‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 102 sur 138 · PARTIE HI, — COLONISATION · texte numérisé non relu

PARTIE HI, — COLONISATION

Rien de tout cela n'existe en France. Toutes ces entraves apportées au droit de propriété de Ja terre ont disparu, et le morcellement du sol permet aujourd' hui d'acquérir avee une somme minime. Avec quelques milliers de francs et moins encore, le prolétaire devient propriétaire au même titre et avec les mêmes droits que le duc et pair.

A la vérité, ce morcellement même du sol, poussé déjà à l'excès dans beaucoup de départements et qui s’accroit de jour en jour, doit avoir, jusqu’à un certain point, les mêmes résultats que les entraves dont je viens de parler; car, en substituant forcément la bêche à la charrue et en exagérant le prix du sol, il finit par rendre toute culture onéreuse, On sait, en effet, que c'est des contrées où il est poussé le plus loin que partent les émigrations les plus nombreuses. Dans plusieurs localités, lhomme qui possède pour trois ou quatre mille francs de biens-fonds, en parcelles disséminées, peut à peine vivre lui et sa famille, et est forcé de vendre une partie de ses journées. Celui qui calcule comprend fort bien, dans une pareille situalion, que son avoir lui serait tout autrement profitable, s'il lemployait à s'établir dans une colonie où il serait transporté sans frais et trouverait, à côté d’une étendue sextuple de terres concédées gratuitement, divers autres avantages que le gouvernement serait disposé à lui faire.

Mais notre caractère national est ici un obstacle. Le Français, si aventureux quand il s’agit d'exposer sa

vie, si entreprenant quand il est question d’affaires politiques, est d’une prudence, on pourrait dire d'une timidité poussée à l'excès pour tout ce qui concerne sa fortune. Comme le disait un ancien ministre, M. le comte de Gasparin : « Nous craignons moins la mort que la misère.» Cette timidité, jointe à l'absence assez générale de jugement, produit des effets parfois étranges; mais elle a surtout pour résultat l'application de ce vieux proverbe national : « Un Tiens vaut mieux que deux Tu auras. » On préfère vivoter dans son village que de risquer quelque chose en tentant la fortune au loin. Nous sommes, avant tout, un peuple casanier.

Faut-il s'étonner, après cela, que jusqu'ici nous n'ayons vu venir à Alger, en majorité du moins, que des hommes dénués de ressources?

Si encore il y avait déjà eu quelques résultats heureux, et si la conservation de l'Algérie n'était pas chaque année remise en queslion, ce morcellement, ce haut prix du sol auraient fait arriver peu à peu les plus hardis de ces petits propriétaires dont je viens de parler; et une fois la route ouverte, le nombre s'en serait accru plus {ard dans une progression rapide. Je ne doute même pas qu’en suivant le système proposé et déjà mis à exécution avec succès autour d'Alger par M. le comte Guyot, on n’atteigne ce but; mais cela ne pourrait être que dans un avenir éloigné, et de longtemps nos stations de l'intérieur ne verraient des colons.

Si l'Algérie était déserte, ou habitée par des peu-

Page 1