Forçats
Quant aux forçats, je sais que de graves considérations s'élèvent contre leur emploi en Afrique. Toutefois je dois dire que les inconvénients d’une mesure pareille, malgré le talent avec lequel les ont fait ressorlir plusieurs auteurs, et notamment M. Genty de Bussy, dans son remarquable ouvrage sur l'Algérie, me paraissent infiniment moindres que les avantages qui doivent en résulter, car il ne faut pas seulement tenir compte de l'Algérie, mais encore de la France, dont l'intérêt me semble devoir être de quelque poids dans cette question, comme dans toutes les autres.
Les bagnes sont jugés et leur suppression est décidée en principe. Il n’en est pas de même des moyens de les remplacer, car ceux qu’on propose entraineraient à une {elle dépense que, dans l’état actuel des choses et de longtemps encore, le pays n'y pourra songer. Nous avons en Algérie, si nous voulons conserver et utiliser ce pays, d'immenses travaux à exécuter que le climat rend plus difficiles, plus insalubres qu'ailleurs. Nous
manquons de bras. Pourquoi n'y pas employer, au moins pour les travaux particulièrement dangereux, ces hommes voués jusqu'à présent au crime? C’est là, je le sais, une proposition qui révoltera bien des personnes ; mais jai déjà fait ma profession de foi à cet égard, et je répéterai encore : Arrière cette philanthropie qui n'a d’entrailles, qui n'a de tendresse que pour le criminel, qui se préoccupe avant tout des prisons, et qui voit d'un œil sec les douleurs et la lente agonie de tant d'honnêtes ouvriers que la nécessité de gagner leur vie condamne à travailler dans ces nombreux établissements insalubres, véritables bagnes du pauvre!
Quand quelques milliers de forçats paieraient de leur vie l'assainissement des marais de l'Algérie, je ne vois en vérité pas où serait le mal, à moins qu'on ne prétende que leur existence est plus précieuse à l'humanité que celle de nos braves soldats ou des ouvriers libres que nous emploierions à ces travaux; car, d'une manière ou d’une autre, il faut que ces travaux s’exéculent.
Et pour ce qui est de l'effet moral produit sur les indigènes par la vue de ces criminels, sans vouloir le nier entièrement, Je ne pense pas qu'il soit de nature à influencer leur conduite à notre égard.
Les condamnés militaires qui travaillent journellement sous leurs yeux, n’ont pas, que je sache, diminué le sentiment qu ils ont de notre supériorité, Nous possédons d'ailleurs, comme je lai dit plus haut,