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PARTIE III, — COLONISATION

seul moyen vraiment efficace. Le succès de la colomisation en dépend. Il est temps, d’ailleurs, que nous nous montrions aux indigènes sous un autre aspect que celui de mécréants sans foi ni croyance.

SECTION VIII. — Colons étrangers.

Il est une question d'un haut intérêt et qui me parait encore n'avoir été qu'effleurée, c'est celle des colons étrangers. Sans avoir la prétention de la traiter iei d’une manière complète, je dois néanmoins en dire quelques mots et indiquer les points qui me semblent devoir appeler plus spécialement l'attention.

L'avantage principal qu'on a cru voir dans l’'admission des étrangers, l'obtention de nouveaux consommateurs, ne me parait à moi que très accessoire. Je l'ai déjà dit, la population et la consommation individuelle sont choses extrèmement élastiques de leur nature. À côté d’un pain naît un homme. Partout où il y a de la place, où chacun trouve facilement à se caser, les familles sont nombreuses, les jeunes gens se marient de bonne heure, la population augmente rapidement. Partout où le travail produit de grands résultats, le travailleur consomme beaucoup. Les vides occasionnés, en France, par l'émigration, se rempliront bien vite, tandis que, d'un autre côté, cette population émigrée et qui, restée en France, n'aurait subique l'accroissement ordinaire de un cent soixanteweuvième par an, éprouvera une ausmentalion dou

ble, triple, quadruple même, comme cela se voit aux États-Unis ; et puis, tel qui consommait en France, lui elsa famille, à peine pour une valeur de 6 à 800 fr., consommera pour 4,800 et 2,000 fr. en Afrique.

Je ne me préoccupe donc que fort peu du danger de priver la France d'une partie de sa population et de l'avantage d'amener en Afrique des consommateurs étrangers. En revanche, je me préoccupe beaucoup de la valeur intrinsèque de la population pour laquelle le gouvernement devra faire de si grands sacrifices.

Je crois qu'il importe, sous le point de vue politique comme sous le point vue matériel, que celte population soit principalement française. Je n’entends pas exclure les étrangers, mais je crois qu'il n'y aurait aucun avantage, et qu'il y aurait au contraire danger, à en former la majorité des colons en général, et mème à en composer la population exclusive d’un seul village.

Les émiprants des pays méridionaux qui viennent en Afrique sont en général plutôt des marchands, des ouvriers, des marins, que des cultivateurs ; et ces derniers, à l'exception des Valenciens et des Mahonais, sont la plupart peu habiles, sales et paresseux. Du reste, habitués au climat, initiés à la culture des pays chauds, ils pourront être utiles.

Les Allemands et les Suisses sont presque tous bons cultivateurs, mais pour leur pays et non pour l'Afrique. Is ont en outre, généralement, une constilution physique peu propre à résister au climat de

PARTIR III. — COLONISATION. 397 l'Algérie". Ces deux reproches s'appliquent bien aussi aux Français du nord, mais le dernier à un degré beaucoup moindre?.

Les Allemands et les Suisses sont en général laborieux, tranquilles, plus maniables, plus disposés à la subordination que les Français; mais ces avantages sont compensés par un inconvénient grave en Afrique. Je serais très fâché de blesser ici l'amour-propre nalional de nos voisins ; néanmoins il est des faits qui sont trop patents pour ne pas appartenir désormais à l'histoire, et qu'à ce titre on peut signaler sans offenser qui que ce soit. D'ailleurs, 11 faut bien en prendre son parti ; il y a de ces choses qui s’exeluent mutuellement, et de même qu'un corps ne peut être cubique et sphérique à la fois, de mème aucun peuple de la terre ne peut présenter toutes les qualités réunies. Disons donc qu'aucune des nations mentionnées ne possède, au même degré que la nôtre, ce courage et cette bravoure qui sont innés chez les Francais, et dont les futurs colons de l'Algérie auront

(1) On en a eu des preuvex, avant 1830, par les régiments suisses placés dans le midi, et, depuis, par les légions étrangères qui sont en Afrique.

(2) Beaucoup de faits me portent à croire que les populations des pays du Nord, où les Romains ont longtemps dominé et séjourné, où, par conséquent, il y a eu de nombreux croisements de races, ont subi une modification qui se révèle par la couleur du teint, de la chevelure et des yeux, et qui rend ces populations plus aptes à supporter les climats chauds que celles qui sont restées pures de sang méridional,

398 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGERIE. souvent à faire preuve, sous peine de voir leur vie et leur avoir à chaque instant compromis.

Ces diverses circonstances, jointes au danger qu'il y aurait à installer en Afrique une population eon:paete d'étrangers, sans liens, sans sympathies pour la France, me feraient pencher très fort pour une population exclusivement française, si je ne pensais, comme je lai dit, que des colons étrangers, mélés en petit nombre aux colons français, ne pussent être utiles, les méridionaux par leur connaissance de la culture locale, les Allemands et les Suisses par leurs habitudes morales, laborieuses, et leur esprit de subordination.

SECTION IX.— Établissements religieux.

Deux mots encore sur un sujet qui rentre dans la question du personnel. On a parlé de fonder en Algérie plusieurs établissements de Trappistes, et, si je ne me trompe, une concession de terres a déjà été faite à une communauté de cet ordre dans la jolie plaine de Staouéli, près Alger *.

Si ces religieux n’ont pas la famille, ils présentent en revanche deux éléments d’une haute importance pour l'Algérie, l'élément religieux et l'élément agri-

(1) Depuis que ce paragraphe est écrit, cette concession a eu lieu et le projet d'établissement est en pleine voie d'exécution. Si j’en crois, du reste, des correspondances de témoins oculaires, mes prévisions, relativement à l’étendue concédée, commenceraient déjà à se réaliser dans cette nouvelle création.

PARTIE II. —— COLONISATION. 399 cole. Il est done à désirer, non pas que l'on couvre l'Algérie de couvents de Trappistes, ce serait une fort mauvaise mesure, mais qu'on en laisse se eréer plusieurs au milieu ou à côté des principaux centres de colonisation. Je le répète, leur présence me paraît devoir exercer une influence heureuse sur la colonisation, non-seulement par l'exemple de leur moralité, mais encore par celui de leur culture.

Sans doute cette culture présentera toujours des caractères exceptionnels, qu'elle empruntera à la posillon également exceptionnelle des exploitants ; mais il sy trouvera toujours beaucoup de choses utiles, beaucoup de choses d’une application générale. Aussi ces élablissements deviendront, j'en suis sûr, de véritables fermes-modèles.

Leur utilité serait encore accrue si on leur imposait, comme condition, l'obligation de livrer gratis, après un lemps déterminé, chaque année, une certaine quantité de plants d'oliviers et autres aux colons des villages environnants.

Quelle serait l'étendue de terre qu'il conviendrait de donner à chaque établissement ? Je crois que 200 hectares seraient, dans presque tous les cas, parfaitement suffisants ; et s'il est vrai, comme on l’a dit, que le gouvernement ait concédé 4,000 hectares à Staouéli, pour le premier établissement de ce genre, je le regretterais, autant pour la colonie que pour les Trappisies, qui, à moins de donner à leur établissement un développement gigantesque, ne pourront

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jamais utiliser convenablement une superlicie pareille, comme je le prouverai en traitant de la culture coloniale.

Si l'on n'avait donné que 209 hectares, il en serait resté 800, qui, vu les avantages de la position et du sol, auraient suffi à l'établissement d'un village de quatre-vingts familles comptant près de quatre cents individus.

Je crois, je le répète, qu'il suffira de 208 hectares, dont environ 50 en bois ; 70 en herbages permanents ou alternes, plantés d'arbres fruitiers ; 5 en jardin, cour et pépinière, et 75 en culture granifère, fourragère, ele.

Avant de terminer ce chapitre, je devrais parler de la redevance que le gouvernement pourra exiger un jour des colons, pour les concessions et les avances quil leur aura faites; mais ce sujet sera mieux placé à la suite de la culture coloniale.

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