CHAPITRE PREMIER
Circonstances physiques.
La question agricole, envisagée en Algérie au point de vue de la colonisation, ne peut être restreinte au simple exposé des faits culturaux actuels. L’agriculture y est encore dans un état trop arriéré pour qu'on puisse atlacher à ces faits une haute valeur d’induclions.
Afin de se faire une idée juste des ressources qu'offre le pays et de ce que pourra en obtenir une population européenne, active et intelligente, il est nécessaire, je crois, de se reporter à ce qui se passe dans des contrées offrant une grande analogie de climat, de sol et de position avec notre colonie. C’est là, ce me semble, le seul moyen de résoudre des questions importantes, et jusqu’à ce jour encore controversées. On a blâämé cette manière de procéder ; c’est cependant la seule rationnelle dans le cas présent, et elle
112 COLONISATION ET AGR CULTURE DE L'ALGÉRIE. offre des garanties d’exactitude, pourvu que les rapprochements soient justes.
Je tâcherai done, avant tout, de constater fidèlement les circonstances physiques de l'Algérie qui influent le plus puissamment sur Pagriculture et lui impriment un cachet spécial; puis, après l'exposé de ce qui s’y pratique actuellement, j'essaierai d'indiquer ce qu'on pourra y faire, en me basant sur les faits agricoles des contrées analogues.
SECTION 1. — Relief du terrain.
Pour l'intelligence de ce que j'ai à dire sur le climat et la culture, je dois ici reproduire très sommairement des données fort connues sur la configuration du sol en Algérie.
On sait que ce pays est formé de deux parties bien distinctes: au nord une zone montagneuse et de largeur variable, c'est la partie habitée, nommée Tell par les indigènes ; au midi le désert sur une profondeur inconnue.
On sait que deux grandes chaines de montagnes, à peu près parallèles à la côte, le yrand et le petit Atlas, couvrent la majeure partie de la surface du Tell et en font une contrée essentiellement montueuse, coupée dans tous les sens par les chaines principales et leurs nombreuses ramifications, et sillonnée d’une foule de gorges et de vallons, qui servent à l'émission
PARTIE ÏT, — CULTURE ARABE, 113 des innombrables cours d’eau descendant de ces montagnes.
On sait de même que, sur plusieurs points, les vailées s’élargissent ou plusieurs vallées se réunissent ensemble et forment de belles et vastes plaines comme celles de la Seybouse, de Touélat, des Abd-el-Nour, de Sétif dans la province de Constantine; la plus célèbre de toutes, celle de la Mitidja, et la plaine du Chéliff dans la province d'Alger ; enfin, les plaines de la Mina, de l'Hik-hil, d'Habra et du Sig ; celles d'Éghris et de Froha, de Tlélath et de Méléta dans la province d'Oran.
Celles de ces plaines qui sont situées à peu de distance de la mer n’ont qu'une faible élévation et offrent en général une surface sensiblement plane. Les plaines de l’intérieur sont plus élevées, et peuvent être considérées comme des plateaux de moyenne hauteur. Leur surface est d'ordinaire plus ou moins ondulée.
L'Atlas, dont la plus grande altitude mesurée, le Miltsin, haut de 5,564 mètres au-dessus du niveau de la mer, se trouve dans le Maroc, s’abaisse en avançant vers l’est, et se termine en collines dans la régence de Tunis. Il conserve, en Algérie, une hauteur moyenne dont le point culminant ne dépasse pas 2,200 mètres et se trouve dans le Jurjura, chainon oriental du petit Atlas. Les sommets de 4,000 à 4,500 mètres sont assez nombreux dans tout le pays.
Les montagnes de l'Algérie présentent peut-être moins que celles des contrées méridionales de l'Europe ce caractère particulier qui distingue en général
ces dernières, ces pentes roides et abruptes, ces crêtes saillantes, ces ravins el ces gorges profondes à flancs verticaux et déchirés. Sans doute tous ces accidents s’y rencontrent aussi, mais à un moindre degré qu'en Espagne et dans notre midi. J'ai trouvé de la ressemblance, sous ce rapport, entre les montagnes de l’Algérie et celles de la Corse. En parlant du sol, je ferai voir que, dansles deux pays, ce fait tientaux mêmes causes.
Le massif du petit Atlas et les plames et vallées qu'il renferme sont les parties les plus habitées et les plus habitables. L'intervalle qui sépare ce massif de la chaine du grand Atlas est une vaste plaine sablonneuse, sillonnée par quelques ramifications transversales des deux chaines et par plusieurs cours d’eau qui, la plupart, viennent alimenter des lacs ou marais salés, situés au centre de cette plaine, appelée dans l’ouest désert d’Angad, et ailleurs petit désert.
De l’autre côté du grand Atlas, se trouve le Sahara dont la première zone, sur une étendue inconnue, est encore habitée, grâce à quelques cours d’eau et fonlaines, et constitue les pays de Bisearra, Tuggurth, El-Agouath, Aïn-Madhi et le Beled-el-Djerid.
SECTION II. — Climat.
Ÿ 1. Température.
Située entre le 54° et le 57° de latitude nord, bornée d'un côté par la Méditerranée, de l'autre par le Sahara