PARTIE IV, — AGRICULTURE
d'Afrique sont, comme on sait, de petite taille, et il en faudrait six, huit et dix pour effectuer un labour pareil,
Je puis recommander, d'après ma propre expérience, kes bœufs de lu Romagne et des Muremmes de la Toscane, comme pouvant convenir parfaitement pour les défrichements que le gouvernement ou les grands propriétaires feront exécuter en Afrique. Ces bœufs sont de forte taille, gris-blancs de robe et bien conformés pour le travail. Ils supportent parfaitement la chaleur et se contentent d’une nourriture assez grossière, Ceux que nous avions fait venir en Corse nous ont fait uu excellent service, bien supérieur à celui des bêtes du pays et des bêtes sardes ; ils travaillent indifféremment avec le joug et avec le collier, mais 1ls vont plus vite et lirent mieux avec le collier, lorsqu'il est bien fait et qu'on a soin de tenir la sousventrière serrée,
Je n'ai aucune expérience sur l'emploi des buffles ; mais, d’après ce que j'ai entendu dire, je serais porté à croire qu ils pourraient étre fort utiles dans toutes les plaines et vallées humides de l’Alpérie, non-seulement pour les défrichements, mais aussi pour les travaux de culture en général,
Je crois qu'il conviendrait d'en faire venir d'Italie un certain nombre, mâles et femelles, avec des hommes habitués à les conduire, On les placerait dans la Mitidjà, aux environs de Bône, de Philippeville, de Lacalle, et on les emploierait au défrichement des
terres, coneurremment avec les bœufs, dans les villages que le gouvernement compte y faire établir. On aurait ainsi des points de comparaison intéressants.
(4. Frais. — Cultures subséquentes. — Époques des défrichements.
Exéeuté par la méthode que je viens d'indiquer, je pense que le défrichement d’un hectare ne reviendrait pas, même dans les cas défavorables, à plus de 450 ou 200 fr. Souvent il atteindrait à peine le tiers ou la moitié de cette somme, et parfois le produit en bois et en plants d'arbres fruitiers paierait les frais.
Sans doute il est des terrains où la présence de roches, l'abondance de palmiers nains et d’autres obstacles de ce genre rendraient le défrichement beaucoup plus coûteux; mais je crois qu’à moins de circonstances exceptionnelles, on doit, pour le moment, renoncer à la mise en culture de ces terrains, et les laisser en bois que l’on conservera tels quels, ou que l’on convertira successivement en plantations.
Après le labour, il reste encore d’autres travaux à faire. Les racines, les portions de souches et de tiges ramenées à la surface du sol doivent être réunies, brülées sur le champ ou enlevées pour servir de combustible.
Quant aux cultures subséquentes, e’est encore une question de savoir s’il convient de donner des hersages, roulages et autres façons ameublissantes immédiatement après le labour, où s'il vaut mieux laisser le sol en guéret pendant un certain temps. Les personnes
PARTIE 1V. — AGRICULTURE, 55 que j'ai consullées n'étaient pas d'accord à eet égard ; je pense que les divergences d'opinions sont dues aux différences de sols et d’époques.
Voici ceque je crois pouvoir conclure des renseignements obtenus : l'époque la plus favorable au défrichement, dans les bonnes terres, est l'automne, après les premières pluies; alors il est ordinairement superilu de donner d’autres cultures après le labour de défrichement, à moins qu'il ne soit nécessaire de faire disparaitre des inégalités, de recouvrir certaines places que la végétation spontanée pourrait envahir de nouveau, Où à moins qu on ne sème immédiatement après le défrichement, procédé détestable en France, mais très praticable en Algérie, dans presque tous les terrains. Dans ce cas, on passe alternativement une herse de fer et le rouleau deux ou trois fois dans le sens du labour, immédiatement après celui-ci. A la première pluie, on sème, puis on recouvre la semence par un nouveau coup de herse.
Il sera impossible d'exécuter tous les défrichements dans ce court espace de temps. Heureusement que tout l'hiver et même le reste de l'année, à l'exception des mois de juillet, août et septembre, où la terre est d'ordinaire trop desséchée, conviennent également pour cette opération.
Lorsqu'on défriche pendant l'hiver ou en février et mars, la terre se laisse pénétrer facilement par la charrue; ajoutons uéanmoins que la surabondance d'humidité est parfois un obstacle, et que dés que le
beau {temps est revenu, on doit se hâter de donner les hersages et roulages nécessaires avant que le soleil ait durci la terre,
En mai et juin, la terre des makis, quoique très sèche, estencore pénétrable pour une bonne charrue bien altelée. Si le sol qu'on retourne n’est pas entièrement desséché et si l'on veutencore faire unesemaille dont le succès sera du reste fort douteux, la herse et le rouleau devront suivre immédiatement la charrue, sinon hersage el roulage sont inutiles ; la terre reste en guéret, et les alternatives de rosées et de soleil produisent sur elle le mème effet que les gelées dans le nord.
J'ai dit qu'un défrichement d'automne pourrait étre suivi d'une semaille de blé ou d'orge. F’ajouterai qu'après un défrichement d'hiver et même de mars, on peut encore mettre des pommes de terre, du maïs, du millet, des haricots, du sarrasin, de lavoine et des vesces pour fourrage; tout cela sur un seul labour, mais après des hersages (s'il le faut, des cultures au scarificateur ) assez multipliés pour que la surface du sol soit parfaitement meuble.
Après le défrichement d'avril, mai, juin, il n’est pas prudent de semer, si l’on n’a pas la faculté d’arroser. On n’ensemence la terre qu’à l'automne suivant, après les premières pluies; et c’est là, disons-le, la meilleure préparation pour les céréales d'hiver, parce que la terre neuve, ramenée à la surface, a eu le temps de s’aérer, de mürir, et présente toutes les conditions nécessaires à la bonne venue des récoltes.