II. — Géographie physique
Les Antilles françaises appartiennent à la chaîne des Petites Antilles , que Ton nomme aussi archipel des Caraïbes, à cause de leurs anciens habitants, et que l’on divise, en îles du Vent, qui reçoivent les premiers coups des vents alizés soufflant de l’est à l’ouest, et les îles Sous-le-Vent, qui ne reçoivent qu’ensuite ces mêmes alizés.
La plus septentrionale de nos possessions actuelles est Saint- Martin , non loin du groupe des îles Vierges, par 65° 34' de longitude ouest et 18° 4' de latitude nord.
A quatre lieues au sud-est, par 65° 62' de longitude ouest et 17<> 58' de latitude nord, se trouve Saint-Barthélemy , notre récente acquisition. Ces deux postes sont séparés et coupés du groupe de la Guadeloupe par les îles anglaises de Barboude, Saint-Christophe, Antigoa, Nevis et Montserrat.
Viennent ensuite la Guadeloupe et ses dépendances (15° 57' et 16° 31' de latitude nord et 63° 32' et 64° 9' de longitude ouest) ; la Désirade , à 9 kilomètres ouest de la Guadeloupe (16° 20' de latitude nord et 63° 22' de longitude ouest); Marie- Galante et les Saintes , à 12 kilomètres au sud de la même île (15° 54' de latitude nord, 64° 1' de longitude ouest).
La Martinique, séparée de la Guadeloupe par l’île anglaise de
la Dominique, est notre dernière possession. Elle est située / par 14° 25' et 14° 52' 47" de latitude nord et 63° 6' 19" et 63° 31' 34" de longitude ouest à 100 kilomètres au sud de la Guadeloupe, De tous côtés, des postes anglais l’enserrent et la surveillent, la Dominique au nord, Sainte-Lucie et Saint-Vincent au sud.
Telle est la répartition des îles françaises dans l’archipel. Elles forment comme trois groupes distincts : au nord Saint- Martin et Saint-Barthélemy, au centre la Guadeloupe et ses dépendances, au sud la Martinique.
L’île Saint-Martin , avec son annexe de Tintamarre, est de formation calcaire. Bien que, des contreforts boisés de la chaîne principale, qui forme comme le noyau de l’île, descendent à la mer de nombreux ruisselets, Saint-Martin ne possède pas de cours d’eau digne de ce nom, et, en été, les habitants sont réduits à l’eau saumâtre de leurs citernes. Les côtes de l’île présentent une particularité. Elles sont garnies par un rempart de lagunes qui forment une série d’étangs salins. Sur ta côte française, les principaux de ces étangs se nomment :1e lac Simson , au fond de la haie du Marigot ; l’étang Salin , et le lac de la Grande-Case , au fond de l’anse de ce nom. 5177 hectares appartiennent à la France. Les Hollandais sont installés dans l’autre partie.
Saint-Barthélemy est également de formation calcaire. G’est un sommet montagneux émergé. Elle dresse plusieurs pitons, et les îlots sans importance qui l’entourent ( Goat , Frégate, Toc Vers, la Fourche , les Deux Boulangers , le Grenadier , Surgatoa } appartiennent sans doute au même système. On n’y trouve aucun cours d’eau, pas même une source; aussi les insulaires sont-ils réduits à l’eau de citerne. Les côtes sont très-accidentées et fort découpées. Elles forment au nord la vaste haie de Saint-Jean et à l’ouest l’excellent port de Carénage, auquel les Suédois avaient donné le nom de Gustavia. « G’est un havre, écrivait au dernier siècle le Père Dutertre, qui pénètre de plus d’un quart de lieue dans la terre par une entrée large de cinquante pas; il en a plus de trois cents de longueur en quelques endroits, et aux plus étroits deux cents. Il est accessible en toutes saisons, même pour les plus grands navires. »
La Guadeloupe , nommée Karukera par les Caraïbes, fut dé-
couverte le 4 novembre 1493 par Christophe Colomb, qui la nomma ainsi à cause de la ressemblance de la coupe de ses montagnes avec celle de la Sierra Guadalupa en Espagne. La Guadeloupe est, à vrai dire, la réunion de deux îles de formation géologique toute différente : celle de l’est, ou Grande- Terre , plate, sans la moindre élévation de terrain, est de formation calcaire; celle de l’ouest, ou Basse-Terre , très-montagneuse, est de formation volcanique. La Grande-Terre, dont l’étendue (56,000 hectares) contredit la dénomination, se compose d’une superposition d’assises calcaires, remplies de coquillages et douées d’une exubérante fertilité. Elle reçoit peu de pluies et manque d’eau potable. Elle affecte la forme d’un triangle dont les trois pointes sont : au nord la pointe du Nord , au sud-est la pointe des Châteaux , et au nord-ouest la Pointe-à-Pitre . La Basse-Terre ou Guadeloupe proprement dite est séparée de l’île précédente par un bras de mer nommé Rivière- Salée. Elle est traversée du nord au sud, de la pointe Allègre à la pointe du Vieux-Fort , par une chaîne volcanique qui détache à l’est et à l’ouest de nombreux contreforts. Cette chaîne, qui va toujours en s’élevant du nord au sud, se couronne encore des fumées de la Soufrière , immense solfatare toujours en activité (1484 mètres). Les autres cimes sont la montagne Sans-Toucher (1480), la Bouillante (1120), les Mamelles (778) et la Couronne (800). Comme les vallées formées par les contreforts ne sont pas bien profondes, les côtes sont peu découpées, et 1 île affecte une forme ovale presque régulière , sans anse ou sans promontoire dignes d’être signalés. A la Basse-Terre appartiennent les pluies fréquentes, les forêts, les fraîches savanes, les cours d’eau abondants, trop abondants même, puisqu’on compte cinquante ruisseaux et dix-sept rivières, qui souvent débordent et ravagent les cultures. La plus importante de ces rivières est la Goyave , qui prend sa source dans le Sans-Toucher et semble par ses apports avoir augmenté la superficie de l’île dans la direction du nord ; mais son embouchure est obstruée par des bancs de sable et des récifs, qui en rendent l’accès difficile. Nous citerons encore la rivière de l'Oiseau , le Lamentin, la rivière Duplessis et la Rivière-Salée, qui n’est pas navigable pour les navires d’un fort tonnage. Il est facile de prévoir que, dans une île volcanique, les sources thermales ne feront pas défaut.
On en trouve en effet de deux sortes, ferrugineuses et sulfureuses. Les deux îles offrent quelques mouillages pour les vaisseaux. A la Basse-Terre, Yanse à la Barque , la baie Deshayes et le Marigot peuvent recevoir jusqu’aux navires de guerre. A la Grande-Terre, le mouillage de la Pointe-à-Pitre est excellent et ouvert à tous les vaisseaux. Le port du Moule n’est pas moins bon, mais l’accès en est dangereux. Aussi bien on a cherché à prévenir ces dangers par un système très bien combiné de phares. Le plus considérable, dont la portée est de quinze milles marins, a été bâti sur Yîlot de Bas, nommé la Petite-Terre. Quatre autres ont été construits sur les côtes, aux endroits difficiles : celui de Basse-Terre, celui de 1 îlot Mouron à Pointe-à- Pitre, celui du Moule et celui de l’ilot à Gozier , un peu au sudest de la Pointe-à-Pitre.
La première des dépendances de la Guadeloupe est Marie- Galante. Cette île fut ainsi nommée de l’un des vaisseaux de Christophe Colomb, qui la découvrit à son second voyage. Elle est située directement au sud de la Grande-Terre. Sa superficie est de 150 kilomètres carrés. Bordée de falaises et de brisants, dépourvue de ports, elle est d’un accès difficile. Elle est couverte de hauteurs boisées. Sa forme est ovale.
A 12 kilomètres à l’est de la G rande -Terre s’étend la Dési rade, ou Deseada , ou Désirée, ainsi nommée par Colomb, parce que, lors de son second voyage, ce fut la première terre qu’il découvrit. La Désirade ne compte que 15 kilomètres de longueur et 8 de largeur. De loin, on dirait un gigantesque navire. Abaissée dans sa partie nord, elle se relève au sud. Elle n’a ni port ni rades. Ses côtes sont semées de récifs abrupts, et la mer y forme de dangereux tourbillons. Si la Désirade est peu fertile et inhospitalière, du moins son climat est-il parfaitement sain, et elle doit à cet avantage le privilège de servir d’hôpital à nos colons des Antilles.
Le groupe des Saintes est la dernière des dépendances de la Guadeloupe. Il s’étend à 9 kilomètres au sud de la Basse-Terre, sur une longueur de huit kilomètres et une largeur de quatre. Les Saintes ne sont, à vrai dire, qu’un chaos de rochers; mais ils ont, depuis un siècle, acquis une grande importance stratégique, à tel point qu’on les a nommés le Gibraltar de la mer des Antilles. En mettant à part les récifs, le groupe de Saintes se
compose de cinq îles : la Terre d'en haut , la Terre d'en bas , Xile à Tabut , le Grand-Ilot et la Loche. La Terre d’en haut, la moins petite et la moins aride, est la plus importante du groupe. Très irrégulière dans sa forme, elle possède de nombreuses anses et des caps, plus une rade assez vaste, commandée par l’île à Tabut; entre les deux îles est la passe des Vaisseaux , qui se prolonge entre la Terre d’en haut et la Terre d’en bas, puis entre celle-ci et la Loche. Entre la Terre d’en haut d’une part, et de l’autre la Terre d’en bas et le Grand-Ilot, s’ouvre la passe du Sud ; entre la Loche et le Grand-Ilot se trouve la passe des Dames. Tous ces détroits sont fort resserrés et parsemés de rochers et d’écueils. Quelques batteries suffisent pour les défendre, et, en cas de besoin, nos flottes y trouveraient, derrière les forts récemment construits, un asile inexpugnable.
La Martinique , ainsi nommée par Christophe Colomb, qui la découvrit en 1493, le jour de la Saint-Martin, est longue de 70 kilomètres et large de 30. Sa circonférence est de 320 kilomètres. Elle compte 98,782 hectares de superficie. Du nord au sud de l’île se dressent cinq ou six monts principaux, distribués en groupes rapprochés, mais indépendants. Les uns culminent en pitons aigus, les autres s’étalent en crêtes étroites. Ce sont d’anciens volcans, au pied desquels se dressent encore une multitude de mornes, débris de volcans secondaires. Toutes ces montagnes ont été déchirées et disloquées par des tremblements de terre, qui ont hérissé de précipices et de crevasses la surface de l’île. Le centre de soulèvement paraît avoir été dans la partie supérieure de l’île, un peu plus haut que le piton du Carbet (1207 m.). De là rayonnent dans toutes les directions divers contreforts : au nord celui qui s'épanouit en poussant le sommet dénudé de la montagne Pelée (1350 m.), à l’est les contreforts du morne Jacob , du morne Palmiste , au sud celui du piton du Carbet, qui se ramifie autour de Fort-de- France, celui du morne des Olives , et enfin le morne de la Plaine , qui sert d’épine dorsale à tout le reste de l’île, se continue par le morne Vertpré , les Roclies-Cariêes , le morne Gamelle , le piton du Vauclain , et se termine vers les anses d’Arlet avec le morne Constant et le morne du Diamant.
La partie supérieure de la Martinique, déterminée au nord par le cap Saint-Martin et la pointe du Macouba , à l’est et à
l’ouest par les baies de la Trinité et Saint-Pierre , affecte une forme régulière. On ne saurait y chercher ici un mouillage sûr ni un port bien fermé. Il n’en est pas de même de la partie inférieure, bizarrement découpée, flanquée de presqu’îles qui augmentent l’étendue des côtes, bordée de récifs et d’îlots qui rendent périlleuses les approches de l’île, mais font aussi sa sécurité. Les principales presqu’îles sont celles de Caravelle , du Vauclain , de Sainte-Anne et des Trois-Ilets. Elles sont déterminées par les pointes ou caps. Caracoli, Savane , la Rose , la Prairie , Vauclain , Enfer , Ferré , des Lézards , des Salines , du Diamant et Salomon . Quant aux rades, dont quelques-unes pénètrent profondément dans l’intérieur de l’île, nous citerons le havre de la Trinité , la baie du Galion , la baie Robert , le cul-de sac Frégate , la passe du Marin , Y anse du Diamant, et enfin la rade la plus sûre des Antilles, celle de Fort-de-France avec ses deux pointes des Nègres et du Bout.
Au-dessus d’un sol chaud et poreux, atteignant par étages successifs une grande altitude, l’atmosphère, saturée d’humidité, se résout en vapeurs abondantes et en pluies torrentielles. On a calculé que la quantité annuelle de pluie dépassait une moyenne de deux mètres. Aussi l’eau bondit en cascades et court à la mer après avoir formé des torrents également pré» cieux pour l’irrigation des campagnes et la force motrice des usines. On en compte jusqu’à 75, variant comme longueur entre 4 et 28 kilomètres. Au vent de File, c’est-à-dire à l’est, coulent le Lorrain , le Galion, la Capote et son affluent la Falaise » les rivières de Macouba , de la Grande-Anse et de Sainte-Marie . Sous le vent de File, c’est-à-dire à l’ouest, nous trouvons la Rivière-Salée, la Lézarde et le Brésil , qui se jettent dans la baie de Fort-de-France, le Pilote , la rivière Monsieur et la rivière Madame, celle de Saint-Pierre et la Grande-Rivière. Deux d’entre elles sont navigables, la Rivière-Salée et le Pilote. Les eaux thermales et minérales sont également fort abondantes. Les plus réputées se trouvent aux bains Didier , Absalon et Ballyza .
La constitution géologique des Antilles françaises varie suivant les groupes. Saint-Martin et Saint-Barthélémy sont calcaires, la Guadeloupe et la Martinique volcaniques. Les premières sont comme étagées en plateaux ondulés; les ports y sont d’accès difficile, car ils sont défendus au large par des lignes de brisants.
La terre y est altérée. A peine de maigres ruisseaux suffisent-ils à humecter leurs lits. Pas d’eau, et partout pas de végétation,* points de forêts surtout ; la nudité presque absolue. Sauf la disette de boisson, cette sécheresse ne saurait être qu’avantageuse aux hommes. Elle leur réussit d’autant mieux qu’elle est plus nuisible aux cultures. A la Martinique et à la Guadeloupe, le spectacle change. Aux humbles plateaux dénudés succèdent de hautes cimes, couronnées de vastes forêts et séparées les unes des autres par de sombres et profondes vallées. Si parfois la roche reparaît au sommet d’un cône isolé, d’un piton , pour employer l’expression consacrée, elle est coiffée d’un panache de fumée, qui révèle l’origine plutoniennede file. Au-dessus de ces fondations de granit, de porphyre ou de basalte se sont superposées de nouvelles couches plus favorables à la culture. La terre y est forte, grasse, argileuse et très-arrosée. Aussi bien, comment l’eau manquerait-elle aces îles? À l’exception du mois de mars, où il fait ordinairement sec, et des mois de juillet, août et septembre, où il pleut sans cesse, des grains bienfaisants attirés par la cime des montagnes s’y condensent pour tomber sur les îles, et rafraîchir la terre altérée par le soleil. A ces ondées salutaires succèdent jusqu’à la lin d’octobre des pluies continuelles et torrentielles. Aussi le sol est-il comme saturé d’humidité.
A côté du mal, le remède : c’est le ciel des Antilles, un des plus beaux et des plus purs qu’il soit donné à l’homme d’admirer. Celui d’Italie même, dit-on, ne peut en donner qu’une idée imparfaite. D’octobre à avril, à peine passe-t-il un nuage au ciel, et la température ne s’abaisse jamais au-dessous de vingtquatre degrés. C’est dans cette moitié de l’année qu’il faut venir d’Europe aux Antilles, afin d’être acclimaté avant les chaleurs malsaines, qui régnent d’avril à octobre. Ce qui contribue encore à tempérer la chaleur et à la rendre supportable, c’est un régime de vents admirablement ménagé. La brise de mer qui souffle le jour et la brise de terre qui souffle la nuit adoucissent tour à tour les excès du climat. Quant aux vents proprement dits, ils régnent successivement avec une merveilleuse régularité : on les nomme les alizés. De novembre à avril, les alizés viennent de l’hémisphère boréal en passant du nord à l’est. De mai à octobre, ils viennent de l’hémisphère austral
en passant de lest au sud et à l’ouest. Le vent d’ouest est le plus rare, et celui d’est le plus fréquent. L’alizé d’est a valu aux côtes orientales des Antilles le nom de côtes du vent, tandis que les côtes occidentales sont dites sous le vent.
N’allons pourtant pas croire que tout soit pour le mieux dans nos colonies. Lorsque les alizés se déchaînent en ouragans, (heureusement fort rares), ils ravagenfles habitations, détruisent les plantations, arrachent les arbres et ruinent les îles pour de longues années. Ils sont surtout redoutables quand ils sont accompagnés de ras de marée. Ce phénomène est d’autant plus singulier que, dans la mer des Antilles, la marée est peu sensible, quarante à cinquante centimètres en moyenne, un mètre au plus au moment de l’équinoxe. Les ras de marée n’exercent leurs fureurs que sous l’influence des vents du sud et de l’ouest, et seulement dans la période qui s’étend du 10 juillet au 21 octobre. A peine sont-ils annoncés, que les navires n’ont que le temps de fuir au large, d’abord pour éviter le premier coup du flot, qui s’avance comme une muraille liquide avec une vitesse vertigineuse, puis les assauts répétés d’une mer affolée. Heureusement, les signes précurseurs du fléau ne manquent pas : la nuit se répand peu à peu à l’horizon, une épaisse calotte de nuages semble vouloir étouffer la terre, l’air manque, la chaleur redouble, les animaux eux-mêmes semblent prévoir la catastrophe, et les oiseaux s’enfuient en rasant la terre.' Jadis le canon de la rade annonçait le danger, et les navires gagnaient le large, s’ils en avaient le temps. Maintenant ils s’attachent aux bouées les plus voisines, s’ils ne peuvent s’éloigner de la côte. Parfois se joint un troisième fléau : le sol s’agite sous la pression des vapeurs souterraines. Les tremblements de terre sont assez fréquents, et quelquefois désastreux. En 1718, tous les cacaoyers de la Martinique furent détruits. En 1776, les cannes à sucre et les arbres à coton furent déracinés. En 1843, le 8 février uneépouvantablesecousse bouleversa laGuadeloupe. La terre ondula comme une plaine liquide, et toute l’île fut ébranlée. Pendant les soixante et dix secondes que dura la secousse , la Pointe-à-Pitre fut détruite de fond en comble. Il ne resta debout que quelques pans de mur et la façade d’une église, avec son horloge arrêtée à dix heures trente-cinq minutes, moment de la catastrophe. La cime de la Soufrière se détacha en rou-
îant au milieu des torrents de fumée. Dans les campagnes, des eaux brûlantes jaillirent des profondeurs du sol, de vastes forêts glissèrent sur les flancs des collines et laissèrent à nu le roc, sur lequel elles étaient plantées; les rivières changèrent de cours. Dans les villes, l’incendie s’empara des décombres, alimenté par des jets de flammes qui s’échappaient des crevasses, et acheva l’œuvre de destruction. Plus de cinq mille personnes étaient mortes, écrasées ou brûlées ; quatre-vingts millions en bâtiments ou en marchandises avaient été détruits. En 1859, une catastrophe analogue, bien que moins violente, renversait Fort-de-France, à la Martinique. Les feux souterrains ne sont donc pas encore éteints, et, de temps à autre, trop souvent, se manifeste leur redoutable activité.