‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 44 sur 141 · PARTIE IV, — AGRICUTTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV, — AGRICUTTURE

Les rigoles d'arrosage, dans lune et Pautre méthode, sont d'autant plus rapprochées que la pente du terrain est plus forte, ou le sol plus perméable. Une pente de 0,02 permet une distance de 40 à 45 mètres et mème plus entre les rigoles, avec un sol de moyenne consistance; tandis qu'une pente de 0",40 à 0",45 n'admet plus qu'un intervalle de 5 à 4 mètres. En général, on doit s’altacher avant tout, dans ce mode d'arrosage, à diriger l’eau de manière à ce qu'elle s'étende uniformément sur toute la surface du terrain, et que jamais elle ne coule en filets séparés, ce qui aurait le double inconvénient de laisser une portion de la surface à sec et d’occasionner des érosions dans les parties déprimées.

Au moment où on cesse d'arroser, les rigoles sont encore remplies d’eau qui s'infiltre peu à peu dans le sol.

Dans les irrigations de ce genre faites avec soin, les rigoles d'arrosage sont parfaitement horizontales. Toutefois une légère inclinaison n’a pas d’inconvénients, pourvu qu’on ait la précaution de diviser chaque rigole en plusieurs portions par de petits barrages, afin d'empêcher que l’eau ne s'écoule vers un seul point. Quand le terrain présente des eroupes et de petits faites, il convient d’abaisser les rigoles vers ces points, parce que l’eau n’a déjà que trop de tendance à les quitter pour couler dans les dépressions. Au lieu d’incliner les rigoles, on peut atteindre le mème but en faisant de petites coupures au bord inférieur, sur les

132 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. points où il est spécialement utile de diriger l'eau.

Quand le terrain qu'il s’agit d'irriguer de cette manière est en culture et soumis, par conséquent, chaque année, à des façons plus ou moins nombreuses, on dispose les choses de telle sorte que les rigoles, au moins celles d'arrosage, soient permanentes, c'est-àdire que jamais elles ne soient entamées par la charrue ou la bêche. On comprend que s’il fallait les détruire et les rétablir pour chaque récolte, ce mode d'arrosage deviendrait à peu près impossible dans les terres arables et dans les jardins, car ces rigoles sont, comme on a pu le voir, d'une exécution difficile; non-seulement elles exigent une parfaite régularité dans leur tracé, soit qu'on leur donne une légère inclinaison ou qu'on les fasse parfaitement horizontales, mais encore il leur faut une imperméabilité assez grande pour que l'eau puisse s'y accumuler et se déverser par-dessus le bord. Done, afin d'éviter la couteuse obligation de les refaire chaque fois, on ne cultive qu'une portion des intervalles qui les séparent, et on place chaque rigole au milieu d’une étroite bande gazonnée de 0°,60 environ de largeur qu'on respecte soigneusement dans les labours.

Après le dernier labour et avant la semaille, on comble la raie ou la jauge restée ouverte, soiten haut, soit en bas de chaque intervalle labouré, et, en général, on égalise avec soin la surface.

Le danger du ravinage étant plus grand dans les terres arables que dans les prés, et, d'un autre côté,

PARTIE 1V, — AGRICULTURE. 133 l’eau s’y infiltrant plus facilement, ce qui impose l’obligation d'y jeter plus d’eau à la fois, il en résulte la nécessité de n'y établir le système d'arrosage par reprise d'eau que d’après la méthode perfectionnée dont je viens de parler; du moins faut-il s’en rapprocher le plus possible. Si l’on ne peut faire, de l'espace arrosé, un ou plusieurs plans régulièrement inclinés, on nivellera au moins le mieux qu’on pourra les intervalles en culture, et on ne devra pas reculer devant certains travaux de terrassement nécessaires pour recülier la direction des rigoles et du canal.

Dans les terres arables, les rigoles de distribution sont plus nécessaires encore que dansles prés, attendu que la portion absorbée par le sol y étant plus considérable, il en arrive beaucoup moins dans les rigoles inférieures d'arrosage. Ajoutons cependant que le bas d’un terrain n’a pas besoin de la même quantité d’eau que les parties supérieures. Lors même qu'ilne recevrait rien directement, il ne laisserait pas que d’éprouver un grand effet de l’arrosage donné à ces dernières, car une part notable de l’eau qu'elles ont absorbée finit par lui arriver en filtrant à travers la couche végétale.

Enfin, il est nécessaire, dans les terres arables, toutes choses égales d’ailleurs, de rapprocher les riooles un peu plus qu'on ne le fait dans les terrains gazonnés.

La plantation d'arbres fruitiers auxquels l'irrigation est utile, le long des rigoles d'arrosage, à quelque distance du bord supérieur de celles-ci, sera, dans presque

134 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. tous les cas, une fort bonne opération, soit qu'on cultive le sol ou qu'on le laisse en prairie.

On sait que le minimum de pente que doit présenter un terrain, pour convenir à l'arrosage par reprise d'eau, est de 0",02 de chute par mètre de longueur. Quant au maximum, il ne saurait dépasser 0",20 par mètre, pour les terres en culture de moyenne consistance, et 0",25 pour les sols argileux, Pour les prés, il peut aller jusqu'à 0°,40 et mème 04,50 et plus par mètre de longueur ?, Néanmoins je répéterai ici ce que j'ai déjà dit dans le premier volume : sous le climat de l'Algérie et avec les fortes pluies de l'hiver, les terrains offrant une pareille déclivité ne doivent être consacrés qu'à la production du bois, à moins cependant qu'on ne mette le sol en terrasses. Ajoutons ici que dans les terrains cultivés ayant 0,20 à 0",25 de pente, l'établissement des banquettes ou terrasses se fera en quelque sorte naturellement par le fait mème des bandes de gazon dont il vient d’être question. Ges bandes reliendront en effet une partie des terres que les pluies entraineront. On rendrait le résultæ plus prompt et plus complet en établissant contre le bord supérieur de chaque bande une levée de gazon dont on augmenterait successivement la hauteur. Il est vrai qu'on ne pourrait plus, dès lors, arroser régulièrement par la méthode dont il est question ici; on en

(1) Co dernier chiffre pourra sembler exagéré. Cependant je con-

nais, dans les Vosges et dans les Pyrénées, des prairies arrosées d'apres ce système, et dont l’inclinaison dépasse 0",60.

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 135 serait quitte pour faire arriver l'eau directement dans chaque rigole. Les figures ci-dessous représentent, la première (lig. 52), la coupe d'un terrain en culture,

Figure 32.

arrosé suivant la méthode qui vient d'être décrite; la seconde (fig. 55), la coupe d'un terrain primitivement

Figure 33,

vie EUR PMP LM Y

semblable, et dont la surface s’est successivement mise en terrasses, par l'effet des causes signalées plus haut.

On comprend sans peine que, dans les deux figures, a est le canal de dérivation, b le canal d'écoulement, ce la rigole de conduite ; dd sont les rivoles d'arrosage placées, comme on le voit dans la figure 52, au

milieu d’une étroite bande de gazon, dans la figure 55 au bas du ressaut. Une rangée d'arbres accompagne chaque rigole. La ligne ponctuée de cette dernière figure indique l'ancien relief du terrain.

On est parfois obligé de déplacer les rigoles, c'està-dire de les éloigner du mur de soutènement, afin qu'elles ne se trouvent pas sur la pente même de ce mur. Mais on peut aussi éviter cet inconvénient, qui d’ailleurs n’est pas grand. Ajoutons, du reste, que le mode d'irrigation change par suite de la mise en terrasses et cesse d’être, à proprement parler, lirrigation par reprise d’eau, pour devenir la méthode que je décrirai plus loin sous lenom d'irrigation par planches.

B, Irrigation par dosses on billons.

Ce système d'irrigation est employé de temps immémorial, dans la Lombardie, pour ce qu’on appelle les marcites où prés d'hiver, et dans les Vosges, ainsi que dans plusieurs parties de l'Allemagne, pour toutes les prairies ayant une pente au-dessous d’un cinquantième. Appliquée comme on le fait dans ces pays, c’està-dire en observant minutieusement les règles admises par la pratique locale, cette méthode entraine presque toujours à de grandes dépenses. Elle a de plus l'inconvénient d'exiger, dans les cas ordinaires, plus d’eau que la méthode précédente, attendu que l’eau n’y sert communément qu'une fois. Heureusement il n’est pas indispensable de procéder avec les soins et l'exaclitude des irrigateurs lombards ou vosgiens. On peut

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 137 encore obtenir, de ee système, d'excellents résultats, tout en faisant les choses un peu moins bien peutètre, mais en revanche beaucoup plus économiquement. Aussi je n'hésite pas à signaler à l'attention toute spéciale des colons algériens ce mode d'arrosage qui pourra recevoir une application fructueuse, je crois, dans beaucoup de parties des grandes plaines de la côte et de l'intérieur.

Peu de mots sufliront, avec le secours des figures 54,

NN

TNTNNNNNNNENNNnNNNS =

LULU LNLTY

Page 1