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Défrichements

Le défrichement des terres incultes et surtout des makis ou broussailles est l'opération la plus pénible qu'auront à exécuter les colons. Je crois donc devoir entrer dans quelques détails à cet égard.

J'ai déjà indiqué précédemment les plantes qui garnissent d'ordinaire ces terrains; j'ajouterai que celle qui offre le plus d’obstacle au défrichement est

le palmier nain (chamaærops humilis), dont les racines tenaces, nombreuses et entrelacées, forment des touffes parfois de plus d'un mètre de diamètre, dans lesquelles les instruments ne pénètrent qu'avec la plus grande diffieulté. Heureusement que cette plante ne se rencontre pas partout en égale abondance, et qu’elle manque même complétement dans les terrains riches et frais.

Après le palmier nain, viennent les chènes kermès, les grandes bruyères, les lentisques, diverses espèces de genêts et de genévriers, les arrète-bœufs, etc.

La première opération à faire est d'enlever tous les obstacles qui couvrent la superficie, Ce sont, avant tout, les plantes ligneuses, arbrisseaux, arbustes et buissons, que le sol a produites spontanément. Le moyen le plus simple, celui qu'emploient les Arabes, c'est d’y mettre le feu en temps opportun, c’est-à-dire en juillet, août et septembre. Mais ce moyen, comme nous l'avons déjà dit, est dangereux; il a de plus l'inconvénient de faire sacrifier en pure perte une masse notable de combustible qui, dans une foule de localités, n’est déjà que trop rare. D'ailleurs, le feu ne détruit pas complétement les gros pieds, et, avant de mettre la charrue dans un terrain brûlé, on sera toujours obligé d'y passer avec la hache. L'incinération pourrait être tolérée tout au plus pour les premiers défrichements, et encore seulement dans les terrains clos d’un fossé et éloignés des habitations, mais devrait être formellement interdite dans tout autre cas.

Nous supposerons qu'on ne l'emploie pas. On eommencera par enlever avec précaution {ous les plants d'arbres fruitiers sauvages, oliviers, figuicrs, citronniers, jujubiers, elc., qui se trouvent dans le makis. Ces plants devront être replantés Immédiatement dans un terrain préparé ad hoc, et qui servira de pépinière.

Cela fait, on procédera à l'extraction des plus gros pieds d'arbres et d'arbustes que renferment les broussailles. Cette opération s'effectuera en creusant un peu à la pioche autour de la souche, et en coupant les orosses racines au-dessous du collet, le plus profondément que faire se pourra. Les grandes haches, ou passe-partout, sont moins bonnes pour ce travail que les petites haches à main à lame étroite, et même que les couperets et les pioches tranchantes.

Deux instruments fort simples et très efficaces peuvent être employés concurremment avec ceux-ci dans les cas difficiles : les figures 5 et 6 les représentent tous deux. La fioure 5 est une forte perche de 5 à 4 mètres

Figure 5.

‘THIEBAULT

de longueur, armée au gros bout d’un trident en fer très solide, et portant à l’autre extrémité une corde b. On fait pénétrer le trident sous la souche, on l’appuie sur le billot représenté en a et a’, ou sur une pierre,

PARTIE IV, —- AGRICULTURE, 47 et des hommes, en tirant sur la corde, arrachent la souche, travail que d’autres ouvriers facilitent en cou-

pant les grosses racines à mesure qu'elles sont soulevées.

Figure 6.

i . THIEDAULT

L'autre instrument, fig. 6, se compose d’un fort crochet a en fer d'environ 0",60 de développement, ayant une pointe acérée el portant un gros anneau b à l'autre extrémité. On fixe la pointe à coups de maillet dans la souche qu'on veut extraire, puis on fait entrer une forte perche c, de 5 à 4 mètres de longueur, dans lanneau ; les ouvriers poussent horizontalement sur l'extrémité de la perche, et enlèvent ainsi la souche par la torsion du pivot et des grosses racines.

De ces deux instruments, le premier, qui convient particulièrement pour l'extraction des arbrisseaux et arbustes, sera le plus utile en Afrique; l’autre est plus spécialement approprié à l’arrachage des souches d'arbres.

Une fois le sol débarrassé des plus grands obstacles de ce genre ainsi que des roches isolées à fleur de

terre qui pourraient s'y trouver, on procède à la eulture du terrain.

Le sol doit être retourné, ameubli, débarrassé des grosses racines et exposé à l'air.

Cette opération peut se faire de deux manières : avec des instruments à bras, et à la charrue.

La première méthode, qui s'exécute avec la pioche, le bident, le pic, la tournée, est la plus parfaite, mais aussi la plus chère, la plus pénible et la plus longue. Si en France elle est rarement avantageuse, à plus forte raison doit-elle être rejetée en Algérie, surtout pour les premiers défrichements qu'il importe de faire le plus promptement possible.

Reste done la seconde méthode : celle-ei exige une charrue spéciale, Aucune de celles qui ont été proposées et employées pour cette opération n'a encore rempli, à ma connaissance, toutes les conditions désirables.

Celle qui m'a paru donner les meilleurs résultats est une charrue construite, d’après mes indications, pour de grands défrichements exécutés en Corse. Les figures 7 et 8 la représentent en élévation et en plan, avec quelques modifications qu'il m'a semblé utile d'y apporter. Cest, comme on le voit, un araire, ou

(1) Je dis des roches isolées, parce que je ne suppose pas qu’on mette en culture un terrain à sous-sol de rochers qui viendraient affleurer sur plusieurs points de la surface. Il peut bien y avoir profit à cultiver un pareil terrain dans quelques parties très peuplées de la France, mais ce serait une fort mauvaise opération en Algérie.

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