PARTIE HI. — COLONISATION
ont habité quelque temps ces maisons ont pu s'apercevoir, en effet, que la chaleur, concentrée dans des cours où l'air se renouvelle difficilement, devient souvent insupportable, à mois qu'on ne lende une toile par-dessus ou que la cour ne soit bien ombragée par des arbres. Les toiles sont une dépense trop forte pour le colon, et, quant aux arbres, il souffrirait longtemps avant de pouvoir jouir de leur ombrage. D'ailleurs, cette construction est fort chère et ne s’accorde en aucune manière avec les travaux agricoles, Il faut une cour, mais elle doit être de plain-pied, ouverte pour donner passage aux voilures, assez grande pour les renfermer, ainsi queles bestiaux et la fosse à fumier. Elle pourra être formée d'un côté par la maison d'habitation, d’un autre par les bâtiments d’exploitalion, les deux autres faces par des murs ou des haies, à la volonté du colon.
Des toits peu inclinés et avancés, avec galerie tout autour, au premier élage, conviennent mieux que les terrasses. Les fenêtres, sans étre aussi grandes que dans nos maisons européennes, ne devront pas être aussi petites que dans les maisons mauresques. C’est moins le climat que les mœurs qui portaient à les faire ainsi, et qui, en général, ont déterminé l’ordonnance des maisons mauresques.
La galerie dont j'ai parlé et qui pourrait régner devant et derrière, soutenue par quelques poteaux, formerait une seconde galerie inférieure que des plantes grimpantes qui croissent rapidement pourraient
abriter en partie du soleil, en attendant que les pieds de vignes et les orangers, qu'il conviendrait de planter devant les deux principales faces de la maison, eussent atteint assez de développement pour l'ombrager.
J'insiste sur l'utilité de planter des arbres fruitiers sur les deux façades principales; et, à cet effet, il serait nécessaire que la maison ne fût pas sur l'alignement même de la rue, mais à À mètre et demi ou 2 mètres en arrière, de façon à laisser un espace libre pour la galerie et les arbres.
J'ajouterai qu'il ne me semble pas nécessaire de donner aux rues une grande largeur. C’est une erreur de croire qu'un espace vaste et ouvert est plus sain qu'un autre, dans les pays chauds. La première cause de l’insalubrité est toujours le soleil. La preuve, c'est que les marais cessent d’être insalubres lorsqu'on les couvre de plantations. Je crois done que, dans Ja plupart des cas, une largeur de 40 mètres pour la principale rue, et de 8 pour les autres, serait suffisante, et l’on devrait tendre à ce qu'un jour ces rues fussent complétement ombragées par les arbres plantés devant les maisons.
Quant aux materiaux de bâtisse, il ne peut y avoir aucune règle absolue. Tout dépendra des localités. Dans l’une il conviendra de construire en pierres, à chaux et à sable, ou avec du mortier de terre. Ailleurs il sera préférable de bâtir en pisé. J’ajouterai que ce dernier mode de bâtisse, qui est le plus généralement
PARTIE IT, — COLONISATION. 319 usité chez les indigènes, semble tout à fait à sa place en Algérie. On y trouve, en effet, presque partout, des terres qui conviennent parfaitement à cet usage, tandis que, d’un autre côté, l'absence de pluies, pendant une partie de l’année, facilite les travaux et en assure la réussite. Il suffit de s’y prendre dans la saison convenable. C’est ce que l’on n’a pas fait lors du premier établissement de Dely-Ibrahim, dont le peu de succès ne doit, en conséquence, nullement faire mal préjuger la question.
On sait, du reste, aujourd’hui, qu'une faible addition de lait de chaux dont on humecte la terre en la massant, accroit notablement sa dureté et contribue à la tenue du crépi.
Ces constructions en terre pourraient, selon les circonstances, être faites soit d’après la méthode ordinaire, soit d’après la méthode Cointereau, qui consiste dans l'emploi de briques ou blocs en terre crue, confectionnées d'avance, avec des machines puissantes, et au moyen d'une pression plus ou moins forte.
Le bois, dont on a fait jusqu’à présent un si grand usage, ne convient nullement pour la construction des maisons en Algérie, ni même pour la couverture. Ce serait, d’ailleurs, la matière la plus chère dans l'intérieur, là du moins où l’on n'est pas à proximité des forèts.
Si je conseille de ne faire d’avance que la maison d'habitation, c'est d'abord parce qu’elle est le seul bâtiment indispensable au colon dès son arrivée ;
ensuite parce que le colon édifiera ses bâtiments d'exploitation plus économiquement que ne pourrait le faire l'administration, et qu'enfin il les disposera et les étendra selon ses besoins qui varieront nécessairement suivant sa profession. En fait de bâtiments d'exploitation, le cultivateur aura besoin de toute autre chose que le charron, le maréchal, le boulanger ou le cordonnier, tandis que la maison d'habitation peut être, à peu de chose près, la mème pour tous.
La réunion de deux maisons, comme on l'a fait à Foukah, est avantageuse en ce qu'elle est économique. Mais il serait indispensable que la séparation füt complète à l'intérieur.
J'ai supposé des maisons à un étage. Je crois, en effet, que ce sera presque partout la meilleure disposilion, préférable à celle des maisons n'ayant que le rez-de-chaussée.
Je le répète, je n'ai nullement la prétention de résoudre ici la question de la forme et de la disposition à donner aux maisons des colons. Cependant, comme simple jalon, comme indication à laquelle je n'attache pas autrement de prix, j'ai cru devoir mettre à la fin de cet ouvrage (/ig. 4 à 4) les dessins, élévalion, plan et coupe d'une maison telle que je la construirais si j'avais à établir des colons en Afrique.
Le défrichement des jardins se fera à la pioche, Celui des terres pourra se faire avec une forte charrue disposée d'une manière particulière. Je reviendrai sur ce sujet en parlant de la culture coloniale,