PARTIE II, — COLONISATION
assez de moyens d'action sur ce peuple qui, avant tout, adore la force, même abstraction faite de la justice et des lumières, pour ne pas craindre de déchoir dans son esprit par une mesure semblable,
Je ne parle pas du danger de corruption qui résulterait pour lui de la présence des forçats. C'est là une idée d’homme honnète, mais ne connaissant nullement les populations algériennes d’abord, et ne se rendant pas compte ensuite de la manière dont on ferait travailler les forçats.
Qu'on ne s'appuie pas, pour repousser ma proposition, sur les inconvénients et les difficultés qu'ont présentés et que présentent encore les colonies pénales de l'Angleterre. Là, il y avait, outre l'insuflisance des premiers moyens employés et la distance, la colonisation par les criminels mêmes qui était la règle, tandis que les colons libres étaient l'exception. Colons et condamnés étaient mélés ensemble. Ici, au contraire, la colonisation doit se faire par des colons libres, et les condamnés, qui doivent constamment rester sous la direction du gouvernement, neserontemployés qu’à des travaux dont l'État doit s'imposer au préalable l'exécution, pour assurer et favoriser l'établissement de ces colons.
Du reste, point de contact entre les colons et les forcçats.
Peut-être plus tard, après l'exécution des travaux mentionnés, pourra-t-on faire en Algérie quelque chose d’analogue à la colonie agricole forcée de
Friedericksoord , en Hollande. Mais cest là une question d'avenir. D'ailleurs n’avons-nous pas en France des marais à dessécher, des rivières dont le cours doit être amélioré, de grands travaux d'irrigation à faire et des montagnes nues à reboiser? C’est même par là qu'il aurait fallu débuter. Toutefois, on ne saurait s'étonner qu’une nation artistique et littéraire comme la nôtre commence d’abord par le beau, puis passe à l'utile, et n'arrive au nécessaire qu’en dernier ressort.
L'Algérie n'aura peut-être pas trop coûté à la France, même abstraction faite des résultats matériels et politiques, si, théâtre d’une expérimentation rationpelle, elle sert à résoudre un certain nombre de ces grandes questions qui peuvent avoir une action si décisive sur la prospérité et la grandeur de notre pays.
J'arrive maintenant à la question spéciale de la population coloniale.
SECTION VIII. — Personnel de la colonisation.
Qu'on me permette de passer rapidement en revue les divers éléments et combinaisons proposés pour le peuplement de l'Algérie.
Toutefois, avant d'aborder ce sujet, faisons justice d’une de ces assertions vagues qu’on répète à satiété toutes les fois qu'il s’agit de l'Afrique, et au moyen de laquelle on croit pouvoir justifier les projets les plus fantasques. « L'Algérie, dit-on, est un pays neuf; il faut done y introduire une organisation toute nouvelle.