‹ Colonies françaisesChapitre 19 sur 111 · OBOCK · texte numérisé non relu

OBOCK

communiquent entre eux et avec la haute mer; on pourrait donc y pénétrer par tous les temps. Le mouillage du nord est préférable. On le rendrait excellent en construisant, contre les vents du sud-ouest, deux jetées de 800 mètres chacune, dont il serait facile de trouver à portée les matériaux. Obock possède en outre deux avantages inappréciables, de l’eau potable et du charbon. Les puits et les torrents sont nombreux, et il serait facile de détourner jusque dans le port la rivière Anazo. Quant au charbon, on le trouve dans le voisinage, à fleur de terre, très-abondant, et de qualité supérieure. Or à Aden, le port le plus fréquenté de la région, l’eau potable, récoltée à grand’peine dans des citernes, se vend très-cher et est détestable, et le charbon y est transporté à grands frais d’Angleterre. Il est évident que les navires de toutes nations viendraient de préférence à Obock pour y renouveler avec une économie considérable leurs provisions d’eau et de charbon.

Obock occupe en outre une position stratégique de premier ordre. Entre Toulon et Saigon, la seule ville française est Pondichéry, c’est-à-dire que nos navires sont forcés de relâcher dans des ports anglais, et que, en cas de guerres maritimes, nos communications seraient facilement interrompues. Que si au contraire nous possédions à Obock à la fois un dépôt de charbon, un port de ravitaillement et de refuge, et un arsenal, établissements qu’il serait facile de fonder, nous aurions ajouté un anneau à cette chaîne de stations navales que doit posséder toute puissance maritime.

Nos négociants trouveront également dans cette région l’occasion de contracter des marchés lucratifs. Obock peut en effet devenir le débouché des produits de l’Abyssinie, du Somal, du Choa et de tous ces pays encore vierges, qui n’attendent pour être fécondés que la présence des Européens. On demande déjà sur la côte nos pièces de cotonnade bleue, qu’on nomme guinéesj nos velours et nos soies, nos verroteries, nos articles de Paris et nos parfumeries. Ces marchandises sont aujourd’hui apportées en Abyssinie par des caravanes et vendues très-cher. Tous les habitants de cette partie de l’Afrique accourront à Obock, dès qu’ils sauront qu’on y trouve à peu de frais les objets qu’ils recherchent, et, en échange des produits de notre industrie, ils apporteront leurs métaux, leurs bois précieux, caoutchoucs,

cafés, cotons, indigos, tabacs, lins, cannes, encens, koussôs, coloquintes, etc. Les chevaux abyssins, si vantés pour leur légèreté, les bœufs et les buffles, les éléphants et les autruches, les perles, nacres, écailles, coraux, en un mot toutes les richesses végétales et animales de la contrée seront dirigées vers Obock, qui de la sorte deviendra le point de départ des caravanes pour l’intérieur de l’Afrique et le principal marché d’exportation des denrées africaines.

Si donc nous avons la sagesse de dépenser enfin notre activité dans ces utiles entreprises, il est certain que notre récente acquisition est appelée à un grand avenir. Obock peut devenir un des grands ports de l’océan Indien. Puissent nos souhaits de prospérité se réaliser quelque jouri

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