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CHAPITRE IV

Travaux et instruments de défrichement.

Ÿ 1. Desséchement, — Éndiguement,.

Le sol de l'Algérie offre, ainsi que je l'ai déjà dit, des terres arables en faible proportion, des herbages

naturels, des broussailles sur une très grande étendue, enfin des marais et des bois.

Quant aux champs, prairies et bois, nulle difficulté pour leur exploitation. Les premiers sont tout défrichés, et les prés et les bois, loin d’être mis en culture, devront presque toujours recevoir une plus grande extension partout où cela sera praticable.

Il ne s’agit donc que des broussailles et des marais.

Le desséchement des marais est en dehors des opérations habituelles de la culture, et je n’en dirai rien ici. Mais, à côté de ces espaces inondés une grande partie de l’année, il y a une assez vaste superficie de terrains que leur situation rend trop humides, et où l'eau séjourne pendant l'hiver. Or, la surabondance d'humidité est, comme on sait, un obstacle très grave à l'emploi fructueux du sol, mème lorsqu'il est en forêts ou en prairies, à plus forte raison quand il est en terres arables.

Disons, toutefois, que l’assainissement des terrains humides n'a pas, à beaucoup près, la même importance en Algérie que dans le nord, non-seulement à cause de la sécheresse du climat, mais encore parce qu'on doit supposer que tous les terrains bas, où l’eau séjourne pendant l'hiver, seront nécessairement laissés en herbages naturels. Or, la présence de l’eau, pourvu qu'elle ne se prolonge pas au delà de février, ne semble pas exercer en Afrique un mauvais effet sur la qualité du fourrage.

Quant aux terres arables, 1l est essentiel que jamais

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 41 l'eau n'y séjourne, même en hiver, car il serait impossible d’y cultiver des récoltes d'automne qui, sous ce climat, sont les plus productives. Dans la plupart des cas, quelques fossés bien dirigés sufliront pour prévenir cet inconvénient.

On se borne ordinairement à faire un fossé principal qui traverse les parties les plus basses et auquel viennent aboutir des fossés secondaires; mais on est parfois aussi obligé de faire, au préalable, un fossé de ceinture pour empéècher que les eaux du dehors ne pénètrent dans le terrain à dessécher.

Ajoutons qu'il serait essentiel d'établir, sur cette matière, des règlements analogues à ceux que nous proposerons plus loin pour les canaux d'irrigation.

in Algérie, comme dans tous les pays montagneux du midi, les rivières et torrents sont sujets à de fortes crues pendant l'hiver. Je viens de dire que toutes les terres basses, exposées à être envahies par les eaux, devront nécessairement rester en herbages naturels sur lesquels les inondations produisent en général moins de dégâts que sur les terres. Toutefois, il sera souvent nécessaire d'y empêcher le ravinage des terres, c’est-à-dire l’action érosive des eaux, et il sera toujours utile d’y favoriser le dépôt du limon. Ce double résul-

-{at sera obtenu par des travaux ayant quelque analo-

gie avec ceux qui existent en Égypte et qu'on a commencé à imiter avec un grand succès dans les Hautes- Alpes, sur la Durance.

Ce sont des levées en terre, gazonnées et plantées,

dirigées perpendieulairement, ou à peu près, au lit de la rivière. Ces levées, qui partent du point extrème où parviennent les eaux dans les plus grandes crues, et se terminent par une tête en perré vers le lit de la rivière, n'empêchent pas l'eau de couvrir les rives, mais elles l'empêchent d'y couler, d'y enlever la terre, d'y déposer du sable, des galets, d'y occasionner, en un mot, les ravages ordinaires des inondations. Par le fait de ces levées, les eaux troubles des crues servent, au contraire, ainsi que l'a prouvé l'expérience, à l’a mélioralion du sol, d'abord en limprégnant d’une humidité salutaire, ensuite et surtout en l’enrichissant et en l'exhaussant par le limon qu'elles y déposent.

Re TAIEBAULT

La figure 4 fera mieux comprendre encore ce genre d'ouvrage : a a a a est la ligne qu’atteint l'eau dans les plus grandes crues ; b est une route; c cc sont les levées en terre, gazonnées et plantées ; d d d sont des môles en perré destinés à défendre l'extrémité des levées ;

PARTIE 1V. — AGRICULTURE. 43 e e e sont de petites digues submersibles pour retenir les eaux troubles; f est le cours d’eau.

J'ai à peine besoin de dire que les dispositions nécessaires doivent être prises pour le parfait écoulement des eaux, du moment où la rivière est rentrée dans son lit : ce seront des fossés et des coupures dans les bords, partout où les bords sont naturellement exhaussés,.

Je n'aurais pas parlé de ces travaux qui, tels que je viens de les décrire, et surtout lorsqu'ils concernent un cours d’eau important, sortent du domaine des travaux agricoles et rentrent dans celui des ponts et chaussées, si, dans une foule de circonstances, uon-seulement sur les ruisseaux, mais même sur les rivières, des travaux de ce genre, mais plus simples, ne pouvaient être exécutés par les cultivateurs.

Ainsi, de simples plantations, assez serrées et dirigées, comme les levées de terre, perpendiculairement au cours d’eau, suffiront souvent pour produire un effet analogue à celui des levées ; celles-ci d’ailleurs, pourvu qu'elles ne soient ni trop longues ni trop fortes, et qu’elles n’exigent point de travaux d’art, pourront toujours être exécutées par les cultivateurs. Pour que l'effet désiré soit obtenu, il n’est pas indispensable que ces levées soient insubmersibles. En les gazonnant, en les plantant et en leur donnant beaucoup de {alus, en aval comme en amont, le passage de l'eau ne leur nuira pas, d'autant plus que les plantations, échelonnées de distance en distance (à 400, 75,

90 mètres et mème moins,suivant la pente du terrain), auront nécessairement pour effet de ralentir le courant.

Ces plantations, qu'elles soient sur des levées ou sur le terrain plat, pourront se composer de deux ou trois lignes d'arbres, peupliers, frènes, ormes, sycomores, bambous, entremèélés deroseaux-cannes(arundo donax) et de roseaux africains (4. mauritanica).

Des plantations analogues pourraient être établies sur les deux rives des cours d’eau parallèlement au lit.

La figure 4, qui représente des travaux de ce senre faits dans les Hautes-Alpes, suffira pour donner une idée de ces ouvrages, sur lesquels j'aurai encore quelques mots à dire, attendu qu'ils rentrent également dans la question des arrosages.

Pour ces divers travaux comme pour ceux d'irrigaon, l’instituteur, arpenteur-né dela commune, pourra ètre d'une grande utilité en remplissant les fonctions d'ingénieur, toutes les fois que des connaissances supérieures ne seront pas nécessaires.

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