PARTIE III, — COLONISATION
tion coloniale ne s’obtiendra promptement, et dans les conditions voulues, que par cette intervention complète et directe.
Rappelons d'abord que si l'Algérie, sous le rapport de la proximité, du climat et même du sol, a une supériorité incontestable, aux yeux du colon, sur d’autres colonies, elle a une infériorité notoire relativement à la sécurité, et surtout relativement à la stabilité de notre établissement tout entier, première cause puissante de répulsion pour tout ce qui possède quelque chose.
Ce n’est pas tout: notre organisation sociale et nos lois, si avantageuses, à beaucoup d’égards, pour la prospérité nationale, ne sont, par ce fait même, nullement favorables à la création de nombreux éléments de colonisation. Cette proposition deviendra plus évidente par un rapprochement avec d’autres pays.
En Angleterre, une grande partie du sol est en majorats. Le peu de terres libres est accaparé par les grands capitalistes qui recherchent plutôt, dans ces acquisitions, le titre de gentleman qu'un placement de fonds, ce qui tient ces propriétés à un prix bien audessus de leur valeur réelle. En outre, le droit d'ainesse existe. De là ce nombre considérable d'hommes possédant instruction et capitaux, mais ne pouvant posséder de terres. Ceux qui s’adonnent à l’agrieulture ne peuvent être que fermiers, et encore l'étendue de la plupart des exploitations et l'état avancé de la culture nécessitent-ils de grands capitaux dans cette
302 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. carrière. Ceux qui ne les ont pas, comme les fils puinés de beaucoup de petits propriétaires et de presque tous les fermiers, n’ont d’autre ressource que d'aller s'établir dans une colonie. Là, les (rente ou cinquante mille francs qu'ils possèdent, et qui eussent été insuffisants pour entreprendre l'exploitation d’une ferme en Angleterre, leur donnent les moyens d'acquérir d'immenses propriétés et d'emmener avec eux une partie des ouvriers nécessaires pour les mettre en rapport".
On voit même de riches fermiers s’expatrier, soit dans une colonie, soit aux États-Unis, uniquement pour échanger leur position précaire contre celle plus stable et plus honorable de propriétaire.
En Allemagne, une partie du sol est, à la vérité, en petites fermes ; mais, dans plusieurs contrées, ces petites fermes sont indivisibles et presque partout soumises à des redevances, corvées et autres servitudes féodales. Le reste du sol est en majorats ou en grandes terres qui, en partie, ne peuvent être possédées que par des propriétaires titrés. Il en résulte que, comme en Angleterre, beaucoup de familles agricoles, plus ou moins aisées, sont disposées à s’expatrier dans l'espoir d'acquérir des propriélés exemples de ces charges onéreuses et humiliantes,
(1) On m'a cité des familles de fermiers, en Angleterre, dont le fils aîné, destiné à succéder au père, est seul sur les lieux. Les autres sont disséminés au Canada, aux Indes-Occidentales, au cap de Bonne-Espérance, dans l’Australie, etc.