‹ Colonies françaisesChapitre 47 sur 111 · X... Les îles Tuamotu [Exploration, juillet · texte numérisé non relu

X... Les îles Tuamotu [Exploration, juillet

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Nos établissements français d’Océanie sont d’une petitesse humiliante en comparaison des vastes domaines que se sont taillés trois autres nations européennes, plus empressées ou mieux dirigées. La Hollande étend sa domination sur l’immense archipel des îles de la Sonde, et plus de vingt millions de sujets reconnaissent sa suprématie. L’Espagne vient au second rang, avec les Philippines, les Mariannes, les Garolines et ses sept millions de sujets. L’Angleterre n’occupe encore que la troisième place, mais elle est de beaucoup la première comme étendue superficielle, car l’Australie, la Nouvelle-Zélande et plusieurs archipels de moindre grandeur représentent une énorme étendue de terrain et n’attendent, pour jouer leur rôle dans l’économie sociale du globe, que des colons, qui ne leur manqueront pas. Auprès de ces trois puissances, la France ne possède vraiment que bien peu de pays. Notre pavillon ne

flotte en effet que sur ies îles Taïti , Tuamotu , Gambier , Marquises et Nouvelle-Calédonie. Peut-être sera-t-il bientôt arboré sur l’archipel des Nouvelles-Hébrides. L’occupation la plus ancienne, celle de Taïti, ne remonte qu’à 1843, et la plus récente, celle des Tuamotu, à 1859. Nous sommes donc arrivés bien tard dans ces lointains parages, où s’élaborent mystérieusement des mondes nouveaux. Nos colonies océaniennes ont pourtant leur fonction et leur utilité. Les unes et les autres préparent un champ d’action aux missionnaires, aux colons et aux négociants. Ce sont en outre des stations navales, qui peuvent servir de refuges à nos marins, Lorsque sera percé l’isthme américain ces archipels océaniens serviront d’étapes aux paquebots qui uniront dans l’avenir l’Amérique à l’Asie et à l’Australie. Ils peuvent encore être choisis comme lieux de déportation pour nos condamnés. Enfin quelques-uns d’entre eux ont une étendue assez considérable et des richesses naturelles assez grandes pour qu’on les mette en culture. Les possessions françaises d’Océanie ne sont donc pas à dédaigner.

On peut les diviser en quatre groupes distincts, que nous étudierons successivement :

1° Taïti et ses dépendances,

2° Les Tuamotu et Gambier ;

3° Les Marquises;

4° L’archipel Néo-Calédonien.

1° Taïti et ses dépendances.

Pendant longtemps nous étions censés n’exercer qu’un droit ùe protection sur Taïti et ses dépendances, bien qu’en fait nous possédions et gouvernions cet archipel, tout en laissant aux indigènes les franchises désirables : aussi avait-il reçu la dénomination officielle d 'îles du . Protectorat, mais il fait depuis 1880 partie intégrante de notre domaine colonial.

Cet archipel est divisé en deux groupes : Taïti, ou l’archipel géorgien, qui comprend les cinq îles de Taïti, Moorea , Mahitia, Tabuemann et Tetiaraa; l’archipel des Tubuaï, qui comprend les quatre îles de Tubuaï, Raevavae , Rurutu et Rinsatara, les deux dernières encore indépendantes. Les premiers explorateurs des Taïti, Yallis, Bougainville et Cook, en firent des descriptions enthousiastes. Bougainville surtout se signala par la chaleur

communicative de son récit. Il faut lire ces pages émues où circulent un ardent amour de la nature et comme une admiration passionnée des paysages enchanteurs et des mœurs naïves des insulaires. Sa description de la Nouvelle Cythère fit une vive impression sur l’esprit de nos pères. Cette peinture de l’innocence et du bonheur des sauvages n’était-elle pas comme une protestation contre les mœurs d’un siècle corrompu? En 1797, des missionnaires de la Société des Missions de Londres yinrent s’établir avec leurs familles dans ce paradis terrestre, si vanté par leurs compatriotes. Vingt ans après, ils avaient converti toute la population des îles. Grâce à eux, un chef de tribu, Pomaré I, réussit à se faire proclamer roi des îles Taïtiennes. Son fils Pomaré II et son petit-fils Pomaré III régnèrent paisiblement. Ils avaient une sorte de gouvernement parlementaire, avec un ministère responsable et des Chambres, qui fonctionnaient régulièrement. Séduits par les apparences, quelques navigateurs européens proclamèrent que les Taïtiens jouissaient d’un gouvernement modèle ; mais ils ne connaissaient pas le véritable état social du pays. Ils ne parlaient ni des castes, ni de l’immonde association des arioï. Les Taïtiens étaient en effet divisés en trois castes, celle des arii, personnages sacrés, doués de vertus miraculeuses, à tel point que la nourriture qu’ils avaient touchée devenait un poison mortel pour tous ceux qui n’étaient pas du même rang ; celle des raatira , tyrannisés par les arii, mais qui du moins avaient le droit d’être propriétaires; celle des manahune , ou gens du peuple, sur lesquels retombait tout le poids de cette société. Quant aux arioï , c’étaient des initiés qui se songeaient qu’au plaisir : manger, dormir, danser, leur vie était une orgie perpétuelle. Ils juraient de ne pas avoir d’enfants et les étouffaient à mesure qu’ils naissaient. Malgré les éloges exagérés que leur décernèrent certains voyageurs, les Taïtiens ne réalisaient donc pas l’idéal des vertus politiques et sociales.

Il est vrai de reconnaître que l’influence des missionnaires anglais fit peu à peu disparaître ces immondes pratiques et rapprocha les Taïtiens de la véritable civilisation. Un des souverains de Taïti fut pour beaucoup dans cette rapide transformation des mœurs. Ce fut une femme, la sœur de Pomaré III, Pomaré IV, née en 1813, et qui régna depuis 1825. Les Anglais

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