CHAPITRE PREMIER
M. Ternaux-Compans, à la suite de sa Notice historique de la Guyane française (1843), et M. Victor de Nouvion, dans ses Extraits des auteurs et voyageurs qui ont écrit sur la Guyane (1844), ont dressé le catalogue des ouvrages à consulter sur notre colonie. Le premier énumère 166 auteurs, et le second 240. Nous ne pouvons que renvoyer à la lecture de ces précieux catalogues. Nous nous contenterons d’indiquer ici les principales publications de ces dernières années sur la Guyane française.
Vidal. Voyage d’exploration dans le haut Maroni [ Revue maritime et coloniale, 1862).
Couv. Renseignements sur la navigation des côtes et des rivières à la Guyane .
Bouter. Voyage dans la Guyane française [ Tour du monde , 1866).
Bouyer. La Guyane française. Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863. 1867.
Brett. The indian tribes of Guyana, 1868.
Sagot. Exploitation des forêts à la Guyane française ( Revue maritime et coloniale, août 1868).
Delteil. Notice sur la Guyane française. 1870.
Delteil. Voyage chez les Indiens de la Guyane française. 1870.
Saint-Quentin. Introduction à l’histoire de Cayenne. 1872.
Barveaux. L’or à la Guyane française [ Revue maritime et coloniale, 1873).
Sagot. Agriculture de la Guyane française. 1874.
Mourié. La Guyane française. 1874.
De La Bouglise. Les placers de la Guyane française [Journal officiel, juin 1874).
Loubère. Situation économique de la Guyane française en 1874. 1875.
Moreau. La Guyane française [Explorateur, 1875).
Baumes. Les mines d'or de la Guyane [Correspondant, T. 10).
B.enard. La transportation et les transportés [Correspondant, T. 37).
Ambert, Les missions et la transportation [Correspondant, T. 80).
Crevaux. De Cayenne aux Andes (Société de géographie,. 1880).
Chevaux. De Cayenne aux Andes [Tour du monde, 1881).
Chabaud-Arnault. La Guyane française et la province de Para ( Revue
maritime et coloniale , 1876).
Avrainville. Statistique agricole et commerciale de la Guyane française en
1872-1873 ( Revue maritime et coloniale, 1876).
X... Les coolies de la Guyane ( Revue scientifique, juillet 1877).
H. Bionne. La Guyane française ( Explorateur , mars 1878).
Crevaux. Voyage en Guyane en 1877 (Société de géographie, nov. 1878). Martinet. Projets sur la Guyane, 1880.
Crevaux. Fleuves de l'Amérique du Sud, 1883.
La Guyane est une vaste contrée de l’Amérique équinoxiale, comprise entre l’Atlantique à l’est, l’Orénoque au nord, le Rio- Negro à l’ouest et l’Amazone au sud. Quatre nations se partagent aujourd’hui ce territoire : le Brésil revendique le pays compris entre l’Amazone et FOyapock : les possessions françaises s’étendent de FOyapock au Maroni , la Hollande du Maroni au Corentin, et l’Angleterre du Corentin à l’Orénoque. Les quatre Guyanes appartenaient jadis à la France et portaient alors le beau nom de France équinoxiale. Le Brésil, la Hollande et l’Angleterre ont profité des désastres de nos guerres maritimes et des fautes de nos gouvernements pour réduire au moins des deux tiers notre ancienne colonie, et elles se sont taillé leur part dans les provinces les mieux disposées pour le commerce et la colonisation. De ces quatre Guyanes, nous n’étudierons que la Guyane française actuelle, c’est-à-dire la Guyane comprise entre le Maroni au nord, l’Atlantique à l’est, l’Oyapock au sud, et sans limites précises à l’ouest.
Christophe Colomb passe pour avoir le premier pris connaissance du pays, lorsque, à son troisième voyage au nouveau monde, le 1er août 1498, il aborda le continent près du delta de l’Orénoque; mais il faut attribuer le véritable honneur de la découverte à Yincent-Ianez Pinçon, un des compagnons de Colomb, qui, sur la foi de vagues indications, ou peut-être guidé simplement par son instinct nautique, toucha le continent américain, le 20 janvier 1500, vers le cap Saint-Augustin. Pinçon entra tout de suite en relations avec les indigènes et longea la côte dans la direction du sud. Il arriva sans s’en douter à un point où il trouva l’eau de la mer si douce qu’il en remplit ses futailles. Surpris de ce phénomène, il s’approche
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alors de terre et mouille à l’entrée d’un fleuve dont l’embouchure avait plus de trente lieues de large ; mais les courants et la marée le forcèrent à s’enfuir en toute hâte, non sans avoir éprouvé de graves avaries. Ce fleuve était l’Amazone, qui en effet modifie à une grande distance l’amertume de l’Océan, et est soumis à un dangereux phénomène de marée, connu sous le nom de prororoca.
Après Pinçon, les voyages se multiplient, et même les explorateurs n’hésitent pas à s’enfoncer dans l’intérieur des terres, sur la foi d’une tradition singulière, d’après laquelle existait au centre du continent une ville, dont la richesse dépassait toute imagination. Le souverain de cette ville était des pieds à la tête revêtu de paillettes d’or, et chaque soir il renouvelait ce vêtement riche, mais incommode, en se plongeant dans un bain. On le nommait l’homme doré, El Dorado> et par suite ses domaines prirent le nom d’Eldorado. Cette légende eut cours pendant tout le xvie et le xvne siècle. De nombreux aventuriers, de toutes les nations, s’égarèrent à la recherche de ce prince métallique et de sa fantastique cité. Mais le charme n’a pas encore été rompu, et la ville de l’or n’a pas été retrouvée. En 1720, un de nos gouverneurs de la Guyane, M. d’Orvilliers, envoyait encore une expédition à la recherche de l’Eldorado, et peut-être se rencontrerait-il , même de nos jours , des croyants à cette chimère.
Aussi bien un trésor existait et existe encore à la Guyane. C’est même un trésor inépuisable, l’agriculture. Dans cette terre féconde poussent à l’envi les productions de toutes les zones. Baumes, essences, bois précieux, fruits et céréales, ce sont là les trésors d’un Eldorado réel, que tous peuvent conquérir par le travail; mais bien des siècles se sont écoulés avant qu’on ait compris cette vérité économique, et la Guyane a longtemps été la terre classique des déceptions et des mésaventures, des désastres même.
Pn effet, depuis le commencement du xvne siècle, époque à laquelle quelques Français, qui abordèrent en Guyane, y plantèrent le drapeau national, toutes les ébauches de colonisation tentées par l’État ou par des particuliers ont misérablement échoué. Les rigueurs de la déportation et des bagnes o:ît encore augmenté le sinistre renom de la Guyane, qui reste, à
l’heure actuelle, la plus discréditée et la moins peuplée de nos colonies. Elle coûte plus encore qu’elle ne rapporte, et, par un contraste qui n’est pas en notre honneur, ses voisines, les Guyanes hollandaise et anglaise, sont en pleine prospérité, et cela dans des conditions équivalentes. Peut-être trouveronsnous la cause de ces insuccès continus, en résumant à grands traits l’histoire de nos établissements en Guyane.
En 1604, un gentilhomme poitevin, La Ravardière, fut chargé par Henri IV d’examiner s’il était possible d'établir une colonie à la Guyane. Il se rendit en Amérique, examina sérieusement la question et donna une réponse affirmative. En 1626, 1633 et 1643, trois compagnies échouèrent les unes après les autres. Celle de 1643 était dirigée par une sorte de fou furieux, nommé Poncet de Brétigny, qui traitait ses hommes avec une brutalité révoltante. Non seulement il les punissait pour la faute la plus légère, mais encore pour des fautes qui n’en étaient pas. Ainsi, pour des rêves de mauvais augure, il marquait ses victimes au milieu du front ou sur la paume de la main avec une estampe de fer rougi où s’entrelaçaient ses initiales. Les indigènes, qu’il maltraitait également, firent cause commune avec les Français, et Poncet de Brétigny fut massacré. Nous n’aurions pas mentionné cet éoergumène, s’il n’avait été le fondateur de la future capitale du pays, de Cayenne.
Une nouvelle compagnie , celle des Douze Seigneurs , se forma en 1652. Ses propres dissensions et les attaques des indigènes l’anéantirent promptement. Les Hollandais profitèrent de ce quadruple échec pour s’emparer une première fois de Cayenne et de la Guyane ; mais le grand roi et le grand ministre qui se trouvaient alors à la tête des affaires, Louis XIV et Colbert, s’intéressaient aux questions coloniales. Les Hollandais furent expulsés, et une cinquième compagnie, celle des Indes occidentales, se forma en 1664. Elle réussit aussi peu que les précédentes. Colbert résolut alors d’administrer directement, et aussitôt s’établit un ordre relatif. Quelques villages furent bâtis ; on traita les indigènes avec plus de douceur, et l’agriculture fut encouragée. Pendant un siècle, de 1674 à 1763, la colonie se soutint, non pas précisément brillante et productive, mais honorable. En 1763, une sinistre
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aventure appela de nouveau l’attention sur la Guyane et lui donna décidément une lugubre réputation Test le déplorable épisode, célèbre dans notre histoire coloniale sous le nom d’expédition du Kourou.
Ap lès la guerre de Sept-Ans et le honteux traité de Versailles, la France avait perdu le Canada et les Indes. Impatient de regagner dans un continent ce qu’il perdait dans les deux autres, le premier ministre Choiseul résolut de coloniser largement la Guyane. Il demanda au roi, pour lui et pour son cousin Praslin, la concession de territoires compris entre le Kourou et le Maroni, territoires qui seraient convertis en fiefs héréditaires pour les membres de sa famille, car il voulait non seulement organiser une exploitation modèle, mais aussi renouveler, dans sa pureté idéale, la féodalité, qui commençait à disparaître en Europe. L’affaire fut vigoureusement lancée. Des prospectus mirifiques, distribués avec abondance, promirent au public monts et merveilles. Gentilshommes ruinés et cadets de famille, paysans et pacotilleurs, quelques milliers d’aventuriers furent bientôt rassemblés. On sollicitait les engagements presque comme une faveur, et les capitaux étaient offerts. Tout semblait annoncer des jours prospères à la nouvelle colonie, soutenue par la faveur publique et directement protégée par le ministère. Par malheur, la conduite de l’expédition fut partagée entre deux chefs jaloux l’un de l’autre, le chevalier Turgot, frère du futur ministre, et l’intendant de Chanvalon. Le premier était incapable, et le second d’une probité douteuse. Ils ne purent s’entendre, et leur rivalité ruina la colonie.
A partir de novembre 1763 et jusqu’au milieu de l’année suivante, les convois se succédèrent rapidement. Les émigrants débarquaient sur une langue sablonneuse et des îlots à peine déblayés à l’embouchure du Kourou. Rien n’avait été préparé pour les recevoir. Sous l’ombrage des arbres toujours verts de la Guyane, des myriades d’insectes troublaient leur repos, et des rochers qui formaient la charpente des îles ne coulait aucun ruisseau pour apaiser leur soif. De plus, comme les convois arrivèrent coup sur coup, et que les approvisionnements amenés d’Europe se corrompaient par l’effet de la traversée et sous Fin fluence du climat, la confusion arriva bientôt à son
comble, et la famine devint menaçante. En juillet 1764, treize à quatorze mille émigrants étaient entassés sur les plages du Kourou, sans abris, sans outils, sans vêtements et presque sans vivres. Ces malheureuses victimes de l’incurie administrative étaient pour la plupart originaires de Lorraine et d’Alsace. Transportés dans un pays si différent du leur, entassés dans des locaux malsains, brûlés par un soleil torride, attaqués par ces mille ennemis invisibles qui pullulent sous la chaleur humide des tropiques, souffrant de la faim et de la soif, ils étaient dévorés par la fièvre, qui conduit du désespoir à l’hallucination et bientôt à la mort !
Pendant ce temps, et comme pour faire contraste à la sombre tragédie dont les lugubres péripéties se déroulaient en Guyane, l’intendant Chanvalon montait un théâtre et y faisait jouer des bergerades. Il ordonnait d’étaler dans des boutiques, symétriquement disposées de manière à former galerie, les marchandises d’Europe. Ces marchandises avaient été envoyées au hasard de la métropole. Elles ne répondaient nullement aux besoins de la colonie. Ainsi, ne s’était-on pas avisé, dans un pays où jaunis on n’a vu de neige ou de glace, d’ouvrir une boutique de patins ! Insoucieux et sceptiques, les émigrants parcouraient ces galeries improvisées. On se serait cru au Palais-Royal, écrivait un témoin oculaire. La journée se terminait comme à Paris par le bal et l’opéra, le jeu et l’intrigue. On vivait sans souci du lendemain ; mais toute cette féerie devait bientôt se dissiper, et le réveil fut terrible. La récolte manqua : les provisions de France avaient été imprudemment gaspillées. La faim et le désespoir s’abattirent sur la colonie. Treize mille personnes moururent dans des souffrances atroces. On voyait des mères jeter leurs enfants du haut des rochers du Kourou et se précipiter ensuite dans la rivière. En 1765, il ne restait plus que 918 colons, qui, malades, amaigris, moribonds, s’apprêtaient à fuir une terre détestée.
En France, quand on apprit cette affreuse nouvelle, la consternation fut générale. Le Parlement crut devoir évoquer l’affaire. Il en résulta un interminable procès qui fut étouffé plutôt que discuté. Pour excuser leurs maladresses et leurs fautes, les accusés s’appliquèrent à décrier le climat équinoxial, et, comme on feignit d’accepter cette excuse, peu à peu s’enracina
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dans les esprits le préjugé de l’insalubrité du pays. La partie éclairée du public savait pourtant à quoi s’en tenir sur l’affaire du Kourou; car les projets pour la régénération de la Guyane ne furent jamais plus nombreux que depuis cette catastrophe jusqu’à la Révolution. Il est vrai que toutes les tentatives nouvelles avortèrent : celles de Bessner en 1767 et 1781, celle de Villebois en 1788. Il semblait vraiment que la Guyane fût la terre natale des déceptions et des insuccès retentissants.
Pendant la Révolution, la Guyane eut encore son heure de sinistre célébrité. Cayenne servit de lieu de déportation à ceux qu’épargnait la guillotine, mais que proscrivaient nos fureurs intestines. Jacobins et royalistes y furent tour à tour envoyés. C’est là que mourut Collot d’Herbois. Il était à son lit de mort, et brûlé par la fièvre. Il se plaignait à son médecin de l’abondante sueur qui le couvrait. « Je le crois bien, répondit ce dernier; vous suez le crime! » Les victimes du 18 fructidor furent les plus malheureuses : deux directeurs, Carnot et Barthélemy, 53 députés et 516 royalistes, avaient été condamnés. Ils furent conduits sur les rives du Sinnamary, et, en moins de quelques mois, les deux tiers d’entre eux avaient succombé au chagrin, aux privations et aux maladies; huit d’entre eux, parmi lesquels Pichegru et Barthélemy, parvinrent à s’échapper, en se jetant dans une pirogue, où pendant sept jours et sept nuits, sans boussole et presque sans vivres, ils luttèrent contre les dangers d’une mer orageuse. La catastroppe du Sinnamary acheva de discréditer la Guyane. Les royalistes se trouvèrent intéressés à soutenir que leurs adversaires les avaient condamnés à aspirer un air empoisonné, et la mort d’un grand nombre d’exilés donna quelque vraisemblance à cette accusation. Bien que le pays et le climat ne fussent que pour peu de chose dans ce désastre, l’opinion publique fut douloureusement émue. Elle associa le nom du Sinnamary à celui du Kourou, et dès lors la Guyane passa pour une terre maudite.
En 1800, les Conseils nommèrent gouverneur général un homme énergique, Victor Hugues, qui réussit à établir l’ordre dans la colonie et fit exécuter divers travaux d’utilité publique; mais en 1809, lorsque les Anglais et les Portugais réunis attaquèrent la Guyane, il ne déploya pas son énergie habituelle et capitula en stipulant seulement que la colonie serait
remise non aux troupes britanniques, mais à leurs alliés. Les Portugais laissèrent en vigueur nos lois et traitèrent la colonie avec ménagement. Les traités de 1815 nous rendirent la Guyane, mais les Portugais en éludèrent la remise pendan deux ans, sous divers prétextes, et ne l’effectuèrent qu’en novembre 1817.
Un des nouveaux gouverneurs, le baron de Laussat, homme actif et entreprenant, s’efforça de réparer le temps perdu. Il fit réparer les routes et les chemins, ouvrir des fossés et des canaux, et réorganiser les chantiers. La Guyane commençait à prospérer, quand un ancien sous-préfet, M. Catineau-Laroche, proposa au gouvernement de peupler la partie sous le vent de Cayenne avec des cultivateurs français. Ce projet fut accueilli avec empressement; une commission fut nommée, et un brick, mis à la disposition des explorateurs par M. de Laussat, les conduisit dans le bassin de la Mana, où ils jetèrent des fondements d’une ville qu’ils appelèrent la Nouvelle-Angoulême. C’est en 1823 seulement que les colons arrivèrent de France ; mais, au bout de quelques mois, malgré leur courage et leurs efforts, ils ressentirent les cruelles atteintes des fièvres intermittentes et pernicieuses. Il fallut évacuer la Nouvelle-Angoulême et se replier sur le poste d’entrepôt qu’on avait établi à l’embouchure du fleuve. Au moins cet établissement ne disparut-il pas, comme celui du Kourou, en laissant une traînée sinistre de honte et de sang.
L’histoire de la Guyane française n’a été jusqu’à présent qu’une sombre énumération de fautes et de malheurs, sans doute parce que le gouvernement français ne peut se déshabituer de ces expériences de colonisation artificielle et arbitraire qui ne conduisent qu’à des désastres. Tantôt c’est un plan de colonie militaire qui prévaut, tantôt c’en est un de colonie agricole. Aujourd’hui, on recherche à la Guyane les bois de construction; demain, on songera à dessécher les marais et à ouvrir les forêts; mais bientôt on se rebute et on envoie un nouveau gouverneur avec des projets nouveaux. Ces fluctuations entretiennent les misères de la colonie et donnent beau jeu à ses adversaires.
En 1851 commença pour la Guyane une période nouvelle. Nous n’avions alors qu’un millier de blancs créoles, 4 à
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5,000 hommes de couleur et 12,000 nègres chargés de mettre en valeur un territoire de 18,000 lieues carrées. Le 8 décembre 1851, un décret présidentiel ordonna que tout individu en rupture de ban ou affilié à une société secrète pourrait être transporté soit à Cayenne, soit en Algérie. Le 31 mai 1852, sous prétexte d’une révolte dans le pénitencier de Lambessa, les déportés de l’Algérie furent dirigés sur la Guyane, mais avec une telle précipitation que beaucoup d’entre eux périrent de misère, et tous n’étaient pas des forçats ! Depuis, ces hécatombes humaines ont diminué; mais le problème de la transportation et des établissements pénitentiaires n’est pas encore résolu.
A vrai dire, dès les premiers jours de notre installation à la Guyane, le hasard a tout conduit. Il conduit encore tout! Nous n’avons pas mission de rechercher les causes de cette incurie séculaire : au moins nous convaincrons-nous, en étudiant la géographie physique et les ressources économiques du pays, de la possibilité de créer à la Guyane un établissement durable et bientôt sans doute prospère.