‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 32 sur 141 · PARTIE IV, — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV, — AGRICULTURE

Les premiers, qui portent des espèces de socs, ne peuvent fonctionner que dans une terre déjà meuble, mais conviennent parfaitement pour détruire les mauvaises herbes et enfouir la semence.

Les seconds, qui sont armés de dents plus longues et plus larges que celles de la herse, sont particulièrement propres à remuer et ameublir profondément un sol durei.

Ces deux instruments, surtout le dernier, pourront être fort utiles en Algérie ; on en donnerait un ou deux à chaque village.

Les meilleurs sont ceux de M. de Dombasle.

SECTION VII, — Instruments pour les cultures sarclées.

Nous avons dit plus haut que dans la culture extensive, la seule qui nous paraisse rationnelle en Algérie, on évitait les récoltes qui exigent beaucoup de travail. En tête de ces récoltes figurent celles dites sarclées. Les colons devront certainement se garder de leur donner une grande extension, mais ils ne pourront se dispenser de faire, au moins sur une petite étendue, du maïs, du tabac, des récoltes-racines, ete. En revanche, ils devront tout mettreen œuvre pour diminuer la somme de travail que nécessitera chaque unité de produit. V'ai déjà dit que le bon moyen, pour arriver à ce résultat, était de ne cultiver ces plantes que sur une terre abondamment fumée.

Un autre moyen est de ne les mettre que dans un sol déjà propre et meuble.

Enfin on peut aussi employer, pour les menues cultures qu'on donne pendant la végétation des plantes, des instruments attelés, au lieu d'instruments à bras.

\ 1. Semaille en lignes.

L'emploi des instruments attelés exige impérieusement la semaille ou la plantation en lignes, à 0,65 au moins de distance les unes des autres.

Dans la grande culture, on trace ordinairement ces lignes avec un rayonneur; dans la petite culture, ce travail peut très bien se faire au cordeau et avec la houe à main.

La semaille peut aussi se faire à la main; mais on l’accélère et on la rend plus réoulière par l'emploi du semoir à brouette ‘.

Le meilleur instrument de ce genre que je connaisse est le nouveau semoir à brouette de M. de Dombasle. I suffirait d'en fournir un par village, où il resterait, comme les charrues de défrichement, chez le forgeron.

( 2. Culture des récoltes sarclées.

On donne aux plantes sarelées deux sortes de cultures : les sarclages ou binages , et les buttages. Les premiers conviennent à toutes les récolles dites

(1) Quelques personnes pourront s'étonner que je ne recommande pas le semoir à cheval, non-seulement pour les récoltes sarclées, mais encore pour les céréales. J’avoue que jusqu'ici, malgré la meilleure volonté du monde, il ne m’a pas encore été possible d’apercevoir les avantages de cet instrument, même pour la France, à plus forte raison pour l'Algérie,

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 85 sarclées. Ms s'exécutent au moyen de la houe à main et de la Loue à cheval.

La houe à cheval, faisant avee un homme, un cheval où un bœuf, et un enfant pour diriger l’attelage, l'ouvrage de vingt-cinq à trente personnes, mérite, je crois, d’être introduite en Aloérie, Les meilleures houcs à cheval que je connaisse sont celles de MM. Heuzé, Grand-Jouan, de Meixmoron-Dombasle, Rosé et Laurent *.

Le buttage, qui consiste dans l’amoncellement de la terre au pied de la plante, ne convient qu'à certaines

récoltes que j'indiquerai plus tard. On l'exécute également avec une grande économie et beaucoup de régularité au moyen du buttoir, espèce de charrue à deux versoirs, qu'on fait passer, comme la houe à cheval, entre les lignes des plantes.

Les meilleurs buttoirs fabriqués en France m'ont paru être, jusqu'à présent, ceux de MM. Rosé et Laurent, de Raffin, Bodin et Rieffel,

La rapidité avec laquelle ces instruments fonetionnent permettrait de n’en donner qu’un ou deux dechaque espèce par village,

SECTION VII. — Instruments à bras.

Quant aux instruments à bras, on fournirait à cha-

(1) La longueur de Page et la petite roue dont elles sont munies leur donnent une marche stable et régulière que n’ont pas la plupart des autres houes à cheval, et qui est néanmoins essentielle pour le travail auquel on les applique.

que colon une bèche ordinaire, à lame plate et assez longue (0,55 au moins); une bêche à deux ou trois dents, instrument excellent et dont j'ai déjà parlé ; une pioche à long manche et à lame étroite; une houe également à long manche, perpendiculaire à la lame; un crochet (houe à deux dents) ; une tournée à pointe; une binette (petite houe à long manche avec crochet d’un côté); une pelle, deux faux, dont l’une emmanchée avec un râteau, pour le fauchage des céréales ; quelques faucilles * ; un fléau ordinaire.

SECTION IX. — Instruments de transport.

Ÿ 1. Chariots, charrettes.

En parlant de la dépense qu’occasionnerait chaque colon au gouvernement, j'ai supposé qu'il fournirait une voiture pour deux colons, ce qui serait en effet suffisant. Il resterait à déterminer de quel genre serait celte voiture,

Les charrettes sont plus simples, moins chères, et, dans les cas ordinaires, c’est-à-dire sur de belles routes horizontales, ou à peu près, moins tirantes que les chariots ; mais elles rachètent ces avantages par des inconvénients très réels. Elles sont difficiles à charger ; elles usent très promptement l'animal qu'on yattelle, et, dans les terrains accidentés, et surtout dans les mauvais pas, elles sont très inférieures aux chariots. Or,

(1) Je recommanderai surtout l’adoption de la sape-faucille de

M. Auberger, instrument qui, par une modification très simple, diminue notablement ce que le faucillage a de plus pénible.

PARTIE IV, — AGRICULTURE. #7 les mauvais pas et les terrains accidentés sont choses fréquentes en Algérie 1.

Enlin, les charrettes exigent l'emploi de gros chevaux. En France, c'est déjà un inconvénient fort grave, en ce que cela favorise la production de chevaux impropres a la guerre. En Algérie, Pinconvénient serait pire encore, attendu que ce genre de chevaux n'y existe pas et qu'on serait obligé de tirer du dehors, à grands frais, tous les chevaux employés aux charroïs et à la culture des terres.

Autant que possible, on doit opérer avec les éléments qu'on a sous la main, et c’est surtout le cas lorsque ces éléments remplissent déjà les conditions essentielles ou qu'il suffit de quelques modifications bien simples pour atteindre, par leur secours, le but qu'on se propose. On a aujourd'hui la preuve que les chevaux d'Afrique peuvent servir aux charrois, pourvu qu'on leur donne des véhicules appropriés à leur taille. Le chariot à une seule bête, dans le genre de chariots comtois et Dombasle, mais beaucoup plus léger, me paraitrait la meilleure machine de transport pour les colons.

(1) C’est une erreur de croire qu’une charrette se tire mieux qu’un chariot d’un mauvais pas. L'expérience prouve journellement le contraire, et cela s'explique facilement. Les fondrières et les trous ne sont la plupart que d’une étendue telle qu’une ou deux roues peuvent seules s’y trouver engagées à la fois. Avec une charrette, c’est donc la moitié ou la totalité de la charge; avec un chariot, ce n’en est que le quart ou la moitié qu'il s’agit de faire sortir de la fondrière.

Sans se préoccuper à l'excès d'un avenir éloigné, on doit cependant dès à présent songer à mettre en harmonie les intérêts de la défense du pays avec ceux de l'agriculture. Or, encore une fois, la charrette pousse à la production de chevaux impropres à la cavalerie,

On n'objectera peut-être que le climat de l'Algérie s'oppose déjà suffisamment à la production de cette espèce de chevaux pour qu'il ne soit pas nécessaire de faire naître d’autres obstacles. C’est une erreur. L'Égypte a un elimat plus chaud et plus sec que l'AIoérie, et néanmoins les chevaux égyptiens, suivant M. Hamont, sont en général gros, lourds et impropres à la selle, parce qu'il résulte de certaines circonstances, notamment des inondations du Nil et des arrosages, qu'ils sont nourris en partie comme dans le nord, c’est-à-dire avec des aliments aqueux. Qu’une portion des terres des futurs villages soit arrosée et appliquée à la production des fourrages, — et j'espère bien qu'il en sera ainsi, — dès lors les cireonstances deviendront à peu près les mêmes qu’en Égypte: elles favoriseront la production des pros chevaux. Je sais bien qu'il ne manquera pas de moyens pour ecombattre cette tendance ; mais un des moyens les plus efficaces, c'est précisément la substitution du chariot léger à la charrette.

Un dernier inconvénient de la charrette, c'est qu'à moins de dispositions particulières dans le détail desquelles je ne puis entrer ici, le même véhicule ne peut

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 89 convenir également pour des chevaux où mulets et pour des bœufs",

Du reste, on pourrait essayer d'introduire dans quelques villages chariots et charrettes. Ce serait le bon moyen de savoir d'une manière positive à quoi s'en tenir sur le mérite respectif de ces deux véhicules pour l'Afrique. Les uns et les autres devront être faits pour une seule bête, par conséquent très légers. Dans les cas exceptionnels seulement, on y altellera une ou deux bètes en sus, par-devant.

J'ai supposé qu'on donnerait un chariot (ou une charrette) pour deux colons. Aux personnes qui trouveraient que c'est beaucoup et qu'on pourrait convenablement se borner à un véhicule pour trois ou quatre colons, je ferai remarquer que nulle part il n'importe autant de rentrer promptement les produits et de faire rapidement les transports de fumier ou autres qu'en Algvrie, tant à cause du climat qu'à cause du peu de sécurité.

Ÿ 2. Brouettes, — Bâts.

On donnerait en outre une brouette à chaque colon.

(1) Quand on attelle les bœufs au collier et même au joug simple, méthodes bien préférables à celle qui est généralement usitée en France, on peut placer un bœuf dans la limonière d’une charrette, au moyen d’une sellette et d’une sous-ventrière appropriées à l’animal; encore faut-il dresser les bœufs pour cela, et est-il nécessaire qu’ils soient à peu près de la même taille que les chevaux qu’ils remplacent. Mais quand ils tirent au joug double ordinaire, il faut nécessairement un timon qu'on ne peut, dans la charrette, substituer à la limonière, comme on le fait dans le chariot,

90 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE, La brouette allemande représentée en planet en élévalion par les fig. 45 et 44 me parait la meilleure,

Figure 13,

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en ce qu'elle réunit les avantages de la brouette à civière et de la brouette à tombereau.

Enfin, je crois qu'il serait utile de fournir encore à chaque famille deux seaux cerclés en fer, et à chaque

Figure 15.

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PARTIE IV, — AGRICULTURE. 91 village un cuvier monté sur deux roues, lig. 45 et A6.

Figure 16.

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