur les côtes bordées de récifs, mais au travers desquels il est facile de pénétrer, on distingue trois rades principales : celle qui est formée par Mayotte et les deux îlots de Pamanzi et Dzaoudzi, celle de Longoni, celle de Boeni .
Mayotte a deux saisons : pluies et sécheresse. La température moyenne est de 27°, 20, et jamais le thermomètre ne s’élève à plus de 34 degrés. Par malheur, les fièvres intermittentes et pernicieuses s’y rencontrent sous toutes les formes. Elles sont causées par le grand nombre des marécages disséminés dan" l’ile. Aussi les colons européens ne s’y acclimatent encore qu’avec peine. Son sol fournit, dans les parties cultivables, les différentes productions coloniales. Les régions sud et sud-ouest sont remplies de cocotiers et de bananiers qui poussent sans soin. Les fruits abondent à l’état sauvage. La canne à sucre, le coton, le café et le tabac croissent spontanément. On recueille encore dans l’île de la cire, du miel, de la gomme copal, une espèce de résine blanche et parfumée, et diverses espèces de bois propres à Fébénisterie et aux constructions navales. La principale culture est celle de la canne à sucre. Telle est l’épaisseur de la couche d’humus qu’elle n’a pas besoin, pour se renouveler, de recevoir des cultures différentes. La canne I eut occuper le même terrain pendant huit à dix ans. Aussi Mayotte commence-t-elle à être classée parmi les colonies productives de la France. En 1852* l’exportation n’était que
de 100,000 fr. et l’importation de 242,464; en 1862, nous trouvons 540,000 et 1,300,000; en 18i4, 58i,98D et 1,400,675. La culture du café n’a pas également réussi. Les jeunes plants poussent trop vite. A la troisième année, ils sont déjà couverts de fleurs et de fruits, et, au moment de la récolte, ne présentent plus que des enveloppes coriaces et sans baies.
Malgré ces richesses agricoles et la facilité des approvisionnements, Mayotte n’est pas encore devenue une grande colonie. La population lui fait défaut. Mayotte, en effet, ne compte encore que 9 à 10,000 habitants, sans parler des fonctionnaires et de quelques centaines d’engagés volontaires appartenant aux diverses races de la côte orientale d’Afrique. Le fonds de la population est formé par des Arabes, qui régnaient jadis dans ces parages, et par des Sakalaves , qui proviennent des émigrations de Madagascar. Les uns et les autres sont d’un caractère doux. Ils se sont habitués tout de suite à notre domination, et nos relations avec eux sont toujours restées faciles,