Défrichement pour plantations
Les terrains qui, par leur pauvreté, leur sécheresse, leur compacité, ou par leur pente trop forte, ne seraient bons qu'à être complantés en oliviers, müriers, amandiers, ete., n’exigeront pas des travaux de défrichement aussi complets que ceux que je viens de décrire ; il suffira d'y défricher à la pioche des espaces de 2 à 5 mètres carrés de superficie, à 6, 8 ou 40 mètres les uns des autres, et de creuser, dans chacun de ces espaces, un trou d'un demi-mètre carré environ, dans lequel on plantera, en observant les règles que nous indiquerons plus loin.
Cette méthode est sans doute moins parfaite que le défrichement complet ; mais elle a le grand avantage d'être facile, expéditive, de permettre par conséquent la plantation immédiate d’une grande superficie à peu de frais, et de faire gagner ainsi plusieurs années aux arbres et aux colons. Plus tard, les colons pourront étendre successivement le rayon défri-
PARTIE 1V. — AGRICULTURE, 59 ché autour de chaque arbre, et finir par cultiver le tout; ils profiteront pour cela de la morte saison, c'est-à-dire de l'été.
Ÿ 7. Reboisement.
J'ai déjà indiqué, en quelques mots, une méthode simple et facile pour transformer les broussailles en taillis. On se rappelle qu'il suffit, à cet effet, de défendre ces broussailles contre la dent des bestiaux et contre le feu.
Si l’on veut perfectionner ce reboisement en introduisant de meilleures essences dans le terrain qu’on veut mettre en rapport, on arrivera facilement à ce résultat par le moyen suivant : on défrichera par plaques, comme je viens de l'indiquer, à où les broussailles ont été enlevées ou sont naturellement moins épaisses, et on sèmera ou plantera les essences dont on aura fait choix.
Ÿ 8. Défrichements faits par le gouvernement. — Emploi de la charrue pour les travaux de terrassement.
Ce que je viens de dire sur les défrichements s’applique non-seulement à ceux qu'effectuerontles colons, mais encore aux défrichements exécutés par le gouvernement, au moyen des condamnés militaires et de la troupe. Là épalement il y aurait perte évidente à faire défricher autrement qu'à la charrue, si ce n'est pour les terrains destinés à être mis en jardin ; et en-
ou COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE,
core y aurail-1l presque toujours avantage à y faire usage de la charrue pour le premier labour, sauf à donner les cultures subséquentes avec des instruments à bras,
L'une ct l'autre des charrues de défrichement que j'ai décrites seront encore très utiles pour presque tous les travaux de terrassement, soit de l'intérieur des villages, soit de l'enceinte.
L'emploi de la charrue à ces travaux mériterait en général d'être plus connu, car il économise beaucoup de main-d'œuvre, S'agitil, par exemple, d'abattre une croupe; on laboure celle-ci; les ouvriers n’ont plus qu'à enlever la terre détachée par la charrue, travail facile en comparaison de celui qu'ils auraient eu s’il avait fallu, au préalable, remuer et creuser la terre à la pioche. Si lon veut abaisser davantagele niveau, après l'enlèvement de la première couche de terre remuée, on laboure de nouveau à une profondeur plus ou moins grande, jusqu'à ce qu'on soit parvenu au point convenable, F
Pour les fossés, on procède de la mème manière : on commence par labourer l'espace que doit occuper le fossé; puis, après avoir enlevé à la pelle ja terre détachée, on donne un nouveau labour ; on continue ainsi jusqu'à ce que la place manque à l'attelage. Quand le fossé conserve une certaine largeur dans le fond et qu'il est en ligne droite ou à peu près, on peut labourer ainsi jusqu'au fond, en ayant soin de mettre les bêtes à la file les unes des autres, On laisse, bien en-
PARTIF IV, — AGRICULTURE. 61
tendu, aux deux extrémités un espace en pente afin de pouvoir sorlir el tourner.
Ÿ 9. Don d’une ou deux charrues à chaque village.
Outre les instruments dont j'ai parlé précédemment comme devant être donnés aux colons des villages de première classe, je crois qu'il serait utile que le gouvernement accordât à tous les villages, sans exception, une ou deux charrues de défrichement. Ces instruments seraient propriété communale, ef, comme tels, placés, sous la surveillance du maire, chez le forgeron du village qui serait chargé de les entretenir en bon état. Tousles colonseultivateursauraient, à tour de rôle, le droit de s’en servir pendant un certain nombre de jours, moyennant une faible rétribution destinée à couvrir les frais d'entretien. Cette rétribution varierait suivant les localités : dans celles à terrain pierreux où les instruments s'usent promplement, elle pourrait s'élever jusqu'à 4 fr. par jour de travail; ailleurs, elle n'irait qu'à moilié ou au tiers de ce chiffre.