PARTIE IV, — AGRICULTURE
En pareille occurrence, on adopte ce que les Allemands appellent le système composé, c'est-à-dire qu’on applique à chaque portion du terrain celle des méthodes décrites qui lui convient le mieux. I est bien entendu que ces divers systèmes doivent se raccorder entre eux de façon non-seulement à ne pas se nuire, mais encore à se favoriser et à se compléter mutuellement, lant pour la conduite que pour l'écoulement des Caux.
Un des cas les plus fréquents de ce genre est le suivant : on a pu conduire un canal de dérivation à micôle d’une colline. Le terrain qui se trouve au-dessous et qui, par conséquent, peut être arrosé par ce canal, offre une très forte pente dans sa partie supérieure, une pente faible vers le pied de la colline et une surface à peu près plane dans la vallée. En outre, de petits contre-forts, espèces de promontoires, s étendent jusque dans cette dernière portion.
La partie supérieure sera disposée pour l’arrosage par reprise d'eau. Les portions les plus inclinées de cette division seront laissées en prairie ou mises en terrasses ; le reste sera traité à la manière ordinaire.
Dans la partie moyenne, on établira l'irrigation par dosses, et dans la partie inférieure que nous avons dit ètre presque plane, Pirrigation par planches. Quant aux contre-forts, on les traitera comme des billons arüificiels; on en nivellera le mieux possible les pentes et la crête, et on creusera sur celle-ci une rigole plus
ou moins large et profonde, suivant la surface à irri-
ouer, laquelle rigole déversera, comme dans les billons ordinaires, ses eaux sur les deux pentes latérales du contre-fort. Si ces pentes sont trop larges, eu égard à leur inclinaison, pour que l’eau puisse y couler en nappe régulière jusqu'en bas, on procédera comme dans l'irrigation par reprise d'eau ; tout en conservant la rigole faitière, on fera sur la pente et transversalement à la déclivité une ou plusieurs rigoles qui arrèteront les eaux, les rassembleront et les feront se déverser régulièrement sur la surface inférieure.
On comprend déjà que, dans cette application du système composé, le canal de desséchement de la première division sera en même temps le canal de distribution de la seconde, et ainsi de suite. Les colatures des contre-forts alimenteront également le canal ou les risoles de distribution de la troisième division.
Cet exemple fera en même temps comprendre que, malgré les détails dans lesquels je suis entré, je n'ai pu faire connaitre que les principaux systèmes d’arrosage, sans pouvoir décrire les nombreuses nrodifications que chaque cas particulier force d'y apporter. Ceci est l'affaire de l'intelligence de lirrigateur aidée de ce coup d'œil que la pratique peut seule donner. Du reste, quelles que soient ces modifications, et düt-on un jour trouver, en Algérie ou ailleurs, un système différent encore de ceux que j'ai décrits, toujours estil que la possibilité d’arroser sera constamment subordonnée à la présence des trois conditions suivantes : un canal de dérivation situé plus haut que le terrain
PARTIE LV, — AGRICULTURE, 153 à irriguer; un canal de desséchement situé plus bas que ce même terrain; une disposition telle de la surface du sol que, par le moyen de rigoles de distribution, d'arrosage et d'écoulement, l'eau puisse arriver partout, soit en coulant à la superficie, soit en s'infiltrant dans le sol, et ne séjourne nulle part sans la volonté de l'irrigateur.
SECTION III. — Exécution des différents travaux qu'exige l'arrosage. $ 1°. Travaux préliminaires.
Le cadre et le but spécial de cet ouvrage ne me permettent pas de traiter iei avec détail des deux opérations qui devraient précéder tous les autres travaux dans l'établissement d'une irrigation bien entendue, la levée du plan et le nivellement non-seulement de la superficie à irriguer, mais encore de tout le parcours du canal d’amenée et du canal de desséchement ; je suis obligé de renvoyer, à cet égard, aux ouvrages spéciaux sur la matière. Comme, du reste, il vaut encore mieux faire des travaux d'irrigation médiocres ou même défectueux jusqu'à un certain point, que de n'en pas faire du tout, j'évilerai la faute que commettent beaucoup d'auteurs qui, pour avoir une trop grande perfection en vue, posent des condilions impossibles à remplir pour l'immense majorité des agriculteurs. Je dirai done que si un plan lopographique spécial du terrain, accompagné d'un profil longitudinal et de plusieurs profils en travers, est très utile et facilite beaucoup les opérations , il n'est cependant pas indis-
154 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. pensable. J'ajouterai qu'il existe, dans les Vosges et dans les Pyrénées, de beaux et importants travaux d'irrigation exécutés par de simples paysans qui ignoraient jusqu'à l'existence des instruments ordinaires de nivellement. Je dois avouer, néanmoins, que ces individus, grâce à une longue habitude, avaient acquis une remarquable justesse de coup d'œil, ce qui ne les a pourtant pas empêchés de commettre fréquemment des fautes qui ont eu pour conséquences ou une augmentation de dépenses, ou une diminution dans les résultats que devait produire l'arrosage. Mais, encore une fois, tels qu'ils sont, ces travaux n'en ont pas moins été d’une grande utilité.
Toutelois, je conseillerai toujours aux cultivateurs qui entreprennent des travaux d'irrigation de ne pas les tenter sans le secours du niveau, soit qu'ils se familiarisent avec l'usage de cet instrument, chose facile pour tout homme qui a quelque instruction et de l'intelligence, soit qu'ils appellent à leur aide une personne initiée aux opérations d’'arpentage et de-nivellement. Il s'en trouve heureusement beaucoup en Alsérie. Les conducteurs des ponts et chaussées, les sous-officiers du génie, et même la plupart des instituteurs ruraux { connaissent parfaitement l'emploi du
(1) Il serait vivement à désirer, non-seulement en Algérie, mais encore et surtout en France, que les instituteurs ruraux, ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment, devinssent, de droit et de fait, les ingénieurs civils de leur commune , pour tous les travaux d’une
importance secondaire. Il en résulterait le double avantage que leur position serait améliorée pécuniairement et moralement, et qu'il
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 155 niveau el pourront être fort utiles aux agriculteurs en pareille occurrence.
1 est, en effet, très difficile et souvent mème impossible de donner au canal d’amenée une direction convenable, sans avoir préalablement fait un nivellement exact de la ligne qu'il doit suivre. Ce n’est que par ce moyen qu'on arrive à savoir au juste où 1] faut établir la prise et le barrage, dans le cours d'eau, pour pouvoir amener le canal au point où on veut l'avoir. Si, au contraire, le lieu de la prise est donné sans qu'on puisse le remonter davantage, le nivellement est également indispensable pour faire connaitre d'avance jusqu où on pourra conduire l’eau sur le terrain, et quelle sera l'étendue qu'on en pourra irriguer.
Les irrigateurs routiniers que je viens de mentionner restent, eu effet, dans le vague sur l'un et l'autre de ces points si essentiels, jusqu'au moment où ils ont établi le canal, ou du moins l’ébauche du canal sur toute la ligne. N'ayant d'autre guide que l'eau, ils sont obligés de commencer le canal à la prise. L'eau, en y entrant, leur indique la direction à suivre ; mais, s'ils évitent ainsi la faute de ne pas donner assez de
s’exécuterait, dans les campagnes, une foule de travaux utiles qu’on néglige aujourd’hui, parce qu'il n’y a personne pour les diriger et même pour en faire comprendre l’avantage. Nul doute que connaissant cet accroissement d’attributions, les instituteurs qui déjà possèdent, la plupart, des notions d’arpentage et de nivellement, n’étudient avec empressement tout ce qui concerne les travaux du génie agricole, tel que irrigation , désséchement , conduites d’eau, ponceaux, chemins, etc.
pente, ils n'évitent pas celle d’en donner trop. Il en résulle, dans la première hypothèse, que de crainte d'arriver au-dessous de la partie supérieure du terrain à irriguer, ils établissent la prise beaucoup trop haut, ce qui prolonge inutilement le canal et augmente les frais d'établissementet les frais d'entretien“.
Dans la seconde hypothèse, l'écueil est plus grave encore. Pour peu que le canal ait un assez long parcours, ce n'est qu'à l'approche du terme et quand une notable portion des travaux est déjà faite que l'irrigateur peut juger du point où le canal pénétrera dans le terrain arrosable. Alors il s’apercoit souvent qu'au lieu de la totalité de son terrain, il n'en pourra irriguer qu'une portion plus ou moins restreinte, parce qu'ayant donné {rop de pente à son canal, il en a baissé considérablement le niveau. C’est là ce qui explique l'existence, dans les Vosges, dans les Pyrénées et ailleurs, d’un grand nombre de dérivations qui, par suite de l'exiguité de la surface qu’elles arrosent, ne donnent évidemment pas un résultat pécuniaire proportionné aux frais qu'elles ont occasionnés.
De tous les niveaux, le meilleur, pour tous les traaux d'irrigalion, est sans contredit le niveau d'eau à deux branches. À défaut de cet instrument, l'irrigateur peut néanmoins employer le niveau à perpendi-
(1) Ces derniers sont encore accrus considérablement par la forte pente qui résulte de cette même faute et qui, ayant pour effet d’accroitre la vitesse de l’eau, occasionne promptement la dégradation des bords et du plafond du canal,
PARTIE IV. — AGRICULTURE, 197 cule où niveau de macon. Moyennant une modilication facile, c'est-à-dire en renversant l'instrument (de facon que le fil à plomb soit en dessous) et en le montant sur un pied, on le rend propre aux opérations ordinaires de nivellement telles qu'on les exécute avec le niveau d’eau. Le même instrument, replacé dans sa position normale, sert dans tous les cas où le niveau de maçon est utile, La fig. 58 le représente dans
Figure 38.
la première position; la fig. 59, dans la seconde.
Figure 39.
L'application de ce niveau aux travaux d’arrosage n’est pas sans difficulté ; les soins les plus minutieux ne sauraient garantir contre de fréquentes inexactitudes. Mais, tel qu'il est, il est encore bien préférable au coup d'œil, quelque juste que soit celui-er.
J'ai à peine besoin de rappeler que lorsque le lieu de la prise d’eau est fixé d'avance, et qu'il s'agit seulement de connaître le point où le canal touchera le terrain à irriguer, on commence le nivellement à la prise d’eau et on le prolonge jusqu’au point d'arrivée du canal sur la superficie qu'on se propose d’arroser ; que lorsqu'au contraire ce point d'arrivée est déjà déterminé, et que l'inconnu c’est le lieu où l’on devra établir la prise pour que le canal , tout en conservant une pente suffisante, alteigne ce point d'arrivée, c’està-dire la partie supérieure du terrain irrigable, c’est de ce dernier point qu'on part pour remonter jusqu’au cours d’eau qui doit alimenter le canal. On comprend déjà que, dans les deux cas, on tient compte de la pente que doit recevoir le canal. Dans le premier, on le retranche; dans le second, on l’ajoute.
On ne doit pas borner les opérations préalables de nivellement au parcours du canal d’amenée. Il est toujours utile et souvent nécessaire de les étendre également aux terrains destinés à être arrosés, ainsi qu'au parcours du canal de desséchement. Ce sera indispensable lorsque ces terrains présenteront des surfaces qui laisseraient dans le doute sur le mode d'arrosage à leur appliquer, ou certaines parties basses et en ap
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 159 parence sans issue, où des portions dénuées de pente Où qui auraient une pente contraire à la pente générale du terrain.
Pour le canal de desséchement, ce sera pareillement nécessaire lorsqu'il n'y aura pas déjà un émissaire naturel sur les lieux ou à proximité.
Pour peu que le terrain, par son relief, présente quelques difficultés, les opérations de nivellement doivent être précédées d’une étude approfondie des lieux, et même d’un tracé provisoire fait à vue d'œil, s'il s’agit du parcours d’un canal.
{ 2. Canal de dérivation ou d’amenée.
Je ne puis me dispenser d'entrer dans quelques détails sur l'établissement de ce canal dont il a déjà été souvent question , et qui figure comme condition nécessaire dans tous les systèmes d'arrosage, sauf dans quelques applications de l'arrosage par submersion.
Le canal de dérivation, qu’on appelle aussi porteur, est un lit arlificiel dans lequel on détourne une porlion de l’eau d’une rivière, et qui, recevant une pente beaucoup plus faible que n’est la pente de celle-ci, se trouve, après un certain parcours, être à un niveau très supérieur à celui du cours d’eau, et partant supérieur aussi à celui d’une étendue plus où moins considérable de terre qui peut dès lors être arrosée.
Il faut considérer deux portions distinctes dans tout canal de dérivation : la première, qui va de la prise
d'eau jusqu'au point où le canal touche au terrain arrosé ; la seconde, depuis ce point jusqu’à son extrémité. La première n'est, en réalité, qu'un aqueduc ou simple conduite d'eau qui n'a d'autre but à remplir que d'amener un volume déterminé d’eau à un point donné. La seconde portion est, au contraire, le véritable canal d'arrosage. Elle demande à être établie en remblais. Non-seulement le ou les bords, mais même le fond, doivent se trouver au-dessus de la partie la plus élevée du terrain arrosé, afin que les rigoles de distribution et d'arrosage, placées nécessairement à un niveau inférieur au canal, gardent néanmoins un niveau supérieur à celui du sol environnant, lors même que, plus tard, ce dernier aurait été exhaussé par les attérissements. Cette précaution est surtout nécessaire lorsque les eaux dont on sesert sont limoneuses. Cette seconde partie doit en outre recevoir des sections décroissantes à mesure que le canal livre de son eau pour le service des arrosages.
Pour pouvoir amener l’eau sur un lieu déterminé, on est obligé d'établir la prise ou bouche, dans le cours d'eau, à un point d'autant plus éloigné en amont du terrain à irriguer que celui-ci est plus élevé, et que la rivière à laquelle on prend l’eau a une pente plus faible.
Pour diminuer un peu la longueur du canal, et surtout afin que l’eau y entre en tout temps en suffisante quantité, on exhausse le niveau de l’eau dans la riviére, au point même où se trouve la bouche du ca-
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 161 nal. Cela se fait au moyen d'un barrage établi un peu au-dessous de la prise.
Dans le même but, on place le seuil de la prise d'eau, sinon tout à fait au niveau du fond de la rivière, du moins assez bas pour que, même lors de l’étiage , le canal recoive un volume suffisant d’eau. Cette règle est de la plus haute importance en Algérie, où la portée des divers cours d’eau est généralement des plus irrégulières.
Les points essentiels à étudier dans l'établissement du canal de dérivation et de tous les canaux et rigoles en général sont : le parcours du canal, la forme à lui donner et enfin la portée d'eau, c’est-à-dire la quantité d'eau qu'il doit fournir dans un temps donné, une seconde, par exemple. A celte dernière question se lient intimement celles de la pente et de la section.
Les difficultés que rencontre le percement d’un canal sont de deux sortes ; elles tiennent au relief de la surface et à la nature du sol.
J'ai à peine besoin de dire que, toutes choses égales d’ailleurs, c’est la ligne la plus courte et la plus directe qui doit être préférée. On gagne, à réduire le parcours, sur la dépense d’abord, sur la chute ensuite, ce qui a pour résultat d’accroitre la superficie susceptible d'irrigation. On gagne surtout à éviter les sinuosités qui font perdre de la vitesse au courant (par conséquent diminuent la portée d’eau), et sont une cause puissante de dégradation pour les berges.
Il est bien entendu, néanmoins, que, lorsque le relief IL, il
du terrain oppose de grandes difficultés à un tracé court et rectiligne, on ne doit pas hésiter à préférer un parcours plus long, mais plus exempt d'obstacles.
Dans les travaux de ce genre, on doit prendre en considération, non-seulement les frais d’établissement, mais encore les frais probables d'entretien. Du reste, il arrive fréquemment qu’on n’a pas la possibilité de choisir entre plusieurs directions.
Règle générale, les canaux de dérivation, au lieu de suivre, comme les cours d’eau naturels, la partie la plus basse, le thalweg des vallées, sont conduits sur le flanc de celles-ci, et longent des pentes plus ou moins rapides, sur une portion quelconque de leur parcours. Ordinairement ces terrains inelinés présentent, par l'effet du ravinage des eaux, des arèles el des dépressions qui empêchent de donner au canal une direction rectiligne, à moins de (travaux considérables de terrassement et de maçonnerie.
Quand ces pentes ont une déclivité moyenne, on y établit d'ordinaire le canal moitié en déblais et moiüé en remblais, comme l'indique la figure 40.
Figure 40,
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 165 On comprend déjà que la ligne ponctuée a b imdique le terrain naturel. Quant à l'excavation €, c'est un fossé de retenue que l'on établit en contre-haut du canal pour recevoir et arrêter les eaux et les terres qui descendent de la montagne. De distance en distance on lui donne issue par-dessus ou par-dessous le canal. Quand l'inclinaison est très forte, on est souvent obligé de construire en maçonnerie le bord appuyé contre la montagne et qui, en pareil cas, sert de mur de soutènement. Il est parfois même nécessaire de faire alors ce qu'on appelle un aqueduc, c'est-à-dire de construire le canal tout entier en maçonnerie, comme l'indique la figure 4.
Figure 41.
Cela devient indispensable lorsque le canal passe le long d’une pente de rochers, à moins qu’on n'y ereuse le lit, au moyen de la mine. Souvent l’on emploie Pun
et Fautre moyen simultanément : une portion du lit est creusée dans le roc, tandis qu’une autre est établie en maçonnerie.
Pour toutes les petites dérivalions, c'est-à-dire pour celles qui n’ont pas une portée d’eau de plus de 25 litres par seconde, il est presque toujours préférable de remplacer les aqueducs en maçonnerie ou creusés dans le roc, et mème les remblais de quelque importance par de simples conduits en bois, soutenus de distance en distance au moyen de chevalets ou de crampons de fer scellés dans le roc.
L'obstacle le plus grave peut-être que rencontre l'établissement d’un canal est celui que présente un terrain fortement incliné et formé de matériaux sans cohésion entre eux, sable pur, pierraille, gravois, ete. L'irrigateur se trouve aux prises ici non-seulement avec la perméabilité excessive du sol, maisencore avec sa mobilité qui empèche qu'on ne puisse y établir le lit du canal, et oppose mème des difficultés parfois insurmontables à la construction d’un aqueduc en maçonnerie ou en bois. Si ce dernier même ne pouvait être établi d'une manière solide, soit au-dessus, soit au-dessous de la surface, il ne resterait plus d’autre moyen que de creuser un aqueduc souterrain dans la montagne.
La plantation des terrains en pente situés en dessus et en dessous du canal est une opération généralement fort bonne, mais surtout utile dans les sols légers. Le roseau donax, le bambou, l'acacia, losier, la
le
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 165 vigne, ele., conviennent parfaitement pour cel usage, à cause de leurs racines traçantes.
Il est nécessaire de couvrir les canaux partout où l'on peut craindre, malgré le fossé de retenue, de les voir comblés, soit par des éboulements, soit par les terres qu'entrainent les eaux qui, lors des fortes pluies, descendent des terrains supérieurs. Aussi le relief et la nature de ceux-ci, la présence ou l'absence de vépétation doivent-ils être pris en grande considération lors du choix d'un tracé.
Souvent on peut faire passer les eaux qui descendeni de la montagne par-dessous le canal, au lieu de leur donner issue par-dessus ; mais il faut alors un pontaqueduc, construction coûteuse et exposée à des chances nombreuses de dégradation. On l'adopte, néanmoins, lorsque le premier système aurait pour résultat d’accroître par trop les sinuosités et la longueur du canal.
J'ai à peine besoin de dire que lorsqu'on est obligé de passer par un terrain coupé, c'est-à-dire offrant une succession de hauts et de bas dans la direction que doit suivre le canal, on établit celui-ci alternative ment en déblais et en remblais, c'est-à-dire qu’on ouvre des tranchées dans les élévations, et que Fon comble les dépressions, de manière à maintenir le canal toujours à un niveau constant.
La nature du sol estégalementun point d’une haute importance dans l'établissement d’un eanal de dérivation, el influe singulièrement sur les dépenses, Le meilleur sol est le sol argilo-siliceux. Le sol argileux et la
marne argileuse conviennent également en ce qu'ils possèdent aussi l’imperméabilité nécessaire; mais le premier se crevasse par la sécheresse ; l’autre a l'inconvénient de se déliter facilement sous l'influence des alternatives de sécheresse et d'humidité, de froid et de chaud.
Un sol perméable et léger est un grave inconvénient, même en plaine. Aussi évite-t-on le plus qu'on peut les terrains formés de cailloux, de gravois, de sable ou de tourbe. Mais quand cela n’est pas possible, on remédie un peu à leur défaut en garnissant le plafond et les bords intérieurs du canal soit d'argile, soit de gazon retourné, soit encore de branchages de sapin placés dans le sens de la pente et recouverts d’une couche de terre damée. À
Certaines terres glaiseuses, et surtout argilo-marneuses, offrent également du danger sur les pentes rapides, en ce qu'elles glissent parfois sur le rocher qui leur sert de base. Toutefois cet accident est assez rare.
Tout le monde comprend, du reste, que les terrains pierreux, toutes choses égales d’ailleurs, opposent plus de difficultés que les autres au creusement du canal ; et qu'enfin le percement des rochers, surtout quand ceux-ci sont durs, est toujours une opération excessivement coûteuse. En revanche, les aqueducs dans le roc ont l'avantage de n’exiger presque aucune dépense d'entretien.
Certains sols, très convenables du reste, ont un délaut qui ne laisse pas que d’être grave : ils sont kerbus,
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 167 c'est-à-dire que l'herbe y pousse avec tant de vigueur qu'elle ne tarderait pas à envahir le canal si on n’y portait remède. Cet inconvénient est fréquent dans les terres franches et argilo-calcaires, surtout lorsque le canal est établi sur le sol naturel.
Quant à la /orme à donner au canal, elle dépend essentiellement de la nature de la terre et doit varier avec celle-ci.
Dans les aqueducs creusés dans le rocher ou construits en maçonnerie ou en bois, on peut élever les bords verticalement, et le profil transversal du canal présente alors un rectangle. Partout ailleurs, on est obligé de donner aux bords plus ou moins de talus, c'est-à-dire d'inclinaison, par conséquent de faire des canaux à profils trapézoïdaux. Plus le sol est compacte, plus on se rapproche de la direction verticale, et réciproquement. Ainsi, dans les terrains argileux, on peut ne donner aux bords qu'une inclinaison d’un demi de base pour un de hauteur, c'est-à-dire que sur chaque mètre de hauteur verticale qu'aura le bord, il ne déviera que d’un demi-mètre de la verticale élevée du pied de ce même bord. Dans ce qu'on appelle les terres franches, composées de parties égales, à peu près, de sable et d'argile, on donne de trois quarts à un de base pour un de hauteur; dans les sols sablonneux, il faut au moins un et demi et souvent même deux de base Il en est de mème dans les terrains tourbeux, où lon va parfois jusqu'à deux et demi.
Comimne les personnes étrangères à la géométrie
éprouveraient quelques difficultés d'appliquer ces indications sur le terrain, je crois utile de donner ici les pro- {ils en travers, avec les diverses inclinaisons des bords.
Figure 42, Figure 43.
Figure 46.
On comprend déjà que dans la figure 42 les talus ont un demi de base sur un de hauteur; dans la fig. 45, trois quarts de base; dans la fig. 44, un de base ; dans la fig. 45, un et demi; dans la fig, 46, deux de base.
M. Evytelwein recommande, comme pouvant s'appliquer à la plupart des cas, le profil suivant : pour trois de hauteur, deux de largeur au fond, dix de largeur à la surface. Avec cette relation, les bords ont environ un et quart de base sur un de hauteur.
Les canaux à portée irrégulière, e'est-à-dire qui ont parfois peu et parfois beaucoup d’eau, comme le seront la plupart des canaux de l'Algérie, exigent beaucoup de talus, et le profil d'Eytelwein convient alors parfaitement, mème dans les sols qui permettent une faible inclinaison des bords. Quelle que soit, en effet, la quantité d’eau, {amoyenneprofondeur hydraulique, e'est-à-direle rapportentrele contour mouillé et l'aire dela section, ne varie pasautant que dans les canaux à bords moinsinelinés. Lorsqu'il y a peu d'eau, le plafond du canal étant étroit, cette faible quantité ne se trouve pas étendue sur une trop grande surface, et, dès lors, exposée aux infiltrations, à l'évaporation et au ralentissement produit par le frottement de l'eau contre le lit. Lorsque, au contraire, il y a beaucoup d’eau, celle-ci, pouvant s'étendre, n acquiert jamais une trop grande vitesse et n’occasionne pas la dégradation du fond et des berges.
Dans les canaux de quelque importance, il est bon d'établir, à des intervalles plus ou moins rapprochés, des profils en maçonnerie ou en bois, afin de reconnaitre toujours les dimensions primitives de la section, malgré les érosions ou les dépôts. C'est surtout utile dans les terrains friables et pour les eaux fréquemment limoneuses.
Enfin, lorsque le canal passe dans une tranchée profonde, il.est bon d'établir les bords en banquettes, ainsi que l'indique la figure 47 ci-dessous. La ligne AB représente le terrain naturel.
La question de la portée d'eau d’un canal, autrement dit de la quantité d'eau qu'il débite dans un temps donné, une seconde, par exemple, est une question délicate, qui touche aux problèmes les plus difficiles de l'hydraulique. Quoiqu'elle n’ait pas dans la pratique, du moins pour les petites dérivations, l'importance qu'on y attache en théorie, elle mérite cependant d'être étudiée avec soin par l'irrigateur, car elle est mtimement liée aux questions de la pente et de la section des canaux, et à celle de l'étendue à irriguer.
J'ai déjà dit que les irrigateurs praticiens résolvent la question de la pente par le coup d'œil ‘et par le moyen de Peau même. C'est également par le coup d'œil qu'ils évaluent la quantité d’eau et qu'ils déterminent la section. lei encore, et malgré une longue
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