‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 112 sur 138 · PARTIE III. — COLONISATION · texte numérisé non relu

PARTIE III. — COLONISATION

ment en soulève plusieurs autres. Doit-on, dès aujourd'hui, procéder promptement à la fondation d’un grand nombre de villages dans tous les lieux où il importe de placer une population européenne, et s’occuper en même temps des villages des trois catégories? Quel sera le personnel qu'emploiera le gouvernement pour l'exécution des travaux mentionnés? A quel titre les colons posséderont-ils, et à quelles conditions deviendront-ils propriétaires définitifs de leur concession ? Enfin, le gouvernement doit-il chercher à rentrer dans les avances faites aux colons, et par quels moyens pourra-t-il atteindre ce but?

$ 1. Nombre des villages de diverses classes à établir.

Pour ne plus revenir sur cette question, disons tout de suite que si nous regardons comme indispensable de faire marcher le plus rapidement possible l’œuvre de la colonisation, parce que le temps est ce qu'il y a de plus coûteux en Algérie, nous ne considérons pas encore les divers projets présentés, sans en exclure le nôtre, comme assez sûrs, assez étudiés, pour conseiller à l'administration d’en faire immédiatement l'application en grand. Il faut un essai préalable qui, toutefois, pour être concluant, devrait avoir lieu simultanément dans plusieurs localités.

Mon projet a le grand avantage de permettre, sans inconvénient, des (âätonnements et des modifications, non-seulement dans l'essai, mais encore dans le cours

de l'exécution en grand. Ainsi, dans toutes les situations assez favorables, le gouvernement pourrait commencer des villages de la troisième catégorie. Si les colons n’arrivaient pas, ou si, après être arrivés, on s’assurait qu'ils ne peuvent se tirer d'affaire, on ajouterait la subvention qui porterait les villages dans la seconde classe. Enfin, si cela ne suffisait pas, on accorderait tous les avantages donnés aux villages de première catégorie.

On pourrait également, et ce serait, dans beaucoup de cas, la marche la plus rationnelle, faire passer les villages de première catégorie dans la seconde classe, si les faits en démontraient la convenance, en faisant payer aux colons les maisons et les travaux de défrichement exécutés.

Dans tous les cas, il importe, avant tout, de ne pas voir se renouveler le spectacle affliseant de malheureux émigrants conviés à venir en Afrique et n y trouvant, au lieu d’un établissement, que la misère, les maladies et la mort. -

Il sera donc nécessaire de n’accorder les autorisations de passage qu'à mesure que les villages seront prêts à recevoir les colons. Ce ne seront certainement pas les colons qui manqueront. Les villages ne devront donc pas être construits, parce qu'il y aura des colons dont on ne saura que faire; mais on devra faire venir des colons, parce qu’il y aura des villages terminés.

C'est, comme je l'ai déjà dit, sur la côte et notam-

PARTIE 111. — COLONISATION. 329 ment à Bône, Philippeville et Oran que doit commencer l'essai, Dès que les premiers résultats auront permis de compter sur un succès posilif, on passera aux principaux points d'occupation de l'intérieur. Je mets Alger en dehors, parce que l'émigration s'y porte déjà spontanément, et que d’ailleurs les localités environnantes qu'il importait le plus de coloniser promptement, le Sahel, les alentours de Blidah et de Coléah, sont aujourd'hui en pleine voie de colonisation. Lors même qu'on songerait à étendre la colonisation jusque dans la Mitidja et sur le revers nord du petit Atlas, il est douteux qu'on soit obligé de recourir aux villages de première classe pour attirer les Européens.

A Bône, il n’en est pas de mème. Il y faudrait au moins quatre de ces villages, qu’on placerait au fort Génois, sur l'Édough, à Sidi-Denden et vers l'embouchure de la Maffrag. Philippeville en aurait deux, lun dans le haut de la vallée du Zéramnah, au lieu nommé Brincardville*, au-dessous du camp d'Eddis, l'autre sur les bords du Saf-Saf, soit au point où la route de Philippeville à Bône quitte la vallée, en se dirigeant vers l’est, soit plus bas. A Oran, on en établirait trois, à Misserghen, aux environs du Figuier et vers la montagne des Lions, sur la route d'Arzeu.

Dans toutes ces localités on se bornerait d’abord à l’établissement de ces villages de première classe. Ce ne serait qu'après les avoir terminés et peuplés qu’on

(1) Hommage rendu par les colons à l’habile et zélé capitaine Brincard pour les services signalés qu’il a rendus à Philippeville.

procéderait à la construction de ceux de seconde et de troisième classe qui, ainsi que l'ai déjà dit, rempliraient l'intervalle entre les premiers et le point central d'occupation.

SECTION VII. — Personnel employé par le gouvernement pour la construction des villages.

$ 1. Soldats et condamnés militaires.

On a déjà essayé l'emploi des condamnés militaires et des troupes aux travaux de routes, de constructions, de défrichement et même de culture, et cet essai a été assez satisfaisant pour permettre de bien augurer de l'application de ces deux classes de travailleurs à la construction des villages.

Je me permettrai une seule observation à cet égard : ne serait-il pas convenable, si on ne l’a déjà fait, de donner aux troupes et même aux condamnés mililaires une certaine rémunération pour ce travail, rémunération qui varierait suivant les individus ? Ce serait le moyen le plus sûr de donner à tous du cœur à l'ouvrage, de diminuer ainsi le prix du travail et d'éviter que ce travail ne devienne la cause de maladies.

Il est vivement à désirer que les chefs militaires oublient un moment leurs préjugés contre l'emploi des troupes aux travaux publies, et cessent d'y voir quelque chose de dégradant pour eux et leurs soldats. Comme l'homme est toujours homme dans toutes les conditions possibles, je proposerais d'allouer égale-

Page 1